PREUVES TIRÉES DES ÉCRITS DES ENNEMIS DU CHRISTIANISME
Mon but, dans cette seconde partie, est d'examiner les témoignages qu'ont rendus au christianisme ses plus cruels ennemis.
Ces témoignages seraient superflus, si la même bonne foi qui préside aux discussions sur les vérités historiques, indifférentes à la morale et au bonheur du genre humain, régnait dans les discussions qui nous occupent. Les faits de César ne nous ont été transmis que par des historiens romains; ceux de Charlemagne, que par des Français; et personne ne doute cependant de leur vérité. Pourquoi douteraiton de ceux de Jésus-Christ, d'après les seuls récits des hommes qui l'avaient vu avant et après sa résurrection, qui avaient conversé, bu et mangé avec lui ; des hommes enfin qui n'avaient embrassé sa doctrine
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qu'à la vue des miracles qui rautorisaient et qui ont donné leur vie pour preuve de la vérité de ce qu'ils avaient annoncé au nom du Très-Haut? Mais, je le sais, l'incrédulité veut toujours de nouvelles preuves; elle voudrait que les miracles lui fussent attestés, non par ceux que ces merveilles ont convertis, mais par des hommes qui seraient restés Juifs ou païens après les avoir vus. Comme si l'on pouvait donner une plus grande preuve de la vérité des faits dont on a été témoin, que d'abandonner, en les voyant, les opinions les plus profondément enracinées, que de quitter, ou une religion aussi ancienne que le monde, ou une religion dont l'origine se perdait également dans la nuit des temps, et qui d'ailleurs était aussi favorable à tous les penchants qui maîtrisent les hommes que flatteuse pour leur imaginatiqn par ses ingénieuses fictions.
Cette prétention de demander les preuves du christianisme à ceux mêmes que leur orgueil ou leur dépravation a engagés à en rejeter les dogmes et la morale paraît d'abord une demande absurde, faite par des gens déterminés à ne jamais se rendre ; car quelle apparence que ces malheureux, qui ont rejeté la lumière, lorsqu'elle s'offrait à eux, aient, tandis qu'ils persistaient dans leur aveuglement, avoué les faits où était écrite leur condamnation? Eh bien! la Providence, qui ne voulait pas qu'aucun genre de preuves manquât aux vérités auxquelles était attaché le salut du genre humain, a permis qu'ils tombassent dans cet excès d'aveuglement, pour prévenir le nôtre.
Heureux 1 si nous profitons des monuments qu'ils nous ont laissés, au lieu de suivre leur déplorable exemple. Je me bornerai à citer quelques-uns des passages qu'on trouve dans les auteurs juifs ou païens, relativement à Jésus-Christ; passages dont les moins frappants, puisqu'ils ne peignent Jésus-Christ que comme un artisan qui a été crucifié, sont cependant plus que suffisants pour mettre dans tout son jour l'absurdité de l'opinion, aujourd'hui à la mode, que Jésus-Christ est un personnage imaginaire, et qui est le seul moyen qu'ont trouvé les philosophes modernes pour esquiver les arguments dont ils voyaient leurs systèmes prêts à être accablés.
(Suivent les citations empruntées à Tacite, — Celse, — Julien, — Dion-Cassius, — Le Phlégon, — — Joseph, Le Jepher-Toldon-Jeschu, — Ammien- Marcellin, etc.) puis 1' auteur ajoute :
Les païens rendent une autre sorte de témoignage aux chrétiens, lorsqu'ils décrivent leur vertu. Pourrai-je me refuser de tracer des tableaux si doux à des coeurs chrétiens, quoique puisés dans les écrits de leurs persécuteurs?
Julien dit, dans une lettre à Arcadius de Galatie, que l'hospitalité, le soin des sépultures, la pureté des mœurs, et la bienveillance exercée, même envers les païens, par ceux qu'il appelait les sectateurs de l'athéisme, étaient les plus grands obstacles au rétablissement des opinions qu'il voulait faire revivre. Il reproche aux prêtres païens de ne pas suivre leur exemple.
