‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 20 sur 48 · PRÉFACE XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXIX

lin, pas plus que les Luther et les Calvin (1), comme des fourbes qui ne croyaient pas ce qu'ils voulaient faire croire au peuple. On a rejeté toutes ces aménités de sectaires incrédules; on a pensé, avec quelque apparence de raison, qu'un homme qui donne sa vie pour la propagation de sa doctrine, n'est pas d'ordinaire un vulgaire intrigant, et qu'en général ceux qui inspirent la foi aux autres ont commencé par l'épouser eux-mêmes.

Le monde nouveau n'est pas un salon du dix-huitième siècle, où l'on débitait des énormités pour s'égayer, et où Ton affichait l'impiété pour avoir bonne grâce aux yeux des écervelés.

Il est en effet bien notable qu'une si grave révolution intellectuelle et morale ait fait les délices d'un monde de petits maîtres et de badins, de gens qui ont pris à cœur de scandaliser par leurs mœurs cette vieille honnêteté^ qui entretient la vigueur des sociétés civilisées, et dont l'abandon fut toujours suivi de la ruine des nations, dans l'Orient comme dans l'Occident. Une société etféminée se plait à ces hardiesses-là, mais elle les paye cher. La monarchie et Taristocratie du dixhuitième siècle s'en sont enivrées; mais elles n'ont guère survécu : elles ont péri dans des ruines ensanglantées; et la société reconstituée a renié leurs audaces.

(1) Nous ne considérons ici les fondateurs du protestantisme que comme des hommes profondément religieux, et qui n'aspirèrent certes pas à dégrader la foi chrétienne, mais à la puritier et à la relever; et nous disons cela sans être aucunement de l'église de l'un ou do l'autre.

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