‹ La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau;Chapitre 10 sur 58 · I. F. 131 ; cf. f · texte numérisé non relu

I. F. 131 ; cf. f

PRÉFACE

l'esprit de conquêtes, le despotisme ; mais, occupé sans cesse a détruire sans reparer, il ne s'aperçoit pas qu'il livre l'home a de plus grands maux : l'incrédulité..., et qu'il livre l'home a une aristocratie de gens voluptueux, le plus $ afreux des gouvernemens, qui ne peut subsister que pour le malheur de la multitude, et plus cruel que le plus afreux despotisme.

D'ailleurs, son imagination embrassant toutes les occasions de peindre le vice, la vertu, tous les plans, tous les

10 sistemes lui sont bons : il amené (?) sur l'home toutes les manières de jouir, ne scachant pas qu'il multiplie ses maux en apellant tous les plaisirs ensemble, tous les arts de la société, les plaisirs des 2 mondes.

L'autre examine les fondements de cette créance antique,

15 et, respectant leur profonde antiquité, il... cherche a rendre l'home a ses i^rs éléments : « Come te voila changé », dit il par cette belle image ou il le compare a la statue de Glaucus rongée par les flots de la mer, et qui, le faisant plus ressembler a un monstre marin qu'a un

20 dieu.. . Il abat les arts, les opinions, les institutions, les sciences, les traditions, tout ce qui ne porte pas le caractère de la nature ; il sehate d'élever son édifice sur la vertu, il offre au repentir de 2 amans uneleçon a(?), un argument invincible au froid athée ; il isole son eleve au

25 milieu des sociétés, lui donne le seul moyen d'y vivre vertueux et utile ; il fait le Contrat Social, il rafifermit le doute du prêtre vertueux et tremblant : partout il s'occupe du bonheur de l'home.

L'autre embrasse dans son histoire les intérêts des

30 peuples, mais l'autre du genre humain [f. 168].

Quand a la religion..., si on entend [par ce mot] les cultes de chaque pays, on peut dire qu'elle a fait beaucoup de mal aux différents peuples, ou bourreaux ou victimes

J.-J. ROUSSEAU

de leurs différents cultes ; mais si, par Religion, on s'en tient [à] la sublime et courte définition donnée par Jésus même, l'amour de Dieu et des hommes, on peut dire qu'elle est fort rare : dans ce sens, c'est le sceau de toutes les ver- S tus. Qui en a eu le plus, du catholique Voltaire ou du protestant Jean Jacques ?

On scait que Voltaire se plaisoit a percer ses ennemis des flèches du ridicule, et qu'il a épuisé son carquois [sur] Jean Jacques. Jean Jaques au contraire disoitbien rarement

10 du mal de ses ennemis et seulement dans le cas d'une juste défense; il n'avoit pas de rancune. Lorsque Voltaire quitta sa campagne de Fernei, un peu avant que Jean Jaques quitt[ât] Paris pour la campagne celui-ci me dit : « N'irés vous pas voir Voltaire comme font tous les gens de

15 lettres ?» — « Non, lui dis je, je serois trop embarasé : coment aborder un homme qui comme Ciceron, a eu des peuples pour clients et des rois pour flatteurs ? Je ne suis rien, je ne scai pas tourner un compliment. » — « Oh ! me dit il, vous n'avés point une idée convenable de Vol-

20 taire : un jour, dit il, un avocat du Bugeay l'étant venu saluer, s'écria en entrant dans son cabinet : c< Je viens saluer la lumière du monde ! » Voltaire se mit a crier a son tour : « Madame Denis, apportés les mouchettes ». R. ne m'a jamais parle de Voltaire qu'avec estime et

25 amour. Il le regardoit comme le dieu du goust et de la poésie légère : « Personne ne tourne un compliment come lui. » Je suis fâché, maigre les conseils de Jean Jacques, de n'avoir pas vu Voltaire en personne : j'aurois eu de ce grand homme de quoi prolonger ce paralele

30 entre son antagoniste [et lui] ; enfin la mort a réuni ces deux grands hommes divises pendant toute la vie [f. 162].

9 au contraire ne disoit jamais du mal — i r Voltaire voulut venir mourir à Paris un peu — 12 avant qu'il prit fantaisie à Jean Jacques d'aller mourir à la campagne, celui-ci

[APPENDICE A LA PRÉFACE

Ouvrages ^

Que seroit devenue avec nos sciences la pureté des mœurs antiques qui s'apuyoit chés les anciens sur ce sentiment commun à touttes les nations simples, que des dieux veilloient sur touttes les parties de la nature ? Notre philosophie a coup sur eut détruit leur religion et leur police, en expliquant les éclipses ; la rotation de la terre eut fait decendre Apollon de son char, et son ombre oté a Diane sa lumière et sa divinité. Les vents qui aportent les émanations de l'océan auroient brise l'urne des nayades, et l'impie lui même se seroit cru en surete lorsqu'il auroit vu l'électricité enlever le tonne[rre] des mains de Jupiter 2.

Notre religion, il est vrai, ne craint point les expériences du phisicien. Elle nous représente le maitre de l'univers bien plus eleve que... 3, Tetre suprême vetu du soleil et donnant de la ses lois à la nature entière, mais elle

2 la simplicité — 3 cette idée commune — 8 la chaste Diane eut perdu sa lumière et sa divinité — en interligne : Vomhre du glohe ote a Diane sa lumière et sa divinité — 10 l'océan les pluies aux montagnes, auroient brisé les urnes éternelles des nayades — 15 phisicien^ l'œil de l'home, l'examen du sçavant. Elle — 17 de la des ordres à — lois à toute la nature, mais — en interligne : mais elle n'avoit parlé que du résultat de ses ouvrages, la philosophie a voulu voir d'abord (?) leur ensemble

1. Ce morceau, composé de quatre pages très raturées, est du même format, du même papier, et delà même encre, que les dix premiers folios du ms. XCVIII. Il porte, d'une autre écriture, en tête, ce mot ouvrage, et en marge: à copier. Il figure au ms. CXXIV, folio 5-6 ; la copie^ assez correctement faite, suit, aux folios 7-10, avec un certain nombre d'observations et de ratures, de la plume d'Aimé Martin.

2. même. Tout ce passage est la reprise, au haut de la feuille, d'une première rédaction très raturée.

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