‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 11 sur 48 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

En conséquence, nous revendiquons le droit d'écouter la raison à notre manière, c'est-à-dire sans nous arroger aucun privilège et nous croire infaillibles.

Assurément il existe une raison universelle, dont les décisions s'imposent à tous les êtres intelligents (1). Mais nous ne croyons pas qu'un homme en particulier la possède à lui seul tout entière, et puisse en déclarer dépourvus tous les hommes ensemble. Encore faudrait-il distinguer la raison absolue de la raison appliquée aux choses de la vie. Celle-ci est ce qu'on appelle communément le bon sens, et elle est variable. L'autre seule est infaillible, mais de moindre usage.

VII. — Lamennais, si nous ne nous trompons, est le philosophe qui, dans Y Essai su?' l Indifférence i^)^ a le plus explicitement réfuté la tendance des philosophes du dix-huitième siècle, notamment de Voltaire et de J.-J. Rousseau, à ériger leur raison individuelle en raison universelle, dans le temps même où ils tendaient à réduire la raison à l'exercice d'une logique dure et toute géométrique, laquelle, en vérité, est à peu près infaillible, et ne souffre point d'opposition, mais ne suffit pas à tout.

Nous hésitons à croire, avec Lamennais, que la rai-

(1) Pascal, qui n'était pas un esprit médiocre, a écrit ceci pour tous les hommes : « La raison nous commande bien plus impé- '< rieusement qu'un maître : car en désobéissant à l'un on est « malheureux, et en désobéissant à l'autre, on est un sot. » {Pensées, éd. Ern. Havet, art. VI, n. 2.)

(2) Lire surtout le second volume, Préface, éd. Pagnerre, in-12, 1844, à partir de la page 52.

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