‹ La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau;Chapitre 13 sur 58 · Lacune · texte numérisé non relu

Lacune

2. dans la nature que des travaux. Une ligne inintelligible vient après.

/.-/. Rousseau,

J.-J. ROUSSEAU

couchoient sur le dure ; des femes ont avoué publiquement qu'elles lui dévoient ce qu'eles etoient. Plusieurs se sont efforcés d'être des Heloises, et elles sont bon juges d'un écrivain naturel, par la raison qu'elles sont toujours

5 femes, qu'elles tiennent biens moins aux préjugés d'état. On peut dire même qu'elles l'ont protégé sourdement contre la fureur des partis et des corps qu'il a si courageument bravés. Cependant persone n'en a dit plus de mal : il les traite de grands enfans, il détruit leur talens litte-

lo raires, leurs sottes parures, la frivolité de leur esprit, la duplicité de leur cœur, leur inconstance, leur désir de plaire a tous, leur intrigue ; on sent qu'il est fâche de ne pouvoir les aimer toutes entières ; on sent qu'il n'abandone qu'avec regret ce sentiment écrit dans tous les cœurs,

15 que le plus parfait bonheur de l'home est dans le cœur d'une feme vertueuse. Plus il reagit, plus elles sente[nt] leur pouvoir.

Volt[aire] les fait rire, et s'il paroit en fureur, elle[s] aime[nt] mieux les invectives de Rousseau que les compli-

20 ments de Voltaire. Il ne peint pas (de) l'amour en bel-

. esprit, ni en philosophe, ni en libertin, mais en amant qui veut rompre leurs chaînes et qui les chérit. Il est €ome ce sauvage qui, pour la i^^ fois, ayant vu le feu, rejoui de sa douce chaleur et de sa lumière s'aprocha

25 pour le baiser ; mais en ayant été vivement brûlé, le maudissoient, le prioient, l'adoroient, ne scachant si c'etoit une bete féroce ou un dieu. Mais, ce qui est etonant, c'est que, du sein de la solitude, oposé aux puissans et aux riches, il a influé d'une manière sensible sur la reforme

30 de leurs mœurs; il leur a inspiré, aux homes, des habil-

8 En interligne : les femmes sont parmi nous le lieu qui unit les deux extrêmes — 13 on sent qu'il auroit voulu pouvoir les aimer — 20 il ire parle pas

APPENDICE A LA PREFACE

lemens plus simples, le gout des exercices du corps^^ l'amour de la campagne porté dans la ville même, car c'est une remarque que le petit peuple a Paris vivoit autrefois dans les faux bourgs, et que depuis 30 ans les

5 riches veulent s'y établir. Plusieurs même ont fait des Elisées dans leur jardin, tant bien que mal. Il a inspiré aux femes de nourir leurs enfans ; on a banni des éducations honetes les mauvais traitemens qui avilissent, et aigrissent les ames. Enfin ces maximes ont gagné jusqu'au

10 trône : des reines ont allaité leurs enfans, et Flmperatr. de Russie Cath. 2 a bani des écoles publiques les châtiments corporels. Ainsi l'home rendu moins misérable deviendra moins méchant.

Si donc nous les comparons en ce point, nous verons

1$ une chose extraordinaire : que leur influence sur le siècle est en raison inverse de leur intention, de leurs talens, de leur réputation. Car Voltaire a influé beaucoup sur la dernière classe dont il se soucioit peu, superficiellement sur la seconde, et point du tout sur la i^^ q^'ii

20 aimoit tant ; Rousseau, au contraire, point du tout sur le peuple, profondément sur la seconde, et beaucoup sur les grands.

Rousseau l'emporte donc en utilité ^ : si le i^^ a répandu les lumières sur le peuple, le 2^ a doné 2$ des sentimens d'humanité aux riches, ce qui est plus difficile, et ce qui vaut mieux; si [le premier] voit ses maximes, ses opinions, répétées par une foule de lettrés (?)

9 avilissent, les châtiments corporels qui aigrissent — 16 intention, de leur dessein^ des mœurs et de leur réputation — 22 beaucoup sur la i""^. Rousseau

I. La lecture de ce passage est assez conjecturale, car la soudure des corrections est difficile.

J.-J. ROUSSEAU

le 2« a fait pratiquer les sienes, ce qui est bien plus fort, et celui-ci paroit avoir réussi en influant sur les grands, car la félicité des peuples dépend de ceux qui les régissent. Si on s'etonne d'effets si contraires c'est 5 [que] corne nous l'avons dit la philosophie du i^'^ n'étant que celle des gens heureux, tôt ou tard on est force de l'abandoner, et que celle de l'autre, celle des infortunes, devient a la fin celle de tous les homes.

Après avoir joué un si grand rôle dans le monde, tous

10 deux, o vanité des homes ! ont ete persécutés; tous deux ont été obligés de vivre hors de leur pays, et ont cherché des retraites dans la patrie l'an de l'autre. Volt., né a Paris, s'est retire près de Genève, a la campagne qu'il aimoit peu, mais ou il vivoit en prince. R., né a

15 Genève, a été forcé de venir a Paris pour y trouver de quoi subsister ^

Par une fatalité incroyable, lorsque le i^^ rendu aux aplaudissements de la capitale, l'autre a la solitude champêtre, paroissoient au comble de leurs vœux, la mort les

20 a frape a la fois a un mois d'intervale.

Cependant on dirait mieux que Rousseau commence d'être heureux lorsque Volt, cesse de l'être. Celui-ci etoit au comble de la fortune, l'autre a la fin de la sienne, dans l'impuissance de travailler, a l'entrée de la vieillesse, obligé

2$ d'accepter un azile a 70 ans 2.

L'Académie Françoise, que Volt, a honorée par ses vastes talens, va présenter aux homages merittés des gens de lettre et de gout, aux nations, aux souverains étrangers du nord son buste tout couvert de lauriers : je présente

15 pour trouver a subsister d'abandoner Genève qu'il aimoit tant pour vivre a Paris

1. Quelques notes pour ce morceau figurent au dossier XCVIII, f. 120,

2. Ce paragraphe a été ajouté après coup, au bas de la page, avec un signe de renvoi au texte.

APPENDICE A LA PREFACE

a tous les homes la statue de Rousseau battue aux vents de l'adversité, nue, rude, mutilée, n'ayant rien de J'elegance moderne ; mais, a la grandeur de ses proportions, on verra que c'est une antique ^

I présente aux homes de tous les temps la statue

I. Ms. CXXIV, f. 5-6. — Cf. au dossier XCVIII, f. i66, une note se rapportant à la même idée : « a la fin. — je le représenterai avec ses défauts, inégalités, humeurs, exposé aux injures de la fortune, de Tage,

•des partis, de tous les vents, les pluies. [Cette statue] n'a point le poli ni

l'elegance de nos modernes, mais c'est une antique. »

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