‹ La vie et les travaux de Jean SturmChapitre 10 sur 26 · CORRESPONDANCE AVEC LA COMMISSION , ETC · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE AVEC LA COMMISSION , ETC

€^e pour ramener l'Église à un état plus pur : quelqueis aaesureB de police extérieure et la proscription de la philosophie; pas un mot ni sur la doctrine ni sur le culte.

La nouvelle que le pape avait institué une commission pour contribuer à la réforme de TÉglise et à la réconciliation des esprits divisés ^ avait produit en Allemagne une sensation profonde. Les hommes qui, comme Sturm et Bucer, désiraient la paix, croyaient y voir la preuve que Paul III était sincèrement décidé à mettre fin à une scission qu'ils déploraient^ quoique , à leurs yeux, elle fût pleinement justifiée. Lorsqu'en mars 1538 le mémoire des cardinaux arriva à Strasbourg , ces espérances furent déçues ; on vit avec douleur que des hommes dont on avait tant attendu, ne donnaient que si peu ; qu'au lieu d'aborder les questtions. importantes, ils ne se préoccupaient que de détails secondaires d'administration et de discipline extérieure , «t que, loin de fonder la paix sur la liberté, ils voulaient la rétablir en maintenant la servitude et en étouffant la dis- -cussion. Bucer engagea Sturm à prendre la plume pour leur. répondre*. Dans un écrit remarquable par sa noble ^franchise , Sturm félicita le pape et les cardinaux de leurs intentions, mais il ne leur cacha point la surprise pï'oduite par l'insuffisance des mayens proposés. Il demande pourquoi ils ne parlent pas de la religion , de la libre prédication de l'Évangile, de la propagation de la Bible, du rétablissement d'un culte plus pur et plus simple, seuls moyens de réformer la foi et la vie des peuples. A quoi sertil d'interdire les Colloques d'Érasme ou de bannir des écoles la philosophie? Ge sont là des mesures peu dignes des l^ommes graves appelés adonner unavis au pape. L'unique remède aux abus , c'est l'Évangile substitué aux fables superstitieuses et aux vanités scolastiques qui obscurcissent

1 sturm, Epistola apologetica contra Jac, Andreœ^ p. 3

y^sprit Bans satisfaire la conscience. Pourquoi lé«?'^ô«HB^ naoK n'onMls rien dit de FÉvangile? Serait-ce pafTî^ifty^ rtùice où par aversion pour sa vérité? Ne donnôfttrits^gi raison à ceux qui affirment que, dans le catholicisme y 'Oni le cache? Croient-ils qu'on l'arrêtera de nouveau dans sa marche lumineuse à travers le monde ? Nous l'aurons, ditM' il, et nous le conserverons malgré les menaces^ lespri*sons , les tortures , les flammes ! Qu'on nous l'accorde libres ment, et nous serons prêts à céder sur les points stcceé^^ soires ; car nous ne voulons ni l'abolition du culte extériéWijQ niîle renversement de l'ordre et de l'autorité dans l'ÉgHô^/j Sturm expose alors une idée qu'en 1535 Bucer et Hédios avaient soumise à la cour de France * ; ce projet, souTeiit> reproduit dans la suite par Sturm , consistait à réunir,' av«a4 la convocation d'un concile libre, une espèce de prosyno^' officieux, composé d'hommes sages de tous lesi partis Çlaïques et théologiens, délibérant sur la réforme de l'Égliseuniverselle et sur le rétablissement de la paix. ■ • "1

^t écrit, qui augmenta l'estime que les réformateurt'^ avaient déjà pour les talents et pour la science de Sturm *['• fut fort mal reçu dans le monde catholique. A Paris, lédocteur Maillard , qui d'abord s'en était réjoui par suite ' d'aine méprise, voulut en faire supprimer tous les exenï- • plaires ; mais sa défense vint trop tard, le libraire en avaîl ; déjà vendu plus de trois cents'. En Allemagne ^ Jean Goch^ léus réfuta Sturm par un écrit que nous ne connaissons^ , pas*; Jean Eck tenta de le discréditer en l'accusant de;lâcheté^ pour s'être soustrait par la fuite au devoir de pro-^ •

■^ Die V nions-Ver suche Franz /, 1. c, p. 35.

:^ Mélanchthon à Albert de Prusse, 6 mai 1538 ; Melanchth. EpisL^ T lU, p. 519. — Luther à Bucer, 16 avril 1539.

3 sturm , Epistola apolog. contra Jac, AndrecBy p. 3, 4.

^Contra J. Slnrmium, de consilio cardinalium delectorum, Teissier, T. I, p. 104. — Sturm, ÀntipttppuslY, P. 8, p. 150.

CORRESPONDANCE AVEC i4A COMMISSION , ETC. 45

fjQ^i^^.sa fpi efi! France ^ ; \e cardinal Sadolet le oembatiit éî sQiiitQw^ et d'unie maniée fort embarrassée. Après avoir) lo^é ^rSitttf m. de la pureté cicéronienne de son style, Uitei plaint d'en avoir terni Féclat par ce qu'il appelle TaspériÉéi de- ses invectives ; il<;royait, dit-il, que, parmi les protesvtants, Lutàer seul avait le privilège des injures; c'est iun< rôle qui ne convient pas à un homme aussi lettré que Slurm ; aussi espère-t-il qu'il reviendra à des dispositions pUis modestes et plus douces. Cette lettre , qui ne justifidit pas le projet des cardinaux et qui ne réfutait pas les objeciim^ de Sturm, circula en Italie et fut envoyée à la cour-i de Eraôce et au roi Ferdinand , avant d'être communiquée à Sturm li^i-même. Sadolet savait quel cas on faisait , non-seï^emenl de la science et du talent littéraire du jeune rec^te^^imais. aussi de sa modération chrétienne; il espérai! s^ng .{ioute qu'en répandant sa lettre avant de l'envoyer à Sturjip; Je6 esprits seraient assez préparés pour qu'une ré-» ponse de celui-Kji ne fît plus une grande impression. Sturm^ ayant appyis que la lettre circulait à Paris , en demanda vaineme^ une c(^ie à plusieurs personnages haut placés. Comme sîijrépoase Be faisait attendre , on prétendait déjà qu'il ne s',<w reniait pas la force, et que les protestants étaient bat? tu^;xpar Sadolet. A Strasbourg, on fit alors une collecte poMjî. envoyer à Paris un messager chargé de demander une copie au cardinal du Bellay ; l'affaire ayant un intérêt géjpiiéi^l pour tout le protestantisme. Capiton demanda même què< leroiagistrat donnât au messager un cheval des écuries de kb ville. Cependant Sturm ne reçut la pièce qu'après: qu'elle eut été publiée à Wittemberg, en juillet 1539. Il y répondit avec une élévation dont Sadolet ne lui avait pas donné l'exemple*. Il reconnaît qu'il a été vif , mais cette

1 sturm à Hédion , 7 oct. 1542, dans Luctus ad Camerarium.^

^ La lettre de Sadolet parut à Wittemberaj pet. in-8o. — La réponse de

Stùntt'est du 18 juillet 1539. Epistolœ de dlssïdiis relig. — V. Èédrot à Ca-

mérarius, 15 juin 1539 ; dans Eob. Hessi E/>J*5fo/(p.

vivacité est justifiée par le chagria de.a'avoir.tiiaux^içlfu;^ le mémoire des cardinaux auoun avis sur^leg, iiVQS6|n$^dç rendre TÉvangile aux peuples;. il expose la aitq^tioçirqu-Pl} fait aux protestants accusés d'avoir provoqué uaschifH^i tandis que les catholiques en sont les seuls auteurs^ par l^^^jf opposition à toute réforme et par les persécutions qu'ils dirigent contre les amis de l'Évangile. Ceux-ci ne demandent qu'à se réconcilier avec l'Église romaine , mais à la condition qu'elle consente à se purifier; il serait plus digne d'un homme comme Sadolet de concourir à celte œuvre/que de discuter sur des détails insignifiants ou de critiquer le stjrte de ses adversaires.

Quant à Cochléus, qui, dans toutes ses controverses, montrait une violence que rachetait à peine son érudition, Sturm dédaigna de lui répondre *. D'un autre qo^^iV^eut le regret de voir son ancien ami, Jacques Omptl^fdius^ajcjf^ assesseur impérial à Spire, auquel il dédia sa rép.of>^e. 411 mémoire des cardinaux , publier un traité assez vébéoïi.^t contre la Réforme*. Omphalius essaya de le calmer, ,e;ai)ii assurant que ce livre, loin d'être dirigé contre. fie^î;..q9i demandaient sincèrement la restauration de la.piétéi^jd^ mœurs pures et des lettres , n'attaquait que les fai^ajtiqi^ç^, les ennemis de l'ordre , les anabaptistes'. Ils .se,.réo.9pçilièrent, mais se brouillèrent de nouveau; cependant .Qopi,phalius permit plus tard à un de ses fils de fréquenter -pep,dant quelque temps les cours de la Haute-École *..,

La mission donnée par Paul III à ses cardinaux n' eut p^s d'autre suite que la publication du mémoire mentionaé et

' Epist. apolog. conlra Jac. Àndreœ, p. 4.

2 De suscipienda chrislianœ reipublieœ propugnatione. Nous ne cannfdssons pas d'autre indication de ce livre.

^'^ Omphalius à Sturm, 10 août 1539 ; dans Epist. de dissidiis relig.

^ Sturm à Hédion ; dans Luctus ad Camerarium Omph. à Godefr. Râs-

seler, 4 sept. 1562 ; dans son traité De ehcutionis imitatione. Col. 1618, in-8o, p. 376.

VOYAGES DANS L'iNTÉftÉTDK'lA RÉFORME, ETC. 47

W^hiâfë'ft Hnidex^dës CoKoçiw^ d'Érasme. Il est vrai qu'ea^ ëbrief^M'lartl Contarini étit un moment l'intention de réu- Ait'nnë^totifétenée de leàvants de différents pays , pours'en^ téiidflB sur la réforme et la pacification de l'Église; mais ce généreux projet ne s'exécuta point.

Voyages àans t intérêt de la Réforme, Missions diplomatiques, '" ■' 1540—1548.

'*' Pendant que Sturm se livrait au vain espoir d'amener lirië côtidliatiôn entre les protestants et les catholiques , il 4t*avàinâît avec ïe même zèle à l'union entre les différentes 'Êgfisés réformées et au maintien de la paix dans l'Empire. 'Â cause de ses connaissances, de ses relations avec plu- '^ïeurs personnages politiques, de son éloquence et de son 'habileté; le magistrat de Strasbourg l'adjoignit, en plusieurs cîrdonstànces importantes , aux députés chargés de reprééénler la ville dans les conférences religieuses ou diplomaffqtles de cette époque. Dès 1537 il fut envoyé avec Bucer et' Capiton à Bâle , pour apaiser la discorde qui s'était élevée entre Garlstadt, depuis 1535 professeur en cette ville, ièt le réformateur Simon Grynéus. De là, les trois amis '"se rendirent â Berne ^ où ils signèrent la formule sur la Sainte-Cène, présentée par Farel et Viret comme confession de foi des Églises françaises S Deux années plus tard (février 1539), Sturm accompagna Bucer à la conférettce tenue à Francfort entre l'archevêque de Lund, député de *- ' . ■ ■ .

' sturm, Antipappvs IV, P. 1. p. 19.

48 c»ÀFiTnvi.

l'emperear et le» électeurs palatin et 4o BrlttdelMMrfg^^ pour délibérer sur la grande et insoluble qoestîo» d»4i^ pacification de l'Église. Les membres de la coofiirMoir^^t hommes modérés et conciliants, tombèrent d'ae^id <ét** provoquer, à la prochaine réunion dés États ^ l'instiliilioïi d'une commission de savants et de laïques, ckafgée de rédiger un projet d'union sur la base de concessions récî* proques dans les choses accessoires \ Il est permis deeu|H poser que Sturm n'a pas été étranger à cette résolution» conforme aux vues qu'antérieurement déjà il avait expi**^ mées. C'est aussi à Francfort qu'il fit la connaissanCce pèr^sonnelle de Mélanchthon*, avec lequel il correspdtdlSt^^ depuis quelque temps et dont il resta le fidèle ami et lé^^ » néreux défenseur. ' v--î?^v^

La même annnée il contracta une amitié nonmoins'ii^^ time avec Calvin , venu à Strasbourg pour se SottstfttlW i aux violences des libertins de Genève. Les sc(>fclW|ttiè«*W ^^ gagèrent le réformateur à faire pendant un an (Ses lôé**l§' de théologie, moyennant un traitement d'un florin ^f'èfe" ■ maine'; il remplit en même temps les fonctions de paétetftt* de la communauté française réfugiée, qui tènaît Sèé tê**'* nions dans l'église des pénitentes de Saitit^îcôlas^te^-' Ondes. Lorsqu'en juin 1540 le roiFerdinànd titituïlé'#îêf# •à Haguenau , dans l'intention ostensible de réconfcîlîerli!*' deux partis religieux et dans le but secret de défôrttihé^''

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< Ranke , Deutêche Setekichte im Zeitalier éér RêférmoHm^ IVf^'s |>.i§9J

2 Sturm à Wol%ai\g, comte palatin , 10 mars 1599, eq (ê(Q de^iM^fo^f t'ni partit, orat. Ciceronis,

3 « /. Calvinus, ein franzos , io ein gelœrthet frommer gesm sein soîl, und zu zeitten auch in theologia letB, tudtgm auch zu den Reuf^ern fren' zœsich predige , haben die herren desselbenhalben auch red gehapt^mid weilen zu verkoffen dass er der Kirchen dienen mag, ist heschlossen âass man demselben nuhn fUrter einjar long die 5S fl. aie einem Z^uftalffer gebe, vnd soll prima maji angehen.it — Bientôt après, Calvin obtint une prébende vicariale à Saint-Thomas et le droit de bourgeoisie.

VOYAGES DANS l'INT£A&T UK Ui RÉFORME , ETC. 49'

le3 jjÉMs ^ealboliques i la guerre contre les protesianis, Slmsbo«i|[.y délégua JaGq.uesSiunn. Le recteur du Gymnase^^et Gftivîo furent également autorisés à s'y rendre. Jew Stiirm y reirouva son ami Barthélémy Latomus ; il eifi.éet ^ttiUretieiis avec le duc Eric de Brunswic, avec rétec4dW:dB Cologne, avec les conseillers de Ferdinand * ; il foi accueilli par tous avec l'estime due à son mérite, il prit. une opinion favorable des dispositions du roi luimàsm^j maïs ne »e laissa pas empêcher d'employer son zètiBW service du protestantisme menacé par les intrigues de^ift^s adversaires. La méfiance entre l'empereur et les ÉMij|$j|^ote&tants était devenue telle que des deux côtés on faÎMiteii secret des préparatifs de guerre. Les protestants craignaient que l'empereur ne songeât à opprimer l'Allemaffû^,f^QVir rmner l'autorité des princes; dans cette appjr^^t^^sjbon ils se rapprochèrent de la France , dont peu d'^fifi^^paravant ils avaient repoussé les propositions. I^^^i^ djS Q^ état des choses, François l^r envoya à Hagmu^}iy^\ibé.l^7^e duBaïf, avec la mission de persuader ai^i^'Prpll^slants qu'il n'avait nullement le projet de s'allier avf^^ J'^p^pereur , comme on en avait répandu le bruit, qu^,W, denjandait au contraire qu'à conserver avec eux se^.f^f^ipnes, relations d'amitié. Du Baïf , moins par antipatbi^^f^gieuse que par des motifs politiques, était hostile 4 li^Qé^^^^» ^^ ^^ pouvait donc pas s'attendre à ce qu'il inspirât de la confiance aux protestants; on ne le choisit que parce qu!il fallut éviter d'éveiller les soupçons dô Fempereur. Le savant abbé , qui s'intéressait peu aux discussiops sur le dogme ' , s'entretint volontiers avec les

yAnUpapput IV, P. IV. p. 83.

^Siurm à Latomus, 31 mai 1541 ; dans Epistolœ Lat. et Sturmii, etc. — . Stiirm i Hotmao, juin 1562.

3«|^ n'mtendrimen noire cause,» Calvin à Dutailly, 28 juil}. 1540. Lettres françaises de Calvin , publ. par M. Bonnet. Paris 1854 ; T. I, p. 28.

hommes de lettres protestants; venus de Straslw^nirgiàHiiH guenau; il prit Jean Sturm, Calvin, NitJolas Q^xMe^ grande estime , à cause de leur counaissance de ranl*<mité classique *. Sur Tavis du cardinal du Bellay et de son fnèjre. Guillaume , François I^r lui avait adjoint, en qualité dfinterprète, JeanSleidan, avec la mission de copseiJler.aecrètement aux envoyés du landgrave de Hesse y à^^^mm^ der à la France une ligue avec les États protestante *• Stiu^mv Tami et le compatriote de Sleidan, fut emplpyé daijs^i^e^ négociations, qui tendaient à un but auquel i] attacha une importance extrême. Bien qu'il eût quitté, Paris, ppw chercher un lieu où il pût professer librement; safoiyjjit n'en resta pas moins en correspondance avec lesfrèKeftjijlU; Bellay et en honneur auprès du roi. François I^'' TeHipteiywt volontiers comme agent auprès des princes de rAHew^ôg^aji et ceuxKîi Taccueillaient avec confiance à cause delaifer>i meté de ses convictions protestantes; lui-même lerppilj rendre un service à la cause de la liberté religievsei,jjW: s'efforçant d'amener un rapprochement entre lesjÉteteï protestants et la France. . , • = >, «.«l

Le landgrave de Hesse, satisfait des ouvertures que Sleih dan fit à ses ambassadeurs à Haguenau, accepta la proppH sition d'envoyer une députation à François 1^^ pow der» mander une alliance avec lui ^. Le roi à son tour reçut fad vorablement cette nouvelle. 11 avait un puissant mptifdft se conserver l'amitié des États protestants; c'était la ûraiti te de les voir forcés de se réconcilier avec l'empereur, s'ila ne recevaient pas de secours du dehors; or y l'union rétan

* Calvin à Dutaifly, 1. c; — Nie. Gerbel à Camérarius, !«' juillet 1640; dans Eob. Hessi Epistolœ ; — Gerbel fils à Du Baïf , 1540 ; — Sturm à Hotman , juin 1562.

' Relation de Bucer aux conseillers de l'électeur de Saxe. Arch. deWeimar.

^ V. ses instructions à ses ambassadeurs à Haguenau. Neudecker, Urkimden aus der ReformatianszeU, Gassel 1836 ; p. 545, no CXLV.

VOYAGES DANS L'iNTÉRÊT DE LA RÉFORME , ETC. 51

blib en- Allemagne était alors un danger pour la France. Ler csordinail du Bellay fortifiait le roi dans Tintention de s'afHier avec les États protestants et de demander, de concert' atec eux, la convocation d'un concile libre *.

Miais h députation qui devait faire à François I«r des ppopositioBs d'alliance n'arriva point. Les princes protestants étaient retombés dans ces hésitations qui si souvent déjà' les avaient empêchés de s'entendre avec la France. Du BeHay s'en inquiétait sérieusement, car plus on tardait, ]^«s a voyait le cardinal de Tournon , l'ardent adversaire dti' protei&tantïsme , gagner du temps pour exercer son influence.' Lui et Sleidan écrivirent fréquemment à Sturm et à«6ucepi'les engageant à combattre les scrupules des Alleiliaiidsi<et à leur représenter que des démarches amicales aupi^è» du Toi leur seraient aussi utiles à eux-mêmes qu'à la Hbèrtë de conscience en France*. Dans les premiers jOHfS'de novembre 4544), du Bellay dit dans une lettre à Stnrm qu'il prend Dieu à témoin que depuis plusieurs an- Bé«eisi il- n'a rien négligé pour la conciliation des hommes bons et pieux ; il accuse les Allemands de l'avoir empêché d^aHer jusqia'au bout et d'avoir compromis par leurs lenteurs l^spr^^ès de la liberté religieuse ; comment croire déi^Miaî^ à la sincérité de leurs protestations d'amitié pour hiFwmce et de leur désir de voir l'Évangile se répandre ei^eepayS'M

>î Enfin le comte Guillaume de Fiirstenberg s'offrit au roi pour négocier uti traité d'amitié avec les princes protestants;. Le cardinal de Tournon et le chancelier Guillaume Poyet, dont l'influence luttait sans cesse contre celle de du Bellay, obtinrent qu'on adjoignit au comte ce même

iSleidao.à St^irm, 16 octobre 1540. Ârch. de Weimar. ^Bu Bellay à Sturm, milieu et An oct. 1540. Ibid. ^ Le même aa même , commencement de nov. 1540. ibid.

52 CHAPITRBVI:" '//:; :'/t./

Barnabe Voré qui ^ déjà en 4535 , avait reoipK une misfiton aoprés des protestants de rAUeraagite: Ge personnage^oiti bilieux, jadis favorable à la Réforme, avait c^ngé^de senn timent. Comme les Allemands ignoraient ce fait, -le »p^ catholique à la cour de François I^r pensait qaeiVjerà^qfUrbn verrait arriver avec moins de méfiance, poorraitiocmtrebaè lancer plus sûrement Taclivité du comte de Fûrsteaiiefg;; Conformément aux instructions que lai donna te leardûflai) de Tournon, il devait empêcher à tout prix ufietlii^ëfafBq, les protestants, comme nuisible à la religion* et ài la lebosip déralion du royaume; il devait engager en outre dâsEitànt çais réformés réfugiés en Allemagne à rentrer- eDfleiirJ^Mè trie; là on les arrêterait pour les punir coiDEime/rehellêelet hérétiques ; ce serait le meilleur moyen de coin(^oin€)lt8£l. le roi vis-à-vis des États et de rendre toutTapprodieoraiA impossible. Du Bellay, instruit de ces intriguai «^rohiffl^g^ Sleidan d'en écrire en Allemagne *, et lofsqu'enilev^MnBMi 4540 Voré arriva à Strasbourg, il reçut iifi aoèdeil.quijljîà fit voir aussitôt que sa mission devait échoaeriJ/Du^^Beltefi renouvela sa demande qu'on envoyât une» dépittafe)»(|i Sturm, Bucer, Sleidan, joignirent leurs = inslanees fâfiiqf» siennes, mais l'hésitation des Allemands reslia la mêmeû Ils n'en sortirent un instant qu'à propos A'hïLftigeii^én mariage, qui , chose singulière , était favorisé parfite ^wmpîï dinal de Tournon et le chancelier eux-mêmes. On voulait donner pour époux à Jeanne d'x41bret le jeuae dwo fiiillaume de Clèves-Juliers ; celui-ci étant l'unî'tjue^frèwS^ de l'électeur de Saxe, on profita de cette circohstarfce''^b'|lilP parler à ce prince d'une ligue avec la France. On i^y^ya secrètement aux cours de Saxe et de Juliers Louis fiegoiar de la Planche, favorable aux idées protestâiites*;^ës ott-

i Relation de Bucèr aux conseillers de Télecteur de Saxe. Arch. âeW\èimar. ^ Le chancelier Burckhart à Télecteur de Saxe , de Worms , 29 nov. 1540. bid

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tèrtutes foTem:'acouBiilies<pari L'électeur, qui promit de proposerià'sesiconfédéFés de; s'allier à la France ^ Mais eetle fdis^'enecreton en resta ràux paroles, sans aller jusqu'à dtesiactôs. 'i:' • '•- • = • •

'î'Bnidéoetfibre 1540 se réunit le colloque de Worms, qui devait oontinner les délibérations de la conférence de HagtmuwtJ Le i magistrat de Strasbourg y députa Bucer et Ca- ]kîtoii9i.su]^ laidemuide du duc de Lunebourg, il leur adjoâgnFtSlbtirfDet GaWin *. Nous ignorons quelle est la part qttJftiSluiint f>rit aux discussions, qui d'ailleurs n'aboutirent àimil.>'Lk oonUnnation du colloque fut ajournée à la diète d&^alîsbesine, conyoquée pour le mois d'avril 4541 . Sturm ^^•fatlierivoyé «en qualité de député de Strasbourg avec JËaxl4ueS''SUirm . :6acer et Capiton '. Il partit au mois de ]lmiis>;*|^Br!<^oir'Joachim Camérarius qui l'avait invité à ]isssi^8iTiquelcpD.eB- jours avec lui aux eaux de Wildbad , dans hufforêt*^Nairei*^ -Après s'être arrêté chez des amis à Tubiiigttf»,!à<U)m, àlngolstadt, il arriva à Ratisbonne, où il vetUotlva^ Mélanohtbon y réjoui de le revoir*. Longtemps apréË>illî se i souvenait encore avec bonheur des entretiens qu'il eut (emplette :ville avecle légat Gaspard Contarîni ; cet hoonne distitagué,: plein de sentiments élevés et ne méconaàislswinft'pasîlës abus ée l'Église romaine, n'avait pas encore rencmçé àîFespoir de voir réussir une réforme et une

!i1i^e<rtdir àSurekhàtt, de Ibrgau, 10 janv. 1541. Arch. de Weimar. . ,^^ Aft0fiqpp^p^^y.lil, dlp^^lV, P 1, p. 20. —, Pendant que Calvin était au colloque ,, arrivèrent à Strag})ourg les députés chargés de le rappeler à Genève. Le îna^strat le fit prier par Bucer, Capiton et Sturm de ne pas quitter Stt'àstjOair^, k càùM^^dà'tiobibré croissant de réfugiés français et d'étudiants atiiiésri^i' i»Téiffki9,iion\,àntipappus II ,. p. 113 ; IV, P. 1, -p. SI. — Bericht VQfï derjtrassb. Kirchenordnung , p. 35.

3 Ântip. rV, P. 4, p. 84.

/^Camérarim à Sturm, 21 mars 1541 , dans Camerarii Epp, libri V posterioraê, JPniWii, 1595,^. 496.

^ Sturm, Luctus ad Camerarium 1542.

54 CHAPITRE vr. / ./

pacification de l'Église. 11 conféra sur ces <|«i0ft(iatos avec Sturm qui n'en était pas moins préoccupé qi»e M^.SUtmi toutefois quitta Ratisbonne avant la fiii dd coH<»qua; mafseulement il avait prévu que cette réunion n'aurait "pas'ée meilleur résultat que celles de Haguenau et de-Wovms, mais les dispositions du parti catholique luiinspiradeMtles craintes les plus vives au sujet du maintien de lapais^blique. Dès le mois de février 4541 il avait oreçui de iëon ami BarUiélemy Latomus une lettre fort éloquentersHT^tes malheurs qu'entraînerait pour l'AUemagfne' une- tgueme civile * ; Latomus l'avait conjuré , au nom <[^d6s diecB^înmortels, y> de faire tous ses efforts pour écarter, autafitqnJU était en lui, le danger dont lens «protestanl&'^.meniaçaiiBlt FEmpire. Dans sa réponse, datée du 34 ^msi^iSturmuekprime à son tour ses appréhensions sur l'imthineaceF'àisrJia guerre ; mais , dit-il , ceux qui sont prêts à miettrerlbijmÉÉrie en feu, en voulant contraindre par les arnlesridôSMa^veifsaires qu'ils ne peuvent pas persuader par la?parôlô:j»ûBi« sont pas les protestants ; les catholiques seuls ipbussenttËi la guerre, eux qui s'opposent partout à ; la 'liberfB ées consciences et qui allument les bûchers pour, l'^tôufibi. Les protestants ont tout à gagner par la paix Çiiilb* savent que l'Église ne peut prospérer que par l'union^ défiés membres, et que l'Évangile ne doit triompher 'que- par lia puissance spirituelle de la parole; ils l'ont prouvé eonse montrant incessamment disposés à soutenir leur* foi d»ias des colloques et à faire arranger les affaires ecclésiastiques par des réunions d'hommes sages des deu?c partis;» ils veulent la paix , mais ne peuvent pas l'acheter par de lâches concessions ; le seul moyen de la rétablir, c^est un concile

1 sturm contre Marbach, 1672; ms. • • ^

'"^ Latomus dit dans sa lettre, datée de Bologne, 11 février ll(4l, qu'A avait

déjà deux fois écrit à Sturm, de Venise, en déc. 15*0, et de Bologne, en

janv. 1541. Nous n'avons pas retrouvé ces deux lettres.