38o . APPENDICE
« Passage de Lucien : C'est une chose incroyable que le soin et la diligence que les chrétiens apportent à secourir ceux d'entre eux qui sont prisonniers; ils n'épargnent rien en pareil cas. Car ces malheureux sont fermement persuadés qu'ils jouiront un jour d'une vie immonelle. C'est pourquoi ils méprisent la mort avec un grand courage, et s'offrent volontairement aux supplices. Leur premier maître leur a mis dans l'esprit qu'ils sont tous frères. Après, ils se sont séparés de nous; ils rejettent constamment les dieux des Grecs et n'adorent que le séducteur qui a été crucifié ; ils règlent leurs mœurs et leur conduite sur ses lois. Ainsi ils méprisent tous les biens de la terre et les mettent en commun... »
Qui croirait que cette peinture a été tracée, non par l'écrivain qui racontait ainsi (i) les vertus des premiers chrétiens, mais qu'elle estl'ouvrage d'un auteur qui ne cherche qu'à rendre les chrétiens ridicules, en les peignant comme des dupes, dont le premier misérable pouvait accaparer tous les biens en leur faisant accroire qu'il parlait de la part du Ciel.
La Lettre de Pline àTrajan,et le Rescrit de l'empereur Antonin, en faveur des chrétiens, sont connus
(0 Act. Apost. — C. IV. — V. 32, 34, 35.
32. a Multitudinis autem credentium erat cor unum et anima una; ncc quisquam eoruin quae possidebat aliquid suum esse dicebat, sed erant illisomnia communia.
34. « Neque qyisquam egens erat inter illos. Quotquot enim possessores agrorum aut domorum erant vendentes, afiferebant pretia eorum quae vendebant.
35. « Et ponebant ante pedes Apostolorum. Dividebatur aatem singulis prout cuique opus erat« »
de tout le monde; mais il manquerait quelque chose à mon ouvrage, si je passais entièrement sous silence ces monuments des mœurs des chrétiens ; je n'en citerai que quelques lignes.
« Rescrit d'Antonin. — Ils aiment mieux être déférés et condamnés à mort pour le nom de leur Dieu que de demeurer en vie. Ainsi ils remportent la victoire plutôt que de faire ce que vous désirez.
« Il est aussi à propos de vous donner des avis touchant les tremblements de terre, présents ou passés. Comparez la conduite que vous tenez en ces occasions, avec celle que tiennent les chrétiens. Au" lieu qu'alors ils mettent, plus que jamais, leur confiance en Dieu, vous perdez courage ; aussi il semble que, hors ces calamités publiques, vous ne connaissez pas seulement les dieux ; vous négligez toutes les choses de la religion, et vous ne vous souciez point du culte de rimmortel ; et, parce que les chrétiens Thonorent, vous les chassez et vous les persécutez jusqu'à la mort, »
« Lettre de Pline. — Ils ont, en ma présence, et dans les termes que je leur prescrivais, invoqué les dieux, et offert de l'encens et du vin à votre image que j'avais fait apporter avec les statues des dieux. Ils se sont encore emportés en malédictions contre le Christ; c'est à quoi, dit-on, l'on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens...
« Ils assuraient que toute leur erreur, ou leur faute, avait été renfermée dans ces points : à un jour marqué, ils s'assemblaient, avant le lever du soleil, et
chantaient tour à tour des vers à la louange du Christ, comme s'il eût été Dieu ; qu'ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol ni d'adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt ; qu'après cela, ils avaient coutume de se séparer, et ensuite de se réunir pour manger en commun des mets innocents. »
La comparaison qu'Antonin fait, des règles de conduite des chrétiens et de celles des païens, prouve que les premières étaient alors connues de tout le monde, et explique par là comment son successeur, Marc-Aurèle, a pu étonner les païens par la plus belle morale qu'un des leurs ait enseignée au genre humain. Mais qu'est-ce encore que cette morale en comparaison de celle de l'Homme-Dieu ?
Telle est la question que M. C. (i) doit examiner, et qui mettra le sceau aux preuves de la divinité du christianisme. Heureux si, en imitant les vertus des premiers chrétiens, nous pouvons mériter d'avoir été appelés aux mêmes lumières, et si nous savons nous en servir comme eux pour obtenir le même bonheur I
(i) Autre membre de la « Société chrétienne. »