‹ La vie et les travaux d'André-Marie AmpèreChapitre 18 sur 37 · PREUVES TIREES DE LANCIEN TESTAMENT · texte numérisé non relu

PREUVES TIREES DE LANCIEN TESTAMENT

LÉS preuves historiques du Christianisme peuvent être classées en trois grandes divisions : les témoignages donnés à la divinité de Jésus-Christ avant son avènement ou les prophéties; ceux que nous offrent les écrits des adversaires de la religion qu'il a instituée ; ceux enfin que nous trouvons dans les livres sacrés, où des témoins oculaires ont consigné le récit de ses actions et des prodiges qui ont servi de preuve à sa mission.

Chacune de ces divisions, pour être traitée convenablement, exigerait un long Mémoire ; je me bornerai à donner ici une esquisse de la première.

Les livres de l'Ancien Testament n'ont pu éprouver aucune altération depuis une époque bien antérieure à l'avènement de Jésus-Christ. Les prophéties ont été conservées par les ennemis les plus acharnés du Christianisme^ et ces ennemis ont eu tant de respect

pour les livres où elles étaient contenues, qu'ils n'ont jamais songé à en retrancher, dans aucun exemplaire, les passages favorables aux chrétiens. Comment ce même respect, joint à l'intérêt de leur doctrine, ne les aurait-il pas mis encore plus en garde contre les altérations que ces mêmes chrétiens auraient voulu faire passer dans leurs livres ? Une preuve de ce respect extraordinaire, et des précautions prises par les Juifs pour conserver le texte sacré dans toute sa pureté, c'est la patience singulière qu'ils ont eue d'en compter toutes les lettres, et d'en marquer le nombre à la fin de chaque livre, pour éviter toute intercalation, même d'un seul mot.

Les exemplaires se trouvant dispersés dans tous les pays habités par les Juifs, au temps où le Messie vint sauver et éclairer le monde, s'il y avait eu des altérations dans quelques manuscrits, auraient-elles pu s'étendre simultanément à tous ? Surtout si l'on fait attention au grand nombre de témoignages qui existaient alors dans toute l'Asie, où on lisait l'Ancien Testament tous les jours de Sabbat ; lectures qui furent l'un des principaux moyens employés par les apôtres pour la conversion des Juifs.

Si les Juifs s'étaient servi de copistes chrétiens, on pourrait soupçonner quelque supercherie de la part de ceux-ci, quoique encore il fallût faire l'absurde supposition que ces copistes s'étaient accordés à faire les menées changements, au même instant, dans toute l'étendue du monde connu, et à brûler tous les originaux sans que ceux qu'ils trompaient s'en fussent

aperçus. Mais tout le monde sait que les Juifs ont seuls entendu leur langue à Texception de quelques savants, que seuls ils ont transcrit les manuscrits dont ils ont fait usage. Dira-t-on qu'en les transcrivant ils ont pris plaisir à y insérer des preuves irréfragables que Jésus-Christ est ce même Messie tant prédit par les prophètes ?

Tout Juif était obligé de transcrire, une fois en sa vie, leurs livres saints ; qu'on juge, par leur respect comme par leurs lois, avec quelle attention ils s'acquittaient de ce devoir, et combien les exemplaires devaient être multipliés dans toutes les parties de l'ancien continent, à l'époque où le Christianisme s'est répandu dans l'univers. En supposant que les chrétiens, d'un coup de baguette, aient altéré, à la fois, presque tous ces manuscrits, il suffisait qu'il en restât un seul pour que la fraude se découvrît, pour que les rabbins, pressés par les arguments des chrétiens de tous les temps, à partir des apôtres, fissent toutes les recherches possibles pour trouver des variantes qui diminuassent leurs embarras; et, s'ils en avaient trouvé, n'auraient-ils pas dit aux Juifs, qui ne voyaient que par leurs yeux, et avaient autant d'intérêt qu'eux à découvrir la fraude : voilà les seuls exemplaires que vous deviez copier; brûlez et détruisez les autres? Et les Juifs n'auraient-ils pas bientôt multiplié le nombre de ces exemplaires authentiques?

Mais, dira-t-on, qui nous prouvera que les exemplaires répandus dans les Synagogues, et dans les mains des Juifs, de Pétersbourg à Madras, d'Ams-

terdam à Pékin, contiennent effectivement ces traits si frappants et si décisifs en faveur des Chrétiens ; qui nous le prouvera? — Les efforts mêmes qu'ont faits, depuis deux cents ans, avec une fureur nouvelle, tous les adversaires du Christianisme. Que de recherches n'ont-ils pas faites, sans doute pour trouver des monuments qui leur fussent favorables ? Un seul exemplaire, en Europe, contraire aux autres en ce qui est relatif aux caractères du Messie, n'aurait-il pas été découvert? Et avec quelle jubilation n'aurait-il pas été publié ? Il faut bien qu'on n'ait rien trouvé de pareil puisqu'on ne nous a rien opposé à cet égard. Dirat-on que Spinoza et Bayle manquaient d'érudition et de connaissance des livres juifs ?

Après cet amas de preuves irrécusables, parlerai-je de celle qui en fait en quelque sorte le complément? De cette traduction fameuse faite par les ordres de Ptolémée Philadelphe, trois cents ans avant Jésus- Christ? Non, car je me suis trop exposé au reproche que faisaient les Lacédémoniens à l'orateur qui voulait louer Hercule.

Rassemblons maintenant quelques-uns des traits des livres de l'Ancien Testament qui désignent évidemment Jésus-Christ. Il suffit pour cela de les ouvrir au hasard; partout ces traits y sont semés par la main de l'éternelle bonté qui ne laisse jamais dans les ténèbres le juste qui espère en elle.

(Suivent les citations tirées des livres sacrés : Les Psaumes de Dajnd^ — Isaïe^ — Jérémiej — Osée^ — La Genèse^ — Daniel). •

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