II. Critique de la littérature
Voltaire a joui très longtemps d'une autorité incontestée dans la critique de la littérature. Ses jugements sur DOS auteurs ont fait loi jusqu'aux jours delà révolution romantique L'école nouvelle s'est souvent choisi
pour adversaires Boileau et Racine, et n'a pas assez remarqué que le despotisme littéraire, dont elle visait à s'affranchir, s'appuyait sur le goût de Voltaire, beaucoup plus que sur celui du xvii^ siècle. Les doctrines pseudo-classiques procèdent en droite ligne de l'auteur de la Henriade et de 3Iérope, et se sont transmises par ses disciples Marmontel, La Harpe, et les critiques quasi officiels, mais presque tous voltairiens, de l'époque de l'Empire.
Préfaces et Discours sur ses propres ouvrages. — Dès les premiers temps de sa longue carrière, Voltaire dogmatisa sur le goût, sur la poésie, sur toutes les parties de la littérature, soit pour appuyer ses œuvres sur des théories, soit pour discréditer les ouvrages de ses contemporains, de ses rivaux, de ses prédécesseurs. Il ne publiait guère les siens sans les faire accompagner de discours, sortes de manifestes destinés à former l'esprit du public touchant le mérite desdites œuvres, les défauts que l'on avait tort de supporter dans celles des autres écrivains ; même sur les parties faibles des siennes, qu'il reconnaissait, qu'il se promettait de corriger, ou qu'il déclarait impossible d'éviter. En plaidant pour lui-môme avec un air de candeur et de modestie, il savait atteindre au passage les renommées qui le gênaient, et enseigner en homme du métier les conditions et difficultés de l'art. Ses œuvres nouvelles ne paraissaient en public qu'escortées de préfaces, d'épîtres dédicatoires, de notes écrites d'un style naturel, léger, rapide, mais presque toujours décisif, propre à faire admirer la candeur d'un maître qui voulait bien prendre le public pour juge, tout en lui don-
nant des leçons qui n'étaient pas toujours dépourvues de malice ou d'amertume.
Essai sur le Poème épique. — Préfaces d'Œdipe, etc. — Ainsi la Eenriade fut précédée d'un Essai sur le Poème épique,o\i tous les grands poètes de ce genre, anciens et modernes, étaient jugés certes sans excès d'admiration. De même, Œdipe parut accompagné de plusieurs lettres et préfaces, où l'art du poème dramatique n'était pas moins hautement professé, aux dépens de Sophocle, de Corneille et de La Motte-Houdard. Depuis ce temps, l'auteur n'a jamais manqué de se conformer à ces précédents, et d'apprendre adroitement au lecteur à l'estimer au-dessus des anciens et des modernes. Qu'on lise, par exemple, les préfaces de Zaïre, à'Oreste, d'Olympie, de Tancrède, etc. Comment douter de la supériorité d'un homme qui possède si à fond la connaissance de l'art et de tous les modèles, de leurs beautés et de leurs défauts, qui sait surtout en parler si agréablement aux gens du monde, en bafouant les critiques de profession, qui sont moins commodes à manier que le public ?
Jugements sur les écrivains en général. — En plaidant pour ses propres écrits, Voltaire n'a peut-être fait, (h()rmis ce ton de précepteur universel), que ce qu'ont fait de tout temps beaucoup d'autres auteurs. Mais de plus, il s'est attribué, toute sa vie, et de très bonne heure, le rôle d'arbitre et dispensateur souverain de la renommée pour tous les ouvrages de l'esprit. Un tel ministère, s'il peut jamais appartenir à un seul homme, convenait mieux qu'à personne, sans doute, à un esprit si pénétrant, si étendu, si fin, exercé par tant d'oeuvres originales dan? la poésie et dans la prose. Mais Voltaire
possédait-il toutes les qualités indispensables à l'accomplissement d'une si haute fonction ? La postérité n'a-telle pas des raisons pour récuser souvent l'autorité d'un juge en qui elle ne peut admirer sans réserve ni l'impartialité, ni la largeur de vues, ni cette générosité d'esprit qui fait qu'on goûte le mérite littéraire en luimême et partout où il se rencontre, en dépit de toute prévention personnelle et de toute rivalité ?
