XXXXVI PRÉFACE
La France est retournée à des traditions plus anciennes et plus sérieuses, et n'a plus rien à tirer de lui, à moins que ce ne soit cette élégance naturelle et simple dont il demeure le modèle, mais qu'on ne réussit guère à lui emprunter.
XXI. — Si Voltaire est en quelque chose le premier des hommes, ce n'est que dans la satire et dans l'art d'accommoder toute chose à l'humeur railleuse des esprits plus vifs que sérieux. Ce n'est pas sans doute le plus respectable des genres de génie ; mais c'en est un très puissant, puisqu'il se fait redouter de tous, et vraiment précieux, puisque, porté au plus haut degré, ce talent de railler est aussi inimitable que tous ceux que la nature se réserve d'accorder ou de refuser ; et qu'enfin il suppose une faculté d'invention devant laquelle on peut justement s'émerveiller. Il a de plus le privilège de plaire à la plupart des hommes, qui sont instinctivement malins, qui cherchent plus à s'égayer qu'à s'instruire, et tiennent une cause pour gagnée par quiconque les a fait rire.
Qu'on y joigne le talent de flatter, d'exciter l'appétit du plaisir et le goût de la révolte, et l'on se rend maître des hommes : c'est ce que Voltaire a su faire mieux que personne. Les esprits autrement tournés ne doivent pas s'attendre à être bien traités par lui, non plus qu'ils ne peuvent se prosterner devant un génie si étonnant, mais si suspect.