‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 23 sur 48 · PRÉFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXIII

laissé passer impunément de tout ce qui put le blesser ou simplement le gêner dans Taccomplissement de ses désirs ou dans la manifestation de ses pensées. Les préjugés ou les abus qui pouvaieut opprimer les autres, aussi bien que lui, ont rencontré en cet homme un adversaire ardent et infatigable : en satisfaisant ses ressentiments ou ses aversions, il a parlé pour tous ceux qui subissaient le joug silencieusement. Il a su d'ailleurs faire apparaître la raison comme le fondement de ses polémiques, et s'autoriser des lois éternelles du bon sens pour exercer ses vengeances. Comment un homme qui se vante sans cesse de n'écrire que pour la justice et la vérité, ne paraîtrait-il pas Torgane de la raison à ceux qui sont aigris des mêmes chagrins que lui ? Il s'est donc rencontré presque toujours avec les sentiments de cette classe innombrable d'esprits qui sont toujours mécontents, et qui, dans le spectacle de la vie, voient mieux, parce que c'est plus fiicile, le mal que le bien. Pour eux, il a toujours raison, et ils ne s'avisent guère de disputer contre ce censeur universel. Il a beau être léger et présomptueux, autant que malin; c'est par là même qu'il leur convient : car il ne les oblige pas à réfléchir ; d'un mot, il tranche toutes les questions difficiles, et ne laisse dans l'esprit que des décisions nettes, avec une apparence de bon sens transcendant, quoiqu'il omette souvent quelquesunes des conditions essentielles du problème. On est enchanté de se voir si aisément en possession d'une

VIE DE VOLTAIRE. — T. I. (i

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