I. C'est-à-dire : quelle belle scène muette
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douces. Après cela nous allions nous rafraîchir a une belle vue. Il me parloit de ses amours, de la Suisse,... du lac de Genève.. ; je n'en sortois point sans être meilleur et avec un apetit extrême de la nature [f. 123]. 5 II me cita une bien vieille chanson de trois amis qui arivent au cabaret, une nuit d'hyver ; dont le sens est : donés nous trois fagots, trois brocs, et un verre [f. 139].
Il aimoit beaucoup les voyageurs, surtout ceux qui décrivent la nature. Quand il en avoit rencontré quel-
10 qu'un qu'il n'avoit pas lu, il menageoit le plaisir de le lire : « Je le lirai cet hyver auprès du feu. » Il preferoit avec raison une promenade dans un beau jour, et la nature à la représentation.
Une fois il y fut atrapé : — voyage par le pôle autour du
1 5 monde ; il se trouva que c'etoit un mauvais roman
Aimoit Richardson et sa Clarisse ; comparé a Eloïse : « Je n'ai fait qu'un tableau, il a fait une galerie. » Son Grandison trop heureux n'intéresse jamais; d'ailleurs 20 point de tableau naturel.
Il aimoit qu'on lui done une meilleure idée des homes ; il me parla [d'un] voyage en Sicile, par un Anglois, ou il estimoit les Siciliens dont on lui avoit doné une mauvaise opinion.
25 II preferoit les relations de voyages anglois par ce que plus remplis d'observations de la nature [f. 139].
Son jugement.
Sur lui même : n'auroit voulu être un autre, parce qu'il avoit été tout ce qu'il pouvoit être; disoit, come 30 Fontenelle a la mort, que ce qu'il se felicitoit le plus
/.-/. Rousseau, 9
d'avoir fait dans sa vie, c'est de n'avoir jamais jette le moindre ridicule sur la plus petite vertu
Sur les gens de lettres.
îl me disoit souvent qu'il n'y avoit rien de plus 5 aimable qu'un home qui cultivoit les lettres pour l'amour d'elles mêmes, sans prétention.
Il -^est impossible de voir Tetat malheureux ou elles ^oM iitedoaiîes de nos jours sans présager leur décadence : « L'intolérance theologique, me disoit-il, n'est [pour] s© aous qu'une branche de l'intolérance, et tout cela vient de Feducation qui nous eleve a nous surpasser dans les collèges par un vain babil, a porter notre affection chés les Grecs ou chés les Romains, et nous rend la patrie étrangère... La vertu est a descendre et non a monter. » ss R. n'avoit point été élevé dans un collège [f. 117].
Jugement sur R.
Maïs après [avoir] jugé son esprit, jugeons le nous memt sur ropinion qu'aura de lui la postérité. Je suis hwn .arse de dire ceci pour les littérateurs de notre siècle :
ao il J a une chose seule qui, avec les talents, assure la réputation des grands homes : ce n'est point l'esprit, car qui en a plus que Martial ? ce n'est point la volupté, car Lucrèce et Ovide; ce n'est point la haine des vices, car qui peut dire plus que Juvenal ? mais c'est l'utilité
as âont un écrivain est au genre humain, au plus grand membre,
T. F. T 38. — Cf. f. 123 : « Il me citoit souvent, et s'apliquoit le mot de Fontenelle mourant : « Q.ue vous félicites vous le plus d'avoir fait? — 3De n'avoir jetté le moindre ridicule sur la plus petite vertu. »
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On m'object[era] les artistes si estimés chés les Grecs, les comédiens, les orateurs, et ches nous ces états considérés et caressés par les riches. Mais c'est que les artistes grecs peignoient leurs grands homes ; leurs gens $ de lettres les louoient ; les acteurs du tragique [représentaient] les grandes actions de la Grèce ; et les nôtres ne parlent que de ceux des Grecs. Coment un peuple a qui Ton met en latin les inscriptions de ses princes [peut il les aimer] ? Oh ! que de choses a dire sur les moyens d'at- 10 tacher le peuple a la patrie ! Mais voyés come il préfère Henri 4 a Louis 14, quoi que celui ci plus puissant ^ : l'autre affable et utile.
Or on lui objecte ^ d'avoir ébranlé la religion, en jettant le doute [dans les esprits], la religion, si nécessaire 1$ au maintien des états et au bonheur des homes.
Je reponds qu'il n'ébranle pas ce qu'il examine, mais qu'il le rassure.
Il a apris a doutter a des gens qui ne croioient plus rien. Il y trouve même un nouveau degré de preuve 20 indépendant du témoignage des homes : <.< Je crois a l'Evangile, dit il, parce que l'Evangile parle a mon cœur », et ce beau tableau que l'on prononce dans les chaires
Quand a l'autorité de l'Eglise, [on comprend] ses opi- 2$ nions comme protestant. D'ailleurs l'oposition etonante et incroyable du luxe et des richesses et de la coruption du clergé [avec l'Evangile] avoient excité avant lui les Jeromes, les Bernards ; quand au dogme, c'est un protestant.
30 II a, dit-on, ébranlé les fondements du gouvernement ? Mais dans son Emile... raisonant avec lui de la haine, et