‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 28 sur 48 · XXXX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXX PRÉFACE

Voltaire y). Mais nous protestons contre une telle identification, de quelque façon qu'on l'entende.

Nous ne sommes pas disposés à faire à sa gloire le sacrifice de toute la littérature française, ni à reconnaître tout le génie de notre race dans cette œuvre qui fut si brillante, mais dont le prestige diminue de jour en jour, parce que Voltaire a trop écrit pour ses contemporains seulement.

Nous osons penser que, pour la prose, Montaigne, Dossuet, Pascal, Fénelon, La Rochefoucauld, La Bruyère, font au moins autant d'honneur que lui h la langue française.

Pour la poésie, combien d'auteurs pourrions-nous nommer, qui, plus vieux que lui parla date, demeurent plus vivants, et d'autres qui, étant plus récents, le font paraîlr»; vieillot ! Combien de foison regrette qu'il ne se soit pas contenté de la prose !

Pour la philosophie enfin, Descartes, Malebranche, dont il s'est insolemment raillé, donnent certainement une plus haute idée que lui de la force et des aptitudes de l'esprit français ; et pourquoi ne nommerait-on pas, parmi les modernes, JouftYoy, Victor Cousin, Ernest Renan, Jules Simon, et même Hipp. Taine ? Je ne nomme que ceux qui ne sont plus. Comment un homme qui connaîtrai! tant soi peu de tels représentants de notre génie national, pourrait-il attribuer à Voltaire la gloire d'en être à lui seul la personnification la plus complète ? On ne peut môme songer à tant de philo"

PUÉFACE XXXXI

sophes français sans être frappé de la sécheresse et de la stérilité des écrits purement philosophiques de Voltaire.

XIX. — Pour le relever, on peut alléguer qu'il manie notre langue avec un singulier bonheur. Mais est-ce chez lui qu'on en peut connaître les richesses ? Il la ferait plutôt passer pour la plus indigente des langues : elle n'est, à son dire, qu'une « gueuse fière, à qui il faut faire l'aumône malgré elle. » Mais c'est qu'il juge de la langue française d'après l'usage qu'il en fait lui-même, rejetant une multitude incroyable de termes et d'expressions qui offensent sa délicatesse, trop souvent exagérée et pédantesque.Ceci paraîtra peut-être incroyable : mais il ne sait qu'une peiite partie de notre langue, qu'il a étudiée très finement ; car il ignore tout le passé de cette langue, et ne veut pas le connaître. Il s'est fait, dans un fonds opulent, un petit trésor particulier, sur lequel il vit en rejetant dédaigneusement tout le reste.

Et néanmoins il sait encore faire de cette langue tant réduite un usage merveilleux. Il est comme un statuaire qui ne posséderait, pour habiller ses modèles, qu'une seule pièce d'étoffe commune, et qui aurait le talent d'en faire des draperies d'une noblesse et d'une élégance admirable. Ce n'est pas son vocabulaire, ni la variété de ses tours, qui enchante le lecteur ; mais c'est le naturel, la grâce et la vive allure de son discours qui l'entraînent, sans qu'il ait jamais le temps de

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