‹ La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau;Chapitre 28 sur 58 · I. Ces dix mots ont été ajoutés en interligne · texte numérisé non relu

I. Ces dix mots ont été ajoutés en interligne

J.-J. ROUSSEAU

fugitif c'est moi même ; je me crois assés loin des desordres de ma jeunesse pour oser les avouer; et la main qui m'en tira meritte bien qu'aux dépens d'un peu de honte je rende au moins quelque honneur à ses bien 5 faits ' » .

Echapé aux mains cruelles des moines, recueilli et réchauffé par un bon samaritain, il se vit un moment a la porte de la fortune et des honneurs. Il fut attaché a la légation de France a Venise, et il fit pendant l'absence de

lo l'ambassadeur les fonctions de secrétaire d'Ambassade. L'Ambassadeur, qui etoit fort avare, voulut partager avec lui l'argent que la Cour de France passe dans ces circonstances en gratification aux secrétaires : pour l'engager a faire ce sacrifice l'Ambassadeur lui disoit : « Vous n'avés

15 point de dépense a faire, point de maison a soutenir. Pour moi, je suis obligé de raccommoder mes bas. — Et moi aussi, dit Rousseau, mais quand je les raccommode il faut bien que je paye quelqu'un pour faire vos dépêches. Le caractère de cet ambassadeur etoit bien connu aux Afaires

20 Etrangères ; une personne digne de foi m'a cité plusieurs axiomes ^ de son avarice ; il disoit, ent[re] autres, que 3 souliers equivaloient a 2 paires, parce qu'il y en a toujours un plutôt usé que l'autre. En conséquence il sefaisoit toujours faire 3 souliers a la fois 3.

25 J'observai a cette occasion que tous les ambitieux

8 des grandeurs. Il fut — 16 soutenir comme moi — 17 moi aussi je raccommode les miens^ dit

1. Émile, livre IV. La transcription de B. de Saint- Pierre est exacte, sauf deux mots.

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