PRÉFACE XXVII
même, qui n'avait été arrêté, hormis les invasions successives de la barbarie, que par celte raison sèche, étroite et dure, dont on voulait faire une nouvelle divinité. Il fallut bien avouer, quoiqu'on y ré|3ugnàt, que les doctrines de Voltaire étaient, en histoire, mal fondées (1) ; en philosophie, extrêmement pauvres ; en morale, attentatoires aux vraies vertus et à la dignité de l'âme humaine, qui n'est pas créée seulement pour rechercher les plaisirs de toute sorte.
Le voltairianisme paraissait fortement atteint par cette critique éloquente autant que profonde ; mais les querelles issues des révolutions politiques le ranimèrent. Deux grands partis s'étaient formés, au début du XIX® siècle, dans nos formidables dissensions. L'un, accusé injustement de vouloir nous ramener au moyen âge, manifestait un zèle parfois indiscret et affecté pour la religion ; l'autre crut sauver la liberté moderne en signalant son aversion pour le christianisme. Le nom de Voltaire servit souvent d'enseigne aux uns et aux autres : le libéralisme se montra plus voltairien qu'il n'avait intérêt à Têtre, comme l'esprit conservateur se proclama chrétien, et par conséquent anti-voltairien.