IV
C'etoit dans M»" R. la base fondamentale de son carac-
CARACTÈRE NATUREL
tere naturel : il preferoit un trait de sensibilité a toutes les epigrammes de Martial, ...un peu de miel a tout le fiel dont nos sociétés s'abreuvent aujourd'hui [f. 148]. Très sensible, quand on lui racontoit... quelque evene-
$ ment malheureux, il pleuroit ; et, quand je le voyois sombre, a coup sur je disois : « Il est dans le caractère social, ramenons le au naturel. » Je lui parlois de ses lectures. Un jour, a la Muette, il etoit tard ; etourdiment je lui propose un chemin plus court a travers
10 champ ; distrait autant que lui, nous étions quelque fois égarés. Le chemin nous ramené dans Passi ; le long de ces longs quais, des bourgeois sur leur porte, prenant le frais : la nuit aprochoit. Je le vis changer de phisionomie. — « Voila les Thuilleries. » — « Oui, mais nous
15 n'y somes pas. Oh ! que ma feme va être inquiette », repeta-t-il plusieurs fois. Il hausse le pas, fronce le sourcil. Je lui parlois : il ne me repondoit point. Je lui dis : « Encore vaut-il mieux être ici qu'Antoine dans les solitudes de l'Arménie. » Il s'arete : « J'aimerois mieux être
20 au milieu des flèches des Parthes que des regards des homes. »
« Antoine s'en tira et nous aussi. Qu'Antoine est intéressant dans le malheur !» — « Oh ! oui ! » Alors la conversation sur Plutarque ; il revint a lui. 25 Mais quand on le ramenoit directement a la nature, a coup sûr le changement [etoit] plus prompt... Il ramenoit tout au peuple [f. 106].
Il parloit avec affection de M^^^ M^i i, des bords du lac ou il avait fait un voyage, des isles St Pierre, de son 30 pere, de ses cotteries ou on l'apelloit David [f. 114].