LXXXV. — Les unions consanguines
(Bull. de la Soc. anthrop., 1872.)
M. Bertillon constate l'insuffisance d’un certain nombre de documents statistiques fournis dans les discussions relatives à la consanguinité.
Il ne croit pas que les mariages consanguins, même lorsque les mœurs les rendent très fréquents, aient jamais nui à une population. Aucun fait de population s’éteignant par mariages consanguins, preuves
nombreuses du contraire : voilà la conclusion qui ressort de Ja lecture des différents auteurs.
La consanguinité, inoffensive pour les grandes collectivités, ést-elle dangereuse pour les familles ? Les contradictions les plus manifestes surgissent en celte matière. Il est des familles surchargées dé consanguinité et qui n'en jouissent pas moins d’une santé excellente ; d'autres, au contraire, dont tous les membres sont affligés d'infirmités lamentables et qui aboutissent à une extinction rapide et misérable.
Il y a donc des familles bien douées et des familles mal douéés pour Ja consanguinité. Celles-ci S’éteignent rapidement ét d'autres prennent leur place; de cette extinction rapide vient sans doute qu’on n'à jamais vu de population s’éteindre pour compter un trop grand nombre de ménages COnsanguins.
Il est permis de croire que, dans ces ménages mal doués au point de vue de la consanguinité, le viée héréditaire d’une famille s’est multiphé par lui-même. Mais il est douteux que la consanguinité puisse faire surgir des infirmités nouvellés dans la fâmille. Toutefois les documents ne permettent pas de résoudre cette dernière question.
LXXXVI. — Conférences sur la population française. Série de conférences populaires faitesen 1872 dans la salle dela rue d'Arras.
L'une de ces conférences a été sténographiée et imprimée dans un recueil intitulé les Oraleurs sténographiés.
LXXXVII. — Rapport à la Société d'anthropologie sur le prix Godard. | (Bull. de la Soc. d’anthr., 19 déc. 1872.)
Dans ce rapport, M. Bertillon exprime le vœu que la Société, tout en reconnaissant le mérite et l’utilité des œuvres philosophiques, s’abstienne de les juger et de les récompenser dans ses concours. Ce sont des appréciations trop délicates. « De telles conceptions ne peuvent être jugées par des commissions scientifiques. Il leur faut un tout autre tribunal : le temps et l'espace, la grande discussion publique et souvent les réflexions de toute une génération sont nécessaires pour les infirmer ou les confirmer. » |
C'ést pourquoi M. Bertillon estime « qu'il est de l’intérêt de la science anthropologique de réserver les encouragements de la Société
SN
à la découverte des faits eux-mêmes ou aux induclions prochaines qu'ils autorisent de l’aveu de tous, et non aux inductions hardies, éloi- gnées, aux thèses métaphysiques, quelque ingénieuses, brillantes ou grandioses qu’elles nous paraissent ».
LXXXVIIL — Mariage.
(Article du Dict. encycl., février 1879.)
Avant de publier ce travail, M. Bertillon avait déjà indiqué quelques résultats dans une lecture à l’Académie de médecine (14 nov. 1871), dans la Gazette hebdomadaire et dans la Revue positive (janv. 1872).
Ce long et laborieux article se compose de deux parties : 1° Démo- GRAPHIE PURE ; 2° HYGIÈNE. — Quoique ces deux parties soient de longueur et door tance à peu près égales, nous insisterons surtout sur la première, ne faisant d’ailleurs que rapporter les titres des principaux paragraphes.
Fréquence des mariages étudiée dans chacun des pays de l'Europe. Le nombre annuel des mariages y est rapporté à la population mariable (célibataires au-dessus de 15 à 18 ans) et non à la population totale, ainsi qu’on a généralement le tort de le faire. — On voit ainsi que les mariages sont rares en Bavière, en Belgique, dans les Pays- Bas, en Suëde, de fréquence à peu près moyenne en France, et qu’ils sont très an en Angleterre. |
La nuplialité des hommes l’emporte toujours sur celle des femmes, ce qui lient au second mariage des veufs, plus fréquent que le second mariage des veuves.
Age du mariage étudié par sexes, par états civils, dans chaque pays de l'Europe. — L'âge du mariage est plus précoce en Angleterre qu’en France ou qu'en Italie. La nuptalité par âges et par états civils montre combien veufs et veuves ont plus de tendance à se marier que les célibataires du même âge.
Mouvements de la matrimontalilé, ses variations suivant l’abondance des récoltes. — En général la tendance au mariage diminue en Europe. L’Angleterre fait seule exception.
Variations selon les mois. En France et dans les autres pays catholiques, c'est en mars que les mariages sont les plus rares. C'est en . avril et surtout en février qu'ils sont les plus fréquents. Ils sont fré- . quents aussi en novembre. Dans les pays scandinaves, leur fréquence - double en novembre et décembre. | Influence de l'habitat. — Influence des religions, Les protestants se
marient plus que les juifs, et ceux-ci plus que les catholiques (documents allemands).
Influence de la morlalilé sur la fréquence des mariages.
Fréquence des mariages entre parents.
Mariages selon l’état civil antérieur des conjoints.
Mariages suivant les âges. —- Age moyen des époux. — Age probable du mariage.
Ages relatifs des époux. — Les mariages ADÉPpO ARR sont plus fréquents en France qu'en Angleterre.
Degré d'instruction des mariés.
Fécondité des mariages. — Elle est de à naissances par mariage moyen en Hongrie (le pays de l'Europe où elle est la plus forte) et de 3.08 en France (pays où elle est la plus faible).
Influence de l'âge des époux sur la fécondilé des mariages. — Mariages stériles.
Influence du mariage sur la santé physique ou morale.