VOYAGES DANS l'iMTÉRÊT Dfi LA RÉFORME , ETC. 55

géifêral où les deux Eglises^ seraient également représen* lées et où foA discuterait librement sur les grandes questi(Ma& quii divisent la chrétienté. Cependant, au point où les (Shoses sont arrivées, il n'ose plus espérer qu'on choisira ce moyen pacifique ; la guerre éclatera , mais la faute en retombera; âur les fanatiques qui refusent aux protestants teiiherjtéu

:' 'Jlf araîl que dans ces conjonctures difficiles il renouvela ^és tOBtativeside provoquer une ligue entre les États protestants' et 'la France; à ses yeux, l'appui d'une grande ^Miissafiee était indispensable à ses coreligionnaires pour lleoriasâuper des chances de succès dans la guerre qui al- J}mt^éelater. Pe(Ddant l'été de 1541 il se rendit à Lyon , d'où -il'^eîFetmt 4 Stmsbourg que vers la fin d'octobre; peu de ijloiÉrsriappèB fil repartit pour Paris, où, dans le courant de •déteBînbreiV 'il eut plusieurs audiences du roi* ; on y traita la>/(|pBestibnr de l'alliance, mais nous ignorons en quels 'itermesii(Starm fntà peine de retour à Strasbourg, quel'éiietrteiHrîHfrHàaiin/de Cologne, l'invita à accompagner Bu- ^©fa*,'qtf il; avait appelé pour organiser la Réforme dans ses .Étàt$«^iStuirmavaitunegrande estime pour ce prince, proteçiteDTKédfcdrfrdes lettres et animé du désir de voir l'Allemagne libnel^ Df abord adversaire de la Réforme, Hermann, qui en ^étai4f devenu ilesélé partisan, s'occupait depuis plusieurs anfflées de l'abolition des abus dans l'administration de sm diooèse. ;Feiïdant que Sturm secondait Bucer dans l'œuvré ^«ùel' électeur leur avait confiée, il continuait ses démarches pour obtenir des États protestants l'accessioai à jràlliànoe avec la France. A Spire, il conféra à cet ejDFet avec les^Jvoyés de François l^^, Grusier et Morlet; il eut à

1 Luctus ad Camerarium; — à Hédion , 7 oct 1542. ibid.

s A du Bdlay, 27 févr. 1&42; bibl. itopér. de Paris. -^ Sturm dédia à rélecteur Sennaan de Cologne le 2<i volume de son édition des discours de Cicéron. 1540.

^56 ' ciirAPiTWVï. '^/.» i.»//'.)/

édnibàttré leurs doutes au sujec<dèla'sinfiiérké!de» prifiMs àllèmàtids , en même temps qu'il ^?6fibrçaiÊf^>Tas^i£rtfr cèux-cî sur la loyauté des inteiitionS' du roi * J DediiAeïx . j)arts on avait des motifs pour hésiter avant dei\Saièe vm acte décisif. François I^r voulait maintenir à la fois l-iol^grité territoriale de la France et sa position poliAkfue tis-àvis de reitipereur ; c'est dans ces vue& qu'il négodatit av»c ïes États protestaiits pour s'assurer leur appui «ndeas d'attaque; mais il n'osait pas leur accorder ce qu'il» ^diBOiQiidaient comme condition du rapprochement, ^c'est-à-dire' la liberté de conscience pour ses sujets prbtesrtants«;»'iljwaigrtâit qu'en l'accordant il ne se brouillât avec; le: pape^ «e qui eût procuré à l'empereur un auîiiliaire de plus coator e la France. D'un autre côté, les États protestants »« voulaient pas s'uiiir à une puissance dont ils se œéfiaient'à cause dé son esprit trop catholique; et cependant*^ a^alnt besoin de secours, ils n'osaient pas repousser «es avanças, ajjournant d'un jour à l'autre une démarche qui peot^êtfe leur eût été aussi utile qu'à François I^^ lui-même^ (SUmn déplorait ces hésitations comme contraires aux intéitêls'des deux parties. 11 s'est trompé peut-être dans sai antoiépe d'envisager les besoins de la situation politique ;« 'il s'fest fait des illusions sur la possibilité d'exécuter ce (Ju'il croyait utile et juste; mais ses illusions ont été celles d'un homme de bien ; car, dans la part qu'il a prise aux diverses négociatio;ns diplomatiques entre les États allemands et Ja France, il ne s'est laissé guider avec une parfaite loyauté que par l'intérêt de la cause protestante, plus puissant pour lui que les intérêts politiques*. Il voulait assurer la

' Jean Latomus à Slurm, 4 déc. 1541 ; — Slurm au card. du Bellay, 8 févr. Cologne , et 27 févr. Strasbourg; Bibl impér. de Paris.

2 Le jugement de Barthold (Dentschland nnd die Hugenotten. Brème 1848, T. I, p. 59) est complètement faux : < Schwerlich liessen so entgegenges»txte Beziehungen (avec la France et l'Allemagne) mit einer ehrlichen, protestan-

VOYAGES DANS l'iWTÉJIÈT; DE LA RÉFORME , ETC. . ^7

liberté reKgèeuse en Allemagne et en France; à cet.effqt,, ^les'fratestattts allemands devaient accepter les secours .de François K, et celui-ci devait leur garantir la frçinchise de

l'Ses: intentions- en cessant de persécuter les réformés deson pays-. ■■>'..

LoTEïqu- en jnin 1544 les Étals protestants eurent cojnmisyà Spire, la faute d'accéder à la déclaration de guerre de l'empereur contre la France, dans l'espoir d'obtenir la reconnsûiteance de leurs droits , l'évéque de Strasbourg envoya Sturm /auprès de François I^r pour solliciter que les

-frontières -de l'Alsace ne fussent pas menacées par les tronpesr françaises. 11 fut assez heureux d'obtenir des pro- •messesà cet égard. 11 profita de la circonstance pour parler ettfaveur des protestants ; il croyait s'apercevoir qu'en

' ce -moment la cour ne leur était pas hostile; la duchesse «é'Étampes, €amor Jovis>, voulait qu'on leur accordât des droit» considérables; on disait même que le cardinal de Lorraine avait près de sa personne un moine augustin prê-

i ichant ouvertement l'Évangile. Sturm ajouta d'autant plus volontiers: foi à ces bruits, que sur sa demande on remit eaëbertéun neveu de Mélanchthon, détenu depuis trois ans à Bourges comme hérétique *.

!• f?ee n'estqu'après la paix de Crespy (14 septembre 1544),

iisch'en und deutschen Gesinnung sich vereinigen,» Cette opinion d'un hislorien tlrôs^vanf et tfè^spiritael , mais très-peu impartial , est identique ayec <q^e 4'un deis . adversaire les plus passionnés de Sturoi , de Jean Marbach : .Sijurm a < ein versehlagen und verporgen ingenium , und nicht ein offen deutsch gemuet ', sondern muss allwegen wann er weisz zeiget oder redet , $ck\)bdtti gedôéhi ùnd vetslanden werden, und istjme nicht schwAr durch sein rhetorik seine consilia zu mentlen , und guten schein und ansehens su mâchent, welches aber freyen gemuetern ein hohe beschwerd und zu dulden unmQglich ist.» Fehl und mœngel der strasb. Schule; ms. M. Bartbold ne peut pas pardonner à Sturm ses sympathies pour les Français, Marbach ne peut pas lui pardonner celles pour les réformés.

1 Sturm à Mélanchthon, 11 juillet 1544. Mel. Epp., T. V, p. 442.

&8 ■' ■ :''.:■ ■ '■■ ' CHAPITRE. Vr.> ■ "-/" ■'•..//•'»/

qjfii fiermit à Fampereur de vouer désormais doiitevsiMiMatfteUrtidn aux afiaires intérieures de i'Allemai^nev !qâ)é:«leië États, ipixj testants s'aperçurent sérieusement du 'danger doniîles menaçait la puissance impériale. Leurs r^^srdsise tournèrent de nouveau vers la France , contre laquelle' iilfe venaient de soutenir Charles-Quint. Le landgra^vë Philippe fiit le premier à rechercher l'aide du roi. G'estienicdrfe Sturm qui servit d'intermédiaire. Dès le mois de^jànvier 4545 il fil un voyage à Paris; il trouva François le'ftonjouw ballotté entre les influences contraires du par^ catbol&foe qui s'opposait à tout secours accordé à l' Allemagne^ et Ida parti qui insistait sur ce secours pour rendre la Ftwice plus indépendante de l'empereur. Ce fut ce derfiier<)(fûi l'emporta cette fois dans les conseils du roi. Sturm. reçut la mission d'accompagner Sébastien de TAubespinév abbé^cte Bassefontaine , chargé de s'entendre avec les chefs des pndtestants. Il se rendit avec ce diplomate à Francfort, où' ils trouvèrent le landgrave plus disposé que jamais à accepter l'alliance de la Franee contre Charles V doiù onmedoiiiait le despotisme*. Peu après, l'abbé de Bassefontaine v-^jqoâ jusqu'en avril était resté à Strasbourg près de Sturmijiftit adjoint au comte de Grignan, que le roi envoya à^îla dièrte de Worms (commencement de mai 1545) ; Grignan rie -dissimula point devant les catholiques, qu'outré sa 'mission officielle , il devait renouveler aux protestants \ei assu^ rances d'amitié de son maître. Mais l'effet deses démareheis fut singulièrement contrarié parla nouvelle des- pef*séeotions dirigées contre les Vaudois de la Provence ; rii Ori^ gnan , gouverneur de cette province , ni le roi lui'^même;, qui avait ordonné les massacres , n'inspirèrent plus aucune confiance aux États protestants*. Sturm, qui en éprouva

* sturm à N., 10 févr. 1545. Bibl. impér. de Paris. 2 Sturm à du Bellay, 15 mai 1545. Ibid.

VOYAGES DANS l'iNTÉRÊT DB LA RÉFORME , ETC. Ôô

une? vive-douleur, fit de grands efforts pour levehr' cette difrfi<iuUéinoa\ieUe ; nén-seulemeat il essaya de calmer «ritidi^ gnation des Allemands , mais il adressa à dn Bellay deb repttielies amers au sujet d'une persécution aussi impoli* tique qu'elle était injuste; le parti catholique en Ailemagnév lui éa*ivit-il, en est d'autant plus enchanté, que Ite États protestants se sentiront moins disposés i recher^ cher l'asiistance d'un roi qui s'était si gravement comproinîs mis^à-Vis d'eux*. Sur les instances du recteur, le magjKititat'de* Strasbourg fit des représentations au roi; mais «ëlni-ciy dominé cette fois par l'influence catholique, répondit d'une manière hautaine en refusant de s'expliquer ^ dépendant les princes protestants , trop préoccupés du bef$mn d'un appui contre l'empereur, firent taire leurs ressèntintiients et écoutèrent les ambassadeurs français ; le landgrave réussit même à calmer l'électeur de Saxe , qui avait montré le plus d'irritation contre la France. Du reste, celle*ci avait à «on tour besoin des protestants. La deuxième guerre entre François I«r et Henri VllI n'avait pas été heuirefuse pour le premier de ces deux princes ; il avait perdu 'Bôulogjae , et ses prétentions au sujet de l'Ecosse avaient subi tin- grave échec. Depuis la mort de Jacques V, les rois de France et d'Angleterre s'épuisaient en efforts pour maintenir chacun son influence en ce pays ; ils se disputaient la fille de Jacques, Marie Stuart; Henri Vlll voulait la marier à son fils , et préparer ainsi l'union de l'Ecosse avec l'Angleterre ; François I^r lui destinait son petit-fils, dans le but de conserver le protectorat sur l'Ecosse indépendante de l'Angleterre. Des négociations, entamées dès le mois de septembre 4544? pour régler ces affaires et pour

1 Sturm. — Seckendorf, Comment, hisl. de Lutheranismo. Francf 1692, in-fol., Lib. UI , p, 568.

2 François I«r au magistrat de Strasb., 27 juin 154â.

QbtôJtiii7ila.r68U(utLoa <je fiouIogJObe^ ii>vaien44Bimeaéiaudlui résultai; Français I^i* deœaada aloj^ auK ÉU^lspitotofalantH de l'AIlamagne de se charger d'éU^i les médiateurs lenlr^* Hewi VIU;et lul.iCe fut Sturm sans doute qui l6s.déctda.à> accepter ce rôle; il passa en Allemagne usne paptiodei l'été de i545 \ Les États désignèrent, pour être ambassaëéurs auprès du roi de France, Christophe de VennihgBni^.ponHseiHer du due de Wurtemberg, JeanBrunG^dijJXidbiruk.et Sturm , chargés en même temps d'intercéder en faveuvdes protestants français persécutés; Louis de BaumbsoH , jaaa^t réchal de Hesse, et Jean Sleidan furent députés^ auprès» du roi d'Angleterre. . :. i-^ }.!:./.•/

. Slurm et ses collègues arrivèrent à la cour en septenlferfe" 1545. Ils étaient secondés par La Planche , par le >secpéiiairB: dî'État Gilbert Bayard , par l'amiral Claude d'Annehaut^' par le sieur de Longueval, par M^ d'Étampies, et- surtout par la reine de Navarre ; le cardinal de Tournon lui-mômêi se rapprocha d'eux; car, bien qu'il ne. vît pas de? boni œil* l'intervention des prolestants, il se méfiait de l'eml^eFeUpi et même du pape*. Les négociations^ arrêtées d'abord 'par • la mort de Christophe de Venningen à Calais , traversées" ensuite par des intrigues diverses, n'avancèrent, que' 4«e)Bi^i tement. M. de Noiretour, ambassadeur de l'empereûrVi cherchait à empêcher que la paix fût faite par l'inteïKné^i » diaire des protestants; et le roi d'Angleterre, peu» disposé»* à traiter^ soulevait de nombreuses difficultés d'étiqiuèttei' pour gagner du temps. Il s'agissait avant tout de oondupe * une trêve, et de désigner les plénipotentiaires, ainsi qu^ le lieu oii ils devaient tenir leurs conférences . i . . ' ; ; . i i '

1 Le 17 août 1546 G. Fabricius écrit de Strasbourg à "Wolfgang Meurer, que sturm est Bl>seat de Strasbourg : « Altentm quoque jam mtnsemi neque ûdi : Atic, quando lectiones auspicaturus sit^ certi sumus, quod sane nobis molestum est.a Georgii Fabricii Epistolœ. Leipz. 1845, p. 21.

'^ Sturm à Jacques Sturm, 10 octobre 1545.

VOYAGES DANS l'intérêt DE' L\ RÉFORME, ETC. 61»

MrOii'ch<$îsiti Afdre^, pî^ès de^CalaÎB, "poui^la TéutiloiV.'Màife» Hem^VII'l déclara qu?il n'y enverrait ses ambassadeurs' q«e: qnamd cenif 'do roi de France seraient arrivés. Il renbavela méihe ses menaces dô guerre , et fit recruter en AUemiagtié' des troupes. Frwiçois 1er y répondit en chargeant George de Rèkerode de rassembler des reitres; ce hardi aventu>^ rier partit de Ham en Picardie avec des lettres de Sturwi pouT'teitniigistrdt de Strasbourg; le recteur le recommanida commetrèB-^dévoué à la cause protestante *. Cependant Ife roideFramce^ne songeait pas sérieusement à reprendre les: armes 9 î aussi i essaya -t-il de lever les obstacles en en*voyant Sturm et ses collègues à Calais, où se trouvaient ^eidani^t le maréchal de Hesse; il proposa de faire fixer pa^iteô envoyés allemands le jour où chacun des deux roi^ enîveï^aiti ses plénipotentiaires à Ardres. Cette propositioh WjfhoXiiéiè acceptée par Henri VIII ^ on fixa Tentrevue au. 15.înoveiï^bre,! et on conclut une trêve jusqu'au i^^ àé^ i-ëmhrev Lô 20 novembre , La Planche remit à Sturm une lettre de! Lbngueval , lui annonçant que , malgré les in^ tniguès de Fambassadeur de l'empereur, François l^ per* sisiCait' à désirer que la paix fût négociée par les États prote^Aabta^ il. espérait obtenir ainsi une; alliance avec ces Ét^^tet (proposa d'y comprendre le roi d'Angleterre, au castqvt'ibsé récpnciliât avec lui. A cet effet, Sturm fut chargé de ôîiaformer secrètemeait des intentions de Henri VIII et dei^euLtendreaiaf préalable avec ses ambassadeurs sur les conditions de» la paix. Pour montrer que son désnr. était séffipuxf François Iw consentit à ce que Sturm et Bruno d« Nidbruk proposassent de mettre Boulogne sou& séquestre : entré les mains des protestants jusqu'à l'arrangement définitif du flvfféren4, ou bien de le laisser au pouvoir de Henri VIII jusqu'au paiement de ce que lui devait la France ;

> sturm à Jacques Sturm, 23 oct. 1545.

de marier la princesse d'Ecosse avec le fil&éu roi <F Angleterre, et de la faire élever dans un château écossais ,' sous la garde et la garantie des protestants d'AHemagniBi Sturnr et ses collègues discutèrent ces conditions, à Calais, avec Guillaume Paget, un des ministres anglais, pour lequel le recteur de Strasbourg conçut dès ce moment une vive afifection. Mais de nouvelles difficultés sont suscitées ; on nepeut pas s'entendre sur quelques formalités de préséance ;■ Sturm va de Calais à Ardres, et d'Ardres àiCalais^i pour vaincre les susceptibilités des uns et le raaavaie voulûir des autres; enfin , grâce à ses démarches conciUaiFioès^ila conférence a lieu le 26 novembre, près d'un village situé* sur la limite de la France et du territoire que possédait encore .l'Angleterre. Les plénipotentiaires français étaient Pierre Raymond, premier président du parlement deRonBen^i qui, en 1544> déjà, avait été employé dans ces négoda-^ tions , et l'évêque d'Angoulême, Babou delaBourdaifiièrC'; le roi d'Angleterre était représenté par Paget et par- Toni-' stall, évêque de Dunelm» Sturm leur exposa, dans une» hafi rangue latine, l'objet de la mission des envoyés protes+i tants et les conditions auxquelles la paix leur paraissait possible. La discussion qui succéda à ce discours n'abouÉit à rien; le lendemain, les intrigues de M. de Noiretouret les hésitations calculées des Anglais recommencèrent! de plus belle; le cardinal de Tournon, d'abord favorable à. la médiation par les protestants, changea d'idée et fit si bien que François l^^ en changea aussi ; il lui persuada qu'il n'était pas digne de lui de se servir des protestants pour proposer au roi d'Angleterre des conditions aussi bonnes. Sturm, informé de ces menées par l'évêque de Bayoïme^ Jean de Fresse, se rendit avec celui-ci à la cour; le 5 dér cembre ils soupèrent avec le cardinal de Tournon ,; puis conférèrent avec lui et avec le secrétaire d'État Claude de L'Aubespine; ils tombèrent d'accord de proposer à l'An-

VOYAGES DANS l' INTÉRÊT DE LA RÉFORME, ETC. fia»

glôterreles conditions convenues , non pas au; nom du coi; Huûs en celui des envoyés protestants. Deux jours après, Sturm fufc jpcçu par le roi , cfui non-seulement accepta cet arrangement, mais désira aussi que Sturm put se rendre lui-même auprès de Henri YUI, qui aurait en sa loyauté et en son habileté diplomatique la même confiance que le rcd de France. En outre, il chargea Sturm de mander aux États protestants qu'il n'accorderait ni à l'empereur , ni au piipe^ Tien qui pût être préjudiciable à la liberté de Fiilleffla^ie , et qu'il ne laisserait assister ses évêques au ooncile de Trente, que si les protestants , qui avaient refusé de reconnaître cette assemblée, consentaient à y envoyer des députés. Le cardinal de Toumon étant présent à cette entrevue, le roi ne toucha pas la question d'une ligue avec les ftrolestants. Sturm fut renvoyé à Ardres avec des instnicbons un peu modifiées , portant que le roi de France nei ts' oppose pas à ce que l'Angleterre fasse la paix avec l'Éccisse , pourvu qu'il y ait un arrangement au sujet du futmr mariage de Marie Stuart, et que celle-ci reste libre* ment dans son pays ; qu'il consent à ce que Henri VIII conserve Boulogne jusqu'au paiement d'une somme à fixer par une commission composée d'Anglais et de Français , discutant en présence des envoyés protestants; qu'il demande enfin que le roi d'Angleterre donne des otages pour garantir la restitution de Boulogne aussitôt après le paie^ ment de la somme stipulée. En cas de non-acceptation de ceS'coHdiitions, Sturm devait déclarer qne François ]^ était prêt au moins à signer une trêve de quelques années. Lereetetir, qui trouva François I^r plus accommodant que Henri Vill, attendit peu de succès de ses démarches; il craignit avec raison que le roi d'Angleterre n'acceptât pas Tarticle relatif à la princesse d'Ecosse qu'à tout prix il voulait garder en son pouvoir. Les prévisions de StUrm se réalisèrent; les négociations se rompirent, el les envoyés

protestante partirent sans avoir atteint leur but^ Sturmen: fut trés-affligé, car dans toute cette affaire il n'avait r»? cherché que Tinlérét de la liberté religieuse ; la paÎK entre la France et l'Angleterre, et une ligue de ces deux pvis^ sances avec les Étals protestants , lui semblaient les moyens' les plus efficaces pour empêcher les progrés de la dominar tion exclusivement catholique de Charles V. Lonqu'au printemps de 1546 celui-ci , faisantses préparatifs deguerref contre les protestants et obligé de donner son atte^tîea' aux difficultés survenues en Espagne , mécontenta Henri VRl en refusant de le soutenir contre la France, Stnrm Hepré^ senta à du Bellay combien le moment était favorable lp6dt se rapprocher de l'Angleterre* ; aussi la paix fut-^Ue 'ednclueen juin. : . * 3/.t.c

Sturm joua un rôle non moins actif dans les négociati^à^ des protestants allemands avec la France dans 'la^ fiNdheU^ reuse guerre de Smalcalde. Le besoin de seconrsij BlbéUê^ fois-ci surtout de secours en argent, ramena la ligue 'pr«^ testante du côté de la France. Le roi ayant défendu'tôUli^ exportation d'argent, Sturm fut chargé, en août > àe*^ rendre auprès de lui pour lui demander de permetlk^ kuiti chefs de la ligue de se procurer en France les sommeg^né^. cessaires pour la guerre*. Conformément à ses instrac^ lions , il représenta au roi que les armements de TemperBur ayant pour but d'opprimer la liberté de l'Allemagne ^::les! protestants n'ont pris les armes que dans un intérêt de lé^^ gitime défense ; il le sollicita de les secourir, on aumoioft de rester neutre, en défendant à ses sujets de prendre ser**' vice à l'étranger et en empêchant les troupes du pape^dd

I V. sur tous ces faits les lettres de Sturm à Jacques Sturm, 13 hov. et tOdéc. 1545 ; les instructions données par François I«r à Sturm. Arch. de Weiinar..

'^ Sturm à du Bellay, de Saverne, 28 mars 1546. Bibl. impér. de Paris.

3 Instructions données à Sturm , 8 août 1546 , au camp de Donauwœrth Arch deWeimar.

VOYAGES DANS l'INTÉRÊT I>B 1A RÉFORME , ETC. 65»

lanBreRKT'la France pour se joindre à l'ariBéè impémalewiLe: reè'duiofit dlés promesséi^ raslMirantes: sar tous oèS; points ;' maifl il 4éQ]iila la demande d'un prêt ^ de peur de se b^ouiih leriarpoVelnperettr. Ce h-éftait pas là le seul* scrupule (Jui enfageftt François I^ à rester :sur la réserve ; il craignait ausfiâf^ï'ôl «malheureuseinent avec trop de raison^ que l'uuîan entcer les confédérés ne fût troublée et que la guerre* Mi fui pas eondiiite avec assez d'énergie ' . Stnrm , qui n'i*- • gffiiOffMtpasi^ombiea ces craintes étaient fondées, employa t^tei^Wl^laqurncepour exhorter les princes à les démen^ tir.'fiafi ^^wfMiière. vigoureuse dont ils défendraient leurs

.j^lja^iè^ avoir rapporté la réponse du roi à l'électeur de Saxe et au landgrave, campés àDonauwœrth, il fut renvoyé ^«{JlTinA^ #&.la.fin d^ mois d'août. Par l'entremise du <^Wflfiî?l^.iFI|WÇQis Olivier et du secrétaire d'État Bayardiitpbtiptiliifûilapeiimis&ion pour les confédérés de faire u^^iefnfurijMlt.Che^ les négociants de Lyon, avec lesquels il dudaWbOttçb^r iMi^méjne. Il agit en secret avec le dauphin Qtav^c pfqfnbew-frère Pierre Strozzi, plus tard maréchal d^iiFrwi^ii Strozzi ,» «uquel le roi devait 80,000 écus, se aktnti^;4ij^poséi à les prêter aux protestants sans intérêts et'AiJ\miirf marne à. leur camp , pour faire voir que la coun^fiiPraniee leur était favorable. A Lyon, les négociants âfiént àiStuarnl; des difBcultés qu'il ne put résoudre qu'avec badu0oftp< detpainet^Cependantv le roi, pressé parle dau«pbia.^ipair,M?)® d'Élampes, par M. de Longueval, paraissait noumsiUidéie de faire un dernier^ acte de vigueur en s'alliant ;{iv^ lies .protestants contre l'empereur. Il chargea Sturm de demander aux confédérés de s'expliquer sur la i^ature. de l'alliance qu'ils sollicitaient, et dé désigner pour la ligue un chef suprême unique. Ce n'est pas tout; le

I Rapport de sturm aux princes. Archives de Weimar.

moment lui parut opportun pour parler au moin^ en secret d'un autre projet que lui inspira son ancien ressentiment contre Charles V. La duchesse d'Étampes fit dire à Sturin, par M. de la Planche, que le roi s'empresserait de faire avec les protestants une ligue offensive et défensive , s'ils voulaient se décider à élire un autre empereur ; ce nouvel empereur devait être le dauphin Henri, duc d'Orléans, plus tard Henri II. Sturm, en envoyant ces nouvelles au camp de Donauwœrth, ajouta que, selon sa conviction, François 1er n'hésitait à prendre une mesure grande et ilécisive que par la crainte de voir les confédérés , effrayés ei divisés , se soumettre à l'empereur en abandonnant la France; il pressa l'électeur et le landgrave d'envoyer une ambassade formelle pour traiter officiellement avec le roi \ Mais, quoique les deux princes informassent Sturm qu'ils «approuvaient tout ce qu'il avait fait , ils n'osèrent pas efivoyélr une ambassade ; ils se bornèrent à prier François I«r, le 44septembre , de considérer Sturm comme leur envoyé -etde l'écouter favorablement*. Peu après, le recteur revûit.au camp avec Pierre Strozzi ; mais celui-ci, s'étant sép^é^de lui à Ulm , repartit à l'improviste pour Lyon , saas aviïir rempli ses engagements. i-.

Au milieu de ces lenteurs, Sturm commença» à se dé-» courager profondément ; ce qu'il vit au camp, de Dona«T wœrth ne fut pas de nature à lui inspirer de meilleures «spérances : tandis qu'au camp impérial régnait un ordre parfait, que les chefs y étaient obéis, et que l'on gardait le secret sur toutes les entreprises , rien de semblable ne se rencontrait au camp des protestants, désunis, maiconduits et mal obéis, discutant publiquement sur les choses. qu'il

1 sturm au chancelier Burckhart , 2 sept. 1546 ; son rapport , du même mois. Archiv. de Weimar.

2 L'électeur et le landgrave à Sturm , 14 sept. 1546, camp de Donauwœrth. Les mêmes au roi , même date. Ibid.

VOYAGES DANS L'iNTÉRÊT DE LA RÉFORME, ETC. 67

fallait le plus dérober à la multitude*. Cependant il retourna en France, après un court séjour à Strasbourg. Le 22 octobre , François I^^ lui communiqua ses conditions : élection d'un nouvel empereur par la ligue protestante, entrée du roi d'Angleterre dans la ligue, reddition de Boulogne entre les mains des protestants jusqu'au paiement de la somme stipulée au mois de juin. C'étaient là des conditions que les protestants ne pouvaient pas raisonnablement accepter, et qui,, à un moment où l'urgence de secours était si grande, auraient nécessité d'interminables négociations avec l'Angleterre. Sturm tâcha vainement de détourner le roi de ces propositions qui équivalaient presque à un refus ; il lui lit sentir surtout qu'avant une victoire il ne pouvait pas être question d'un nouvel empereur ; le chancelier et Longueval furent d'accord avec lui sur ce point. Mais François l«r, malade et inquiet, y tenait opiniâtrement; c'était le seul prix auquel il voulût accorder des secours effectifs. Si cette condition n'était pas acceptée , il ne voulait traiter que pour une alliance défensive. Sturm, désespérant d'obtenir davantage, retourna à Donauwœrth et engagea les confédérés à se contenter de ce que leur offrait le roi*. Celui-ci leur envoya l'abbé de Bassefontaine, à l'effet desonder leurs intentions. L'idée d'élire un nouvel empereur ne fut pas complètement repoussée; le dauphin, qui caressait l'espoir d'obtenir cette couronne , envoya par Sturm des lettres. à l'électeur et au landgrave, leur promettant de s'employer en leur faveur auprès du roi'; de plus, il invita le duc Christophe de Wurtemberg à une entrevue secrète à Luny^ Il y fut question de l'alliance avec les pror testants, et Christophe fit au jeune prince l'espoir d'être élu

^ Au duc Christophe de Wurtemberg , en tête de Béatus Rhénanus , De rébus German., 1551.