Le Temple du Goût. — Son autorité n'était pas encore établie par un grand nombre de chefs-d'œuvre ou de succès éclatants, lorsqu'il s'avisa d'élever un Temple au dieu du Goût, et d'y prononcer, au nom de ce dieu, des oracles pour ou contre la plupart des auteurs célèbres, contemporains et de tous les temps ; enfin d'y distribuer ou refuser des couronnes avec des jugements brefs, d'une précision exquise, mais trop souvent tranchants, piquants et malins. Les lecteurs eurent dès lors sujet de se demander si le dieu de ce temple siégeait là pour rendre la justice, ou pour satisfaire les passions d'un certain homme, chef d'un petit groupe de beaux esprits.
Qu'était-ce d'ailleurs que ce dieu, dont le nom n'avait jamais figuré dans aucune religion? C'était le dieu de Voltaire, pour ne pas dire Voltaire lui-même. En effet le nouvel Aristarque s'avançait dans la carrière des lettres avec le zèle d'un néophyte et la confiance d'un propagateur de dogmes. Incrédule et révolté sur une multitude de points, Voltaire fut une sorte d'apôtre en matière de goût. 11 portait dans son esprit une doctrine, sur laquelle il n'a jamais fait de concession. S'il préconise la tolérance par rapport aux croyances religieuses, il ne la pratique pas et ne l'admet pas dans les let-
trfts : c'est là qu'il est l'homme de l'orthodoxie la plus absolue et la plus tranchante, et qu'il prononce des excommunications au nom de sa divinité, qu'il nomme le Goût. Il n'ignore pas assurément qu'il y a bien des goûts ; mais selon lui, il n'en existe qu'un bon, et c'est celui qu'il prétend faire prévaloir.
Mais dans la diversité de sentiments à laquelle les hommes sont sujets, où trouver l'autorité qui définira le bon goût ? 11 a pensé la trouver dans la société au milieu de laquelle s'est passée sa jeunesse, et qu'il appelle complaisarament « la bonne compagnie. » Tous ces gens de plaisir, disciples de Ninon de Lenclos, hôtes des Vendôme, courtisans de la duchesse du Maine, personnes de qualité, poètes anacréontiques et soi-disant philosophes, amateurs des divertissements littéraires, du luxe ingénieux et des manières aristocratiques, de la bonne chère et même de l'orgie ; en somme, esprits délicats non moins que libertins, raffinés autant que dissipés, lui ont paru les modèles mêmes de l'élégance et de la noblesse dans la tenue, dans le ton, dans le langage ; et il s'est persuadé que c'était entre eux qu'il fallait chercher les bons juges de la poésie, du théâtre, de tous les beaux-arts, parce que, ne cherchant que la volupté, et fort aptes à l'apprécier, ils n'étaient pas accessibles aux illusions et aux laborieuses, mais vaines théories^des pédants. Leurs jugements étaient en efifet tout naturels et instinctifs, ne relevant que de leurs sensations et des inspirations de l'épicurisme. Il se persuada que satiLjfaire ces connaisseurs difficiles était l'unique règle, et que leur goût était nécessairement le goût par excellence. Il ajouta plus tard à ces premiers principes quelques notions plus savantes, que l'expé-
rience lui suggéra; il finit même par se déprendre de l'autorité des gens frivoles, dont il sentit la foncière médiocrité ; mais il crut toujours qu'il existe un certain don naturel de bien juger dans tous les arts, privilège des sociétés qui ne recherchent que le plaisir. Leur goût étant devenu le sien (si ce n'est pas lui qui le leur inspirai, il en fit le goût même, qu'il divinisa, et dont il fut toujours le prophète. Ce goût n'a pas besoin de raisonnements ; car il est inné : ainsi Voltaire se crut toujours en droit de prononcer des oracles sur ses seules impressions, et se regarda comme infaillible, parce qu'il ne discutait rien et ne supportait pas la contradiction. La supériorité de son esprit imposa ses jugements à des gens qui l'admiraient, qui ne pensaient pas beaucoup par eux-mêmes, et que son assurance dispensait de réfléchir. C'est ainsi qu'il fut l'oracle de son siècle, et que le temps ayant consacré son autorité et communiqué à ses décisions le prestige de la chose jugée, il a pu imposer même aux plus sérieux gens de lettres, jusqu'à ce que la critique, au xixe siècle, se renouvelât par des idées et des méthodes nouvelles, et surtout par l'examen direct de tant d'ouvrages que, durant trop longtemps, on n'avait appréciés que sur sa foi.
