XIV PRÉFACE
orthodoxie, dont il serait à la fois le prophète et le dieu, sous le pseudonyme de la Raison ? Car il ne s'est pas fait scrupule de dater l'avènement de sa Divinité de Tépoque où lui-même a commencé à manifester ses opinions, en opposition avec celles de tous les siècles passés (1). La Raison donc a fait son apparition dans le monde avec Voltaire, et à partir de ce jour-là, il na plus été permis, sous peine d'être rangé parmi les imbéciles, de penser autrement que lui.
Mais enfin, qu'est-ce que la raison, et ne peut-on, sans* rompre avec elle, fausser quelquefois compagnie à Voltaire?
On voit qu'au fond la question qui se présente inévitablement à riiumanité réfléchissante, est celle de l'autorité de la raison individuelle. Les philosophes du dix-huitième siècle n'ont pas prévu, Voltaire moins que tout autre, que cette question pourrait être un jour posée pour combattre leurs prétentions despotiques. Ils ont usurpé un empire tout nouveau dans le genre humain. Prévenus de cette opinion, que la raison sans épithète, la raison absolue, résidait en eux-mêmes et dans leur chef, ils ne se sont, paraît-il, jamais demandé ce que c'est que la raison. Auraient-ils consenti à dire, en s'appropriant une parole qui n'a pas été prononcée pour eux : « C'est la lumière qui illumine tout
(1) Voir, (I,in«< sos inivrcs, le Voyage de la Raison, à la suite des liomans philosuphiiiu fs.