2 Rapport de Sturm Arch. de Weimar.

3 Le 25 octobre 154>6, Bar-le-Duc. Ibid.

enppereur par eux. On commença même une négociation dans ce but ; mais elle fut rompue par les intrigues du duc Claude de Guise.

François I^r ayant à plusieurs reprises insisté^'sur l'envoi d'une ambassade formelle , le landgrave Philippe de Hesse et rélecteur Jean-Frédéric de Saxe donnèrent , le 20 novembre 1546, à Jean Sturm , à François Burckhardt, chancelier de Saxe, et au licencié Jacques Lersner, le& pleins pou^ voirs nécessaires pour traiter avec le roi au sujet de l'alliance projetée ; ils furent chargés en même temps de £aire des démarches pour engager Henri VIII à accéder à la ligue; le péril de leur situation avait forcé les confédérés à accepter cette condition posée par François I®^ *.

Dans les instructions données aux trois envoyés, les mo^ tifs pour lesquels les protestants recherchaient l'alliance de la France étaient indiqués ainsi qu'il suit : à la diète, de Ratisbonne ils avaient espéré que , conformément aux prp^ positions impériales, on traiterait de la religion et de la paix; mais, pendant qu'on délibérait, l'empereur avaitiait des préparatifs dirigés en secret contre la Saxe et contre la Hesse; les protestants, désireux de la paix, ne se sont armés que pour se défendre contre une agression injuste ; loin d'élre des rebelles , ils ne songent qu'à maintenir les anciens droits des États; si l'empereur réussit à tes vaincre et à dissoudre la ligue de Smalcalde, il ne se contentera pas de ces résultats , il ne s'arrêtera qu'après avoir réduit en servitude l'Allemagne entière ; comme ce triomphe serait une menace dangereuse pour l'indépendance et pour l'intégrité de la France , François l^^ doit se souvenir de « l'ancienne alliance de la nation allemande avec la couronne de France ,» et tenir sa parole en venant au secours des confédérés ; ceux-ci , qui en ont le ferme espoir, s'en rapportent à lui sur le choix des moyens de les assister.

* Archives de Weimar.

VOYAGES DANS l'INTÉRÊT DE LA RÉFORME , ETC. 69

Le 24» décembre les trois envoyés furent reçus par le roi ; après avoir entendu leur demande, il leur déclara que, sans, le concours de l'Angleterre, il ne pourrait pas faire avec les États protestants une alliance offensive et défensive, qu'il devait se borner à leur avancer, conformément à ce qu'il avait offert déjà au mois de septembre'^ des subsides de 200,000 écus , à condition que les villes de Strasbourg, d'Augsbourg et d'Ulm lui souscrivent une obligation pour cette somme. Cette demande, qui , en octobre, avait rencontré une vive opposition de la part du magistrat strasbourgeois , fut combattue par Sturm et ses collègues ; ïe roi céda et se contenta d'une obligation qui serait signée par les princes , pourvu que ceux-ci obtinssent dans l'espace de deux mois la signature des trois villes; à cette condition le roi se dit prêt à envoyer sous peu de jours les 200,000 écus à Bâle. En même temps, Léon Strozzi, prieur dé Capoue, promit, en son nom et en celui de son frère Pierre , de prêter aux confédérés , en avril 1547 , 30,000 couronnes sans intérêt. On dit en outre à Sturm que François !«>• n'attendait qu'un premier succès des protestants piout" se décider à quelque grande entreprise ; peut-être même marierait- il alors sa fille Marguerite avec le fils aîné de l'électeur de Saxe *. Sturm se mit en route pour apporter ces nouvelles aux princes ; mais il ne put plus les rejoindre, car Francfort, Ulm, Augsbourg, s'étaient réconciliéis avec l'empereur ; le duc de Wurtemberg se disposait à suivre cet exemple , et partout les routes étaient interceptées par les impériaux*.

Le landgrave hésite alors à accepter les subsides offerts ; car comment fournir au roi les garanties qu'il demande?

* Sturm aux deux princes, 29 déc. 1546, Compiègne; — aux chanceliers de Saxe et de Hesse, 4. janv. 1547; — le chancelier Burckhart à l'électeur, 29 déc. 1546, 10 janv. 1547, Londres. Archives de Weimar.

*^ Sturm aux chanceliers de Saxe et de Hesse , 4 janv. 1547. Ibid.

L'ahbé de Bassefontaine ayant déclaré que François I«r accepterait les signatures de Hambourg et de Brétne, à défeut de celles d'Augsbourg et d'Ulm , et ayant offert d'autres facilités encore , l'électeur Jean-Frédéric exhorta le l^edgrave à ne pas perdre courage ; l'envoyé français , M. de la Croix, donna à ce dernier les mêmes assurances*. Heori de Thun dut alors se rendre à Bâle pour se faire remettre les subsides ; il prit à Strasbourg les conseils du Stettmeister et du recteur sur les meilleurs moyens de les faire passer en Saxe*.

La somme fut-elle remise? Nous l'ignorons; à partir de ce moment, les documents nous font défaut. La mort de François l^r, que Sturm déplorait sincèrement', et la défaite de l'électeur de Saxe changèrent complètement la face des choses. Sturm, en songeant aux dangers qui, selon lui, menaçaient la France après la soumission de l'Allemagne protestante , regrettait toujours que François 1»^ eût été empêché par ses tergiversations incessantes à secourir les confédérés au moment utile ; mais , d'un autre côté, il connaissait assez bien les fautes commises par ceux-ci pour attribuer en grande partie leur défaite à leurs lenteurs et au manque d'unité dans leurs conseils. La soumission des principales villes de la ligue l'affligea profondément; il y vit une trahison envers la patrie et la religion, plutôt qu'une triste nécessité commandée par la force des circonstances * ; quand il apprit aussi la soumission de

^ Le landgrave à l'électeur, 15 janv. 1547 ; réponse de l'électeur, 21 janv. Arch. de Weimar. — Ribier, Lettres et mém, d* Estât. Paris 1666, in-fbl., T. I, p. 611.

2 Instructions données par l'électeur, 13 févr. 1547. Arch. de Weimar.

3 Le 9 avril 1547 il écrit à M. de Bassefontaine pour déplorer la perte d'un excellent maître (cela ne peut être que François 1er, décédé le 13 mars 1547). Catalogue de la bibliothèque de M. Reboul. Par. 1843, p. 186.

* A du Bellay, 17 janv. 1547. Bibl. impér. de Paris. —Au roi de Danemarc, 5 févr. 1 547 ; dans Schumacher, Gelehrter MUnner Briefe an die Kënige von Dœnemark. Copenh. 1758, T. II, p. 313.

VOYAGES DANS l'iNTÉRÊT DE LA RÉFORME, ETC. 71

Christophe de Wurtemberg, il s'écria avec amertume; « Oh! l'énergie des Souabes!»^^» et il ajouta : « Plût à Dieu que Strasbourg conservât sa constance et sa résolution de périr plutôt que de se laisser réduire en esclavage I * » Strasbourg fut effectivement la ville qui résista avec le plus de fermeté. Le magistrat écrivit au roi pour demander son appui dans le cas d'une attaque; il allégua que l'empereur haïssait la ville, non-seulement à cause de son alliance avec les États protestants , mais aussi à cause de ses anciens rapports de bon voisinage avec la France. Henri II fit alors espérer des secours; M. de Saintail, qui déjà en automne 4546 avait passé par Strasbourg pour exhorter les États à tenir ferme contre Charles-Quint^ y revint en mars 4547 , afin de s'entendre avec Sturm et le docteur Chélius sur les moyens d'engager les habitants « à ne pas quitter lle^r liberté pour entrer en servitude ^)) En janvier déjà Sturm avait proposé de s'allier avec les Suisses et de nommer le roi de France chef de cette ligue'. Sébastien de i'Aubespine , envoyé de nouveau comme négociateur en Allemagne , recommanda à son tour à Sturm de tout employer pour que Strasbourg restât libre*. Mais qu'aurait pu faire cette ville, réduite à elle seule, contre toutes les forces de FEmpire , et n'ayant pour tout secours de la France que de vagues promesses? Aussi, lorsqu'elle envoya ses députés à Ulm pour traiter de sa réconciliation avec l'empereur , Sturm écrivit-il au connétable de Montmorency pour se plaindre de l'abandon où la France avait laissé les États et Strasbourg en particulier. Il maudit ceux qui avaient empêché le roi de fournir en temps utile des subsides aux

^ A du Bellay, 17 janv. 1547. Bibl. impér. de Paris. ^ Le magistrat de Strasb. au roi de France, 6 déc. 1546. .^ Le roi à Saintail, 17 mars 1547; chez Ribier, T. T, p. 627.

316 janv. 1547. Ribier, 1. c.

^ L'Aubespine au roi, 26 mars 1547 Ribier, T. f, p. 634.

confédérés et de faire plus tôt la paix avec rAngletecrev-car « une petite somme d'argent au regard de la puissance de votre royaume eût pu détourner ce grand malheur et vous rendre l'Allemagne obligée à jamais ; » et par la paix avec l'Angleterre « vous pouviez sans danger et sans grands frais conserver et amplifier la liberté de l'Allemagne, non moins ppur vous que pour elle *. » Encore quarante ans plus tard il déplorait que l'alliance entre la France, et les États protestants n'eût pas pu s'accomplir; tous nos maux, disait-il, viennent de ce que François l^r , cédant aux influences catholiques, ait hésité lorsque les protestants lui demandaient des secours , et que ceux-ci aient tergiversé à leur tour quand le roi leur offrait de se liguer avec eux *.

Le Gymnase et le chapitre de Saint-Thonuis, Ulntërim à Strasbourg. '^

Pour ne pas trop séparer ce qui se tient par la nature même des choses, nous avons été obligé de perdre momentanément de vue l'activité déployée par Sturm dans l'intérêt des institutions littéraires de Strasbourg. On lui a reproché quelquefois d'avoir négligé ses devoirs de professeur et de recteur pour satisfaire son ambition en s'occupant de préférence de diplomatie. Il est vrai qu'il a toujours montré une grande prédilection pour les affaires publiques. Sa

1 16 avril 1547. Ribier,T. II, p. 3. — Chélius au roi, 19 févr. 1547. 0. c, T. 1, p. 618.

2AThéod. de Bèze, 2 déc. 1584. Bibl. de Gotha.

connaissance des hommes et des choses, les liaisons qu'il avait en sa qualité d'homme de lettres à une époque où ceux-ci étaient recherchés des grands , sa modération , son éloquence, le rendaient particulièrement apte à servir de négociateur. Conformément à l'usage du temps, il touchait des pensions de plusieurs princes , des rois de Danemarc , de la reine d'Angleterre , de François l^^ et pendant quelques années même de ses successeurs et des empereurs Charles V et Maximilien II , pour leur ser^'ir d'observateur, en les tenant au courant des faits *. Il était en rapport avec les envoyés officiels et les agents secrets que l'Angleterre , le Danemarc , et surtout la France entretenaient dans l'Empire; aucun diplomate ne passait par Strasbourg sans s'arrêter auprès de lui; c'est à lui que les autres observateurs rapportaient les nouvelles , soit des événements , soit des résultats de leurs missions secrètes. Quand il fut devenu l'intermédiaire entre les Huguenots et l'Allemagne protestante , il servait de conseiller et souvent de compagnon à leiupst nombreux envoyés auprès des princes allemands; Dans des circonstances graves , où il ne voulait pas confier ses communications à des messagers ordinaires, il en chargeait ses amis, Michel Toxitès, Gérard Sévénus, professeurs du Gymnase, et surtout Gaspard Gamaut, de Metz. Nous ne croyons pas qu'il faille s'associer à ses adver-

* Dès -154.5 le roi de Danemarc Christiern III le prend à son service avec une peivâon de 100 florins. (A Sturm, 15 oct. 1545, d*Itzehoe; chez Schuhmacher, T. II, p. 478 ; — Sturm au roi , 5 nov. 1546 , du camp de Donauwœrth ; ibid., p. 468.) — Le roi Frédéric II le continue dans ses fonctions et dans son salaire; 1548, de Fredericksbourg , 1563 et 1566, de Copenhague. (M. Sébîtz , Appendix chronolog., p. 264.) — Il avait une pension de François 1" et pendant quelque temps même encore de Charles IX. — Granvelle^ en 1554, et Maximilien II, en 1567, le chargent de leur transmettre des nouvelles. (Granvelle à Sturm, 14 févr. 1554 ; Maxim, à Sturm , 23 oct. 1567 ; Bibl. de Zofingue.) — En 1572, la reine Elisabeth le nomme son agent en Allemagne. (Gécil à Sturm , 15 sept. 1572.)

saires pour lui faire un reproche de ses occupalions diplomatiques. Non-seulement il a rendu par là quelques services réels à la cause du protestantisme en Allemagne et en France, mais il est justifié par une autre considération fort importante. Au seizième siècle, le nombre des hommes instruits n'était pas encore assez considérable, pour que chacun eût dû rester exclusivement dans les limites restreintes de sa sphère; pour le service de la chose publique, au milieu des grands débats qui divisaient les peuples, d fallait des connaissances approfondies et des talents supérieurs ; l'enthousiasme général pour les lettres donnait en outre, dans les assemblées publiques aussi bien que dans les discussions plus secrètes, un ascendant marqué à ceux qui maniaient avec élégance la langue de Cicéron. La plupart des hommes d'État et des agents diplomatiques de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne, ont été à cette époque des savants distingués et d'habiles latinistes. On iie doit donc pas s'étonner de voir un des plus éminents de ces hommes de lettres participer à des négociations importantes; d'ailleurs ses travaux dans cette carrière ^le l-ont pas empêché de se consacrer aux institutions plus particulièrement confiées à sa sollicitude.

Nous avons dit plus haut qu'en 1538 Sturm n'avait pas encore la résolution arrêtée de prendre à Strasbourg son domicile définitif. Cependant l'estime dont l'entouràîetit ses collègues et la confiance que lui témoignait le magistrat en le chargeant de missions au dehors, ne tardèrent pas à le fixer pour toujours dans une ville où s'ouvrait à son activité un champ si vaste. En 1540, sa position fut assurée par son élection à une prébende canoniale du chapitre de Saint -Thomas , transformé en établissement scientifique. 11 obtint le canonicat vacant par la mort de Jacques de Richshofen , un des chanoines restés catholiques , qui depuis la Réformation s'était retiré à Heidelberg. Sturm

eut la satisfaction de voir prospérer le Gymnase d'une manière qui dépassait ses espérances. A peine établie, l'école vit arriver des élèves du dehors , attirés par la réputation de Sturm et par l'excellence des études littéraires qui ont distingué le Gymnase dès ses premiers jours *. Des jeunes gens qui avaient étudié dans des universités célèbres vinrent compléter leur éducation dans les cours publics de Sturm et de ses savants collègues. Lazare de Schwendi, illustre plus tard comme général de l'Empire, passa dès 1538 quelque temps dans notre école * , après avoir fait des études à Bâle et avant de se rendre en France. D'autres élèves qui avaient fréquenté les leçons de Sturm à Paris , le suivirent à Strasbourg pour profiter plus longtemps de sa science '. Heureux de ce succès , Sturm ne doutait pas que sous peu on ne vît à Strasbourg « une république des lettres aussi florissante par l'éclat des professeurs que par le nombre des élèves» *. Lorsque, pendant l'été de 1540, une épidémie mortelle sévit à Strasbourg, le Gymnase fut menacé d'être supprimé ; beaucoup d'élèves et quelques professeurs quittèrent la ville. Pour empêcher la dissolution de l'école , Jacques Sturm la fit transférer momentanément à Gengenbach , au pied de la Forêt-Noire ; Calvin et Sturm durent y accompagner les élèves, autant pour les surveiller que pour que Strasbourg ne les perdît pas eux-mêmes ; le Stettmeister était d'avis que la ville ne devait reculer devant aucune dépense pour conserver des hommes qui , se-

* Dès tes premiers temps , te Gymnase est renommé pour la « gravitas diseiplinœ et studium eloquentiœ.* De scholœ Argent, ortu, -^ « Brevi tempore sic effloruit diligentià doctorvm , ut non solùm extremi Germani, sed exterœ quoque nationes eb confluerunt.* Steidan., Comment, de statu relig. et reipubl. Strasb. 1555, in-fol., Lib. XII, fo 185b.

2 Sturm à Ulric Zasius , vice-chancelier de l'Empire, 11 mai 1566.

3 Préface de Sturm à ses Partitiones dialecticœ, 1539.

* À l'électeur Hermann de Cologne , en tête du 2d vol. des discours de Cicéron.

76 CHAPITRE vn. '

Ion lui, illustraient la ville '. L'année suivante , répidémie éclata avec une intensité redoublée ; le Gymnase fut transféré à la Chartreuse , et bientôt après, une seconde fois à Gengenbach, d'où il émigra pour Wissembourg, où il passa l'hiver de 154i à 1542. La maladie enleva les professeurs Bittelbom , Bédrot, Capiton et le jeune helléniste français Claude Féréus * ; parmi les élèves on vit mourir les fils de Zwingli, de Hédion, d'Œcolampade. Sturm, que les missions diplomatiques avaient plusieurs fois appelé en France, éprouva un profond chagrin des pertes subies par le Gymnase ; le 9 octobre 1542 , il adressa à Joachim Camérarius une belle et éloquente épître sur les vides que l'épidémie avait faits dans l'Église et dans l'école de Strasbourç. Cependant la prospérité ne tarda pas à renaître; dès 4542, le Gymnase compta de nouveau plus de 500 élèves.

A cette même époque, un fâcheux malentendu entre Bucer et Slurm menaça de troubler l'union de ces deux hommes, jusque-là liés par une singulière conformité d'idées et de sentiments. Bucer, frappé des besoins des communes protestantes , auxquels le petit nombre de pasteurs ne suffisait pas , aurait voulu que les anciens biens ecclésiastiques fussent employés de préférence pour le service de l'Église; car les biens, disait-il, ont été fondés dans l'intention de profiler à l'avancement du règne de Jésus- Christ. Il demanda par conséquent que l'administration du chapitre de Saint-Thomas fût réformée dans ce sens, et qu'à l'avenir on ne reçût plus comme chanoines que des hommes rendant des services directs à l'Église. A l'époque où Bucer exprima cette pensée , qui dans la suite devint règle su-

1 Jacques Sturm aux scolarques ses collègues, 7 juill. 1540, Haguenau.

'^ Claude Féréus avait rempli ce quelquefois Bédrot et expliqué des tragédies de Sophocle. Bédrot à Camérarius, 16 mars 1541; dans Eob. Hessi Epistolœ.

prême pour la collégiale , le personnel n'était pas encore complètement renouvelé; quelques bénéfices étaient encore entre les mains de gens dont on n'avait à espérer aucun service ni pour TÉglise ni pour la science. Bucer développa ses idées dans deux mémoires écrits à Cologne et à Bonn et envoyés au commencement de 4 542 à ses collègues du chapitre de Saint-Thomas. Elles étaient sages et conformes aux principes de la Réforme; aussi n'est-ce pas contre le fond même que Sturm crut devoir élever sa voix. Mais Bucer, oubliant un instant que le chapitre avait toujours été indépendant du magistrat, avait demandé que l'initiative de la réforme appartînt à celui-ci. C'est là ce que Sturm repoussa avec une vivacité dont son ami se sentit offensé. Non-seulement le recteur revendiqua pour le chapitre le maintien de son ancienne indépendance ; dans un moment d'humeur, il songea même à quitter Strasbourg, soit pour chercher une position à Bâle , soit pour en accepter une que lui offrait l'évêque Érasme*. Bucer s'empressa de lui expliquer qu'il ne s'agissait que d'une méprise , attendu que lui aussi voulait l'indépendance du chapitre; ils se réconcilièrent, et, sur la prière même de Bucer, Sturm consentit à rester à Strasbourg *. Plusieurs fois encore il eut des velléités passagères d'aller s'établir ailleurs ; il songea même un jour à proposer aux scolarques d'appeler à sa place Joachim Camérarius et à se vouer luimême à une autre carrière qu'à celle de l'enseignement. Mais les instances de ses amis, et surtout les représentations de Mélanchthon qui le blâmait de vouloir renoncer à des fonctions, modestes sans doute, mais plus utiles à l'humanité et à l'Éghse que beaucoup d'autres, le déci-

1 sturm à Boniface Amerbach, prof, de droit à Bâle, 18 mars 1542. Arch. ecclés. de Bâle.

2 Au môme , 3 mai 1542. Ibid.

dèrent à renoncer au projet de quitter son poste *; .L'arrivée de son ami Sleidan contribua également à le retenir. Avant de quitter Paris , Sturm avait mis Sleidan en rapport avec révêque Jean du Bellay, qui le prit en affection et lui fit donner une pension royale*. En 4542, le futur historien de la Réforme vint s'établir à Strasbourg, en partie à cause des nouvelles persécutions dirigées en France contre le protestantisme, en partie parce que, sur la recommandation du landgrave Philippe , il venait d'être nommé interprète et historiographe de la ligue de Smalcalde. C'est à Strasbourg qu'il était le mieux placé pour recueillir les matériaux pour le grand ouvrage qu'il allait entreprendre. En outre , on attacha à l'école de Strasbourg un autre des anciens amis de Sturm, le médecin Gûnther d'Andernacbj que les scolarques chargèrent de l'enseignement du grec*. Enfin il trouva un ami nouveau dans la personne du réfugié florentin Pierre-Martyr Vermigli, auquel on confiai 1542 des leçons de théologie et qui conçut pour le recteur un attachement inébranlable.

Quant au recteur lui-même , seul chargé des leçons de rhétorique , de logique et d'éthique , il ne put y suffire autant qu'il l'eût fallu , quand on songe à l'ignorance de la jeunesse d'alors*. Les scolarques lui adjoignirent, sur sa proposition et sur celle de Bucer, le médecin Juste Vels, de La Haye ; mais cet homme, amateur de disputes et de para*doxes, fut renvoyé quelques années plus tard. Comme on ne croyait pas alors que les services que Sturm rendait, ea

> Au même, 21 mai. Arch. ecclés. de Baie Mélanchthon à Sturm, nov.

4ii42. Mel. Epp,, T. IV, p. 903.

-^ Sleidan dédia à Jean du Bellay son extrait latin de Froissard, publié en

3 Giinther fut nommé en 1544 à la place du réfugié italien Paul Lacisio, mort en cette année après avoir été chargé en 154S de l'enseignement du grec.

4 «... Huie nostrœ rudiorijuventutùi^ Rapport de Bucer.

acceptant des missions diplomatiques^ fussent incompatibles avec sa position, on nomma un vice-recteur pour remplir les fonctions pendant son absence ; Pierre Dasypode , promu au titre de professeur public de grec , fut le premier investi de cette charge ; ce savant , qui d'abord avait vu avec déplaisir la concentration de tout l'enseignement au Gymnase , avait fini par reconnaître les avantages de cette mesure et s'était lié intimement avec Sturm. Celuici obtint aussi la création définitive d'une chaire de médecine ; de temps à autre quelques réfugiés avaient donné des leçons de cette science , tels que l'Italien Massario et Gùnther d'Andemach; en 4545, les scolarques , sur la demande de Sturm, nommèrent professeur de médecine Sébald Hauenreuter, médecin de la ville , avec un traitement de 50 florins par an. Le Gymnase enfin faisait d'année en année des progrès; en 1546, il comptait dans les neuf classes 624 élèves*.

Au milieu de cette prospérité des établissements protestants de Strasbourg, survint la dissolution de la ligue de Smalcalde, suivie de la publication de l'Intérim. D'après cet édit, publié à Augsbourg le 15 mai 4548, les protestants devaient se soumettre de nouveau au pape et aux évêques , sauf à conserver quelques libertés dans les choses extérieures, et jusqu'à ce qu'un concile général eût prononcé définitivement sur les questions controversées. L'Intérim fut signifié au magistrat de Strasbourg dès la fin du mois de mai ; il fut un coup de foudre pour cette cité devenue entièrement protestante ; il la menaçait de dangers que Sturm avait prévus depuis longtemps *, et que sa prudence et sa fermeté contribuèrent beaucoup à éloigner.

1 En lr« il y a 55 élèves ; en 2», 68 ; en 3«, 76 ; en 4«, 40 ; en 5«, 53 ; en 6e, 40 ; en 7«, 66 ; en 8*, 86 ; en 9*, 140.

2 « Noi h\c pacem habemust si oerum non est îHud Demosthenis àniaxo^

Dans la première consternation produite dans TAUe^ magne protestante par les mesures despotiques de Kdmpe^ reur victorieux, les États conçurent de nouveau la peaséè de se rapprocher de la France. En août, Tabbé de Basses fontaine vint à Bâle, chargé par Henri II de traiter avec Sturm et Chélius au sujet d'une alliance défensive avec les protestants ; il devait en particulier assurer le.mi^tratde Strasbourg de l'amitié du roi *. Sturm était connu en Allemagne pour être un des agents les plus actifs du parti protestant et de la France. Dans un voyage entrepris dans l'inr térêt de l'alliance projetée , il fut arrêté, à ce qu'il parait^ par les troupes impériales. Il ne dut sa délivranceiqn'&l'i^ vêque de Naumbourg , Jules Pflug, qui intercéda pour- Uli auprès du ministre Granvelle *. Peu après , en septèmbtè; il fit un voyage en Saxe ; appelé à Pforta pour réorganisa cette école fondée naguère et devenue si célèbre daiis4li ^uite% il y passa quelques semaines, après s'être arrêté* à Leipzig chez Camérarius, et à Naumbourg ch«z lesafVsoit évêque Pflug qui lui fit l'accueil le plus distingué*;; ••": >«'

A peine de retour à Strasbourg, il eut la douleur de* voir

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àt\ il Tupavvi^. miser am Germaniam!» A Conr. Pellicailus^ il jèâléi 1547. Bibl. de Zurich. ^^ * O felicem Lutherumqui ista non vi<Urit4». 9È déc. 1546 , à Calvin. Bibl. de Genève.

> Négociations et lettres relatives au règne de François II. Paris 184Î, in-4o; notice, p. XI.

2 Louis Gremp à l'évèque Pflug ; dans Epistolœ Nosellani «f&. ad jPjfltlgium; Leipz. 1802, p. 104. — Dans une lettre aux scolarques , de 1554, sturm dit que six ans auparavant il a éprouvé les horreurs de la captivité.

3 Cette école , fondée en 1543 , déclinait depuis le départ de son recteur Cyriac Lindemann. Fôrstemann , Nordhauser Gymnasial-Programm, 1881^, in-40, p. 12.

I Camérarius à Jean Baumgartner, sénateur à Nuremberg , 22 oct. 1548 ; Camerarii Epistolœ familiares. Francf. 1583, p. 240. . — Sturm était recommandé à Pflug par le jurisconsulte Louis Gremp ; lettre du 24 sept. 1546, citée note 2. — Désormais il appelait Pflug ttpatronus et hospes meu$,* Nà^ bilitas literata , chez Halbauer, p. 82.

