‹ La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau;Chapitre 43 sur 58 · Lacune dans le texte · texte numérisé non relu

Lacune dans le texte

SES OUVRAGES

enfin des acteurs du s^ Nicolet, il y a 3 (?) ans, se déguisèrent en laquais avec des livrées, ordonerent un grand diner pour leur maitres, soi disant chasseurs, et finirent par enlever l'argenterie.

5 Cour d'honneur. Ce n'est point un paradoxe de dire que pour détruire les duels il faut les permettre. L'abé de Pierre trouve fort étrange qu'on permette le port d'arme, ailleurs qu'en voyage, et qu'il y ait des maitres d'armes lorsque les duels sont défendus...

10 On scait ce que les anciens [pensaient], le peu d'estime qu'ils faisoient des gladiateurs pour la guerre ; on me citera Spartacus : mais Spartacus ne s'indigna que pour cela même qu'on l'avoit avili a en faire un gladiateur, qui tire tout son courage de son adresse.

15 II n'y a que des moines qui puissent croire que les regimens les plus tapageurs sont les plus braves ; on ne conoit point le duel parmi les Prussiens, ni parmi les Russes, ni chés les Romains ni les Grecs...

Or il n'y a rien de si affreux que de mettre un home

20 vertueux, courageux, entre la crainte d'être deshonoré par la loi ou par sa nation. Il faudroit donc les rendre permis, et publics. — Mais la religion ? — Mais les loix sont une religion. Elle defFend de plaider, on plaide, on fait la guerre.

2$ Au reste sa note [est] très blâmable même au jugement des homes les plus sensibles...: sur un souflet doné it semble permettre et conseiller l'assassinat. Il se met ici a la place du foible a qui la loi lie les mains, [la loi] qui ne reçoit les plaintes que du militaire et du gentilhome

Sur ses ouvrages.

Son Heloise. — « N'est ce pas votre histoire ?» — c< Ce

J.-J. ROUSSEAU

n'est pas tout a fait ce que j'ai été, mais ce que j'aurois voulu être » [f. 157].

Il ne parloit de Richardzon, auteur de Clarisse, qu'avec enthousiasme. Voulant comparer son Heloise a Clarisse, 5 [il disait] : « Je n'ai fait qu'un tableau ; il a fait une galerie ; quelle beauté de scènes d'apartement. »

Mais en quoi il l'emporte, c'est qu'il n'y a point de scites divers ni de fonds naturels a ses tableaux qui font un si grand effet dans l'Heloise, et partout [f. 123].

10 Enfans.

En voyant des enfans jouer sur les gasons des Thuileries, « Voila des gens que vous aves rendu heureux. On a fait ce que vous avés voulu. » — « Il s'en faut bien ! On se jette toujours dans les extrémités. J'ai parlé de ce 1$ qu'ils ne fussent pas tyrannisés : ce sont eux a présent qui tyranisent leurs gouvernantes, précepteurs » [f. 117].

Influence et abus quon fait de Rousseau.

Il y a beaucoup de gens qui ont abusé de son éducation. Les uns voudroient que les enfans fussent vigoureux, et [que] l'éducation d'Emile [fut dirigée] non pour la vertu mais pour les plaisirs ; ou [d'autres voudraient] avoir son éloquence pour la considération [qui lui est] attachée, sans penser qu'elle ne naît que des actes vertueux,... que les plus vertueux des homes ont été les 2$ plus eloquens et les moins soucieux de... laisser des écrits a la postérité, témoin Socrate, Phocion, Brutus, Caton.

D'autres voudroient des Sophies, pour en faire des maitresses ; d'autres aiment les doutes de son examen afin

SES OUVRAGES

de ne rien croire du tout, et se comparent au b^^ de Volmar, le plus méprisable des caractères, s'il ne se convertissoit pas. Mais il a influé toutefois dans ce siècle come« dien [f. 149].

5 Ses ouvrages.

Le meritte par excellence d'un écrivain est lors que sesécrits ont influé sur le bonheur des homes. Volt., avec son universalité, comme nous l'avons dit n'a rien fait ; et, malgré les cris qu'il jette contre les conquêtes, il donne

10 tant de louanges aux conquérants... ; le R[oiJ de P[russe} et l'Impératrice de Russie auront-ils fait le bonheur de leurs sujets et de leurs voisins ?

