‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 24 sur 48 · XXXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PRÉFACE

lumière qui échappe, à ce qu'on croit, aux autres hommes, lesquels ne s'en sont pas contentés (1).

Chacun s'imagine être en droit de flétrir la sottise des hommes, quoiqu'il soit homme, et sujet à se méprendre comme les autres. Voltaire est un souverain maître pour nous enseignera nous mépriser les uns les autres, comme si chacun de nous avait seul la raison en partage .

XIV. — « 11 a éclairé les hommes, » dit-on. Mais quelles sont les vérités nouvelles qu'il a révélées à ses contemporains, je dis en dehors de celles qu'il a empruntées à d'autres, comme des vérités de physique, d'économie politique, de législation, tirées par lui de Newton, de Trudaine et de Turgot, de Beccaria, etc.? Fallait-il des lumières extraordinaires pour faire apercevoir aux hommes de son temps les abus dont ils souffraient dans la vie civile, ou pour leur révéler les agréments d'une morale dégagée de tout scrupule de conscience religieuse ? Il les a sans doute enhardis à secouer le joug de l'autorité, à se fier en leur sens propre, à suivre leurs instincts naturels ; mais la nature toute seule fait en ceci plus de la moitié de l'ouvrage. Il a contribué beaucoup à l'alfranchissement des esprits, mais moins en les éclairant ([u'en stimulant en eux les passions réprimées. 11 ne pouvait guère former que des

(1) « Pensent ils avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombonl, et que les antres, qui les ont vui'S, les ont niépris«Jes ? » (Bossuet 0/*. f. d'Anne de Cumzague).

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