XCVIII
5. Ce trait lui a-t-il semblé faire double emploi avec la scène du joueur de gobelets dans VÉmile ?
AVANT-PROPOS
l'auteur, un chapitre sur l'esprit de Jean-Jacques, un autre sur ses ouvrages, un autre sur sa philosophie, et une conclusion sur sa mort.
On voit donc quelle différence il y a entre ce nouveau texte et celui d'Aimé Martin. Martin a fait comme ces architectes vaniteux et peu scrupuleux qui, sous prétexte de restauration, refont une œuvre, de fond en comble, au gré de leur fantaisie. Je me suis contenté de ramener à la lumière ce qui subsiste de Toeuvre projetée : partie complète, gros morceaux, etc. ; quant aux menus fragments, je les ai rapprochés d'après leurs affinités, comme on fait dans les musées archéologiques.
Le texte qu'on va lire est la reproduction exacte du manuscrit, avec les corrections, les variantes intéressantes, et l'orthographe : Bernardin, on le sait, attachait une réelle importance aux questions d'orthographe ^ ; mais, il ne faut pas l'oublier, nous avons dans ses manuscrits non pas une mise au net prête pour rimpression, mais de l'écriture courante, avec la négligence que l'on apporte toujours en pareil cas à former les lettres, à tracer par exemple les trois jambages de Vm. C'est ainsi que, pour écrire homme, Bernardin tiiet tantôt bonne, tantôt homne, ou encore home, etc.
D'autres fois, pour les règles d'accord du participe ou de l'adjectif, il ne faudrait pas conclure d'une irrégularité apparente à une théorie arrêtée, chez Bernardin. Ainsi quand on trouve : « il avoit les pieds très sensible », il n'y a pas à s'arrêter à ce fait que pieds est au pluriel et sensible au singulier ; cela tient tout simplement à ce que l'auteur avait mis d'abord : // était très sensible. Puis il a supprimé etoit, a écrit en interligne avoit les pieds, et a négligé d'ajouter une s à sensible. J'ai eu soin de marquer en note les variantes qui expliquent ces négligences. Il
I. Bernardin de Saint-Pierre d'après ses manuscrits, p. 282 ; Bernardin de Saint-Pierre, son caractère, p. 19-20.
AVANT-PROPOS
y a du reste nombre de lapsus sans autre explication que celle que je donnais tout à l'heure : chacun de nous, en prenant des notes pour lui-même, commet de ces irrégularités.
Quant à l'accentuation, elle est très fantaisiste : lorsque Bernardin y songe, il met un point sur un e au lieu d'un accent, aussi bien que l'accent convenable.
La ponctuation n'existant pas dans ces papiers de Bernardin, j'ai été obligé d'y suppléer moi-même : je n'ai pas voulu exposer le lecteur à une fatigue inutile, mais très réelle, car je l'ai ressentie en copiant ces manuscrits dont la lecture ressemble trop souvent à un véritable déchiffrement.
Dans la même intention les apostrophes qui manquaient dans des cas semblables à /a/ pour /'a/ ont été rétablies. Nous avons mis également aux noms propres et aux mots qui commencent une phrase les majuscules que B. de Saint-Pierre remplace le plus ordinairement par des lettres simples.
Enfin nous n'avons pas poussé l'exactitude jusqu'au fétichisme en reproduisant les simples négligences de plume : quand l'auteur écrivait conne^ hone ou bonne, il voulait évidemment mettre comme, home ou homme, c'est ce que nous avons imprimé.
Il ne me reste plus qu'à remercier M. Albert Cahen, inspecteur d'Académie de la Seine, à qui la Société des Textes français modernes avait confié le soin de revoir mon manuscrit. Ses conseils, que j'ai suivis, ont beaucoup servi, je crois, à rendre moa livre meilleur.
[PRÉFACE