LE GYMNASE ET LE CHAPITRE BE SAINT-THOMAS, ETC. Si

les premiers efifets de Tbiiérim. Dés le l^rmars 1549^ deux dee pluJs «ourtageia défenseurs du protestantisme/ Bucer et Fugâtts, sont destitués sur Tordre formel de l'empereur et de-Févéque^Tampereur avait contre Bucer un ressentiment ptrticnlifflr, à cause de la part qu'il avait prise à la réfor^ malion de-Cologne ^ Sturm , affligé de voir partir ces demc compagBAns de son œuvre , leur conseilla de se rendre i Tiavitation de l'archevêque Cranmer qui les appelait efi Angleterre ; depuis les négociations d'Ardres , Sturm avait en )ce pays des amis puissismts, auxquels il recommanda JftMdeiûL réformateurs*. L'académie de Copenhague etft égàleofl|e]U> voulu posséder Bucer; Sturm écrivit au recteur ftWai#» çKofesseurs pour les remercier de cette marque de sywpatbf que. estime donnée à l'illustre exilé '. Quant à lui- <ftêi»^ii M payait résulter d'une lettre de George Fabricius, dUplSibniars 1549, qu'il quitta aussi la ville opprimée et qUf'il'iYécwtiqudique temps retiré en Saxe*. Cette absence liff<Ai(pis*de' longue durée. Non-seulement, en sa qualité de fonctioflnaiirè^ laïque, Sturm avait moins à craindre que ke4)afite»r8y» mais le devoir de veiller à la conservation de son école le rappelait impérieusement à son poste. Il revint ÀtSilrasbouFg et f déploya une activité qui fit l'admiration de ses amid de près et de loin. 11 continua ses cours sur l'éloquence ,çt publia quelques discours d'orateurs grecs qu'il d^dia à l'évéque Pflug, pour prouver que, même dans ces teifqps difficiles , l'école de Strasbourg n'interrompait pas

i sturm à Walsingham , 23 févr. 1577 ; en tête des Scripta anglicana de Bucer. Bâle 1577, in-fol.

2 L. c Antipappus 1, p. 27.

3 Le 3 juin 1549 Bucer avait aussi reçu des appels pour Genève , Bâle

et Wîttemberf .

^ George F«bricius écrit de Meissen , le 15 mars 1549 , à Wolfgang Meurer : « Sitirmiiffii Argentorato exulare audtvi , et agere in Saxonià Brunsvigù» Fabricii EpUtolœ , p. 62.

v82 CHAPITRE VU.

ses leçons*. Mais cette école courait les mêmes dangers que la liberté religieuse à laquelle elle avait dû son origine. L'évêque Érasme , se fondant sur l'Intérim , voulut réintroduire le catholicisme dans le chapitre de Saint-Thomas. L'exécution de cette mesure eût entraîné la suppression de l'enseignement qui faisait la gloire de la ville ; avec Saint-Thomas serait tombé aussi le Gymnase ; le sort de Tune de ces deux institutions sera toujours celui deTautre. Tous les chanoines, à l'exception de deux, protestèrent contre la prétention épiscopale; l'un des deux qui voulaient se soumettre était Juste Vels , dont le caractère peu honorable donna peu de poids à son vote ; l'autre était le prévôt Béat-Félix Pfeffinger, vieillard chagrin, qui accusait les. professeurs d'être plus occupés des auteurs païens que des docteurs de l'Église*. A cette accusation digne du moyen âge, l'évêque en ajouta une autre : selon lui, les chanoines de Saint-Thomas étaient rebelles à l'empereur, en refusant de se soumettre à l'Intérim. Le chapitre lui répondit paf un mémoire énergique , rédigé par Sturm , et établissant que, loin d'avoir des opinions séditieuses, les professeurs ne continuent leurs leçons que parce qu'ils les croient honorables pour la ville ; l'Intérim a été publié pour fermer la porte aux querelles et aux controverses , non pour troubler des hommes paisibles dans l'exercice de fonctions utiles ; enseigner les bonnes lettres n'est pas contraire à la déclaration impériale ; l'évêque agirait mieux dans l'intérêt de la concorde, si, au lieu de soulever des prétentions injustes, il s'unissait au magistrat pour obtenir de l'empe-

' A Pflug, 27 nov. 1549, en tête de deux discours d'Eschine etde Démosthènes. — « Schola Argentoralensis adhuc salva est , ut ex fratrum Uteris intelligo, Sturmius noster non solùm doctrinœ et eloquentiœ , sed eliam virtulis , pietatis ^ cohstantiœ egregium est exemplum,» G. FabrîciusàW. Meurer, 12 juill. 1549; dans Fabricii Epp.^ p. 66.

*' Cela ressort de la lettre apologétique adressée par le chapitre à Pfeffinger.

reiir et même dq pape le maintien des professeurs dans leurs fonctions et dans leurs traitements. Ces considérations né manquèrent pas de faire impression sur l'évêque. Érasme de Limbourg était un homme modéré, clairvoyant, blâmant les erreurs du catholicisme et ne défendant la papauté que parce qu*elle lui semblait la seule sauvegarde de Tunité*; il était l'ancien ami de Slurm qui lui avait rendu quelques services importants et qui , lors de son élection, àvàît conçu Fespoir de le voir s'appliquer à la réforme des abus dans les églises de son diocèse ' ; cultivant les lettres et aimant le commerce des savants protestants , Érasme jouissait à Strasbourg de Testime publique. D'ailleurs, une transaction lui était facilitée parle pape lui-même , Paul III

ï Voici ce qu'après la mort de l'évêque Érasme , Sturm écrivit au comte Richard , prévôt du ^rand-chapitre : « /n hac vero religionis dissensione , quom moderatus , quàm cautus , ut ne dissentientibus sententiis animi dissiderent, et perturbaretur otium publicum. In Ponti/icibus multa requirebat, multa improbabat , Pontificatum tamen ita defendebat ^ non tjfuatis essetj sed ut auctoritate Patrum, quorum erat studio sissimus ^ céfutituium eredidit , qua in re quod fieri debebat poterat providere , quoijti verà fieri per homines non poterat ^ ferre potuit , non potuit corrigère. » Epistolœ de morte Erasmi,

- Lors de l'élection d'Érasme , en 1541, Sturm obtint, par son influence auprès du cardinal Du Bellay, que François 1er fît des démarches à Rome pour qtt0 révoque reçût le pallium sans autres frais que les frais ordinaires. (Sturm cpntre Marbach, 1572.) — En 1542,. le chapitre de Saint-Thomas arrêta, sur la demande de Sturm , de faire à chaque évêque, régulièrement élu, un don honori|ïqiie ,. accompagné d'une lettre où serait exprimé le désir que le prélat se conéact^t à la « pia et chriàtiana reformatio ecclesiarum quœ ipsi creditœ suni,» Après l'Intérim, cet usage fut supprimé. — En 1546, l'évêque char^ gea sturm de présenter pour la prébende de summissaire à Saint-Thomas Louis Carinus , ancien ami du recteur et médecin d'Érasme ; celui-ci le recommandait à cause de ses connaissances , de son zèle pour l'instruction de la jeunesse et des services qu'il lui rendait à lui-même en organisant sa bibliothèque; Le chapitre , plein de déférence pour l'évêque et aimant Carinus « umb seiner gotseligkeit und érudition xcillen .» l'accepta après quelques difficultés ; Carinus se soumit à l'examen canonique institué par le chapitre, et Ait mis en possession de la prébende.

avait envoyé en Allemagne trois prélats , munis du pouvoir de faire des concessions sur les biens ecclésiastiques consacrés depuis la Réforme soit à des hospices , soit à des universités et à des écoles littéraires ; ce pouvoir avait été transmis à Févéque Érasme'. En même temps, le magistrat fit auprès de l'empereur des démarches que Sturm fit appuyer par des hommes considérables appartenant à l'Église catholique*. Il fut convenu de nommer des arbitres pour accommoder l'évêque et le magistrat, « sans préjudice de leurs droits respectifs.» Les arbitres furent deux hommes également conciliants , George de Wikersheim , prévôt de Seltz, et Henri de Fleckenstein , baron de Dagstul, sôusavoyer d'Alsace. Le 23 novembre 1549 ils proposèrent un concordat qui fut accepté des deux parties ; il y fut stipulé que le culte catholique serait réintroduit dans la cathédrale et dans les deux églises canoniales de Saint-PierreJe-Viéux et de Saint-Pierre-le- Jeune. Quant au chapitre de Saint- Thomas , exclusivement voué à l'instruction publique , îl demeura exempt de l'Intérim ; le magistrat le prit sous èa protection', et dès lors il est resté la propriété légitime de l'Église protestante de Strasbourg.

I BuUe du 31 août 1548.

' V. le Libellus nullitatis présenté en 1583 au tribunal impérial de Sj>ire par Tavocat de Sturm contre le magistrat de Strasbourg.

^ Notice sur les fondations administrées par le Séminaire protestant ;

documents, p. XIII Grandidier {Hist, de VÉgl, de Strash., T. I , p. 887)

reconnaît que c'est par esprit de paix que l'évêque consentit à la nouvelle de^ tination donnée à Saint-Thomas.

tfauvelies mis^ians diplomatiques. Travaux scolaires et littéraires.

Bien que, de celte manière, l'école de Strasbourg fût sauvée, Sturm, qui avait besoin de liberté , ne supportait rintérim qu'avec impatience. C'était pour lui une servitude odieuse, un joug tyrannique imposé aux esprits ; «la parole est enchaînée, écrit-il à un de ses amis d'Angleterre; nous nlayons de libres que nos pensées , nos prières , nos vœux iptimes; mais nos moindres plaintes, nos soupirs mêmes npus rendent suspects *.» Avide de se soustraire à ce despotisme et d'en délivrer l'Église, il tourna les yeux vers la France, où, malgré ses déceptions antérieures, il espérait tr^ouver un secours pour l'Allemagne protestante.

En 1550, pendant les discussions au sujet du concile de Trente et en présence du refus de l'empereur de rendre la liberté au landgrave de Hesse, les États protestants se rapprochèrent de Henri II. Charles de Marillac, évêque de Vannes et ambassadeur français à Augsbourg, conseilla au roi de. profiter de l'antipathie des protestants pour le concile et d'employer ses agents en Allemagne pour l'augmenter*. Cela n'était pas difficile; car Charles V nourrissait des projets qui menaçaient non -seulement le protestantisme, mais la liberté de l'Allemagne entière. L'empereur

1 « . ,Nihil tutum hahemus prœter cogitationes ^ precationes^vota, quœ si gemitum aut voculam edant , stupiciosum est.* A Roger Asham, 15 juin iftSi ; dans Àshami Bpistolœ. Oxford 1703, p. 885.

2 29 juiUet 1550. Ribier, T. Il, p. 281.

avait l'intention de faire désigner son fils Philippe pcHir être un jour son successeur. Quoiqu'il y eût à ce sujet tt& grave dissentiment entre lui et le roi Ferdinand son frère ^, il sollicita, à la diète d'Augsbourg, les suffrages des électeurs en faveur de Philippe. Cette demande jeta l^àlanne parmi tous les États de l'Empire *. Sturm fit part aucardi* nal du Bellay de l'émotion produite par les projets de l'esipereur ; il partageait l'opinion de ceux qui, en Allemagne:, craignaient de voir la dignité impériale devenir héréditaire dans la descendance de Charles V. Si la France, disait^ib, avait assisté plus énergiquement les États protestiûiis, éHk eût conservé son influence au moment d'une élection et eût pu rendre à l'Allemagne le grand service d'empêehenrEmpire de devenir le patrimoine d'une famille. Gependaft cette influence peut être reprise, et avec elle l'œuvre dalK pacification de la chrétienté; Henri II n'a qu'à profiter* d^ circonstances; l'Allemagne est tellement courbée sou^ilê joug, que, si elle n'est pas stimulée du dehors, non-séttle^ ment elle n'entreprendra rien, mais elle n'osera pÉfe ttïèrite se plaindre*. Sturm était d'avis que la couronne devait <te^ donnée à tout autre plutôt qu'à un membre de la maison de Habsbourg. A la diète de Haguenau, en 4540, il avait conçu du roi Ferdinand une opinion favorable , il avait esfu voir en lui un homme bienveillant et doux , quoique dominé par des conseillers hostiles à la liberté religieuse* ;

1 Corretpondenz des Kaisers Karls F, herausgegeben }>on Lang» Leqit. 1846, T. m, p. 15, 97, 107.

2 Sleidanus, f» 383». — Robertson, Histoire de Charles F, Amst. 1771, in-40, T. II, p. 425.

* 3 sturm à du Bellay, 28 mars, avril 1551. Bibl. impér. de Paris.

^ Ferdinand lui paraît être « mansueto ingenio et naturà bonà, ita ut ego quidem illi cognitionem nostrœ cattsœ committere , si quid iri me esset , non recusarem, sed hahet secum eos quitus gratius esset^ condemnari nos quàm causam cognosci » A Barth. Latomus, 31 mai 1541 ; in Epp, La*:

omi et Sturmii.

maintenant cette opinion était modifiée, Ferdinand n'était plus aux yeux de Sturm qu'un prince aussi despotique et aussi dangereux que son frère. Comme il avait une santé robuste y Sturm craignait que^ s'il arrivait à TEnapire, l'Allemagne ne fût longtemps sous le joug. Son fils Maximilien, quoique plus libéral et moins redouté des protestants^ ne présentait pas au recteur, organe d'une opinion très* répandue , assez de garanties pour qu'on eût consenti vo* lontiers à laisser la dignité impériale entre les mains de cette branche. Quant à l'infant don Philippe , il était odieux aux catholiques comme aux protestants, à cause de son arrogance et surtout à cause de l'influence espagnole si justement redoutée par l'Allemagne entière. Sturm pensait i}ûe, dans cette situation, le roi de France pourrait avoir quelques chances de monter au trône impérial ; il montra à du Bellay quelles influences il faudrait faire agir et quels intérêts il conviendrait d'invoquer auprès de chaque électeur, si à Paris on devait entrer dans ces vues. Mais, si Umvi II ne voulait pas se présenter comme candidat, Sturm désirait qu'il intervînt au moins pour faire élire un empereur dont on n'eût rien à craindre pour la liberté publique. 11 indiqua plusieurs princes , en désignant de préférence le duc de Clèves qui , par ses qualités distinguées , lui paraissait digne de réunir les suffrages des protestants et ceux des catholiques. En tout cas , il insista pour que la France regagnât la confiance des États protestants , en leur garantissant des secours efficaces au cas que l'élection donnât lieu à une guerre*.

La cour de France ne rejeta pas ces idées , parfaitement conformes à ses intérêts. Elles contribuèrent à préparer l'accueil empressé fait à la demande que l'électeur Maurice de Saxe et plusieurs autres princes ne tardèrent pas à adres-

1 À du Bellay, 17 mai 1551. Bibl. impér. de Paris.

88^ CHAPITRE VllI.

ser à Henri IL Ils sollicitèrent une alliance offensm lat^ la France « pour sauver la nation allemande de la scnnrittide dont elle était menacée ; » ils ajoutèrent que^ lors de Félec* tien d'un nouvel empereur, ils manifesteraient leur rdeoii-^ naissance. L'habile évêque de Bayonne , Jean de Freese, fut envoyé en Allemagne pour traiter avec les princes ; le 5 octobre 1551 Talliance fut signée à Friedewak) en Hess», et le 15 janvier 1552 à Chambord. Il y fut stipulé aussi que Henri II s'emparerait «le plus tost qu'il pourroitj» et en qualité de vicaire de l'Empire, de Metz, deToul et de 'VeN dun, pour les ôter des mains de l'ennemi, sauf à résenrer les droits que l'Empire prétendait avoir sur ces villes.

Le 3 mai 1552, Henri II arriva avec son arniée à Sa* verne, sur le versant oriental des Vosges. Stunn' devait aller avec une mission secrète en Angleterre; mais lei r^ivi instruit des négociations que le prudent Maurke avait en** tamées avec le roi Ferdinand à Lintz, en Autriche, ne vom' lait pas s'engager trop loin avant de connaître le résulteti des démarches de son allié douteux ^ Le traité de PàsMMrj conclu le 16 juillet, lui prouva qu'il n'avait pas eu torlesi ' hésitant, car Maurice avait fait la paix pour lui setalv'ér' l'exclusion de la France. Cependant l'électeur, ne se fiant. pas trop à Charles V, demanda une nouvelle allianc©^te({' Henri II; celui-ci, cachant son ressentiment, ne la refusa point; il tenait à garder les villes lorraines et à avoir un allié contre l'empereur. Il nourrissait d'ailleurs Fidée de se faire élire à l'Empire ; il fallait donc ne pas rompre avec l'électeur de Saxe et les autres princes. L'évêque Marillac, de Vannes, fut envoyé en Allemagne pour préparer l'exécution de ces plans ; il se mit en rapport avec le docteur Cbélius et avec Sturm , qui le rendirent attentif aux avantages qu'on pouvait tirer des dissensions entre les États

1 sturm à Toxitès , 7 mai 1552.

de l'Empire et à la nécessité de ménager Maurice, «personna^ inquiet et ambitieux j^^. Mais Maurice ayant trouvé la mort (4i juillet 4553) dans sa guerre contre le margrave Albert de Brandebourg, le roi de France, incertain sur la tournure que prendraient les événements, se borna à r^ commander à ses agents de tout observer avec soin. Le traité de Passau et la paix de religion de 1555 ayant assuré la liberté des protestants , une ligue avec la France devint superflue; les relations entre celle-ci et les États furent interrompues pour quelque temps.

Stunn retourna dès lors tout entier à ses travaux littéraires et à l'exercice de ses fonctions de recteur et de professeur. Outre plusieurs traités de rhétorique et de dialectique et quelques éditions d'auteurs anciens , publiés depuis l'Intérim , il s'était essayé quelquefois à la poésie • ; mais ce dont il s'occupait avec une prédilection particulière , c'étaient trois grands ouvrages par lesquels il voulait illustrer son nom. C'étaient des dialogues sur la rhétorique-tfAristote, un travail analytique sur Cicéron et un tïwté'Sur le style latin. Le premier de ces ouvrages était le fïtiit d'entretiens avec ses amis, le professeur Sapidus, le jurisconsulte Louis Gremp de Freundstein et les frères Werthery jeunes nobles de laThuringe. Ces derniers, qui, avec leur précepteur George Fabricius, furent pendant quelques années ses pensionnaires , lui assurèrent une sotnme de 2400 florins pour l'analyse de Cicéron , s'il la terminait à une époque donnée ; nous en reparlerons plus bas. Il voulait aussi écrire la biographie de Bucer, mort en Angleterre, en 1551 ; il avait cette intention encore

< Instructions données par le roi à Marillac, 13 juin 1553. Marillac au roi, 3 juillet 1558. Rapports de Sturm et de Chélius ; dans Menken , Scriptoret rerum germanicarum. Leipz. 1728, in-fol., T. II, p. 1402.

2 En juillet 1540, Nicolas Gerbel envoie à Veit Dietrich , à Nuremberg, des • carmina bueolica Joh, Sturmii et Joh. Saptdi.^

00 CHAPITRE Vni.

vingt ans plus tard, mais ne parvint pas à la réaii3€^^V« Au Gymnase et à la Haute-École, comme on appelait les cours supérieurs donnés par quelques professeurs , il n'y avait pas eu d'autre changement que le regrettable dépsu*! des théologiens Bucer, Fagius et Pierre Martyr. En 4553, ce dernier revint d'Angleterre ; Sturm , qui l'avait rieoommandé au roi deDanemarc, obtint de nouveau sa noioination à Strasbourg , ce prince ne l'ayant pas accueilli à cause de ses opinions calvinistes sur la Sainte-Cène*- En 1553 , de grands chagrins vinrent troubler la vie paisible que Sturm menait depuis quelque temps ; non-seulement une épidémie dispersa les élèves du Gymnase et des cours.', mais le 30 octobre mourut Jacques Sturm, à l'âge, de soixante-trois ans. La perte de cet homme, aussi grwd citoyen que chrétien pieux, affecta profondément le reCr teur dont le Stetlmeister avait été l'ami et le conseilleir.; elle fut pour Strasbourg entier un deuil public. Sturna consacra à sa mémoire quelques pages adressées au magisr trat; il y exprima dans un beau langage de nobles pensées, rappelant les éminentes qualités du Stetlmeister, son. patriotisme intègre, sa fermeté, sa sagesse, son zèle poqr,lf. religion et pour les études , les services qu'il avait rendue à sa patrie dans des temps difficiles, l'honneur dont il s'était couvert et qu'il avait fait rejaillir sur ses coûcitoyen$, sa sollicitude enfin pour le Gymnase dont il avait été un

I A R. Asham, 15 juin 1551 ; Ashami Epp., p. 385. — Asham à Sturm, 18 juin 1551 ; o. c, p. 39. — Encore en 1572 Sturm voulait écrire la vie de Bucer ; mais Conrad Hubert, qui avait les papiers du réformateur et dés notes sur lui, tardait à les lui remettre. Cassiodoro à Hubert, 12 avril 1573.

^ sturm *studet omnibus modis ut hïc retinear,n P. Martyr à Calvin, 3 nov. 1553. P. Martyr, Loci commune*. Heidelb. 1613, in-foL, p. 1092. — Sturm au roi de Danemarc, 27 juillet 1554; cbez Schumacher, T. H, p. 3l5.

3« Jo/i. Sturmius propter pestem e aomx) suà ad Sapidum migravit.., Valde , ut audio , diminuitur Àrgentoratensis ludus. » G. Fabricius à Wolfg. Meurer, 28 mai 1553 ; Fabricii Epistolœ, p. 87.

des fondateurs et qu'il chérissait comme un deè ornements de la ville. Ce qui attrista le plus vivement le recteur, c'est qu'en Jacques Sturm l'Église de Strasbourg perdit un des derniers défenseurs de cette modération conciliante dont jusqu'ici elle avait été l'asile. Il prévit l'explosion des discordes dont les germes s'étaient manifestés depuis quelques années, mais que l'autorité universellement respectée du Stettmeisler avait encore empêchés d'éclater. Dans cette prévision , Jean Sturm songea de nouveau à s'établir ailleurs. Son ami Michel Toxitès , qui avait quitté le Gymnase pour s'établir en Suisse , et puis dans le Wurtemberg , désirait l'attirer à Tubingue * ; Jean de Presse lui offrit une position en France*. Sur le conseil de l'évêque Érasme, il èirt l'intention de se consacrer au service de l'empereur ; il en fit la proposition au ministre Granvelle , en se réser-^ vaut expressément la liberté religieuse. Granvelle accepta âés offres et reçut pendant quelque temps par Sturm des nouvelles politiques'. Le recteur se mit ainsi dans une fausse position, inconciliable avec tous ses antécédents; aussi ne tarda-t-il pas à en sortir , pour ne pas devenir infidèle à ses devoirs et à ses convictions. Par le même motif il renonça au projet de quitter Strasbourg, sauf à se préparer aux luttes qui l'attendaient. Il possédait encore l'affeétiori de ses collègues et l'estime du magistrat, et était honoré des catholiques comme des protestants. En 1550, l'électeur palatin Frédéric II lui délivra un diplôme , par lequel il le prit sous sa protection spéciale*; en 1555, Charles V lui accorda des lettres de noblesse , en considération de ses talents et de ses vertus, et des services que ,

» Toxitès à Nie Prugner, professeur d'astronomie à Tubingue, 19 avril 1554. ^ Fraxineus à Sturm, s. d.

3 sturm à Granvelle, 22 janv. 1554. — Granvelle à Sturm, 14 févr. 1554. — Papiers d'État de GranyeWe. Paris 1841, in-4o, T. IV, p. 465. ^ 1« juin 1550, Heidelber^. Arch. de Carlsruhe.

comme savant, il avait rendus à TEmplre * ; quelque tëcftpft auparavant, l'ambassadeur vénitien DamKia, se rendant à Spire, lui avait témoigné son admiration, en Ini envô^Jàttt un riche cadeau*. Le 40 novembre 4555, il fut élii prévôt du chapitre de Saint-Thomas '. Deux ans après , M fut envoyé au second colloque de Worms , où raccompagna ôofl disciple Wolfgang de Werther*. Cette conférencef, réunie en vertu de la paix d'Augsbourg, fut dissoute avant d'avoir commencé ses travaux. Vers la même époque," Mrchôl Toxitès publia un recueil des remarquables préfacés mises par Sturm en tête de plusieurs ouvrages et annonça ùil volume de ses lettres*. Ce volume n'a pas paru, pas pWs; qu'un travail plus considérable que Sturm voulait ètftr'é^ prendre alors. Engagé par l'électeur palatin Otton-RébWS continuer l'histoire deSleidan, mort en 4556, ilp"Ha*fé prince de lui procurer, par son intervention , radcês'islfeii! archives des États protestants et la commùnicàtîoAf dés documents authentiques®; il adressa la même demâiifle au roi de Danerparc'. Otton-Henri commença par luî^'étf-^ voyer les actes de la diète d'Augsbourg de 4555 et lui oflMl une pension pendant qu'il travaillerait à cette œuvre; detii riches Polonais lui firent une offre semblable ; sur létfôrtseil de Toxitès, il n'accepta rien du prince, afin de ràiètix garder l'indépendance nécessaire pour bien écrire This-

I 31 oct. 1535, Bruxelles. En ièie du Libellus epitomicus de ffelio Turcico, de Sturm.

2R. Asham à Sturm, 20 oct. 155S, de Spire; Ashami Epistolœ, p. 49.

3 Le chapitre le clioisit « consideraià et seolœ et ecelesiœ huiuê uHUtate atque honestate,*

^Antipappus IV, P. 3, p. 163.

5 Toxitès aux comtes Christophe et Jean de Frise , en tête des ProUgomena de sturm.

6 sturm à Otton-Henri, 19 mars 1557 ; 20 janv. 1558.

' Au roi de Danemarc, 1er avril 1557 ; chez Schumacher, T. 11, p. 947.

toire*. Avant d'entreprendre le grand travail de continuer Sleidan, il voulait terminer ses vingt livres de commentaires sur Aristote*. Mais il n'a ni achevé cet ouvrage, ni commencé l'autre. Personne pourtant n'eût été mieux placé que lui pour raconter l'histoire de son temps ; non-seulement il avait déjà exposé avec une grande netteté , quoiqu!en peu de lignes, les devoirs d'un historien', et prouvé son propre talent historique par sa belle biographie du savant Alsacien Béatus Rhénanus^ , mais par ses missions diplomatiques il avait appris à connaître personnellement les princes et à pénétrer leurs intentions ; ses nombreux amis de tous les pays de l'Europe lui transmettaient les nQuyelles de ce qui se passait dans le monde ; il les comm^^iquait à son tour à quelques princes, notamment aux rpis de Danemarc et aux landgraves de Hesse , dans des letU^s qui sont les vrais journaux du temps , et où Ton trouve les relations détaillées des négociations, des batailles, dès sièges , en général des faits les plus importants. Ppurvu de ce riche matériel et maniant la langue latine ayftç une perfection rare, Sturm eût été digne de continuer V'çeuvre immortelle de son compatriote; il est à jamais regrettable que les .événements ultérieurs de sa vie ne lui î^ient pas permis de s'y consacrer.

• Toxitès à Sturm , 7 mai 1557, de Tubingue.

2 A Otton-Hemi, 20 janv. et 15 mai 1558.

^▲révèque Érasme, ea tête des Epistolœ familiares de Cicéron. — R. AshamàSturm, 21 oct. 1562; Ashami Epistolœ , p, 61. ^ En tôte des Libri rerum germanicarum, 1551.

Relations avec les réformés de France.

Nous avons observé déjà que ses souvenirs et h tendance particulière de son esprit inspiraient à Sturm une vive sym^ pathie pour les pï^otestants de la France. Ami de Mélaoohthon et admirateur de Luther, il se rapprochait pourtant de la doctrine helvétique bien plus que de celle de la conr fession d'Augsbourg. Aussi le sort des réformés français lui tenait-il vivement à cœur ; pendant une série d'années il s'en est occupé avec une ardeur et un désintéresseipent qui l'ont entraîné dans des luttes et dans des difficultéçde tout genre.

On sait que, dès les premières années de la Réforme,, diî' nombreux protestants français vinrent se réfugier à Stca$-, bourg. On les accueillit avec une chaleureuse hospitalité», Sous la protection du magistrat, ils formèrent une communauté qui eut son église et ses ministres ; Calvin lui-ménïe en fut le pasteur pendant le temps que dura son exil de Genève ; c'est à Strasbourg qu'il publia, en 1539, la seconde édition de son Institution chrétienne, et c'est dans la même ville que parut, en 1543, la troisième édition accompagnée de quelques lignes d'éloge par Sturm * . Celui-ci fut, dès son

' 2e édit. Strasb., Wendelin Rihel, 1539, in-fol. — 3* édit., chez le même, 1543 , in-fol. Voici l'éloge que Sturm mit sur le titre : < Johannes Calvinus homo Qcutissimo iudicio summàqtie doctrinà et egregià memorià prœdi" tus est : et scriptor est varius , eopiosus , purus : cuius rei testimonium est Institutio ehristianœ religionis quam prima inchoatam , deinde locvpU" tatam , hoc vero anno absolutam editam edidit , neque scio an quieq%iafn

arrivée à Strasbourg, un des protecteurs les plus actifs de rÉglise française. Jacques Sturm , Dasypode, Sleidan, lui prêtaient également Tappui de leurs conseils ou de leur autorité * ; Sleidan fut même pendant quelque temps un des trois administrateurs que lui donna le magistrat. Grâce à ces hommes, plusieurs savants, fugitifs de France, furent retenus à Strasbourg pour y faire des cours. C'est ainsi qu'en 1553 Charles Dumoulin, en 1555 François Baudouin et Hotmân arrivèrent en notre ville et y firent des séjours plus OH moins prolongés*.