Influence du mariage sur la criminalité. — La criminalité des céli-
bataires et celle des veufs dépasse celle des gens mariés. Cela est vrai pour les hommes comme pour les femmes (dont la criminalité est d’ailleurs toujours très inférieure à celle des hommes).
Sur 100,000 individus de chaque catégorie, combien en un an sont accusés de crimes (1861-1868) ?
Célibataires ... , . 40 hommes 9 femmes Mariés. d'h'eiTe PET Ex Mot cat e lIeUEs 20 Te. 3 "FRE Veufs CE Ste MerÉe LE Sh WP. JR . 2% 47e F 4 —
Ajoutons que les époux qui ont des enfants (et sans doute aussi les veufs qui ont des enfants) ont une criminalité moindre (18.6 pour les hommes et 3.2 pour les femmes) que ceux qui n’en ont pas (28.7 pour les hommes et 6 pour les femmes). Ces derniers chiffres
se rapportent à la période 1872-76 et sont empruntés à l'article
France.
Perversion intellectuelle. — Alénation mentale dans ses rapports avec le mariage. — On trouve ici des règles analogues aux PIS dentes :
Pour 10,000 Aabilants dé chaque état civil, combien d’aliénés ?
Gélthatäires: "74% ..…. 4 hommés 3.4 femmes Mariés stle e one te Te 2 . 1 pos 2 su Veufs en - 9 Ve 0 (7187 ENV ETe 4 Lors n) 7
Nombre de mariages dissous.
Divorces et séparations de corps (celles-ci vont sans cesse en augmentant de nombre). Séparations de biens.
Durée du mariage.
Influence du mariage sur la durée de la vie. — À CHAQUE AGE (excepté avant 20 ans pour les hommes et 25 ans pour les femmes), la mortalité des célibataires l’emporte sur celle des gens mariés, et celle des veufs sur les célibataires. Cela est vrai pour les deux sexes, pour toutes les périodes observées, et pour les trois pays où on a pu poursuivre cette étude (la France, la Belgique et la Hollande).
Au contraire, les trop jeunes époux, âgés de moins de 20 ans, fournissent une très forte mortalité (50 pour 1,000), et les hommes assez malheureux pour être veufs à cet âge, une mortalité plus grande encore; — chez les femmes, l'influence bienfaisante du mariage ne se fait sentir qu'après 25 ans en France; sans doute elle est voilée avant cet âge par les dangers du premier accouchement.
Rappelons que plusieurs pays, surpris de ces résultats, ont établi des statistiques propres à voir si ces loisse vérifiaient chez eux. Partout elles se sont confirmées.
Influence du mariage sur la tendance au suicide. — Une analyse soignée montre ici, mieux encore que précédemment, la salutaire influence du mariage.
Influence de la présence des enfantè pour diminuer la tendance au suicide des parents.
Conclusions de la première partie. — Nous empruntons à ce chapitre le passage suivant : « Si l’on apprenait que sur le tiers du territoire existe une population tellement misérable que chaque âge est frappé par une mortalité une fois ‘et demie à deux fois plus forte que sur le reste du territoire, que ses naissances ne réparent pas seulement la moitié de ses pertes; qu’en outre cette parte dela population française, comparée à l'autre, compte annuellement deux fois plus de cas d’aliénation mentale, deux fois plus de suicides, deux fois plus de crimes contre les personnes, deux fois plus d’attentats contre les propriétés ; que, par suite, l'administration doit pour elle entretenir deux fois plus de gendarmes, deux fois plus de tribunaux, deux fois plus de prisons, deux fois plus d’hôpitaux et d'asiles, et presque deux fois plus de croque-morts ; certes, si l’on apprenait que le tiers de notre territoire est frappé de tant de maëx, ce serait un grand émoi !
« D'un avis unanime, on demanderait à la science, à la loi, à l'instruction, à l'éducation, à l'impôt, à la faveur du souverain, aux
mœurs de s’employer pour diminuer un si humilant et si douloureux tribut de mortalité et d’ignominie.
« Eh bien ! nous avons prouvé que ce peuple misérable existe sur
notre sol; seulement, au lieu d'occuper un territoire à part, les deux peuples sont mêlés intimement sur toute la surface, et, ostensiblement, une seule chose les distingue: l'un vit sous le régime du mariage, l'autre sous celui du célibat. Mais enfin le soRRee des deux peuples n’amoindrit pas la divergence de leur nature... |
.….. « Que de raisons pour que la société fasse du mariage le des voir suprême ou mieux la condition même du citoyen! L’adulte ne doit-il pas à la famille ce qu’il estime de meilleur en lui : sa vie, son éducation, ses verlus, son instruction, et souvent une partie de sa fortune, de son crédit, et même de son honorabilité ? S'il se refuse à constituer à son tour une famille, s’il reste célibataire, qu'est-il sinon un débiteur qui, de propos délibéré, refuse de rendre ce qu'il a reçu, se constitue insolvable, et fait banqueroute à la société ? Je n'excepte œuêre..... »
La sé 8e partie (HYGIÈNE HATRIMONTALE) de l’article Mariage se subdivise en trois sections :
4. Conditions de santé, d'âge, de parenté, de tempérament, désirables entre les fiancés, soit dans leur di soit dans l'intérêt de leur descendance.
Vices de conformation qui apportent une gêne | notable, soit aux
rapports des sexes, soit à la fécondation, soit à l’accouchement.
2, Le mariage constitué, on montre comment la naiure même de l’union conjugale rend compte des résultats précédemment découverts par linvestigation statistique. On dit les préceptes d'hygiène propres à la fortifier dans cette voie.
9. Influence sociale du célibat et du mariage. Nous signalons les causes de dégénérescence qui menacent la société française au point de vue démographique, et les FOR d'arrêter ce mouvement, d’en changer le sens.