XIX° SIÈCLE
Jr° PARTIE. FRANCE CONSIDÉRÉE DANS SON ENSEMBLE. — L’accroissement de la population française pendant le xix° siècle fait l’objet d’un tableau numérique où l'accroissement physiologique (excès des naissances sur les décès) et l’accroissement de fait sont sans cesse comparés. Une comparaison internationale montre l'extrême lenteur de l’accroissement de la population française.
« Au commencement du xvirr° siècle, la population française était à la population anglaise comme 100 est à 40; anjourd'hui, comme 400 est à 90, et cela sans tenir compte des populations coloniales d’origine française ou anglaise, qui donneraient de beaucoup la suprématie à l'Angleterre. Ainsi, à moins que les causes singulièrement multiples, variables et encore mal analysées, qui président à la prolification utile des groupes humains ne viennent d’une part à diminuer profondément le croit des autres nations, et de l’autre à accélérer le nôtre (ce que rien ne fait prévoir), nous ne serons bientôt sur la terre QU'UN GROUPE MINUSCULE! »
La composition par âges, par états civils, de la population française, aux diverses époques depuis le commencement du siècle, fait
l'objét de recherches nombreuses que nous mentionnerons simplement. Une comparaison internationale montre que la France est le pays qui contient le moins d'enfants et le plus de vieillards.
Population par professions. — Délails sur la profession médicale.
— Populalion selon le degré d'instruction. — Nombre des déshérilés, indigents, malades, infirmes, aliénés, condamnés, prisonniers, elc. — Chacun de ces groupes est analysé par âges, par états civils, par départements. Il nous est malheureusement impossible de résumer ni de reproduire les conclusions nombreuses que l'auteur tire de ces analyses. Il faut ajouter que les documents français ne sont pas assez parfaits sur ce point pour qu'on ne doive pas s'en méfier beaucoup.
Nationalité et lieu de naissance des habitants de la France. Popula-
lion selon les culles.
I[° PARTIE. ÉTUDE DE LA FRANCE PAR DÉPARTEMENTS. — Ceci est la partie principale de l’article France. L'analyse devient ici impossible, tant les conclusions sont pressées, accumulées les unes sur les autres. Le moyen de résumer un résumé ?
Pour chacun des 89 départements français, l’auteur fait une étude démographique extrêmement complète, retournant, analysant et com-
parant les documents avec au‘ant de soin qu'il l'a fait pour chacune des monographies sur la Belgique ou sur l'Angleterre. Développé
comme il le faudrait, ce travail aurait exigé environ 900 pages du Dictionnaire, ce qui était évidemment inadmissible. L'auteur a donc resserré son travail. On ne peut voir sans admiration les tableaux numériques qui le réduisent à sa plus simple expression.
Parmi les très nombreuses conclusions qui ressortent de cet ouvrage, il en est plusieurs qui doivent être spécialement mentionnées. Nous avons déjà parlé de la mortalité infantile sans cesse croissante, de la mbrtalité des enfants illégitimes, qui est beaucoup plus élevée dans notre pays qu à l'étranger, sans doute parce que les lois y sont plus dures pour l'enfant naturel et pour sa mère, et parce qu’elles ne sont pas appropriées aux mœurs françaises.
Mais il est un point que nous signalerons ici. C'est l'extraordinaire mortalité des jeunes hommes français. M. Bertillon en avait fait l'objet d’une étude publiée dans les Annales de démographie et qu'il a reproduite dans son article FRANGE. Nous en citerons quelques passages :
À partir de 15 ans, la mortalité des jeunes hommes s’accroît en France avec une rapidité extraordinaire, dont on chercherait vainement un exemple à l'étranger. L’accroissement est tel que, la morta-
Sn,
lité de ces jeunes gens de 15 à 20 ans étant de 6.9 décès pour 1,000 vivants, elle s'élève tout à coup à 10.6 entre 20 et 25 ans. Elle rétrograde ensuite à 8.4 entre 25 et 30 ans ; puis elle est de 8.6 entre 30 et 39 ans, et de 9 entre 35 et 40 ans. Il faut dépasser la quarantième année pour trouver une mortalité égalant et dépassant celle de 20 à 25 ans. C'est là, certes, un fait bien singulier et imprévu ; la loi générale en effet c’est que, depuis 10 à 15 ans (âge de la mortalité minimum), le danger de mort aille réguliérement croissant depuis 15 ans jusqu’à la fin de la vie ; cette crue est d'abord lente jusqu'à 40 ans, puis elle s’accélère jusqu’au terme de l'existence.
Mais voilà qu’en France cette loi présente une singulière exception : de 20 à 25 ans, la chance de mort est plus grande que de 95 à 30, de 30 à 35, de 39 à 40! Si nos jeunes hommes suivaient la régulière progression physiologique, celle qu’on trouve en Suède et ailleurs, et que, par exemple, les coefficients de mortalité à chaque âge :
-De15à20. De20à 25, De 25 à 30, De 30435. De 35440. De 40à 45, Au lieu d’être, . 5 6.9 40.6 8.4 8.6 9 Fussent = do RE 5 5.8 6.6 7.4 8.2 9
Alors, dis-je, au lieu de 52,000 décès que nous comptons de 15 à 35 ans, nous n'en aurions que 42,000. Ainsi à cet âge précieux où l'homme, lant par ses acquis que par le long avenir qui lui sémble ouvert, est à l'apogée de sa valeur, nous payons en excédent à la mort prématurée un tribut annuel d'environ 10,000 jeunes existences dont la mort hâtive n’est justifiée n1 par la biologie ni par l'observation de la plupart des autres pays.
Si le mal est grand, du moins on constate qu'il va en diminuant. Eu 1840-49, la succession des coefficients mortuaires était :