Jusqu^à répoque où la tournure que prirent les affaires protestantes sous François II et Charles IX, sollicita toute son attention et l'engagea à prendre une part directe à la défense de la liberté religieuse en France, Sturm s'occupa surtout du sort de.la réformation à Metz.

«En automne 1542, les prédications de Farel avaient provoqué en cette ville un mouvement populaire contre les protestants et contre leur protecteur l'échevin Gaspard de Heu. Ils quittèrent Metz pour se retirer à Montigny et à Gorzè ; plusieurs d'entre eux furent bannis ; de ce nombre fut Gaspard Gamaut qui avait logé Farel et refusé d'ouvrir

kum» ^netris extet , perfectius ad doeendam religionem , ad corrigendos moru 6< tollendoi errores : et se optime institutum existimet, qui y quœ in eo volumine iraduntur, est assecutus.n — Ântipappus II, p. 111.

^ Hotman à BuUinger, 25 mars 1556, Strasbourg; Hottomannorum Epistolof. Amst. 1700, m4o, p. 4.

^Damoulin fut recommandé à Jacques Sturm par Calvin, 10 juillet 1558, Geaève; et par Farel, 12 juill. 1553, Neufchâtel. — En 1555, Baudouin, re commandé par le recteur aux scolarques , fut engagé pour six ans à faire des cours de droit et à donner des consultations au magistrat , à raison d'un traitement de 160 fl. par an et de 20 fl. pour loyer. — En 1556 , un certain nombre d'étudiants , parmi lesquels beaucoup de Français, remirent aux scolarques une pétition, demandant que Hotman fût autorisé à faire un cours de droit civil. H fut engagé pour six ans aux mêmes conditions que Baudouin ; peu après , il fut admis au droit de bourgeoisie et à un canonicat à Saint- Thoidas.

^6 CHAPITRE JX.

sa maison aux persécuteurs ' . Gamaxit , accomj>agiLé.4'îM^tr^ proscrits , se retira à Strasbourg où il ievini un dies.pljis intimes amis de Sturra. Celui-ci, attristé de voir la c^se du protestantisme compromise à Metz^ ne s'en consoj^t que par la pensée que l'opposition devient souvent plu^ utile aux progrés de la vérité qu'un acquiescement ^op prompt '. Les protestants messins s'adressèrent aux confédérés de Smalcalde pour obtenir par leur intei^entipn Ifi paix avec le parti catholique. Sturm prit part 4 ces d^ marches; au printemps 1543 il se rendit à Bar, ^'Ptt.il écrivit au cardinal du Bellay pour que le gpuverneçijçnt français intercédât à son tour en faveur des protesf£^it^ d^ Metz ' ; ses efforts et ceux des princes allemands furent <cof|ir ronnés de succès; à la suite d'une conférence,. jbei^ua.^ mois de mai à Strasbourg, les bannis o|;^tinrenl l'^utpiiSifr tion de rentrer en leur patrie*. Mais ce succès ni^ .^f^^ point; le parti catholique reprit le dessus ,. les persépu^ppf recommencèrent, et, dès le mois de juillet, des ,(j^lé^\i^ Gaspard de Heu à leur tête , se rendirent à la^ réui^ion ^^ Smalcalde pour implorer l'assistance des États prptesta{|t^. Sturm usa de son influence sur les princes pour pbl^ffjjr que leurs coreligionnaires de Metz fussent « rendus en la protection et sauvegarde de l'union ".» Mais celle-ci s'él^it pas assez puissante pour leur donner un appui efficace; l'hérésie fut sévèrement défendue à Metz; inspiré pai: les Guises , le parti catholique songeait déjà à rattacher cette ville à la France , de crainte que , si elle restait à l'Empire,

1 Meurisse, Histoire de la naissance, etc^ de l'hérésie à Metz. Metz 1670, in-40, p. 60.

2 sturm à Calvin, 29 oct. 1542. Bibl. de Gotha.

3 A du Bellay, 1er avril 1543. Bibl. impér. de Paris. > Meurisse, o. c, p. 77.

^Catalogue des manuscrits, etc., relatifs à V histoire de Mets, provenant du eabinet de JKf. le comte Emmery. MeU 1850 ; p. 2d, no» 142, 147.

lés protestants ne fussent soutenus tôt ou tard par les États (te leur confession * .

La prise de Metz par Henri II fut un triomphe pour le dalKolicisme. Les habitants protestants , qui avaient encore pratiqué secrètement leur culte, se retirèrent à Strasbourg et "y répandirent de vives alarmes '. Sturm vit dans la prise de Metz un danger à la fois pour l'indépendance de Strasbourg et pour le protestantisme ; quoique ami de la France, il craignait qu'elle ne fût tentée de s'immiscer trop directeitoént dans les affaires de la république strasbourgeoise ; *^ nous avons 'désormais, dit-il dans une de ses lettres, un Vôisîtï trop puissant*.» Selon lui , la liberté religieuse était ittbins nienacée à Metz aussi longtemps que la ville faisait |)farlîe de l'Empire ; si elle restait française, le protestantKàle serait infailliblement étouffé parles Guises. C'est dans 'cette ébnvîctiôn qu'il travailla dès lors avec son ardeur ac- Cûiïtamée à la restitution de Metz. Gaspard Gamaut lui- ASèûfe^ le proscrit protestant, se mit comme «observateur» au Service 'du roi d'Espagne , uniquement dans l'intérêt de cëttë'mémé cause. Ses démarches et celles de Sturm furent àUrtbut actives à partir de 1558, où des négociations au sujfet de Metz furent entamées entre l'Empire et la France. Stûfitt fessàya d'abord d'obtenir quelque adoucissement au sort dès protestants messins , plus durement opprimés dès 1558 que dans les années précédentes. Les sieurs de Clairvàrtt, de Chambray et d'autres , réfugiés à Strasbourg , obliiïtënt, sur la sollicitude du recteur, que le magistrat intercédât en leur faveur auprès du maréchal de Vieilleville ,

gouverneur de Metz*. Cette intervention fut infructueuse ;

1 Barthold, Deutsehland und die Hugenotten j T. I, p. 37.

-Meurisse, p. 106.

3 « Habititri sumus viciniim nimis potentem.n A R. Asham , 9 mai 1553 ; Ashami Epp,^ p. 390.

* Bèze, Histoire des Églises réformées de France. Anvers 1580, T. UI, p. 443.

car le roi venait d'envoyer en Allemagne le chevàlfeirBôurdillon et l'évêque Marillac pour s'entendre avec les États au sujet des villes lorraines ; Henri II avait rinletitîoft de ne pas les rendre , mais il ne voulait pas avoir l'air de lès garder contrairement au traité de 4552. Les deux diplomates exposèrent l'objet de leur mission â la diétè tenue à Augsbourç en mai 1559; l'assemblée se montra peu disposée à céder à leurs arguments. On aurait dû s'attendre d'après cela à ce qu'elle se montrât plus favotablé aux griefs des protestants de Metz; mais ceux-ci ne purent également rien obtenir d'elle. Sturm avait recommandé lefor cause au chancelier impérial , en lui disant que TEftïpirè ne pourra pas s'empêcher d'intervenir, « pour peu que les Étals aient conservé quelque reste de leur ancienne fermeté *. » Mais il trouva que cette fermeté n'existait plus ; on-retftdya les protestants messins avec des excuses diplottiatîqù^è. Sturm adressa à un prince , dont il connaissait rinfluèhde sur l'empereur, un mémoire sur la nécessité de demander la restitution de Metz*. Il y rapporte tous les détails srur l'occupation de la ville par les troupes françaises, sutles vexations qu'ont à subir les habitants, sur les mesures' Iqii*^ prend contre leur indépendance , sur les fortifications qti'oti élève pour mieux garder la ville. L'intérêt des habitattts et plus encore la dignité de l'Empire exigent, dit-il, que Ferdinand insiste pour que Metz lui soit rendu au plus tôt ; la France peut-être ne tiendra pas compte des menaces , car elle voit l'empereur occupé de la guerre contre les Tûfès, et elle pense que l'assentiment de la plupart des princes peut être acheté à prix d'argent; elle se dit prête en otitre à rendre les trois villes, dès qu'on aura cessé d'occuper

' < ...St modà sit aliqua nunc adhuc vetusta virtus in imperii ordinibus,» sturm à Pachelebius, 9 mai 1359.

2 Dans la minute, écrite de la main de Sturm , le personnage auquel le mémoire est adressé n'est pas nommé.

Confitaace, Gambray et Ulrecht, et que les archevêques de Mayeace, de Trêves et de Cologne auront réintégré à l'Empire les villes de Mayence , de Coblence et d'Andernach ; mais ce n'est là qu'une manière d'éluder l'exécution d'un traité solennel ; malgré les difficultés de la situation , il faudra donc tenir un langage énergique, autrement l'honneur de l'Allemagne souffrirait une grave atteinte. Le personnage auquel Sturm exposa ces idées lui répondit que Ferdinand aurait tort de s'exposer à une rupture avec la France ) uniquement pour ravoir les trois villes. Le recteur ne se découragea point ; il proposa de faire intervenir les électeurs de Saxe , du Palatinat ,, de Mayence ; mais la politique allemande de l'époque n'était pas favorable à ces plans *. La diète d'Augsbourg se borna à déléguer l'évèque Louis Madruzzi de Trente et le comte Louis de Stolberg et Kœnigstein, pour agir auprès de Henri II. Celui-ci étant mort le 10 juillet 1559, les deux ambassadeurs ne se hâtèrent pas de se mettre en route. Sous François ir, la position des protestants de Metz devint encore plus intolérable ; le 5 octobre ce roi ordonna au magistrat de la ville d'extirper les restes de l'hérésie, le cardinal de Lorraine sévit jçontre les protestants de la province. Quatre cents familles firent demander un asile à la république de Strasbourg. Sturm > s'intéressant au sort de ces victimes de la cruauté catholique, fit écrire en Suisse, où l'on reçut celles qui ne trouvaient pas à s'établir dans l'Alsace prolestante*. Kn même temps, il fit un dernier effort auprès des ambassa- : deura que la 4iète envoyait en France , et qui ne partirent que<lansles derniers jours de décembre. Il représenta à l'évèque Madruzzi que , les trois villes étant trop utiles à la France comme boulevard contre l'Empire, elle ne les ren-

1 Minutes de mémoires de Sturm et de Gamaut.

2 Hotman à BuUinger, 23 nov. 1559 ; Hottom. Epistolœ , p. 29.

dra que si on les redemande avec énergie et au besoin avec la menace de rompre la paix ; que François II n'est pas prêt à la guerre , attendu que l'épuisement des finance et. les difficultés intérieures ne lui permettent pas de lever une armée suffisante*. Le 26 janvier 1560 les deux ambassadeurs furent reçus par le roi ; ils prononcèrent des ha-» rangues ; mais , comme ils n'osèrent pas aller jusqu'à des menaces que l'état de l'Empire eût rendues illusoires , ils n'obtinrent que des réponses évasives. Slurm et son ami Gamaut avaient prévu cette issue; car, pendant que Madruzzi et le comte de Kônigstein se rendaient à la cour, celle-ci avait envoyé en Allemagne les frères Rascaloii; chargés de conférer séparément avec les princes. En passant par Strasbourg , ces deux agents habiles doiïnèreht à entendre à Sturm que François II ne se prononcerait qu'après avoir appris le résultat de leur mission secrète ; mais qu'en tout cas il ne consentirait peut-être qu'à rendre Verdun et Toul*. Nous ignorons ce que les Rascalon rapportèrent à la cour; quoi qu'il en soit, si les trois évêchés lorrains ne furent pas rendus à l'Allemagne , c'est moins parce que la France a manqué à ses engagements, que parce que l'Empire a mis trop de mollesse dans ses réclamations. ^

Après cet abandon de Metz , Sturm n'attendit plus rien de l'Empire affaibli, incapable à cause de sa désunion de prendre des résolutions énergiques. Il engagea son ami Gamaut à quitter le service du roi Philippe pour se vouer à celui de ses compatriotes protestants'. La cause réformée en France entrait alors dans une nouvelle phase de périls et de luttes. Déjà en 1557 Sturm fut sollicité de s'ôccu-

1 A Madruzzi, déc. 1559.

2 Gamaut au vice-chancelier Zeldius ; minutç de la main de Sturm.

3 Sturm à N., mai 1573. — Le fils de Gamaut prit service dans l'armée des Huguenots et périt dans la guerre de 1569. Sturm à Wolrad de Mansfeld , 3 sept. 1671.

per de ces intérêts qui lui étaient si chers. Ce fut à propos de la persécution des Vaudois du Piémont, alors sous la domination de la France. Farel et Théodore de Bèze vinrent en Allemagne pour leur chercher des protecteurs. Strasbourg promit son appui, Télecteur Otton-Henri de même *. Le 28 mai ce dernier et le duc Christophe de Wurtemberg annoncèrent au magistrat que, conjointement avec le landgrave Philippe , le margrave Charles de Bade , le duc Wolfgang de Deux-Ponts et quelques autres princes , ils enverr raient une députation au roi de France pour intercéder en faveur des protestants des vallées vaudoises ; ils demandèrent que Sturm fût adjoint aux ambassadeurs , à cause de sa connaissance de la langue française et des usages des cours*. Le recteur ne partit point, mais il rédigea un mémoire sur les arguments que la députation devait faire valoir auprès du roi. Elle devait lui représenter que , les princes prolestants étant venus à son secours dans les dernières guerres , il était équitable qu'il ne persécutât pas ceux qui , dans son pays , professaient leur religion ; que, quant à eux-mêmes , ils ne pourraient pas , sans impiété, continuer de servir un prince qui opprime leurs coreligionnaires ; qu'il s'expose au reproche d'être de mauvaise foi si, apréâ avoir toléré les protestants pendant qu'il avait besoin du secours des princes allemands , il les opprime q-Uiand.ce secours ne lui est plus nécessaire ; que, si François 1er a cédé quelquefois aux sollicitations du comte Guilkume de Furstenberg qui ne lui avait amené pourtant qu'un petit nombre de troupes auxiliaires, à plus forte raison Henri II doit-il imiter cet exemple à l'égard de princes plus puissants qui lui ont fourni des secours plus efficaces'.

1 Oiion-Heiiri au magistrat de Strasb., 8 mai 1557.

2 Le même et le duc de Wurtemberg au magistrat, 28 mai 1557.

^ Argumenta quitus uii in hoc negotio licebit.

i02 CHAPITRE IX.

Il paraît que ces considérations, présentées par la députâtion protestante et appuyées bientôt après par une lettre des princes qui envoyèrent au roi la confession de foi des Églises vaudoises*, firent quelque impression sur lui; il avait d'ailleurs le plus grand intérêt à ménager les habitants d'une province conquise. On sait que, depuis ce temps , les Vaudois du Piémont jouirent de nouveau de quelque repos ^ Henri II se montra moins disposé à écouter les représentations en faveur des protestants de sa capitale, persécutés avec violence pendant l'automne de 4557 *. Il répondit avec hauteur aux États allemands qu'il a trouvé bon que ses sujets ne changent pas de religion, et que les persécutés étaient «perturbateurs du repos public et ennemis de la tranquillité et union des chrétiens*.» En France, on avait été heureux de trouver chez un auteur protestant ce prétexte , si souvent employé pour justifier les rigueurs contre les réformés. Joachim Westphal, pasteur luthérien à Hambourg, ayant écrit, depuis 1552, avec une extrême virulence contre les calvinistes, excita l'indignation dés théologiens de Genève. La polémique qui s'en suivit attira l'attention des catholiques français ; ils profitèrent des ac-^ cusations de Westphal pour faire passer les réformés pour des agitateurs , rêvant le bouleversement de tout ordre établi; ils affirmèrent que Genève était le siège de cette révolte permanente, et ils firent si bien qu'ils enflammèrent laco-

' Cette lettre, datée du 19 mars 1558 , se trouve dans un ouvrage intitulé : Der bedrucktB Palmbaum christlicher WahrheitfOderverfolgte Proiestani und Waldenser, durch Constantium Àlethophilum. COlln an der Spree 1687, in-4o, p. 62.

2 Gilles , Histoire ecclésiastique des Églises vaudoises, Genève 1645, in-4», p. 70.

3 Histoire des Martyrs. Genève 1619, in-fol., p. 463. ~ Le magistrat de Baie à celui de Strasbourg , 27 sept. 1557. — Bèze, Jean Budé et Lucas de Bertin , délégués des Églises françaises , au magistrat de Strasb., 5 mars 1658.

^ Henri II au magistrat de Strasb., 21 mai 1558.

1ère du roi contre ce prétendu foyer de troubles ; vers 1559, le bruit se répandit mérae que des troupes françaises devaient assiéger Genève*. Après la mort de Henri II, les persécutions redoublèrent de violence; François II, à peine l'ombre d'un roi, était dominé par le cardinal de Lorraine qui combattait la Réforme pour maintenir, non-seulement le catholicisme, mais surtout sa propre autorité dans le royaume. Dès le 3 août 1559, Sturm et Hotman écrivirent à Calvin, le pressant de joindre ses efforts aux leurs pour veiïir au secours de la cause de l'Évangile gravement menacée en France*. Quelques protestants croyaient pouvoir compter sur le roi de Navarre ; mais ni Calvin ni Sturm n'avaient confiance en lui , quoique , dans les circonstances du moment, il ne leur parût pas possible de l'écarter'. On forma des projets de défense ; on invita Calvin et Théodore de Bèze à venir à Strasbourg pour les discuter* ; parmi les théologiens on agita la question s'il était permis de prendre les armes contre les ennemis de la religion et de l'État. Le supplice d'Anne du Bourg (23déc. 1559) fit éclater Hiidignation des protestants ; ils se rapprochèrent du parti national à la tête duquel se trouvaient les Bourbons et qui étaient mécontents de la domination despotique des Guises. On médita de se soustraire à ce joug détesté et de délivrer, au besoin par les armes , le roi dont le parti lorrain disposait à son gré. Ce ne fut encore qu'un projet vague, bien différent de la conjuration d'Amboiseque Calvin ignorait aussi bien que Sturm. Cependant le réformateur de Genève, prévoyant de grands dangers , désapprouva

1 Antipappus III, p. 24S.

? Le 3 août 1359. BibL de Gotha.

3 Calvin à Sturm, 13 août 1559. BîW. de Genève.

^ En parlant de ce projet, Sturm dit : « Resest ardua, et opuê habet provisione mullorum mensium ^ et certis ac confirmaiis rationibus... Nos fundamentanonmalaj'ecmus.» A Calvin, 19 sept, 1559. Bibl. de Genève.

104 CttAPITRB IX. ' iî't

même rintention générale d^aVoir recours d'ane 'manière: quelconque à la force *, Son avis n'eut pas d'influeûbë stir les impatients, qui arrêtèrent en secret leprojefld'einlel^t^y roi. Hotman était un des principaux instigateurs 4é cette malheureuse entreprise. Peu de temps avant qu'elle éclatât, il se rendit à Heidelberg avec Sturm qui devait lui faciliter l'accès auprès de l'électeur palatin*. lise présenta comme envoyé par le roi de Navarre et par€ondé, et tâcha d'intéresser à la cause des réformés l'électeur et Guillauifie de Grumbach , alors à Heidelberg. Mais ce dernier était gagné par les Guises pour une entreprise qui souriait davantage à son esprit aventureux : il s'agissait d'envahif le Daneraarc pour mettre à la place du nouveau roi Frêdé-' rie II un des princes lorrains, petit-fils de Christiem IL. Sturm, qui apprit ces projets de Grumbach lui-même', se bâta d'en informer la cour de Copenhague , à laquelle it put bientôt annoncer aussi qu'ils étaient de nouveau abaii^ donnés , la situation intérieure de la France absorbant tûiàte l'attention des Guises'. : .^

Sturm n'était pas dans le secret de la conjuration d'Amboise ; mais, ce secret n'étant pas assez bien gardé, il apprit par de sourdes rumeurs qui se répandirent peu de temps avant l'explosion , qu'il se tramait un coup fatal ; il en attendit les nouvelles avec anxiété. Lorsque, par ses amis de France , il eut reçu les détails de la tentativedeLa Renaudie, de la résistance et du supplice des conjurés, il craignit que les Guises triomphants ne provoquassent la guerre*. Celte crainte n'était que trop fondée; l'édit de Romorantin (mai 1560) ne put contenter aucun parti ; une

1 Calvin à Sturm, 23 mars 1560. Arch. ecclés. de Berne. ^ sturm à Hotman, juin 136S.

"^ Au roi de Danemarc, 15 avril et 19 août 1560 ; chez Schumacher, T. H, p. 395, 427.

^ sturm au roi de Danemarc, 15 avril 1560; chez Schumacher, T. H, p. 395.

prise d^armea devint inévitable. Sturm fut informé qu'un agentdes Guises parcourait l'Allemagne pour convoquer à Meiningen une réunion de tous les chefs de reitres et pour tes prendre pour un an à la solde de la France ^ Pour conjurer le péril, Calvin voulut que le recteur engageât les princes allemands à envoyer une ambassade au roi ; elle devait l'exhorter à rétablir la paix , non par la violence , mais en corrigeant les abus de l'Église ; de son côté , le réformateur de Genève pressa Antpine de Navarre de faire usage de son autorité pour préserver le pays des calamités dont le menaçait le despotisme des Guises*. Hotman, qui avait obtenu de l'électeur palatin de pouvoir voyager sous le titre de conseiller électoral, et Théodore de Bèze se rendirent auprès du vaniteux Bourbon; ils l'invitèrent à profiter de la prochaine réunion des états-généraux pour briser le pouvoir des princes lorrains ; mais ils ne purent rien obtenir de cet homme flottant et faible '. Bientôt après arriva la ïiouvelle de la mort de François II (5 déc. 1560). Cet événement inattendu, que Sturm et Calvin considérèrent comme un jugement de Dieu*, et l'entrée du roi de Navarre

> Au roi de Danemarc, 19 août 1560; 1. c, p. 427.

2 Calvin à sturm et à Hotman, 4 juin 1560. Bibl. de Genève.

3 sturm à Hotman, juin 1560.

4 à Ecquid unquam legisti reguli morte opportunius '/ Nullum erat extremh malts remedium ^ qtium repente apparuit e cœlo Deus , et qui patris oculum confixerat, filii auriculam percussit.* Calvin à Sturm, 16 déc. 1560. Bibl. de Genève. — Sturm à Calvin, 26 déc. — Théodore de Bèze envoya à Sturm les vers suivants sur la mort de Charles-Quint , de Henri II et de François 11 ; ils caractérisent les sentiments des Huguenots à cette époque :

« Mitto etiam ad tê ex Calvini nostri voluntate aliquot versiculos , ut noris me omnibus modis desipere :

Ad huius temporis monarchas ïTpoTpgTTTixov Carmen Natkanaëlis Nesicii.

Consiliis Christum oppugnans et fraudibus, ingens Regum Ule terror Carolus ,

106 CIUPITRE IX.

dans le conseil de. la régence, ranimèrent li^s espérances des Huguenots. Beaucoup d'entre eux crurent leur cause gagnée pour toujours, Sturm lui-même s'attendit à de meilleurs jours : les exilés au moins rentreraient dans leur patrie, les captifs seraient délivrés, et les réunions privées, accordées aux prolestants, seraient un grand progrès *. Cependant, de même que Calvin qui, plus clairvoyant que ses coreligionnaires, tâchait de calmer leur joie prématurée, Sturm ne se livra pas longtemps à des illusions ; instruit par les faits , il ne pensa pas que la liberté et la trsqiquillité pussent régner en France ; « quand même , écrivit-il à Calvin , quand même nous aurions un espoir certain de voir l'Évangile faire des progrès parmi cette nation,, elle ne jouira jamais d'une paix permanente*.» C'est à cau?e de cette accablante conviction que , tout en travaillant pour les réformés français, il désira de nouveau que Metz^ût restitué à l'Empire germanique ; il voyait avec regret cette ville, où le protestantisme avait eu un si beau commencement, mais qui avait perdu ses franchises sous la domination nouvelle, entraînée désormais dans les orages qui in-

Ipiis ridiculus puerU , furiosus et excors ,

Totus repente concidit.

Tuque , Uenrice , malis dum consuUoribus utens ,

suis piorum sanguinem , Ipse tuoy vecors f inopinà ccede peremplus,

Terram imhuisti sanguine, Henrici deinceps sectans vestigia patris

Franciscus , infelix puer y Clementem Christum , surdà dum negligxt aure ,

Aure putrefactà corruit.

Versuti , falui , surdi , hœc speclacula , reges ,

Vos sapere vel morijubent.n (Arch. de Cassel.) «A Calvin, 26 déc. 1560.

•^ « ...Etiam si cerla spes esse posset Evangelii in Gallià, tamen nunquam illud regnum hahebit pacem perpetuam.n Sturm à Calvin , 2$ déc. 1560. Bibl. de Genève. — Calvin à Sturm, 16 déc 1560. Ibid.

RELATIONS AVEC LES nÉFORMÉS DE FRANCE. 107

cessamment troublaient la France *. Ce qui le poussa à renouveler ses démarches pour Metz , ce fut moins un sentiment patriotique que Tardent amour de la liberté religieuse . Il pria Calvin d'agir dans le même but auprès du roi de Navarre ; il envoya lui-même des lettres aux princes de l'Allemagne pour les exhorter à rappeler à Charles IX les engagements de son père par rapport aux évêchés lorrains*. Mais la France était décidée à les garder à tout prix.

Les Huguenots profitèrent de la réunion des princes protestants à Naumbourg pour implorer leur intercession auprès de Charles IX; ils ne demandèrent que l'envoi d'une ambassade qui, en complimentant le roi sur son avènement, lui eût en même temps parlé en faveur de ses sujets réformés ; l'affaiblissement du parti des Guises et l'autorité accordée au roi de Navarre devaient assurer le succès de celte démonstration''. Mais les princes étaient trop occupés pour vouer à cette affaire une attention sérieuse : ils perdaient leur temps à discuter pédantesquement sur le texte de la confession d'Augsbourg. Sturm et Théodore de Bèze ne négligèrent rien pour secouer leur apathie ; aussi l'envoi d'une ambassade fut-elle décidée ; on conseilla à l'électeur palatin et au duc de Wurtemberg d'y adjoindre Sturm ; les députés devaient rappeler Charles IX à la modération et le roi de Navarre à la persévérance; Sturm voulait essayer en outre d'obtenir de Charles la convocation d'un concile auquel seraient invitées la France , l'Allemagne et l'Angleterre, au cas que le pape persistât à refuser un concile universel et libre *. Mais ni Sturm ni aucun autre am-

1 A Calvin, 25 déc. 1560. Bibl. de Genève.

2 Au même, 26 déc. 1560

-'^Bèze à sturm, 7 mars 1561. Arch. de Cassel.

