‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 29 sur 48 · XXXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXXII PRÉFACE

réfléchir h la dextérité de cette plume, qui n'est jamais embarrassée, et n'a jamais Fair d'avoir rien cherché. En ce sens le style de Voltaire est un prodige, mais un prodige de naturel, ce qui fait qu'on ne songe pas souvent à l'admirer, il semble que c'est ainsi que devraient écrire tous les Français ; pourtant il n'y a que lui qui ait possédé ce style, que d'autres ont essayé de lui emprunter.

Il y manque cependant quelque chose : pour que la manière d'écrire de Voltaire fût la représentation complète du génie français, il y faudrait la couleur et la saveur, que dautres grands écrivains ont su répandre dans leurs écrits. Une page de Voltaire paraîtra toujours pâle à côté d'une page de Bossuet; je parle d'abord pour la prose. Mais combien sa poésie paraît grêle et décharnée, si nous la mettons à côté de la vigueur sublime de Corneille, de la vérité savante et de la hardiesse ingénieuse de Racine, de la naïveté pittoresque de La Fontaine ! Je me garde de mentionner les Lamartine, les Victor Hugo, les Alfred de Musset, et une légion de nos contemporains, tous plus poètes que Voltaire par l'expression.

En résumé, Voltaire a possédé plusieurs qualités éminentes de l'esprit français ; mais les éloges exagérés qu'on a faits de son style pourraient bien n'être que l'etrot de la malveillance de certains étrangers, qui voudraient faire croire que le ^énie français n'est

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