MORALITÉ DE SES OUVRAGES
trop générales ne peuvent gueres s'apliquer a un peuple, corne celle de l'architecture aux particuliers bâtissant sur desterains irreguliers.
Il a dans ses Lettres de la Montagne voulu reformer 5 Genève ; mais les persécutions éprouvées lui ont apris que, de tous les gouvernemens, les loix de l'aristocratie ne pouvoient se dénouer, mais qu'il falloit les rompre.
Ce n'est point par le despotisme, ni même par l'anarchie, c'est par l'aristocratie, ou le gouvernement des 10 riches, que tous les états ont péri : a commencer par la Grèce, Rome, et, de nos jours, la Pologne.
Je ne scaurois m'empecher de souhaiter qu'il eut vécu 30 ans plus tard, qu'il fut né francois, sous le gouvernement d'un prince qui, par ses mœurs, et le désir de rendre 15 son peuple heureux...
Au lieu de généraliser et d'étendre ses idées, il les eut adaptées a nos besoins et il me semble qu'il eut trouvé des encouragemens pourhazarder la reforme entière d'un peuple, deja préparée par Fenelon qui a indiqué en quoi 20 consistoit le bonheur d'une nation. Je crois qu'il l'eut trouvée, la cause de nos maux, dans ces 2 points : l'éducation et les grandes propriétés.
L'éducation nous rend vains, désireux de captiver et subjuguer autrui ; en vain [on fait apprendre desj discours 2$ de gramaire, de littérature : elle avilit les ames par les chatimens receuillis des Juifs ou des Grecs du Bas Empire ; cette ambition, ou émulation, ne menant a rien d'utile dans le monde ou tout s'achète, elle se tourne d'activé en passive, et, aigrissant les ames, elle engendre les 30 duels, les calomnies, les procès, les haines, les superstitions même, les sectes dont la passion unique est de détruire sans autre motif.
D'une autre coté les grandes propriétés, qui ont formé
J.-J. ROUSSEAU
la vénalité, ne [font] que s'acroitre chaque anée d'une part, tandis que l'indigence du plus grand nombre croît ; de la, dans un certain ordre, pour subsister, cette foule de comédiens, d'académiciens, gens de lettres, artistes, 5 médecins, avocats, très surabondants, comme dans la décadence de la Grèce et de l'Italie; d'un autre part, dans le peuple, les mendiants, les voleurs, les filles de joye, les mendiants, si nombreux qu'ils sont aujourdhui a la 4^ partie des habitans d'après un calcul simple tiré des
10 provinces les plus riche. Livarot et les Loges.
On me dira a cela : « Que m'importe après moi l'existence de l'Etat ? » Voila donc pourquoi il faut rentrer dans l'éducation nationale pour inspirer la vertu et [faire] des loix qui deffendent les grandes propriétés.
15 L'indigence n'est pas encore portée ches nous corne en Italie ; il n'y a ni tant de théâtres ni d'académies ; le peuple ne châtre pas encore ses enfans ; la France a encore ses princes naturels, notre(?) unique espérance [f. 159]. Tous ses ouvrages portent sur les plus tendres affec-
20 tions : son Devin du Village, le charme de l'amour champêtre. Daphnis et Cloë, dont 2 actes finis, le 3^ imparfait ; la reformation et les plaisirs avoués (?) de la vertu dans Heloise; les charmes de l'enfance dans l'Emile. Il me vouloit engager a le continuer. Il auroit, s'il eut ete
25 plus jeune, voulu faire un traité sur la vieillesse, et des avantages de l'adversité. Il cherchoit dans toutes les scituations de la vie les moyens d'être heureux par la vertu.
Il avoit fait des traductions des meilleurs morceaux du Tasse, un poème sur le sujet du [Lévite] qui coupe sa
30 femme en morceaux ; il avoit mis en musique des lamentations de Jeremie : quo modo fada est vidua regina civitas ; dès romances angloises, sur la fin de ses jours.
I dans le ms. : fait
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Si du séjour reserve a la vertu maheureuse il y a encore quelque comunication avec cette vie si agitée, vous jouissés de cette harmonie ; vous vous plaisés encore le long de ce fleuve ; vous voyés ces harmonies divines, 5 ces lieux que, come Homère, vous avés revêtus d'un nom imortel : Vevay, Carence, le lac de Genève. Vous voyés ces ames heureuses que vous avés aimés : Fénelon, Plutarque [f. 127].
SA PHILOSOPHIE [f. loi].
Son influence sur son siècle.
Il a corrige et reformé des libertins : j'ai conu un jeune 5 homme à qui il avoit inspiré l'amour de l'héroisme, au point qu'il eut été le fanatique de la vertu [f. 125].
Sur les hommes.
Il m'a dit souvent : « Je crois connoitre l'homme, mais, pour les homes, je ne les connois pas [f. 117]. 10 J'en avois communique ^ a J. J. qui frapé ; quoi qu'il fut facile sur les ouvrages d'autrui, son admiration etoit un éloge...
« Il est bien vrai qu'il y a une raison universelle : on la refuse aux animaux, mais un et un sont deux pour eux 15 come pour les homes ; ils ne l'etendent pas hors de leur besoin, et si un homme come Voltaire eut été renfermé dans le corps d'un oiseau, il n'eut pas volé autrement ni autrement fait son nid. »
Descartes la nie et Mallebranche : ces grands génies, 20 voulant justifier la bonté de Dieu, se refusoient au sentiment de leur conscience. On dit même que Malebr.,
16 un homme éclairé come Voltaire étoit renfermé
I. Bernardin avait communiqué à Rousseau une partie de ses Études de la Nature encore inédites.