Rousseau au contraire : des reines ont allaité leursenfans ; un grand roi a apris un métier ; des riches ont

15 cherché a construire des Elisées sous le nom de jardins a l'angloise ; il a adouci l'éducation des enfans, jusque la que l'Imp. de R. a bani de ses écoles les châtiments corporels, ainsi qu'il devroit être fait chés nous. La malheu^ reuse Pologne semble espérer de l'educat. de ses enfans.

20 J'ai conu des libertins reformés par ses divins écrits : les. uns se sont mariés ; d'autres, des officiers, avoient renoncé, d'après ses écrits, a l'usage de la viande, et ne s'en portoient que mieux, couchoient sur la dure ; des prêtres, respectables ont prêché dans leurs sermons [ses] éloges

25 du christianisme... : o pouvoir de la vertu jointe a l'éloquence ! [f. 170].

Ses ouvrages.

J'ai conu plusieurs jeunes gens qui se sont abstenus de prendre des états, voulant se raprocher de la nature ;

J.-J. ROUSSEAU

mais il n'a pas dit que Thome ne devoit rien faire. Il fait exercer un métier a Emile ; lui même en a exerce un. Certes il ne favorise pas la paresse, car de se faire cultivateur demande du travail et une grande force d'esprit 5 [XXXVIII, f. 25].

Sur ses ouvrages,

Quelques uns ont blâmé dans son Emile d'y faire entrer l'amour comme partie de l'éducation...

Il est bien étrange que l'educat. publique, nous apre-

10 nant si complètement et avec tant de succès a hair, sous le nom d'émulation, regarde l'amour comme une chose obscène ; soit : ils ont voulu faire des célibat., et ont cru qu'il suffisoit de n'en point parler. Toutefois cela n'empêche qu'on ne le vous montre orné de tous les feux

15 de la poésie, dans Virgile et dans Horace ; mais ce sont livres consacrés.

Pour moi, voyant le rôle qu'en ont tiré Lycurgue pour ses Spartiates et Pelopidas pour les Thebains, j'oserois plus dans une pareille question, et, pour éviter les incon-

20 venients des Grecs, je voudrois que des ce tems la on començat d'aimer ; tant les lois de la nature me paroissent même éludés dans Emile, car la nature nous inspire des amours, et les haines sont l'ouvrage des homes [f. 125].

Sur Emile.

2$ Sa manière de procéder, en descendant des principes aux conséquences, lui a fait dire une chose très condamnable, et dont j'ai vu les jeunes gens les plus susceptibles révoltés avec raison. C'est page 323, livre 4 d'Emile, dans une note : c'est au sujet d'un soufflet ou d'un démenti :

SES OUVRAGES

«... Qu'est ce qui est a l'abri d'un souflet — qu'on se vante longtemps de l'avoir insulté ^ ! »

Si cette manière de raisoner etoit juste, il n'y a pas un seul home qui ne [se] soit trouvé dans le cas d'être 5 insulte ; d'ailleurs ceci peut s'apliquer a la calomnie et a tout ce qui attaque l'honneur, contre lequel nos loix sont insuffisantes. Il faut avouer que cette notte semble conseiller l'assassinat. Pour moi je la crois une des choses qu'il se repentoit d'avoir ecrittes ; elle est d'ailleurs

10 absurde de tout point, et contradictoire a ce qu'il a dit quelques pages plus haut :

« La force du devoir, la beauté de la vertu, entrainent malgré nous nos sufrages, et renversent nos insensés préjuges. Si je recevois un soufflet en remplissant mes

15 fonctions auprès d'Emile, loin de me venger de ce souflet, j'irois partout m'en vanter, et je doute qu'il y eut dans le monde un homme assés vil pour ne pas m'en respecter davantage. »

Il n'est pas nécessaire de la réfuter 2. Quand a ce qu'il

2G dit de l'insuffisance des loix en pareil cas, il se trompe. Pierre le Grand a ordonné qu'en pareil cas l'offenseur serait dégradé, le bourreau repeteroit publiquement 2 fois la même injure sur l'offenseur [f. 160].

Au reste dans les vengeances, si vous pouvés vous ven-

25 ger, ne le faittes pas : élevés vous au dessus de l'offense ou de l'offenseur. On admire la clémence de César : il est aisé de pardoner quand on a la foudre dans ses mains, et son ennemi a ses pieds ; mais, de pardoner a qui ne nous demande pas pardon, a ceux qui sont plus forts que

30 nous ! Si vous ne pouvés pas vous élever au dessus de

1. J'ai cru inutile de reproduire le passage de Rousseau que Bernardin a recopié tout au long.

Page 1