Le Temple du Goût constituait déjà, sous une forme d'ailleurs attrayante et plaisante, en prose et en vers, une sorte de code et de canon de la critique littéraire, un classement raisonné des auteurs célèbres. Voltaire, plus de vingt ans après, revint à ce rôle de distributeur de la gloire et des mépris entre les gens de lettres, lorsqu'il composa son Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV, qu'il inséra dans son Histoire générale. C'est là qu'il montra tout ce qu'il était capable de faire pour
diriger ou dicter l'opinion publique à l'égard des hommes qui s'étaient fait connaître par leurs écrits. A première vue, ce célèbre catalogue ne vise qu'à présenter une revue complète de la littérature française, durant au moins un siècle et demi. Mais comment un homme de son génie et de son caractère aurait-il renoncé à imposer ses opinions touchant les hommes et les écrits? Et comment aurait-il pu s'acquitter avec impartialité de cette fonction d'Aristarque et de Quintilien de son siècle ? Voltaire n'a presque jamais jugé de rien que par passion, ou par rapport au parti qu'il avait lui-même embrassé. Il est l'homme de la philosophie, par conséquent l'adversaire de quiconque n'est pas philosophe, ou l'est autrement que lui.
Dans les chapitres du Siècle de Louis XIY où il esquisse l'histoire des Beaux-Arts et des Lettres (I), il reproche à la France du xvif siècle de n'avoir pas connu la « saine philosophie. » On sait qu'il faut entendre par là les principes de la physique de Newton et le sensualisme de Locke, dont Voltaire fut un adepte fervent. Donc le cartésianisme, qui tient une si grande place dans la littérature du temps de Louis XIV, n'est pour lui qu'un roman ; et l'esprit chrétien, qui fut alors l'âme de la société française, n'est qu'une erreur qui enta(;he cette grande époque aux yeux du philosophe incrédule. Aussi ne saurait-il parler ni avec bienveillance ni avec sincérité des plus grands hommes qui représentent la foi «chrétienne, dans cette période qu'il s'est chargé d'exposer à l'admiration de la postérité. Rencontre-t-il le nom de Bossuet, il se plaît à y attacher (2), à deux repri-
(1) Cliap. XXXII et suiv.
(2) Dans le cliap. XXXII et dans le (Catalogue, à l'article, Bossdbt.
ses l'anecdote calomnieuse et ridicule d'un prétendu mariage secret de ce prêtre si convaincu, de cet évêque exemplaire, avec une demoiselle Desvieux de Mauléon, historiette qui ne se soutient nullement; et néanmoins, pour ce grave historien des lettres et de la religion, elle tient lieu d'une étude sur le caractère du véritable père de l'Eglise gallicane, et enfin sur le génie du plus sublime des orateurs et des écrivains français.
S'il marque plus de bienveillance à l'égard de Fénelon, c'est que. par un singulier tour d'adresse, et en alléguant des témoignages contestables, il a trouvé moyen de défigurer son caractère, et de faire de ce défenseur d'une doctrine mystique, repoussée par l'Eglise, une sorte de philosophe du xvni« siècle, et même, dans la fin de sa vie, un philosophe tout semblable à Voltaire, un douteur qui ne se soucie plus de rien, pas même apparemment de l'autre vie (1). Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce caractère est de pure invention.