^ sturm au roi de Danemarc, 26 févr. 1561; chez Schumacher, T. II, p. 418. — A Simon Bing, secrétaire de l'électeur de Hesse, 15 mars 1561. Arch. de Cassel.

bassadeur ne partirent pour la cour ; les États se conte»tèrent d'envoyer des lettres aux deux rois*. Cependaàila situation intérieure de la France devenait de plus en plus incertaine. En Allemagne, on se communiquait des bririts sinistres sur les préparatifs militaires du parti catholique. Le 18 mars 1561, Sturm fut informé par le magistrat de Strasbourg que l'électeur palatin venait d'envoyer la nou*velle que l'empereur et les États catholiques réunissaient des troupes , destinées selon toute apparence à venir au secours des Guises qui voulaient reconquérir leur autorité. Sturm se hâta d'en prévenir Calvin ; il voulutqu'ort envoyât sans délai des députés auprès des États protestants poXïf leur demander des troupes*. Dans le but de procurer aux Huguenots de l'argent, il conçut un plan qui ne manqua pas d'habileté. Plusieurs négociants deStrasbourgetd'adtre^ villes de l'Empire avaient avancé à François H des somttïès considérables, sans pouvoir les récupérer. Sturm, voyant lé parti qu'on pouvait tirer de cette affaire , s'intéressa irî^ vement aux créanciers. Il pensait qu'étant rentrés dânfe' leurs fonds , ils seraient disposés à conclure ufi em^tnïit avec les Huguenots ; il leur offrit d'intercéder auprès" dû gouvernement français pour qu'ils fussent payés, mais èite condition expresse qu'ils fourniraient aux protestants 'dé France les sommes dont ils pourraient avoir besoin. Si-, an contraire, Charles IX refusait de tenir ses engagements, Sturm espérait que les créanciers irrités se montreraient d'autant plus prêts à secourir les adversaires du roi *. Sur' ses instances, le magistrat de Strasbourg etplusieurs princes intervinrent en faveur des négociants ; il écrivit lui-même à Condé et au roi de Navarre * ; Calvin s'y employa à son

• Barthold , T. I, p. 835.

2 A Calvin, 18 mars 1561. Bibl. de Gotha.

3 A Calvin, 26 déc. 1560.

^ 30 juillet 1561. — Sturm rédigea les minutes des lettres envoyées à la

to^r ;■- mais , à cause du mauvais élal des finances françaises^ l'afiËùre fui traînée en longueur ; les complications survenues en 1562 rarrètèrent complètement.

En avril 1564 , le roi Antoine, qui avait admis Hotmft» en son conseil comme maître des requêtes , l'envoya en Ah lemagne ; il devait représenter aux États que les persécui lions cesseraient en France, s'ils pouvaient se décider à envoyer une ambassade auprès de la reine-mère et du roi ; mai&, bien que Télecteur de Saxe et le landgrave de Hesse fi$6ient à Hotman un accueil fort honorable , ils se montèrent peu disposés à entrer en relation avec Catherine de Médicis. . .

.4 celte époque, la politique commandait à lareine.de ménjager les Huguenots ; elle consentit au colloque à^ Poissy,. qt accorda, parFédit du 47 janvier 4562, quelques libertés au protestantisme. C'est alors que François da Guise, voyant son pouvoir prêt à s'écrouler et songeant aux dangers que courrait son parti si les Huguenots, favorisés en France, pouvaient en même temps compter sur les secours des pratestants allemands , exécuta un plan perfide qui devait changer en sa faveur la face des choses. Connaissant Jj' aversion de la plupart des luthériens pour le calvinisme^, il médita d'indisposer contre les Huguenots les partisans .de la confession d'Augsbourg, en effaçant aussi: adroitement que possible les divergences entre celle-ci et lerdpgme catholique. A cet effet, il invita le duc de Wurtepiberg à une conférence pour le lieu de laquelle on choit sitSaverne, résidence de l'évêque de Strasbourg.

Le 45 février 4562 Christophe vint en cette ville, accompagné de soafils, d'un des fils du landgrave et des théologiens Brentz et Jacques Andréae, auxquels s'étaient joints Sturm et Jérôme Zanchi , professeur de théologie à Strascour parle magistrat de Strasbour^^, par l'électeur palatin, par les ducs Wolfgatif de Deux-Ponts et Richard de Simmern.

bourg. Le même jour arrivèrent le duc François , le^ car^ dinaux de Lorraine et de Guise , le grand-prieur , les évéques d'Amiens et de Metz , suivis de beaucoup de nobles. Le cardinal de Lorraine fit plusieurs prédications fort moderées ; il parla de la nécessité de réformer les abus, les erreurs, les superstitions , qui s'étaient glissés dans l'Église, et d'accomplir cette réforme en se fondant sur la Parole de Dieu K Les protestants, parmi ses auditeurs, ne purent s'empêcher d'applaudir à ces propositions . Dans un entretien particulier où il se montra très-gracieux, le cardinal demanda à Sturm et àZanchi leur avis sur les moyens de réformer l'Église et d'y rétablir l'union ; il exprima le désir qu'il y eût un rapprochement entre les hommes paisibles des deux partis ; il ne douta pas , disait-il , qu'en apprenant à se connaître par des conversations amicales, on ne finît par se réconcilier. Les deux protestants de Strasbourg quittèrent le cardinal, surpris et enchantés. Mais ils conçurent des soupçons, quand, dans une seconde entrevue, le cardinal se plaignit de la turbulence et de l'esprit de révolte des Huguenots, bien différents, selon lui, des protestants plus paisibles d'au delà du Rhin*. Le même langage fut tenu devant le loyal duc de Wurtemberg qui donna dans le piège ; il accepta comme sincère la promesse des Guises d'engager

1 Dans son sermon sur Matth. XXI, 12, 13 , le cardinal développa les propositions suivantes :

« Sicut Chrislus non destruxit templum , sed repurgavit , ita EceleaÙB, in quas irrepserunt aliquot errores , abusus , superstitiones , non sunt convellendœ , sed repurgandœ,.. Et sicut Christus sui facti rationem reddens , attulit in médium Verbum Dei etjuxta illud se repurgasse templum probavity dicendo : Scriptum est^ domus mea domus orationis vocabitur, at vos fecistis eam speluncam latronum : ita Ecclesiarum reformatores adferre debent Verbum Dei , et juxta illud Ecclesias reformata. » Jér. Zanchi au cardinal, 16 mai 1562. Zanchii Epislolœ. Hanau 1609, T. U, p 142.

2«/n colloquio multa conquesti sunt de Hugonottis, quos cardinalis verbo gallico vermines voca^a^n Sturm, Antipappus I, p. 42.

DISCUSSIONS AVEC LES LUTHÉniENS DE STRASBOURG. 141

le roi à octroyer la liberté du culte à ses sujets de la confession d'Augsbourg*. Christophe, oubliant qu'il n'y avait guère de luthériens en France , ne s'aperçut pas que la promesse illusoire des Lorrains cachait une réserve pleine de dangers pour les Huguenots. Un des témoins de l'entrevue des princes, l'historien BeaucairedePéguillon, évêque de Metz, déclare formellement que les Guises n'avaient pas eu d'autFe but que d'empêcher les États allemands devenir au secours des réformés*. Ayant atteint ce but, le duc François n'attendit pas plus longtemps pour rallumer la guerre civile ; ce n'est qu'au milieu des troubles qu'il pouvait espérer de ressaisir son influence. Les princes étaient à peine partis de Saverne qu'eut lieu le massacre de Vassy, le ie'f mars 4562.

Disciissiom avec les luthériens de Strasbourg.

Sturm assure que, depuis la comédie jouée à Saverne, on ne qualifia plus les protestants français de luthériens,

* V. sur l'entrevue de Saverne , outre la relation qu'en écrivit le duc Christophe lui-même (chez Satler, Geschichte des Herzogthums Wurtemberg. Ulm 1770 , in-4o , T. IV, Beilage 68), les lettres de Zanchi au cardinal et à Théod. de Bèze, T. 11, p. 140, 248; et celle de Sturm au roi de Danemarc, ao mars 1562; chez Schumacher, T. II, p. 438.

2 « Multa enim concedebat cardinalis Lotharingius , quœ alioqui non eoncessisset , ut Germanos a Gallià invadendà avocaret. Hic huius colloquiit cui nos interfuimus, scopus fuit.yt Ftistoria gallica. Lyon 1625, în-fol., Lib. XXÏX, p. 968. — C'est ce qu'on soupçonnait en Saxe, dès qu'on eut appris que l'entrevue aurait lieu : « Magna est apud multos expect'tttio iUius coUoquii , et vereor ne Guisius « instructus artibus cardinalitiis, invidiam concilet Bezœ et aliis concionatoribus prœdpuis,* Ulric Mordeisen à Httb. Languet, 22 févr 1562, deTorgau; Langueti Epistolœ, Halle 1699, in-4o, Lib. Il, p. 194.

112 CBÀPITRBX. .(-,'1

mais uniquement de calvinistes et de huguenots ;i ell'lés perdant dans Topinion de l'Allemagne^ la cour ftart^^lftls libre de les persécuter en France, car e\\^ pul^éUM^Sr auprès des Allemands par le prétexte qu'elle Ifte^él^i^i&âit plus contre leurs coreligionnaires *. Pour déjouer là ruse, dont il n'entrevit pas même toute la portée, le ^6i-de?*avarre fut sur le point de proposer aux ^ti^es^frà^faTéids l'adoption de la confession d'Augsboufg j-mâferCalvin',' IJfli avait parfaitement compris ce qu'il y avait de ti*èitfpétoV^âs la conduite des Guises à Saverne', le dîssuaffi- ée'éé'^réjét qui n'aurait trouvé aucune chanée de réûsâife'/Êcîs WSxS?més étaient aussi peu disposés à renoncer à 'leilrfiflV^irfTsItifiée par le sang des martyrs , » que les luthérî^à'é-*i^ires à faire des concessions aux sacrammtaires. X'fxiës^W^'en Allemagne la scission entre les deux commttofbfis tïèvîéUih plus prcffonde, les sympathies pour la catls^'dè'â ^otesîâttîs français devenaient moins générales. En ISéO'd^â'î'^^Sfe- <jues luthériens avaient essayé dé jeter le! IrcîùWé^TÏanllii^fés Églises de la France , en répandant qu'il n'y àvàiï^tTOT 3fe commun entre la confession d'Aùgsbout^'ët céltëw adoptée, le 29 mai 4559, le premier synode tiâtibkàiiWâi dans la capitale même. Sturm et Hotman, prévoyant feb^Snestes effets de ces tentatives de diviser ceux qui 'àâi^ilWt eu tant d'intérêt à se rapprocher, avaient écrit à MëlàiipWthon pour qu'il publiât la confession française,' âVeôtiifie préface montrant combien peu elle était inconciliable avec celle d'Augsbourg*. Cette idée n'eut pas de suite; aussi

^ Antipappus 1, p. 42. '

9 « Si quid nuper Tabernis simularunt illœ furiœ , quàm vanœ et foliacés essent eorum blanditiœ, detexit quod mox subsequutum est facinus,* A sturm, 25 mars 1562. Bibl. de Genéye.

3 Calvin au roi de Navarre ; dans les Lettres de Calvrny publ. par M. Bonnet, T. 11, p. 421.

^Hubert Langue! à Ulric Mordeisen, conseiller de l'électeur de Saxe, 31 janv. 1560; Langueti Epistolœ ^ L. II, p. 31.

bîofi'le wecès en eûuil été fort douteux. Les luthériens .MUgéraiont de jour en jour davantage la nécessité de s^ MUfliettre à leurs formules dogmatiques. AStrasbourg^ ils travatUaie&t depuis plusieurs années à cette œuvre , si peu conforme à l'esprit des premiers réformateurs. Leur res»sentiment se tourna surtout contre Sturm , à cause de ses préférences hautement avouées pour les réformés. Pendant qu'iLfi'époisait en efforts pour les protestants persécutés en Krance, U devint suspect aux nouveaux scolastiques , et se .irijt^hligé à défendre contre leurs attaques sa réputation et sa foi. Ces luttes passionnées forment un triste épisode dans yhistoire d'ailleurs si glorieuse de la réformation stras- )i)pm^eaisiç.

. . Sturm avait adopté le point de vue de Bucer dans la doe^- ,^^ie de la Sainte-Gène. Bucer, aussi fermç dans la prdfes- ^ifm de la vérité chrétienne que conciliant pour les choses oluspur^si ou. accessoires y avait ardemment désiré la con- .Ç9r4^.,|çntre les Églises protestantes. Il ne pensait pas que ie ^Q^med^ la Sainte-Cène , une fois dégagé des erreurs du .cathojicisiitie,. dût être le motifde tant de querelles, elqu'au sujef de la copimunion avec Jésus-Christ les chrétiens évan géliques dussent rompre la communion entre eux-mêmes. ,Sa manière de voir, qui ne portait aucune atteinte ni à la dignité^riû aux effets spirituels de l'Eucharistie, était partagée par ses collaborateurs ; toujours prêt aux ménagements^ il avait tâché de l'accommoder à celle de Luther dans la coxifossion que Strasbourg , de concert avec Memmingen, Lindau et Ulm, avait présentée en 4530 à la diète . d'Augsbourg. Il est vrai que, dans ses efforts pour unir les partis opposés, Bucer se servait quelquefois de termes qui laissaient planer une certaine ombre sur les difficultés et les différences ; Sturm lui-même lui fit un jour des observations à cet égard * ; mais cette ambiguïté même témoi-

ï Antipnppns IV, P. 4, p. 106.

gnait de son esprit eanciliant, et c'est œt esprit que Stiirm aimait et vénérait en lui. Ce fut Sturm qui, avec Sleiéaft^ H*aduisit le catéchisme de Bucer en latin, pour l'usage du Gymnase^; Sleidan le traduisit aussi en firançiôs peur la communauté réfugiée.

Les mêmes tendances avaient rapproché Sturm 'de Mélanchthon. Il admirait Luther; mais, s'îil désapprouvi^ les Suisses d'avoir été trop véhéments daBs leurs attaques contre le grand réformateur, il blârmait c^ui-ci d-atoir montré vis-à-vis d'eux une raideur trop inflexible^. Il aurait voulu que les membres épars de l'Église, au lieu de se diviser pour se combattre, se fussent unis pour édifier le monde par le spectacle de leur concorde fraternelle ; les savants surtout devaient donner l'efxemple de la «onovliation, car comment se plaindre de voir le» gens du peiij^e se quereller entre eux, si les hommes éc^irés par lascieiM préfèrent à l'union la lutte'? Lorsqu'après lapaix de^reMgion de 1555, la liberté fut assurée aux protesitant9,*'te bonheur qu'en éprouva Sturm ne fut troublé qftie» par te continuation du déplorable dissentiment surlaGèn0;^i8eë yeux c'élait désormais le seul obstacle qui empêchàtJleB progrès de l'Évangile. Au lieu d'appuyer sur ce qu'il y avait de commun dans leurs doctrines, sur ce qui pouftait lès rapprocher et les unir, les théologiens protestants s'èttbi^ tuaient à n'insister que sur les diverçences. De part et d'autre, [ils étaient pleins de bonne foi et de zèle ; mais la bonne foi n'exclut pas la passion , et le zèle petit subsister sans la charité. Dans les efforts tentés pour formuler l'orthodoxie , la raison , avide de précision, allait acquérir un

10 c, p. 1, p. 23. — Catechismuê ecdesiœ Bt schohB ArgenHttmiii. Strasb., Wend. Rihel, 1&44, in-8o.

- A BuUinger, 8 nov. 1 544 ; dans la Bibliotheca historico-theologiea. Brème 1719; P. m, fasc. 6, p. 1104.

3 A Mélanchthon , 19 mars 1545. Bibl. de Landshut.

empila prédominant, au préjudice de l'amour et de la vie piejKseï; c'est elle qui, alors comme toujours, créait les scisfiions entre ceux qui se seraient reconnus comme frères s'ils Avi^ieftt écouté aussi la voix du sentiment. Pour paci^ fier l'Église protestante, Sturm proposa le même moyen qui, selon hài^ aurait servi à unir les protestants et les catholiques : h convocation d'un certain nombre de savants, amis dci la paix ejl n'ayant pas encore pris part à la polé'^ 9^q^e^ Mais où trouver ces hommes? et comment les faire; agréer aux partis, persiuadés chacun d'être dans la posge^çûon exclusive de la vérité?

mA Sirf^baurg, les tendances moins libérales se mani^ {eatèr>ei4> depuis le départ deBucer pour l'Angleterre, et suiîtout depuis laxnort de Jacques Sturm. Elles causèrent uciipreiQÎeréciatlors du retour de Pierre Martyr, rappelé efti553 p^ le magistraL A la tête de la réaction se trou* vajjit fJ^n M^trbach^ natif dgLindau, sur le lac de Cons* tance vO^diocrement savant, mais prédicateur fougueux €^l populaire ?*. Encore en 4549 et en 4551 , il avait écrit à B«ic0r et à: Fagius, en Angleterre, des lettres pleines d'af- ^ticiQy kti et tout, le couvent ecclésiastique avaient con* %f«^ & pet qu'on s^'adressât à Pierre Martyr, alors à Oxford, ei.ïOièw^ à Gfdvin, pour les prier de représenter Stras^ baiii^-auî,ç<wcile. de Trente^; Sleidan ayant été envoyé à cette>^s€ii|iblée^< il était resté en correspondance amicale

, . ,) i^^i^i M f^vfn^c, 3 inpv. 1&55 ; chez Schumacher, T. Il, p. 469.

2 Mé\ai^çht}ion }e comptait parmi les « mediqcriler docti , » çn ajoutant : tVellemequiàimeumdiuiius mansisse in academià,* A Camérarius, 21 févr.'lSlSîTJlèlarrtèliih. Fpp., t. V, p. 4-6. -: Après' le premier sérmondè Marbach à Strasbourg , Bucer dit à Pierre Martyr : « Iste prœsumptxiosus tbsqhau§, t^çgnmifkcfnalMm 4abU Ecclfisiœ, M quœ hïç constituimus , omnia turbabit paulà post.n Fortgesetzte Sammlwig von alten und pfiuen theolQgUchen Scfcheri (Unschuldige Nachrichten). Leipz. 1728, p. 1039.

3 Sturm, Anlipappus II, p. 116 ; iV, P. I, p. 22. — Bericht v^ Calmno^ besonders so lang er in Strassburg war. Ms.

416 CHÀT>n1lEX. / - r -iT

avec lui et avait accepté là mission de P^ sui^^e ; •ttîàSs''faè^ piiis son élection à la présidence dn convént, istpréi^la'ÙftM de Gaspard Hédion, en 1553, il ^e posa coWmeVâBvëW saire décidé de ceux que jusque-là il àvaitencôfè ètirifi^iôlptés. En novembre 1553, les scolarques proposèrent Pictttfe Martyr pour les cours de philosophie. Lés théolbgietfs tî'îiH formèrent de sa doctrine ; Màrbach le trouva" d6'ùt et tràHr quille et prêt à signer la confession de StrasbôuïÇ; il* s^oMà qu'il le prendrait volontiers pour collègue* étt théëlôgiè skns ses opinions sur la Sainte-Gène. Leà pàStetiWtfèmàfl^ dèrent qu'avant son installation Martyr signfât là tïi^cdAfè faite, en 1536, àWittemberg, entre Lulhër d'iitt'èôtéf et ÎBucer et Capiton de l'autre. Gette prétenlîoii nCétalt JWii&'fettcore exagérée; à Wittemberg, les réfohnâteurgrstrasiWWîi^geois avaient souscrit, par esprit dé conciliation,* àiimè formule rédigée par Mélanchthon et laissant unie bèirtàfite latitude à l'interprétation du/logme; cette côHeortkl^Mi satisfait à la fois Luther et les théologiens silfesesi'-Attsfti Pierre Martyr se déclara-t-il prêt à y adhérer; il'âjoûtà'^tt^M ne ferait aucune difficulté à signer la conféssiott' 'd'Aâgà^ bourg ou toute autre analogue, pourvu qu'elles sôieMMeii expliquées*. Mais cette réserve mécontenta le conveitfièfe»clésiastique , et Martyr dut être réintégré dans fces''fôi»è^ lions, malgré l'opposition de ce corps. Dès lors'cedèWiiw se mit en guerre ouverte aved les professeurs; L'arrivée de Jérôme Zanchi , de Bergame , appelé par les scolarqués à une chaire de théologie, fut un autre scandale pour les luthériens. 11 s'éleva des discussions acerbes entre* les pasteurs et les professeurs; ceux-ci se plaignirent dé la prétention des premiers de se mêler indûment des affaires de l'école. Il existait encore quelques-uns dé ces hommes nobles et fermes qui avaient aidé à introduire à Strasbourg

tLe28 déc 1553.

laRéfprme. Mathieu Pfarrer surtout, gendre de Sébastien Brant, élu sept fois aux fonctions d'Ammeister, plusieurs fois député de la ville aux diètes ou à la cour impériale , résistait avec énergie à Marbach et à ses violents collègues. Appuyés de son influence, les scolarques, qui s'adjoigniren|l Jean Slçidan qu'aucun parti ne pouvait s'empêcher de resr pecter, réussirent, dans une séance solennelle, à réconcir lier pour un moment les professeurs et les ministres. Ces derniers cédèrent sur une question de forme ; mais, comme leur ardeur plaisait aux masses, et qu'ils se savaient sou- ^us par de . nombreux théologiens du dehors , ils ne renoncèreQt point à leurs prétentions dogmatiques; ils ouvirir^nt à Strasbourg une ère d'âpre controverse , aussi stérile .pour la science que funeste pour la vie religieuse. La querçUese ralluma deux ans plus lard ; les professeurs éjti^^at presque tous allachés à la doctrine de la confession iéir^pplitaine; Marbach ne voulait voir régner que celle 4e litopnfession d'Augsbourg. Il fit si bien que Pierre Martyr quiUt^iStrasbourg pour aller à Zurich respirer un air plup libi'e^ Sturm vit avec douleur ces premiers elfels d'un esprU e;Kclusif qui s'abritait derrière le grand nom de Luther^. Qans: une lettre à Théodore de Bèze, il se plaignit tristement d^, voir qa'une année à peine après la paix d'Augsbourg, qui garantissait aux protestants la liberté, déjeunes et trop ardente théologiens troublaient la concorde parleur oulrecuidsmce et conduisaient à la dérive le grand navire de l'JËgliseï de Christ * . Un des principaux soins de ces hommes, qui pour la plupart étaient étrangers à Strasbourg, fut d'attaquer l'Église française réfugiée. Le pasteur Jean Garnier, qui, en 1549, avait publié la confession de foi de cette communauté^ fut accusé de troubler la paix publique. Sturm intéressa Calvin à sa cause; celui-ci écrivit en sa

1 80 févr. 1556.

118 CrfAPltREX. ' - J .^11

faveur à Marbach , en disant •qrfe si Lother,- cel éâifnèM'éf fidèle serviteur de Dieu, vivait encore, il serait certes mdflW intraitable que ses fougueux disciples, tet que léècfuVéttlî* de Bucer et de Capiton devait suffire pour préserref Slr»s^ bourg dé l'invasion de Fintoléraftce*. Marbach ftit sdtoïd i ces conseils, et Garnier donna sa déntissionf; depuis \im la communauté française n'eut plus qu'une etcistênoe pré'' Caire. ■ . . • .

A la même époque, MelchiorSpecker, d'Isûy^enSdiJ^,pâsteur à Saint-Thomas, un de ces €pt$eri%, comom les appelait Sturm, annonça l'intention de publier un 4i^i^ sur la prédestination contre Théodore de Bèze; Stârm èl Holman essayèrent de l'en dissuader^ non-^ulementà ' cause de la difficulté de cette matière obscure, tuais au^i pour éviter de jeter un défi à l'Église française tout' en^ tiêre , dont Bèze était le plus savant docteui*. Comme Speéker se montra peu sensible à ces raisons, Sturm 'leëdéve* loppia devant l'assemblée dés professeurs, en ajoutantique du vivant de Bucer, de Capiton, de Hédion^ à l'époque où l'on recherchait encore la paix , la prédeistiriattôn Â'aVtdt jamais été ni attaquée ni défendue dans l'édole de'Stitt^ bourg, que si on permettait aujourd'hui l'attaque ^ ccsô^ rait blâmer en quelque sorte la conduite des réformatefu^s strasbourgeois ; que d'ailleurs on devait s'altendire à une vigoureuse résistance, et par conséquent à une palémiq\ie peu utile à l'édification del'Église'. 11 paraît que =pouro€*le fois on put encore arrêter le débordement; car on ne con-» naît pas de livre de Specker contre Théodore de Bèze. Dans ces conjonctures, le recteur était mal inspiré de vouloir

t sturm à Calvin, 13 juillet lli54. Bibl. de Gotha. — Cahih ^ Marbach, 35 août 1554 ; Calv. Epist.^ p. 136 : « Si hodie \ni>eret eœimins iltê Det ser*vus et fidelis Eeclesiœ Doctor Luther us , non tam esset acerbus vel implaeabilis...T»

'^ sturm à Bèze, 20 févr. 1556

attiçerâ Strasbourg Mélanchtbon qui» harcelé par des ad- Y^^rsaires ingrate > désirait quitter Wittemberg. Les scolai^iues luioffrireatla même position qu'avait eue Biii:C€r; Sturm lui écrivit qu'on ferait aussi un sort au médecin Gaspard Peucer, son gendre. Métanchthon répondit que, sans des motifs graves qui le retenaient encore, il aurait été heureux dé vivre à Strasbourg au milieu de tant d'hommes savants et pieux *. S'il était venu, l'intolérance de Marbach n'eût pas permis que ce bonheur eût duré longtemps. , Jusqu'à présent Sturm avait tout tenté pour conserver à Strasbourg k paix. Lorsqu'eni557, Marbach accusa Zanchi de coiTompre la doctrine, et qu'il en fut interpellé devant le abapitrede Saint-Thomas, Sturm, en sa qualité de pré* vôt^ lui fit des reproches, mais décida de ne pas donner d'autres suites à la chose, « dans l'intérêt de la p4ix. »

JLe parti exalté , dont Marbach était le chef et l'organe , ne tenait pas autant à l'union que Sturm ; il n'attendait qu!un prétexte pour faire éclater l'orage préparé contre le recteur lui-même*. Ge prétexte ne tarda pas à être décou^ TiBrt. En 1559 et en 1560 , Sturm exphqua dans ses cours le traité de Chrysostôme sur le sacerdoce, dans le but de montrer que cet orateur n'est pas inférieur à Démosthènes, elque, dans la prédication chrétienne, l'éloquence n'est pas à dédaigner'. C'était un beau sujet, digne d'un littérateur protestant ; Marbach lui-même y avait applaudi. Mais, comme Sturm profita de l'occasion pour faire quelques eflicursions sur le domaine de la théologie , et surtout pour

ï sturm à Mélanchthoh, 10 nov. 1556. — Mél. à Sturm, 15 déc. 1556.

^ Dans une lettre à Conrad Hubert (19 mai 1557), Calvin dit sur Marbach , « Utinam Christum cum suis membris amplecti potius discat Marbachius, quàmventum alis colUgere.*

^ Jean Pistorius, pasteur à Nidda , dans la Hesse, à Sturm, 18 août 1561. — Sturm à Specker, 26 oct. 1561 ; dans Zanchii Spp., T. I, p. 484 ; T. II , p. 228.

exposer publiquement ses opinions sur la Cène » il blessa les pasteurs irrités de voir un simple hooniie dQ lettrj^. aborder des questions dont ils se réservaient le monopojielv Cependant on n'osa pas encore latlaquer lui-mêmay-oii s'en prit à son ami Zanchi. Celui-ci,. qui antérieureraçnl déjà avait eu quelques démêlés personnels avec liarbach, s!é(ait réconcilié avec lui après le colloque de Worms^.et lursqu'en 1559 l'Église italienne de Genève l'eut. demandé [>our pasteur, les scolarques l'avaient retenu en amqlÂ(H rant sa position. Il paraissait donc être à l'abri d'attaques ultérieures; un acte imprudent de Marbacb fut l'oocasion de les renouveler. Peu de temps aprésque, surladeaMUidd du recteur, l'école de Strasbourg eut célébré una solennité funèbre en l'honneur de Mélancbtbon, mort le 19 airil 1560% Marbach fit imprimer un livre de Tilemann; Hetslp^A sius contre l'homme distingué que TËglise protestante, ^n. nait de perdre. Dans ce pamphlet, publiéàrins««duqjuifi. gistrat et avec une fausse indication de lieu , npp-6ai4emi^ Mélanchthon, mais aussi les réformés français et suissg^b ainsi que l'électeur palatin, leur protecteur, étaient irptili^. avec une violence extrême'. Sturm et Zanchi demaAdél^at et obtinrent que la vente en fût défendue. Dans une leftre à rélecteur palalin, Frédéric 111, Sturra exprima: sfsa appréhensions au sujet de l'avenir que les nou veaux. tbéor logiens préparaient à l'Église ; il se demanda d'où pouvait venir une doctrine qui admettait l'ubiquité et la oon* substantiation dans le sens le plus matériel et quicon* damnait Mélanchthon comme hérétique calviniste; on répand, dit-il, le bruit qu'un synode doit se réunir pour rejeter formellement la doctrine réformée sur la Cène ; ce

1 Zanchi à Bullinger, 8 nov. 1561 ; dans Zanchii Epislolœ , T. Il,- p. 28.

2 Argentinensis schola in Mel. funus. Placard in-fol.

3 C'est probablement la Responsio ad piœjudicium Melanchthonis de conlrover^ià Ccmœ Domini, 1560, in-4o.

sëpaH«là' une' injustice, car on condamnerait des adversàipèl»'qu'bn m'aurait pas admis à se défendre; ce serait oftewserles' protestants de la France , de l'Angleterre et de la Suisse^,' ce sérail fournir aux catholiques un prétexte pmir rendre le protestantisme méprisable, et surtout pour l'opprimer en France. Sturra reproduisit ensuite son idée favorite, d'une conférence composée d'hommes imparti%iux des' différents pays protestants et discutant la question sans passion^ et avec dignité*. Le peu de succès qu'il avait eu chaîne fois qu*il avait émis ce vœu aurait dû le convaincre quéi'état des esprits au seizième siècle ne permettait pas é^tè^str une idée qui ne devait rester encore longtemps él»tdtijt)uips peut-^tre qu'une belle chimère. ^'Marbàcb, qui ne pouvait pas pardonner àSturm et à ZMfcbi là suppression du livre de son ami Hesfausius, épiait le moment de les accuser. En février 1564 , des étudiiants-)ui i^content que, dans un de ses cours, Zanchi a efi^osé certaines opinions peu conformes à celles de r%lise orthodoxe* Marbach se hâte de porter plainte devant le chapitre <}e Saint-Thomas. Les membres, contemporains de Bucer et de Capiton , étaient restés fidèles à la confession tétrapolitaine ; la défendre élait pour eux une affaire d'honneur à la fois et de conviction ; ceux qui en déviaient se rendaient coupables, à leurs yeux, d'outrage à la mémoire des réformateurs. Le jour anniversaire de la mort de Mélanchthon, un ami de Sturm, Ernest Régius, qui plus tard fut nommé professeur d'éthique, prononça un discours , plein de nobles sentiments , sur les services rendus par le collaborateur de Luther à l'Église et aux lettres; il y dit avec tristesse que sa mort regrettable était la clôture de la première et de la plus glorieuse période de la Réforme* .

