XX PRÉFACE
son générale, c'est-à-dire le consentement de tous les hommes^ soit une autorité commode à invoquer. D'abord, où trouver le témoignage certain du consentement universel ? Chacun n'est-il pas enclin à l'attribuer à sa propre opinion ? Ensuite, les contradictions n'ont jamais manqué à aucune doctrine^ si l'on excepte celle de la mesure des triangles, et autres du même genre. Enfin, qu'est-ce que le progrès légitime de l'esprit humain, sinon le plus souvent la réforme successive de certaines opinions généralement accréditées ? Les dogmes de la prétendue raison générale ne sont donc ni authentiquement connus, ni universellement acceptés, ni tous irréformables, hormis dans un certain domaine où Ton ne les voit guère contestés : ce sont les observations directes et élémentaires des sens, et les déductions du raisonnement géométrique. Mais il est vrai qu'il y a, dans le consentement certain de la plupart des hommes, (là où il se rencontre), une autorité qui frappe les plus puis- fl sants esprits et leur impose au moins des scrupules et des ménagements. Voltaire ne connaît pas ce genre de timidité : rien ne lui inspire le respect ; son sens propre est toujours pour lui une raison suffisante. Or, bien que Voltaire ait eu infiniment d'esprit, il n'est pas prouvé qu'il ait eu à lui seul plus de sûreté dans le jugement que tous les hommes ensemble. Cette seule observation donne à réfléchir, quand il arrive à notre philosophe, (ce qui n'est pas rare), de heurter les conviclionsou, si l'on veut, les préjugés de la plupart de