Après avoir trouvé un biais pour dégrader à la fois, dans l'opinion du lecteur, les deux plus grands évêques du temps de Louis XIV, en racontant dédaigneusement leurs querelles, Voltaire glorifie en revanche le sceptique Bayle, dont il est, à dire vrai, le débiteur dans tout ce qu'il a écrit contre le christianisme. Mais le pa^ négyrique de Pierre Bayle lui offre encore un prétexte pour faire une sortie contre les objets de ses haines constantes. C'est ainsi que notre historien comprend l'impartialité et le désintéressement de l'histoire.
De cette méthode d'excursions contre l'ennemi, l'exemple le plus étonnant se trouve dans les articles de
(1) Voir, dans Ift Siècle. Ir cliap. XXXVIII, l't, dans le Calaloque, l'art. Fknklun.
La Motte- Hoiidart, de J.-B. Rousseau et de Saurin. Ces articles, dont l'étendue est dix fois plus considérable que celle des plus importants pour l'histoire des lettres, n'offrent au lecteur, à la place d'observations vraiment littéraires, que d'amples discussions sur un des plus tristes procès qui se soient élevés, au xviip siècle, entre des gens de lettres. C'est un scandale contemporain que Voltaire se plaît à analyser, dans le seul dessein de déshonorer à tout jamais la mémoire de son ennemi Jean-Baptiste Rousseau . Voilà une belle matière pour un historien des lettres, et une digne préoccupation pour le grand prêtre du dieu du Goiit\
Il demeure vrai que bon nombre de jugements de Voltaire, dans ce Catalogue, méritent d'être recueillis, cités, commentés : cette merveilleuse plume, sans appuyer, et en ayant l'air de courir toujours, grave souvent des sentences ineffaçables. Mais avec quelle aitention et quelle défiance on est obligé de lire les arrêts d'un juge dont la conscience et la gravité sont sujettes à tant de reproches, qui fréquemment se constitue partie contre ses justiciables, et ne cramt pas de tourner une sentence en épigramme ! Il faut donc le lire, ce qu'on fait toujours avec plaisir ; mais le prendre pour un juge sans appel, non !
. Quand on se remémore, dans l'ensemble, les écrits de Voltaire en ce genre, on s'étonne de voir à quel point de vue borné l'auteur de tant de poèmes et d'ouvrages originaux de toute sorte, se place habituellement pour juger les œuvres des autres auteurs et même des plusgrands.il semble que, pour lui, il n'y ait, dans les lettres, que des questions de style, ou de goût de détail. On s'était imaginé qu'un esprit si perspi-
cace, si ouvert, si expérimenté, à dû chercher à comprendre d'abord, à faire sentir ensuite, ce qu'il y a de particulier dans le génie d'un autre homme, ce qu'il y a de plus intime etde plus profond dans ses conceptions, dans ses desseins, dans son art ; quelles leçons fécondes en pourraient tirer non seulement ceux qui font profession d'écrire, mais toutes les personnes qui se donnent la peine de lire et de chercher à entendre les plus belles œuvres de l'esprit humain. Ce haut enseignement, si attrayant quand il est donné par une excellente plume; il semble que notre philosophe n'en a cure, excepté lorsqu'il s'agit de sa philosophie guerroyante et satirique : hors de là, il ne songe guère qu'à reprendre des défaillances d'expression, des fautes de grammaire ou des traits qui offensent la délicatesse dédaigneuse des gens de cette société aristocratique, hors de laquelle il n'y a pas, à ses yeux, de salut.