» A réleclcur Frédéric 111, 19 janv. 1561 ; dans Calvini Epp., p. 237. 2 De PhiL Mel, oratio. Strasb. 1561, in-S», dédié aux scolarques.

t22 CHAPITRE X. t^^ • .

Cette makiifestation ne fit qu'augmenter les ressenttmeBla de Marbach ; il était soutenu par des hommes plus jevues <}ui, n'ayant vu ni les difficultés ni les premiers beaux johfs de la Réforme, dépensaient leur ardeur à discuter sur des formules , au lieu de l'employer au paisible développement des grands principes qui avaient fait la force et la gloîrede leurs prédécesseurs . Un débat passionné étaiidoncinévitable. Outre la doctrine calviniste de la prédestination , Zaachi avMt enseigné que les élus, dés qu'ils ont reçu ledon de la foi^ ne peuvent plus le perdre , qu'on ne peut pas dire avec ceititude quand viendra la fin du monde, et qu'avant 'Oetie:^n il paraîtra un antéchrist qui ne sera ni lé pape ni le TuifCi Deux de ces questions étaient au moins fort indifiet^entes; malgré cela^ Marbach les trouva aussi hétérodoxes: > aussi dangereuses pour le salut que les autres. La discufi»i<m entre les deux adversaires > d'abord savante et par consé-^ quent convenable, s'envenima par l'animosité qu'ibfinireBt par y mettre tous deux, surtout depuis que Zanchi eut aussi attaqué la doctrine de l'ubiquité du corp& de Jésu»* Christ. Les scolarques se virent forcés d'intef Venir ; Zanchi ayant proposé de prouver que ses opinions étaient co»formes à la Bible, on lui interdit de traiter ces matières dans ses leçons ; il refusa dès lors de continuer ses cours , et écrivit quelques mémoires pour soutenir contre Marbach « la liberté de Venseigfiement et l'interprétation de la Bible par la Bible seule. » La défense faite à Zanchi de traiter publiquement les questions controversées décida Sturm à prendre une part plus directe à la querelle. Selon lui, il Ile s'agissait pas seulement de savoir si Zanchi était hétérodoxe, mais si Strasbourg voulait oublier ses réformateurs, si ceux-ci avaient été des théologiens moins chrétiens et moins illustres que Marbach, Specker, Glocker et autres, si la doctrine de Heshusius était plus vraie, plus salutaire que celle de laTétrapolitaine, si Mélanchthon de-

Tâit'l^tiécornberàla tmisophilippiaif des ultra-luthérienë^ S'étDtaaufiant autant qne ses adversaires, il écrivit âMar^ bâcliquil ne voulait pas supporter sa « tyrannie », et qu'ii rêélerâît fidèle aux doctrines que Bucer et Mélatichthoft avaient enseignées avec plus d'autorité que les novateurs*. Il rédfgm unie réfutation d'un libelle que Frédéric Staphy- Ittfe^, d'abord protestant, puis surintendant de l'université éatholiqiie d'Ingolstadt, avait publié contre Mélanchthon^ et fit réimprimer quelques traités de Bucer sur la Sainte- Cèûe. B fit précéder ce volume d'une préface adressée à' Antoine Cook, qui, après avoir été précepteur du roi Edouard VI, s'était réfugié à Strasbourg sous le sanglant r^e de Marie Tudor. Sturm blâme sévèrement ces luthé^ ritdtis qui, en allant au delà de la confession d'Âugsbourg et en ne s'en tenant qu'aux formules établies par Luther « irrité» et à ses «hyperboles», au lieu de rester fidèles à la doctri>nie mitigée par lui-même dans la concorde de Wittembefg- jettent le trouble dans l'Église et rompent l'union avee ces communautés protestantes de la France, de l'Anglëten^e, de l'Italie, de la Hollande, qui ont vu tant de martyfs sceller leur foi de leur sang*. Le magistrat, qui

1 sturm au sénateur Simon Empfmger, 26 mai 1562 — Au sénateur Pierre Stui^m , fin mai 156 j ; dans Zanchii Epp.y p. 221 — A Fabricius, 17 juin 1561 . ^'Zaiiéliftt EfniUolœy T. H, p. 211.

^.Storte.à Galtin, 36 déc. 1560. — R. Asham l'engagea à le publier (11 avril 1562; Ai^ami Epp., p. 58); nous ignorons s'il a paru. Le pamphlet de Staphylus est sans doute sa Defensio pro trimembri theologià Lutheri contra œdh'jicatores Éahylonicœ tnrris , Phil. Melanchthonem , Schwenkfel- (fitfm, étc: lft60, in-So.

4 « /n ipsà verà quœstione quàm iniquum est facere quod faciunt , qua$ Lutheru4 iratus atque inimicus posuit sententias , eas ipsi promulgant, sententias verà médias , quas placatus pronimtiavit , prœtereunt ; in adversarioruin verà doetrinà quœ commotis animîs scripserant , ea ad vulgtts proférant j korutn verà explicaiiones dissimulant.* Préf. à Ant. Cook, en tête des traités de Bucer. — « Prœtereunt M» Lutheri puram de hoc sacramento doctrinam, et illius hyperbolas arripiunt et obtrudunt populç.n A rélect. palatin, 19 janv. 1561, dans Calvini Epist., p. 238.

i\fi CHAPITRE X. ...,.:

avait supprimé le livre de Heshusius, défendit aussi f)4 vente, des traités deBucer, à cause de la prçface deStucm; il interdit aux pasteurs de faire de la polémique en qh^r^i et aux professeurs de théologie de tenir des réunions sajis la présence de leurs autres coliques ^ Cette intervention de l'autorité fut loin de calmer les esprits excités; :St«uc«i> iineifois lancé dans Tarène de la polémique, Ojo^lia que jusque-là il avait été le défenseur de la mod(^ation^t de la paix ; il est vrai qu'il croyait combattre pQu^ .l!|)ann^^r (de Bucer et pour la liberté protestante, mai^ cm ^t: forcé de convenir que, s'il le fit avec plus de ialeni que.se^i^ ver$aires, il ne le fit pas toujours avecmQins;4eip9$^Qii qu'eux. ..,.".. ..ii-n:;-i

;-JLe 45 octobre 1561 , il soumit au chapitre da S^mt-^bor roas sa profession de foi sur la Sainle-Céine, cai dogrn^ étant devenu le principal objet de lacQntrQvçr^.,)S^lp]| lui, si. on ne devait enseigner sur cette haute ,matièrd^ii3Q qui amoindrit la dignité du sacrement, < il fallait isi'aJ»Bteaif aussi de toute doctrine répugnant aux lioi^, deJa-naUinf i^ contraire aux enseignements positifs de, Jésus^hri^ efc^ ses apôtres*. Par ces données négatives, il v<?wjait écpirtti' à la fois la formule des ubiquistes et celle des cathQliq«te$> Il exprima sa doctrine positive en ces termes; .la Saiiiter Cène est la communion du corps et du .s^mg. de- Jéflugr Christ; le pain et le vin sont les signes visibles d'une cbuo^e invisible; celle-ci n'est saisie que par la foi ; ce n'est que par la foi que l'on devient un corps avec Christ. Le Seigneur a été élevé à la droite du père, dans sa double na-

i Sturm à Calvin , 29 mai 1561 . Bibl. de Gotha.

2 « I/f nihil de Uhrum (i. e. sacramentorum) dignitate diminualur, nihil tamen tradatur, quod naturœ sensibus horribile sit , et quod adversarium doctrinœ Christi et apostolorum ; aut quod hurum doctrine demonstrari non poteritneque expressum sit verbis J. Chri^tùn A rélecteur Frédéric III, 19 janv. 1561 ; dans Calvini Epp.j p. 287.

DISCUSSIONS AVEC LES LUTItÉMEKS DE STRASBOURG. 4^5

tiàTB; timk Une réapparattra dans sa nature humain^ ct&*m jtfgétoénf derniéi*; ja^we-là il est présent dahs 1 -Église st^iirittielleméiit par sa nature divine; dans le sfacre^eilt <rti*>ne reçoit donc pas son corps charnel , on n'en devient participant' que spirituellement par la foi; les itnpies ; ite ré^êWéntqbe te signe extérieur, mais, b^ymme danfe la CdtnmittÉwmow reild témoignage de son union avec Christ, *éBJ*rriJ)ief8 tendent un feux témoignage, et c'est là ;leur èëttdamhatîbtt. ' ; »

"'-Sturra Sfait' l'intention de publier sur cette matière uft tNîté^'éomplet*: On répandit jusqu'en Saxe le bruit qu^il âUml^atta^uef lei doctrines des Églises allemandes ; Georges Fabricius le conjura de s'en abstenir, parce que, dit-il; noUs^ tf a^në* déjà que trop de disputes *. Sturm ne 'publia riea*9^' il'se contenta de faire circuler des copies de sa profe^tefendé^fôi- elles devinrent le signal de querelles pl«s fiolentêiÉ"encore qu'auparavant. Le 26 octobre 4564,= le paslfeupiMélchior Specker monta en chaire à Saint-Thomas et pt^étâia «durement contre ceux qui , sans en avoir la raîswoh», b'érîgfenten interprètes des mystères de la foi; il les débite ciMinne des séditieux, comme des hérétiques de la pii«<eèpéce : jusqu'à présent, dit-il, le monstre^a caché ses ccArnes; maintenant il commence à les montrer ouvertemeftt' au- monde. Aussitôt Sturm, persuadé que cela ne s'adressait qu'à lui, écrivit au prédicateur une épître pleine de^jHns vifs reproches*; Specker y répondit sur un ton

* Ce traité devait être : •minime iracundns, tamen ut spero argumenlo- $us. » Préf. aux quatre traités de Bucer. — Dans une lettre à la reine Elisabeth, 13 févr.l56i, il lui parle d'un livre qu'il lui envoie, contenant sa «s««f«nria de CiBnà IM/nini; » ce sont apparemment les traités de Bucer avec Ha préftcc.

2ÎS avril 1561, de Meissen.

3 Sturm à Fabricius, 17 juin 1561.

4 26 oct. 1561; dans Zanchii Epp., T. îl, p. 228.

120 CHAPITRE X. - . -i..

qui n'était pas plus doux^ Comme on raccusaitidei se jné^ 1er de questions théologiques, lui qui n'était qu'ua i>béleiir et un philosophe, Sturm demanda sur les prapositioBs Aph crirainées de Zanchi et sur la Sainte-Gène les avis de& tiioa* logiens de la Suisse, du Palatinat, de Tubingue^ pour s'appuyer de leur autorité dans sa lutte avec les luthérieas. Il fit même, en janvier 1562, un voyage à Heidelberg et à Deux-Ponts , pour conférer personnellement avec ses amis sur ces matières*. Tous lui répondirent que les tbèses-de Zanchi ne constituaient pas des hérésies; ils resbontèpent à persévérer dans sa doctrine, mais à tâcbep etn même temps d'éviter la continuation de la querelle^. Loràqé'ei^ mars 1562 il fut avec Zanchi à Saveme, lors de l'entrevue du duc de Guise avec celui de Wurtemberg, il iSolUdtaide ce dernier l'autorisation d'avoir un colloque avec, ses «théologiens , se disant prêt à accepter l'arbitrage deBre^taiiitt espérait que ce savant théologien , qu'après la mortde Mâln thieu Zell, Bucer et Hédion avaient voulu appeler à Strai^ bourg et qui pendant longtemps avait gardé, aveevne vive* affection pour Mélanchthon, une grande modération da»» les discussions sur la Cène , se montrerait disposé iu Mxû le conciliateur; il ne se souvenait pas sans dou te. qu'à peîoe deux ans auparavant Brentz avait fait admettre par -un sy« node, tenu à Stuttgard (49 déc. 4559), la doctrine de ^ubiquité absolue du corps de Jésus-Christ. Aussi n'eut-il pour

1 31 oct. 1561; dans Schelhorn, Ergœtzlichkeiten aus der Kirchengeschichte. Ulm 1762, T. III, p. 1123.

2 Sturm à Théobald Theoderici, receveur du chapitre de. Saiat-Tl)oma3, 2i. janv. 1562; dans Zanchii Epp., T. II, p. 220.

3 Lettres de Piei-re Martyr, 21 juill., 31 déc. 1561 ; — de Jean Pistorius, 18 août 1561; d^ns Zanchii Epp.^ T. I, p. 484 ; — de Jacques Schç^iuft, prof, de médecine à Tubingue, 16 déc. 1561, o. c, T. II, p. 202; . — ^ Jacques Ruger, de Schaffhouse, 24 déc. 1561 ; ibid., p. 2P3; — de BulUuger, 30 déc. 1561 ; ibid , p. 205 ; — de Martin Porrhœus, prof, de théol. à Bâle, 6 janv. 1562 ; ibid., T. I, p. 482.

toute i^ponse que l'observation ironique : t il «st étonnant qu-ànnotrtt âge vous prétendiez encore faire le théologien ^» Starm , toutefois , persistant à croire qu'une discussion fra* tenielle serait le seul moyen de terminer la controverse, devenue ^'autant plus haineuse que chaque parti se servait, dans l'exposition de ses vues , de termes plus exagérés , adressa, à la chambre des XIII une requête tendant à ol^tenir la conférence dont il attendait un si heureux résultat*. Les pasteurs, à leur tour, présentèrent au magistrat un exposé des( points litigieux, accusant Sturm et ses collègues deivoalair introduire à Strasbourg les fausses doctrines de Zwifigle et de Calvin, réfutant longuement le système réfonmé sur la prédestination et sur l'Eucharistie, et opposant la' Confession d'Augsbourg à la Tétrapolitaine'.

Zanehi, sentant que sa position devenait de plus en plus difScile, résolut de quitter Strasbourg^; Sturm conçut la mèUxeiàéeyleh progrès de l'intolérance le dégoûtèrent d'un s^our que jttsque4à il avait tant aimé; il eut l'intention de tse cendre à Zurich , d'y acheter une campagne et de s'y consaorer, «comme dans un autre Tusculum, à l'étude éû Ja tbéologie et à la défense de la vérité '^.j» Cependant, le magistrat ayant chargé quelques-uns de ses membres de faire une enquête sur la querelle, Sturm crut devoir rester enoore ; il décida aussi Zanchi à persévérer jusqu'au bout^.

^ sturm au roi de Danemarc, 20 mars 1562; dans Schumacher, T. If, p. 438. — Zanchi à Bulling;er, 1562; Zanchii Epistolœ, T. JI, p. 7.

3 se mai 1562.

3 27 juillet 1562 : Brevis expositio totius eontrotersiœ inter minittrot Btéhsiœ Argent, et sehoîœ professores ibidem, excerpta ex eorum plurihus contraseriptis.

^ n parafft qu'en 1561 d^à Zanchi avait voulu quitter Strasbtmrg;. Storm donna à Kerre Martyr, partant pour le colloque de Poissy, une lettre pour la reine de Navarre, i l'effet de lui recommander Zanchi ; 15 sept, 1561,

5 Zanchi à Ikdlinger, 1562; Zanchii Epistolœ, T. H, p. 17. — Sturm & Ant. Cook, 12nOT. 1562; dans Ashami Epp., p. 429.

6 Zanchi à BuDinger, 1. c, p. 14.

Au commencement de 4563, le magistrat^ eniranidaiis ks idées souvent émises parSturm, appela quelques théoWgiens et quelques hommes politiques de rÂllem^gB0:(E^|e la Suisse , pour rétablir la concorde entre les pafite«tr9ret les professeurs*. Le 18 mars cette commission soumit aux deux parties un projet de concordat qu'elles acceptèrent : quant à la Sainte-Cène , on convint de n'enseigner et de ne prêcher que la doctrine conforme à la confession d'Augsbourg et à la concorde de Wittembei^ , c'est-à-dire le dogme de Luther, moins l'ubiquité ; quant à la prédestination, on se soumit à une formule assez vague pour laisser chaque parti libre de s'exprimer à peu près comme il l'entendait, sauf à s'abstenir de spéculations oiseuses et de disputes passionnées ; cette formule établit que, de même? que tous les hommes sont pécheurs, de même aussi la grâce eslefferte à tous , et tous doivent la saisir s'ils veulent être sauvés; les promesses de l'Évangile sont générales ;eUe9^^ceptent personne; toutefois. Dieu ne £(onn« pas à tpus. -cette grâce qu'il offre à tous ; c'est là , disait- on , qu'est le mystère , qu'aucune raison humaine ne peut expliquer^ &ir ces bases , les pasteurs et les professeurs signèrent la cqûfession d'Augsbourg, telle qu'elle avait été proclamée 4e nouveau en 1561 par les États protestants réunis à Ntumbourg, en Saxe^. Zanchi la signa en ajoutant, non sans une équivoque qu'en français on ne peut pas rendre : «ifonc

1 Les envoyés étrangers furent : Jacques Andréœ, chancelier de l'univertilé de Tubingue ; Cunmann Flinsbach , surintendant des églises de Deux-Ponts ; Shnon Sulzer, recteur de l'université de Bâle ; UHc Coecius , pas^ur à B&le ; Wolf de Kœteritz et Henri Schwebel , conseillers du duc de Deux-Ponts ; Daniel de Renchen, bailli de Neubourg; Kilian fiertz, conseiller du duc de Wurtemberg

2 ConsenstM in 1er theologos et professores , in Ecclesià et scholà ArgetU. Strasb. 1563, en latin et en allemand. Aussi dans Zanchii Miscellanea^ Neustadt 1608, in-40, T. Il, p. 732 ; dans la Kirchenordnung de 1603, p. 62; et dans celle de 1670, p. 70.

''^etlfinœ formulam ut piam agnosco, ita etiam recipioKit Après le concordat, qui momentanément apaisa les esprits, Zanchi reprit ses cours suspendus depuis 4560, et ni lui ni Sturm ne songèrent à quitter la ville.

Secours dormes aux Huguenots, M^^ de Roye à Strasbourg.

Au plus fort des discussions avec Marbach, dans les-

-quteMes Sturm demandait la tolérance pour les doctrines

dès rÔferteêè'fSriiï^afs ;' il' se* présenta une occasion de soii-

-l8nftr'fiitfr-cddSé'(rtiiiiB iïîanlêre non moins efficace que par

•^vïte'^fefeWre '«é Vàssy (i^ mars 1562) devint le signal de

■flé^gtfêflW'diVilé'* Pour détourner Forage, Calvin voulut

f(i*Oft' FR^'dëS- •démarchés auprès des princes allemands ,

"l^otft^^rtlteriir d-îeuX'iine ambassade au roi, chargée de Tei-

hlWi/r'â'iîiâfttfteiiî!* soft dernier édit de paîx'et à ne pas se

*li«s«rëntraîÔër'ï)ai- la dangereuse influence des Guises. Il

eï^bya à Sfrasbôurg Louis Budé pour s'entendre à cet effet

avec Sturm*. Des efforts dans le même but furent faits en

France ^iftême , on négocia avec la reine-mère , mais la

ÇÛieité était trop ardemment désirée par les Guises pour

iSchadiBUff, GontinucUio Sleidani. Strasb. 1625, in-fol., P. I, p. 398; P. ni, p. 136. V. Vhistoire de la controverse, avec toutes les pièces, lettre*, humnguet, ete., dans ZancMi Hisedlanea, T. H, p. 347. Zanchi à Calvin, 18«yril 156B; ^ à Stunn, 19 avrfl 1563; dans Zanchii Epistolœ , T. H, p. 64, 149.

2 Calvin à Sturm , 25 mars 1562. Bibl. de Genève.

qu'on eût pu la prévenir encore ; les hostilités éclatèrent dès la fin du mois de juin. Gondé s'était jeté avec Goligny dans Orléans. Les Guises faisant lever des troupes à l'étranger, les chefs protestants envoyèrent le vidame de Chartres et le sieur de Briquemault en Angleterre , d' Andelot et Hotman , et plus tard Théodore de Bèze , en Allemagne , pour réunir des secours en argent et en hommes. En passant par Strasbourg, Hotman s'y arrêta pour conférer avec Sturm , dont les relations avec les princes protestants pouvaient être très -utiles dans cette circonstance. Malheureusement Sturm se plaignait d'avoir été calomnié parle jurisconsulte, qui avait prétendu que le recteur, ayant connu le secret de la conjuration d'Amboise, l'avait trahi au cardinal de Lorraine*. Selon Bèze, Sturm avait encore un autre grief; il avait écrit une épître dédicatoire pour les commentaires sur les Institutes que Hotman fit paraître A Bâle en 4560, et ce dernier avait abusé de la complaisance de son ami en faisant passer cette pièce pour son propre ouvrage. Il paraît toutefois que cette assertion manque de fondement*. Quoi qu'il en soit, Hotman fut à peine arrivé à Strasbourg qu'il y eut entre lui et Sturm une altercation des plus vives ^ à la suite de laquelle Sturm écrivit pour s^ justifier une épître très-longue et très-véhémente ; il affirma qu'il n'avait ni connu ni trahi la conjuration d'Amboise, mais que c'était Hotman qui , par ses forfanteries et par

^ sturm à Calvin, 29 mai 1561. Bibl. de Genève.

2 Beza , Responsio ad Balduinum , dans ses Tractatus theologici, Gea. 1576, in-fol., T. II, p. 283. — Nous ignorons ce qui a pu donner lieu à cette accusation. Il n'y a ni dans l'édition de 1560, ni dans celle de 1567, des commentaires de Hotman sur les Institutes , une pièce qui pourrait être de Sturm ; les dédicaces à l'électeur de Saxe ne peuvent être que de Hotman lui-méne. Dans une lettre du 20 sept. 1577 à l'électeur Auguste (Epp» de bello tureico^ sturm parle seulement d'une épitre qu'il adressa , « ante qttatuordeeim tmr nos ,» à Hotman , et qu'il envoya audit prince , « unà eum commentariiê illiuê (se. Hotm.), quoi in Justiniani imp, InstituHones confecerat,»

la publication du Tigre, avait éveillé les soupçons des Guises ^ Cependant la nécessité d'unir leurs efforts pour servir la cause commune amena entre les deux anciens amis une réconciliation qui ne fut plus troublée dans la suite*.

Au mois d'août Théodore de Bèze vint à Strasbourg; ses demandes de secours furent soutenues par Sturm ; mais le magistrat hésitait, car la cour de France avait envoyé des s^ents pour indisposer les États de l'Empire contre les Huguenots. Bientôt après, en septembre, arriva M^edeRoye, belle-mère de Condé, avec trois fils et deux filles du prince.

Cette dame , qui était odieuse aux Guises et que Calvin avait en grande estime, à cause de la courageuse liberté avec laquelle elle professait l'Évangile ', vint à Strasbourg autant pour chercher un asile que pour presser l'envoi des secours dont avaient besoin les chefs huguenots. Elle montra les lettres que Jacques Spifame , l'ancien évêque de Ne-

•1 Sbarm à Hotmao, juin 1562. — A Tévêque Montluc de Valence, protecteur 4e HQtman, i7 juin 1562. — Sur Hotman, auteur du Tigre t v. l'article de Nodier dans le Bulletin du bibliophile, de 1834, et le nôtre dans le même journal, 1850. — Dès le 6 juillet 1561 , François de Guise écrivit au magistrat ckf Strasbtmrg, pour se plaindre de libelles publiés en- cette ville contre lui. Kentsiâger, Documents historiques relatifs à C histoire de France, tirés

de§ arçhivef de Strasbourg. Strasb. 1818, T. 1, p. 49 L'année suivante,

pendant son séjour à Saverne , le duc voulut faire poursuivre Hotman à Strasbourg, pour des nlibelli famosi de se sparsi.n Languet, Epistolœ , L. H, p. 197. Ces libelles sont évidemment le Tigre.

2 V. aussi Bayle, art. Hotman, note N. — Ce qui prouve que les accusations portées par BAudouin contre Hotman sont peu fondées , c'est le certificat honorable déUvré à ce dernier par les scolarques de Strasbourg , le 5 mars 1562, et constatant que, pendant les cinq ans qu'il a été « in Gymnasio nostro legum pubUcus professor, » il a enseigné « summo auditorum suorum desidsrio et fruetu,* Après avoir été nommé professeur à Valence, Hotman écrivit, le 15 noT. 1565, au magistrat de Strasbourg pour le remercier de ses bienfiiits et pour renoncer au droit de bourgeoisie.

3 Calvin à H»« de Roye, 24 sept. 1561. Chez Baum, Theod, Bexa, T. II, append., p. 71; — de Thou, T. II, p. 830; T. HI, p. 51.

vers , était chargé de présenter â la diète de Francfort:^ et par lesquelles Catherine de Médicis avait invité le prince de Condé et Coligny à venir au secours du roi contré les Guises. Elle se plaignit vivement de cette faction ambitieuse et turbulente, mais ne proféra aucun reproche ni contre te roi ni contre sa mère. Comme, malgré cela, lemagistratne savait quel parti prendre, M™e de Roye s'adressa à Sturm dont elle connaissait l'ancien dévouement pour les réformés de la France*. Elle lui demanda des conseils et des secours; Sturm lui proposa de chercher cent membre^ dé la ligue huguenote, dont chacun avancerait 4000 florin^; il s'offrit à verser la même somme. Elle fit observer qtte c'était impossible, laligue étant dispersée par les évênemëiits malheureux de la dernière guerre ; et, avec un sourire si-' gnificatif , elle ajouta qu'il ne lui paraissait pas sérifetfàément disposé à venir en aide à ceux qui avaient compté stir lui. Sturm crut son honneur compromis s'il ne monti^aît pas une générosité sans bornes; il s'empressa d'aVânoêr 10,000 florins, la totalité de ses capitaux disponibles;* «en même temps, il donna ordre à son libraire et ami Wendelin Rihel de fournir à M^^e de Roye tout ce dont elle ^Bttàï besoin pour son- entretien. Sur ces entrefaites, -le jefniie prince de Porcian, neveu de Condé, vint à Stràsbbtfr^'et demanda de l'argent pour enrôler des reîtres; pressé- par Mme (Je Roye et par MM. de Chambray et de Sainte-Mûrle, Sturm obtint du négociant Martin Wicker 1000 écus, pour lesquels il engagea sa signature. En septembre^, une nouvelle demande lui fut faite par d'Andelot ; 'soutenu par le landgrave de Hesse , le vaillant frère de Coligny avait vaincu

1 Les détails sur les relations financières de Sturm avec Mn« de Roye et les chefs huguenots sont tirés de ses lettres au landgrave de Hesse, 1564, à Pierre Beuterich, conseiller du duc Casimir de Deux -Ponts, 19 nov. 1581, àThéod. de Béze, 80 juin 1583, 29 et 30 juin 1584 (ces trois dernières à la BibL de Gotha).

les hésitations de quelques princes allemands et obtenu des soldats sous le commandement du maréchal hessois Frédéric de Rolshausen; malade et sans argent pour payer ses troupes, il se rendit à Strasboui^, en laissant celles-ci à Baccarat, dans Févêché de Metz. Bèze, dont les démarches en Suisse en faveur des Huguenots avaient eu peu de succès, revint à son tour et se joignit ^ d'Andelot pour faire un appel à la généreuse activité de Sturm. Le recteur empruata du libraire Wendelin Rihel 4000 écus qu'il apporta lui-même à d'Andelot à Saverne ; du même ami il reçut 700 floriûs pour W^^ de Roye. A ses propres frais , il accompagna celle-ci auprès du duc de Wurtemberg, qui ne donna que des conseils et des vœux , auprès du margrave Charles de Bade, qui accorda 10,000 florins, et auprès de réleclewr palatin Frédéric, qui fit des promesses, accomplies iplus tard. En novembre, il alla à Francfort pour s'en- Iretenir avec les envoyés de la reine Elisabeth sur les moyens de secourir la cause huguenote , compromise par la perte de Rouen et par la défaite du sieur de Duras en Gascogne*. Peu avant la bataille de Dreux (16 décembre 15Ç2), le prince de Gondé envoya Tibère de la Roche dans rA,Uemagne du nord ; il passa par Strasbourg avec des lettreç,pour Sturm; celui-ci engagea Gaspard Gamaul et le chevalier Glande Bœcklin à accompagner Tagent huguenot; il Içur avança les fonds nécessaires pour le voyage.

