CLASSIFICATION DES SCIENCES
Essais des anciens.— Saint Bonaventure. — François Bacon.— L'Encyclopédie.— Le système d'Ampère ; exposé de ses idées. — Sciences cosmologiques et sciences noologiques avec leurs subdivisions. — Historique de la classification d'Ampère, d'après sa correspondance. — Enseignement d'Ampère au Collège de France. — Son essai sur la philosophie des sciences, — Le Carmen mnemonicum. — Réflexions sur l'œuvre philosophique d'Ampère.
LES savants et les philosophes ont entrepris bien des fois d'établir une classification méthodique et rationnelle des connaissances humaines. Pendant le moyen âge, les études furent d'abord partagées en plusieurs branches qu'on appelait « les sept arts libéraux»; mais, dès le xm*^ siècle, leur domaine s'était assez développé pour que saint Bonaventure ait appliqué son grand génie à une véritable classification qu'on trouve exposée dans un écrit intitulé : « De reductione ariium ad Theologiam ». Il ramène toutes nos connaissances à leur source première, c'est-à-dire
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à la lumière divine, dont le rayonnement se fait vers nous sous quatre formes principales. C'est, en premier lieu, la lumière extérieure, comprenant les arts mécaniques et usuels; puis la lumière inférieure, comprenant les autres arts, tels que la musique, la peinture, la sculpture, qui ont plutôt pour objet le développement du goût et l'expression sensible de Tidéal. Vient ensuite la lumière intérieure, c'est-à-dire la philosophie, admettant elle-même trois subdivisions : la logique, l'étude de la nature et la morale. Vient enfin la lumière supérieure ou surnaturelle, à laquelle se rapportent le dogme, la morale chrétienne et la mystique, c'est-à-dire l'union de Tàme avec Dieu.
Parmi les classifications les plus célèbres, il faut mettre au premier rang celle de François Bacon, exposée dans son traité « De la Restauration des Sciences». L'auteur commence par* distinguer dans l'entendement trois facultés principales : la mémoire, l'imagination et la raison, auxquelles se rattachent l'histoire, la poésie et la philosophie. L'histoire se divise en histoire naturelle et en histoire civile; la seconde partie réunit les divers genres de poésie; enfin la troisième partie, qui est de beaucoup la plus considérable, comprendra science de Dieu, la science de la nature ou la philosophie naturelle, et enfin la science de l'homme avec toutes ses ramifications.
En tête de V Encyclopédie^ on trouve un tableau représentant le Système figuré des connaissances humaines^ avec une Explication de ce Système, Au fond, cette nouvelle classification ne diffère pas essen-
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tiellement de celle de Bacon, elle repose sur la mêine division des facultés de Tentendement ; toutefois Tordre est changé, la raison occupe le second rang, rimagination ne vient qu'au troisième.
Ces essais ne furent pas les seuls. Dans son Introduction aux Œuvres philosophiques de Bacon ^ M. Bouillet en signale un nombre considérable, auxquels se rattachent souvent de grands noms de la philosophie et de la science, pendant les xvii'' et xviii* siècles. Ampère s'occupa à son tour de la même question, avec persévérance, pendant de longues années. Les résultats de ses recherches sont exposes dans son ouvrage intitulé : Essai sur la philosophie des sciences^ ou Exposition anal/tique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines. Afin de justifier son propre système, Ampère commence par faire ressortir les défauts et les inconvénients des classifications antérieures. En premit^r lieu, elles sont artificielles, et, comme conséquence, elles réunissent souvent dans un même groupe les sciences les plus disparates. Ainsi par exemple si Ton étudie le Système figuré de l'Encyclopédie, on sera fort surpris de trouver l'histoire civile juxtaposée, dans le premier embranchement, à l'histoire des minéraux, des végétaux et des animaux, tandis que les sciences qui se rapportent directement à ces derniers objets, c'est-à-dire la minéralogie, la botanique et la zoologie, sont reportées dans le second embranchement et associées à la métaphysique, à la logique et à la morale.
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Au contraire une classification naturelle des sciences pourrait rendre de grands services. Ainsi elle servirait de type pour l'organisation et la division en classes et en sections d'une société de savants qui voudraient comprendre dans leurs études l'universalité des connaissances humaines, et en faire le partage entre eux sans que rien restât étranger à leurs travaux. Les avantages d'une bonne classification ne sont pas moins évidents s'il s'agit d'assigner les dispositions les plus convenables à suivre pour l'installation d'une fjrande bibliothèque, ou la rédaction d'un catalogue de bibliothèque générale, ou enfin pour la distribution des objets d'enseignement et la répartition des cours dansles établissements d'instruction des divers ordres.
Ampère avait d'ailleurs conçu un projet beaucoup plus vaste. Son « Essai sur la Philosophie des Sciences » devait être simplement l'esquisse ou la préface d'un ouvrage considérable sur l'ensemble des connaissances humaines. A l'occasion de chaque science, il aurait commencé par en donner une idée générale ; il aurait ensuite exposé les vérités fondamentales sur lesquelles elle repose, les méthodes les plus convenables pour l'étudier ou pour y réaliser de nouveaux progrès ; il aurait indiqué les principaux résultats obtenus par les hommes illustres qui s'en occupent ; dans le cas enfin où les savants ne seraient pas d'accord sur certains points, il aurait exposé et comparé leurs systèmes, montré l'origine de leurs dissentiments, et expliqué comment on peut concilier ce que ces systèmes offrent d'incontestable.