I. Mylord Maréchal
J.-J. ROUSSEAU
Ses mœurs.
II n'avoit jamais senti aucun désir pour une fille du monde, quelque belle qu'elle eut été ; ce qui m'étonne, vu son caractère ardent et aimant [f. 169].
$ Traits de M" Rousseau ' .
Un jour il me disoit d'un ton fâché : « On m'a perdu une plante dans la plaine des Sablons. » — « Ce sont les revues. » — « Oh! non! dit il, ce sont les courses », comme si les choses de luxe lui eussent été fatale.
10 II me disoit : « Oh ! que l'inocence ajoute de pouvoir a l'amour ! J'ai aimé deux fois passionement ; l'une, une personne a laquelle je n'avois jamais parlé. Un seul signe a été la source de mille lettres passionées, des plus douces illusions. J'entrois dans un apartement ou elle
15 etoit: je l'aperçois, le dos tourné ; a sa vue, la joye, le désir, l'amour se peignoient dans mon visage, dans mes traits, dans mes gestes ; je ne m'apercevois pas qu'elle me voyoit dans la glace. Elle se tourne, offensée de mes transport, et du doigt me montre la terre : j'allois tom-
20 ber à [ses] genoux lorsqu'on entra. Ce simple mouvement fut cause de lettres très douces. » — « Elle etoit mariée sans doute ?» — « Oui. » — « Oh ! je conçois combien doux ce mélange d'amour et de vertu. »
« Un autre fois, en Suisse, voyageant seul a pied dans
25 une solitude, j'entends de loin des éclats de rire de 2 jeunes demoiselles. Elles etoient à cheval, et alloient diner a un château a une lieue de la. Un ruisseau se pre-
20 Ce geste fut