Ils se rendirent auprès du duc Christophe de Lunebourg, tout disposé à venir en aide aux protestants ; des négociants de Lubeck ils obtinrent la promesse d'un secours de 30,000 écus. M«ie de Roye, munie d'une procuration de Gondé, chargea Wendelin Rihel de hâter le paiement de cette somme. En même temps, le chevalier Bœcklin recruta

J sturm à Ant. Cook, 12 nov. 1662 ; Ashami Epp.y p. 429 ; — . à R. Asham et à Jean Haies, 13 nov. 1562 ; ibid., p. 398, 430.

des reîtres pour les Lyonnais ; sous la garantie de Stdrm, les négociants de Strasbourg lui avancèrent à cet eSei 6000 écus *. Ce qui inquiéta Catherine de Médicîs bien plus que ces préparatifs , ce fut la nouvelle qu'elle reçut d'un coup de main qu'en Allemagne on méditait contre Metz. Déjà, dans les premiers jours de 1563, l'empereur Ferdinand avait envoyé à la cour le préfet de la Souabe, Achille Ilsung, pour demander la restitution des évêchés; bientôt après , on apprit que le duc de Deux-Poilts , sollicité par Mnae de Roye et par Sturm de venir efficacement au secours des Huguenots , réunissait des troupes dans l'intention de reprendre Metz. Pressée d'un côté par les réclamations impériales, de l'autre par l'attitude menaçante d'un prince protestant plein de bravoure, la reine-mère se hâta de conclure avec les Huguenots la paix d'Amboise, le 19 mars 1563. Les chefs réformés , aussi bien que la cour, s'engàgètSént à faire sortir du pays les troupes levées en Allemagne. Le roi , s'étant même obligé à payer aux auxiliaires des protestants l'arriéré de leur solde , fit négocier à Strasbourg un emprunt de 200,000 écus*. Les Allemands, qui refusaient de quitter la France aussi longtemps qu^ils n'étaient pas payés et qui , en attendant , se payaient eux-mêmes par des pillages, eurent la singulière prétention de demander que le roi leur engageât comme garantie la ville de Strasbourg ou celle de Francfort -sur-le-Mein. Calvin lui-même pria Sturm d'user de son influence pour que Strasbourg se portât caution pour le paiement de la solde; mais le recteur lui répondit que cette demande était inadmissible , comme contraire aux droits et aux coutumes de la république ; il écrivit dans le même sens aux chefs allemands. Ceux-ci ne

• sturm à Calvin, 9 févr. 1563. Bibl. de Gotha; — au chapitre de Liège, 18 mai 1563.

^Languet à Ulric Mordeisen, 15 mai 1563, de Strasb.; Langueti EpiitolcB, Lib. II, p. 240.

se décidèrent que fin juin à rentrer chez eux avec des traites sur les négociants strasbourgeois * .

U^ de Roye, quoique rappelée à la cour, ne se hâta pas de rentrer en France. Au moment même où se négociait la paix d'Amboise , elle s'occupait encore des moyens d'envoyer à son parti des secours. Le 17 mars 1563, le duc Wol%ang de Deux-Ponts chargea Sturm de la prévenir qu'il tenait à sa disposition 1500 à 2000 reîtres , et que, comme ils n'attendaient pour partir que la certitude d'être payés , il s'offrait à avancer une partie de la somme*. La conclusion de la paix, en rendant ce secours inutile, fit avorter en même temps les projets de Wolfgang contre Metz. Sturm profita de la pacification pour exposer à U^^ de Roye ses vues sur la politique que , selon lui , la France devait suivre pour éviter à l'avenir de nouvelles guerres. 11 pensait que ce pays n'aurait pas eu à soutenir , dans le cours de ce siècle, tant de luttes contre l'empereur, et qu'il aurait été déchiré moins souvent par des troubles civils , si quelque prince influent de l'Allemagne s'était interposé chaque fois comme médiateur. Mais aucun de ces princes n'a un intérêt pour se charger de ce rôle , car il n'existe entre la cour de France et celles de l'Allemagne aucune alliance matrimoniale. Sturm était d'avis que rien ne serait plus utile qu'un mariage entre le roi de France et une princesse allemande. En mêfne temps, pour rattacher davantage les États protestants à la cause des Huguenots , le prince de Gondé devrait acquérir en Allemagne des propriétés et marier ses filles à des princes allemands ; les comtes Wolrad et Charles de Mansfeld seraient disposés à lui vendre une partie de leurs domaines ; riches , puis-

< sturm aux chefs des troupes allemandes, 16 mai 1563. — Mémoires de Condé. La Haye 1743, in-4o, T. IV, p. 353.

2 Wolfgang à Sturm, 17 mars 1563, de Meisenheim.

sants , influents, ils seraient clignes d'être choisis .ppur se? gendres. Nous ignorons quelle impression ces idées firççit alors sur M^e de Roye; dans le cours des événements qui suivirent, elles furent oubliées bien vite, aussi vite que la reconnaissance qu'on devait à Sturm pour ses sacrifices. M"™e de Roye quitta Strasbourg en juin 1563. Depuis son arrivée jusqu'à son départ , le recteur n'avait pas souffert qu'elle manquât de quoi que ce fût * ; il l'avait accompagnée en Allemagne à ses frais personnels, il avait emprunté pour elle et la ligue protestante des sommes considérables. Ces sommes devaient être rendues à Noël 1562; Sturm, qui les attendit en vain, fut obligé de recourir à d'autres emprunts pour satisfaire les créanciers. Malgr.é cet embarras , il fournit à M^e de Roye de nouveaux se-., cours, ne voulant pas abandonner, comme il disait, ceux qui étaient en danger à cause de leur attachement à l'Évangile. Lorsque M^^ de Roye partit de Strasl^ourg sans avoir pu payer ses dettes, Sturm et Wendelin Rihel .1% suivirent jusqu'à Saverne; après des discussions fâcheuse^, elle promit d'envoyer des agents chargés d'examiûer le§, comptes. En attendant, Sturm fut obligé de servir les ia-. térêts des sommes que, dans son zèle trop empressé,. il avait empruntées chez différents négociants. C'est alprs que commença pour lui une longue suite de tribulations qui troublèrent le reste de •sa vie. Incessamment placé entre l'insistance de ses créanciers et le mauvais vouloir ou l'impuissance de ses débiteurs, il se trouva dans des embarras financiers interminables. Dans les premiers temps il en fut si abattu, que même le culte des lettres ne put rendre à son esprit son ancienne vivacité*. Ses amis, Éli-

1 « Illam re nullà egere passus est.* Le magistrat de Strasbourg à Henri de Navarre , 21 déc. 1584.

2 •Literœ et musœ non solàm silent^ sed lugent etiam,» A R. Asham, 1564 ; Àshami Epp., p. 426.

sabeth d'Angleterre elle-même*, rencouragérenl à persévérer dans ses études ; Roger Asham , le secrétaire de la reine, rengagea à publier, pour éclairer l'Europe, une histoire des menées des Guises" ; il reprit aussi pendant quelque temps ses travaux sur Aristote et sur Cicéron*. Mais il eut à cette époque des dégoûts si amers, qu'en 1563 il demanda à plusieurs reprises au chapitre de Saint-Thomas de le décharger des fonctions de prévôt. Ses collègues, par une délibération pleine de déférence, le prièrent de ne pas leur refuser ses lumières , l'assurant qu'ils ne cesseraient de le vénérer comme leur maître commun*. Pressé de nouveau par les créanciers, il se rendit, accompagné de Zanchi'et dans Fespoir de recueillir quelque argent, chez M. de Chambray , en Lorraine. De là il écrivit au chapitre pour renouveler l'offre de sa démission; mais il finit par céder 2fti désir de ses collègues , en consentant à garder sa place. Quelque temps auparavant, il avait envoyé le jurisconfstilte Eusèbe Hédion, fils du réformateur, auprès de Gondé et de M^»^ de Roye; Hédion alla jusqu'au camp devant le Havre, où Gondé s'était uni au connétable pour reprendre ^ux Anglais cette ville française ; mais il revint sans résultat. Sturm partit alors lui-même pour la France ; après une longue attente , il obtint 3000 écus sur les 20,000 florins qu'on lui devait et dont il devait lui-même la plus grande partie à des négociants. En février 1564, Gondé l'invita à se rendre au château de Muret, près de Soissons, où se trouvait aussi le duc Ghristophe d'Oldenbourg, désireux

1 A sturm, i56S ; dans Ashami Epp,, p 428.

2 21 oct. 1562. c, p. 60.

3 A Wolfg. de Werther, 30 juin 1563.

4 sturm le demande en juillet et en sept. 1563. Le 16 sept, le chapitre le prie de conserver ses fonctions , en ajoutant : « omnique amore , studio , et observantià ipsum tanquam prœpositum nostrum et communem prœceptO" rem semper prosecuturos,»

de le voir; là on lui paya encore environ 3000 écus. Enfin Condé écrivit au magistrat de Strasbourg de feirc examiner les prétentions des créanciers de M^o de Roye; celle-ci envoya à cet effet quelques commissaires ; à ceux nommés par le magistrat se joignirent des délégués de rélecteur palatin et du duc de Deux-Ponts*. Après un travail de plusieurs jours, on constata les droits de Sturm et l'exactitude de ses comptes , mais on ne lui donna rien. Profondément découragé, il s'adressa aux princes de TAllemagne , leur exposant le malheur de sa position et les sollicitant d'intervenir en sa faveur ; il ne fit pas encore de reproches aux Huguenots ; il ne regrettait, dit-il, aucun des sacrifices faits pour assister « des coreligionnaires opprimés, des héros défendant la liberté religieuse » , au culte de laquelle il avait voué sa vie*.

Cependant, comme malgré la paix qui régnait alors en France, personne ne semblait songer à lui, il finit par être aff*ecté plus vivement de l'oubli où le laissaient ses débiteurs, que des obsessions mêmes de ses créanciers. Il commença à se plaindre de la « perfidie » de ceux qui le réduisaient à la misère , après avoir accepté ses secours quand leur cause avait paru désespérée'. Ce qui l'affligea le plus, ce fut la nouvelle qu'en France on le soupçonnait d'être de mauvaise foi en élevant des prétentions exagé-

1 Condé au magistrat, 14 mai 1564. Kentzinger, Documents relat, à Vhist, de France, T. I, p. 65. — Les commissaires qui examinèrent et signèrent les comptes, furent: pour M«>e de Roye : les sieurs de Besancourt, son ar^ gentier , de Chambray et de Pisieux , et deux membres du sénat de Strasbourg , le chevalier Claude Bœcklin et Henri Joham ; pour l'électeur palatin, son conseiller Jean Schenkbecher ; pour le duc de Deux-Ponts, Polydore Gnobloch et le docteur Bernard Botzheim, syndic de Strasbourg, après avoir été chancelier du duc Jean de Simmern; pour le magistrat, Hugues Rniebs, Henri Volmar et Mathias Wicker. (Sturm au landgr. de Hesse, fin 1564.)

2 sturm au prince N., s. d. — A Théod. de Bèze, 29 juin 1584. Bibl. de Gotha.

3Sturmà Ant. Cook, le^oct. 1565; Ashami Epp., p. 414.

rées; il écrWilà Coligny, au vidame de Chartres, à La Planche , au chancelier de Navarre , Barbier de Francourt, pour protester contre cette accusation, dont l'injustice était prouvée par les documents les plus authentiques ^ Il envoya à l'amiral des lettres de l'électeur palatin, du landgrave de Hesse , du duc de Wurtemberg , qui tous intercédèrent en faveur de ses droits * ; le magistrat et les scolarques écrivirent aux chefs des Huguenots , Théodore de Bèze écrivît à M"»e de Roye et à ses frères, pour leur recommander le recteur , dont la santé s'altérait au milieu de ces inquiétudes sur sa position'. Ce n'est qu'en 1566 que les instances des princes allemands et du magistrat strasbourgeois eurent un résultat : l'amiral Coligny et d'Andelot invitèrent Sturm à venir au château de Châtillon, oii il se rendit en juillet, accompagné d'Eusèbe Hédion ; là les deux frères s'acquittèrent envers lui de leur part de la dette contractée par la ligue protestante *. Il repartit avec 5000 écus et avec une obligation pour ce qui lui restait dû. Après avoir échappé à Paris à des voleurs ' , il revint à Strasbourg, où il put contenter au moins une partie de ses créanciers. Son esprit redevint plus libre, et il put s'occuper avec une nouvelle ardeur de la prospérité de son école qu'il allait voir transformée en académie.

1 Lettres du 14 et du 23 juill. 1565.

? A Coli^y, 14 juiU. 1565.

3 Minutes rédigées par Sturm. -^ Bèze à Sturm, 24 août 1565. Arch. de Cassel.

* Sturm à Fr. d'Andelot, 21 janv.

^ A Gasp. Gamaut, l«r avril 1582. — A Paris, ii assista aux Carmes à une discussion théoiogique sur ces mots : « Hoc est corpus meum. » Antipappus IV, P. 3, p. 166.

Réorganisation de l'école deLauingen en Bavière. FondaUm de V académie de Strasbourg.

Pendant ses débats passionnés avec les pasteurs luthériens et au milieu des difficultés causées par ses créanciers et par ses débiteurs , Sturm avait eu des moments d'em3,ui profond; l'étude même n'avait pas pu rassérénir son âme. Malgré ses soixante ans , il avait conservé la vive mobili^ de la jeunesse ; cédant facilement à des impressions mo-j mentanées , ardent à saisir et à exécuter ce qui lui parais-, sait juste, il n'y mettait pas toujours la mesure que çpn esprit supérieur eût trouvée sans peine s'il avait prjiç le. temps de la réflexion ; d'autre part, il se laissait entraîner tout aussi promptement à ces dégoûts qui s'emparent quelquefois des caractères même les plus fermes en présence de l'injustice ou de l'ingratitude des hommes. Cependant il ne se laissa ni ébranler dans sa foi à la liberté religieuse^ ni détourner de son grand but de propager les lumières par l'instruction de la jeunesse. Au milieu même de la période agitée dont nous venons de rapporter les incidents, il put concourir à la fondation de plusieurs institutions littéraires qui , en lui devant leurs succès , ont augmenté sa gloire.

Zanchi , appelé comme pasteur à Chiavenna, dans laValteline, quitta Strasbourg en automne 1563, avec un certificat des plus honorables du recteur, qui ne le vit partir qu'avec peine * . Arrivé à son nouveau poste , Zanchi inspira

1 Certificat daté de Chambray, 6 oct. 1563.

RÉORGANISATION DE l'ÉCOLB DE LAUINGEN , ETC. 141

au gouvernement de la Rhétie le désir de fonder une académie pour cette contrée , alors presque entièrement protestante. Sturm lui promit d'y veiiir, avec un congé d'un an, pour organiser cette école sur le plan de celle de Strasbourg *. Mais il ne put accomplir ce dessein, car au^ paravant déjà le ducWolfgang de Deux-Ponts, qui l'honora du titre de conseiller, l'avait appelé auprès de lui pour le consulter sur la réorganisation du gymnase qu'il avait fondé à Lauingen, dans le comté de Neubourg, en Bavière *. Sturm avait dû lui assurer son concours. Ne sachant pas quand Wolfgang exécuterait son projet, il avait cru pouvoir se rendre d'abord dans la Val teline; mais, appelé de nouveau parle prince en avriliSô^*, il apprit qu'en automne il devait s'oôcuper de la tâche qui lui était confiée. Il se rendit à Làùingen en novembre; Jean-Frédéric Célestinus, qui y faisait alors un cours de théologie , Cyprien Léowitz, professeur de mathématiques, Conrad Laetus, professeur de droit, lui indiquèrent les défauts et les besoins du Gymnase; son projet de réforme ayant été agréé, il l'exécuta, assisté du bàroh Wolf de Kœteritz et du jurisconsulte Simon Schard, conseillers du prince*. Il organisa l'école d'après le modèle de celle de Strasbourg, mais fit au plan d'études quelques châhgeînents qu'il se proposait de réaliser aussi pour le Gyihnàse de notre ville. L'école de Lauingen devant servir à un enseignement assez rapide des langues anciennes , Sfilfrtï he la divisa qu'en cinq classes; en cinquième, les élèvé^g' devaient apprendre à lire le latin; la quatrième et la troisième étaient consacrées à l'étude de la grammaire et à des exercices de style; en seconde, on commençait le grec,

' Zanchi à Viret, 31 oct. 1563; Zanchii Epistolœ, T. H, p. 276. ^ Le duc Wolfgang aux scolarques, 16 et 25 juillet 1563. 3 Wolfgang à Sturm, 23 avril 1564.

^ Sturm aux scolarques , 19 nov. 1564, de Lauingen. — Scholœ Lavin^ ganœ^ chez Halbauer, p. 325.

la rhétorique et la dialectique , qu'on achevait d'enseigner en première. La progression des classes était analogue à celle du Gymnase de Strasbourg, mais le programme en était à la fois plus chargé et plus incomplet; car on devait apprendre en cinq ans à parler et à écrire le latin et à lire le grec, mais on n'y apprenait que cela. Comme complément à ces cinq classés , Sturm ajouta quelques leçons publiques sur la théologie, la jurisprudence, la politique, la dialectique, la rhétorique, la physique et les mathématiques. On aurait de la peine à comprendre comment des élèves, ne sachant que le latin, et dépourvus de toutes les connaissances réelles , eussent pu suivre dés cours supérieurs sur les différentes sciences , si , d'après la pensée de Sturm , ces cours n'avaient pas dû être très-élémentaires, destinés seulement à donner les premières notions des choses et à préparer les élèves aux études dans les universités ; le professeur de théologie , par exemple , devait expliquer en une année quelques livres du Nouveau Testament, raconter les faits les plus saillants de l'histoire de l'Église et exposer sommairement le dogme. Ce plan, assez imparfait au point de vue d'aujourd'hui, fut adopté par te duc Wolfgang, qui dota le Gymnase de Lauingen de vastes bâtiments et qui y appela des savants distingués.

En quittant Lauingen en décembre 1564, Sturm s'arrêta pendant quelques jours à Neubourg chez le prince ; il retourna à Strasbourg par Tubingue , où il visita les établissements d'instruction , parmi lesquels il admira surtout le séminaire destiné au logement des étudiants pauvres ; il eut la satisfaction de le voir dirigé par Samuel Heiland qui, après avoir été élève du collège de Saint-Guillaume à Strasbourg, était allé comme professeur d'éthique à Tubingue, et sous la surveillance duquel le pensionnat de cette ville était devenu un modèle d'ordre et d'excellente discipline*.

1 A Albert de Brandebourg , 30 mars 1565 ; en tête des Epistolœ elassieœ.

RÉORGANISATION DE l'ÉCOLE DE LAUINGEN, ETC. 143

Nous avons dit que Sturm se proposait d'introduire quelques changements au plan d'études du Gymnase de Strasbourg. Depuis sa création, cette école n'avait pas cessé d'attirer des élèves de la ville et de l'étranger, protestants et catholiques ; elle avait formé déjà plus d'un homme distingué, grâce à l'impulsion donnée par le recteur et au zèle des professeurs qui , pour la plupart , étaient encore pleins de l'enthousiasme de la Renaissance. La tendance générale à Strasbourg commençait, il est vrai, à se modifier ; depuis l'avènement de Marbach , les pasteurs se préoccupaient bien plus de l'orthodoxie que des connaissances de ceux qui se présentaient pour les chaires. Au Gymnase il& remplacèrent, dès 1564, au grand déplaisir de Sturm, le catéchisme de Bucer par celui du théologien saxon David Ghytréus*. Dans les cours supérieurs, l'esprit de dispute et de récrimination prit tellement le dessus que , pendant les aimées de la querelle de Zanchi, les scolarques durent supprimer les exercices de déclamation et de discussion. Sturm résistait encore avec énergie et quelquefois avec s,u4^cès à cet entraînement si fatal aux études ; quoique pieux lui-même et voulant pour la jeunesse une éducation pieuse, il était trop éclairé pour consentir à ce que le Gymnase devînt l'école d'un parti quelconque. Les scolarques, quipartageaient encore ces vues plus libérales , avaient pour Sturm assez de respect pour lui permettre d'exercer son influence dans tout ce qui concernait l'instruction publique. Rîea ne se faisait sans son conseil ; s'il était absent de Strasbourg, la décision des questions graves était ajournée jusqu'à son retour.

Lorsqu'enl564 une de ces fréquentes et terribles épidé-

chez Halbauer, p. 158. — Aux fils du duc Wolfgang, en tête des Scholœ Ijwinganœ, ibid., p. 316«

^ Pal[>pus, Defensio IV contra Sturmium, 1581, p, 71. — Sturm, Antip IV, P. 1, p. 23, 24; Verantwortung gegen Andreœ, p. 17.

iM CHAPITRE XII.

mies du seizième siècle eut forcé les scolarques à formels classes , Sturm profita de cette interruption pour réviser^le plan d'études*. Il était persuadé que la réputation 4^ M ville, aussi bien que l'honneur du protestantisme > exigeait que récole ne cessât de faire des progrès pour soutenir la concurrence avec les établissements étrangers. Attentif aui collèges fondés par les jésuites, il se félicitait devoir le catholicisme suivre l'exemple donné par les Églises sorties de la Réforme , mais il y voyait en même temps un sérieux aiotif d'émulation pour les écoles protestantes; les- protestants ayant eu la gloire de créer les premières écoles , il3 nsrd^vaient pas se laisser devancer par leurs adversaires *. Pour informer le public des améliorations qu'il voulait intc»duire, il publia ses Épitres classiques, contenant, oulr0 des conseils pour les professeurs et les maîtres, le.nouv^fiii plan d'enseignement du Gymnase et de la Haute-École., {«fis modifications qu'il proposa eurent pour but de multiplia les exercices de langue latine et de faire des cours publHVI un ensemble mieux coordonné. . . r-,nrn

Le nouveau programme^ adopté par les scolarques ,; f^^ mis à exécution à partir du printemps de 1565*. Sturmjt^ compléta par un nouveau règlement de discipline, doçtd^t puis longtemps il avait reconnu la nécessité. Les mœurs des élèves qui suivaient les cours laissaient beaucoup kdé^. sirer; ils se livraient à des excès, préféraient aux études les cabarets et les salles d'escrime , ne s'habillaient pas avec la décence convenable. Sturm attribuait ces désordres à 1^ circonstance que la plupart des étudiants logeaient chez des bourgeois qui , non-seulement les laissaient sansdirec^

^ Epistolœ classiccBy p. 153, 154. ^- Cette épidémie fut une des plus craelles de tout le siècle ; elle enleva en une semaine du mois d'octobre 27i . personnes ; le nombre total des décès à Strasbourg monta cette année à 4818.

2 A Albert de Brandebourg, 1. c, p. 157.

^ Epiêt, classât p. 202.

RÉORGANISATION DE l'ÉCOLE DE LAUINGEN , ETC. 145

tien intellectuelle et sans surveillance morale, mais qui leur prêtaient de l'argent et les excitaient à des dépenses inutiles. Il obtint des scolarques des mesures sévères pour empêcher ces abus , aussi nuisibles aux élèves qu'à la bonne réputation de l'école * .

Les changements apportés au plan d'études ne furent pas approuvés de tout le monde ; Marbach surtout s'en montra fort mécontent*. On éleva des doutes sur la possibilité d'habituer les élèves à une latinité parfaite ,- on prévit de ropposition de la part des professeurs ; on blûma surtout .l'idée d'introduire des représentations de comédies antiques , ces pièces étant pleines de passages et de scènes peu conformes à la morale ; et comme Sturm , pour renforcer l'étude du latin , avait aussi prescrit le chant de can- 1if][lies latins à l'ouverture des classes , on vit en cette me- %\Ae une réminiscence du catholicisme ^ Quelques-unes de ces craintes n'étaient pas sans fondement ; mais , après nnc expérience de quelques mois , Sturm les crut suffisamment réfutées par les faits. Dans les cantiques latins , il ne vit pas de danger pour la religion; dans les représentations des comédies de Plante, il n'en vit pas pour les mœurs; les cantiques n'étaient pas destinés au culte , et les comédies devaient être choisies et expliquées avec soin ; il demanda même le Temple-Neuf p'our y faire jouer tous les mois une de ces pièces. S'il se fit illusion sur l'utilité de ces représentations , il ne tarda pas à voir se réaliser la crainte exprimée par quelques personnes au sujet de l'opposition des professeurs; mieux placés que lui pour juger de la possibilité de son régime exclusivement latin , ils

* Rapport de Sturm aux scolarques , 18 déc. 1559. — Règlement d'études et de discipline , Epist. class,, p. 229 et suiv. — Rapport de Sturm et de Marbach aux scolarques, 18 janv. 1566.

^Epiêt, class.f p. 203.

3 Sturm à B. Sieflfert, 7 oct. 1565 ; en tête des comédies de Plaute.

146 CHAPITRE XII. -= .(r:

n'entrèrent pas volontiers dans ses vues; à plu^îdiirs re^j prises il se plaignit de leur lenteur dans rexplîmtioB dcé: auteurs classiques ; au lieu d'attribuer à son système te pt» de progrès des élèves, il en accusait la négligence des maîtres.

Cependant la réorganisation de l'instruction publique > en 1565, ne suffisait pas à Sturm. Très-complète pour le Gymnase , elle présentait des inconvénients et des laoïmes dans la Haute-École. Quelques-uns des cours publics &isaient double emploi avec l'enseignement des classer supé-' rieures ; il fallait exiger des précepteurs autant de eonnBi&4 sances que des professeurs ; d'ailleurs , comme on ft'amt pas le droit de conférer des grades , on manquait d'un àm moyens de retenir ou d'attirer les étudiants. La paix qui régnait dans l'Empire et l'avènement de MaximiUen HVprince tolérant et ami des lettres , parurent au recteur des circonstances favorables pour reprendre son ancienne idéè^ de fonder à Strasbourg une académie. Le 6 mai l'5^, -H présenta au magistrat, en son nom et en celui de Marbaob et des visiteurs, un mémoire exposant l'insuffisâned de') l'organisation existante et la nécessité de demander à Vemperour le privilège de conférer les grades. Il désirait la transformation de la Haute-École en une université 'comM plète avec toutes les facultés. Mais, bien que 80utenue:par le jurisconsulte Bernard Botzheim, un des personnages îe« plus influents de Strasbourg, cette opinion ne prévalut point*. Le magistrat borna ses vœux à l'érection d'une académie, c'est-à-dire à la constitution régulière d'une faculté de philosophie. Sturm ne fut que médiocrement satisfait de cette résolution ; le magistrat , disait-il plus tard , a été plus modeste que nous , et il ajoutait en plaisantant: cette modération caractérise la république strasbourgeoise , où

' sturm aux scolarques, avril lîii67.

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