Jugements sur Corneille, Racine, etc. — Et par exemple, dans son Commentaire sur le théâtre de Corneille, s'est-il jamais appliqué à faire voir comment le poète a trouvé, dans la représentation de la grandeur d'âme, un moyen d'intéresser le spectateur, à défaut môme des autres qualités dramatiques ? Non; mais il a signalé, sans en passer une seule, toutes les expressions qui n'étaient pas de son goût, toutes les phrases que condamnait l'usage de son temps, lors même qu'elles n'étaient répréhensibles qu'en raison des caprices d'une langue qui s'était modifiée de génération en génération. On pourrait, sans exagérer beaucoup, dire qu'il s'e.stpropoic seulement de faire passer legrand Corneille pour un écrivain de mauvais exemple ; que c'est là l'objet essentiel de son Commentaire, tout le reste n'étant pour lui
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qu'accessoire. « Gardez-vous bien d'écrire eu français comme l'auteur du Ciel > : telle est la moralité que les étrangers, et les jeunes gens, à qui il s'adresse de préférence, doivent tirer de ce Commentaire.
La critique de Voltaire ne descendra un peu plus avant dans le sujet que lorsqu'il rencontrera, par exemple, un caractère de chrétien enthousiaste, dans la tragédie de Polyeucte. Alors il se donnera la peine ( ou le plaisir) de blâmer le zèle de ce fervent néophyte, qui offense le culte public ; et raisonnant en officier de police, il censurera nettement un personnage qui se livre à de pareils excès. Quant à l'intérêt qu'un public généralement chrétien ou capable de comprendre le christianisme, peut prendre à la crise morale dont cette tragédie est le développement, Voltaire ne s'en aperçoit pas. Le caractère même de Pauline n'a pour lui qu'un seul attrait. C'est, selon lui, une femme qui n'aime guère son mari que par décence; elle aurait bien mieux fait de se donner à Sévère, qu'elle aimait et qui méritait t bien mieux sa flamme que son bon dévot de mari. » Une aventure de cœur, enveloppée dans une tragédie dévote, voilà ce que Voltaire entrevoit avec intérêt. On n'a jamais plus mal compris le dessein de Corneille; •si ce n'est quand la critique a encore renchéri sur les préjugés de Voltaire, et qu'à force d'ignorance et de partis pris, elle en est venue à ne plus rien entendre à la morale chrétienne et aux sentiments sublimes qui sont l'âme de cette tragédie, à savoir l'enthousiasme religieux, le désintéressement chrétien, le culte du devoir, le sacrifice de soi. Il est bien vrai que ce n'est pas de Voltaire qu'il fallait attendre l'explication
de ces sentiments, à moins qu'on ne désirât une appré ciation sarcastique et dérisoire.
Inliabile à concevoir les idées qui ne sont pas les siennes, Voltaire a condamné, sans la comprendre, la traj^édie d'Athalie, en dépit de son admiration constante pour Racine (1), et. ce qui est le plus fort, pour cette tragédie même. Il y voit « le chef-d'œuvre de l'esprit humain»; et elle lui fait horreur (2). Chef-d'œuvre, pourquoi ? Parce que Voltaire n'y peut reprendre aucune faute contre le goût, contre la langue, ni contre les règles. Horreur et indignation, pourquoi ? Parce que le caractère de Joad est d'un très mauvais exemple (3). Joad est un pontife intrigant, ambitieux, fanatique et rebelle, qui fait assassiner sa reine, etc. Personne assurément n'a jamais donné ce personnage pour un modèle de tolérance philosophique, ni pour un prêtre très souple à l'égard du pouvoir civil. Mais si Voltaire avait daigné lire l'histoire des rois juifs, autrement qu'avec une antipathie préconçue, il aurait apparemment compris pourquoi la nation juive attachait toutes ses espérances à la conservation de la race de David, héritière des promesses divines ; il aurait senti que le grand-prêtre, en rétablissant sur le trône le dernier reste de cette race, miraculeusement sauvé, accomplissait une œuvre non seulement religieuse, mais patriotique ; qu'il méritait la reconnaissance de ses concitoyens, comme aurait fait, aux yeux des Ecossais, quiconque eût rétabli le
(1) Cette admiration ne l'empêche |)a<, dans le Temple du Goût, de lancer contre K-s personnages des tragédie^ de Racine, une épigramme qui n'a été que trop développée depuis, touchant les jeunes héros amoureux qu"on voit dans ce théâtre.