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peine remis d'une maladie grave , fil un discours , dans le (firel il vanta les mérites des professeurs et des maîtres auxquels on conféra les grades. Leur promotion s'accomplit avec pompe ; le tout fut terminé par un poëme latin récité par un élève, et faisant Téloge de l'empereur, du magistral, des scolarques, du recteur et des professeurs.
Ce n'est qu'après cette cérémonie que les scolarques demandèrent les avis de Sturm et des professeurs sur le programme de l'enseignement académique , comprenant les classes du Gymnase et les cours. Sturm fit un long mémoire , exposant ses vues sur l'organisation de la nouvelle école et sur les devoirs de ses fonctionnaires et professeurs. Yoici en résumé le contenu de ce document: Le recteur est le oonservateur des règlements et des statuts de l'académie ; il -doit surveiller le choix des auteurs et les méthodes d'aj^vès lesquelles on les explique; il importe que ce soit un homme versé dans la littérature ancienne , et assez grave pour maintenir son autorité autant vis-à-vis des professeurs q&B vis-à-vis des élèves ; il doit avoir soin que l'école ne retombe pas dans la barbarie par suite d'une routine qui substituerait des épitomateurs médiocres aux ouvrages d^Aristote, de Platon, de Démosthènes, deCicéron, seules origines et sources de la philosophie et de l'éloquence. Le doyen, outre qu'il devra assister le recteur, sera chargé spécialement de ce qui concerne les examens des candidats aux grades; il questionnera fréquemment les élèves et surveillera leurs exercices de déclamation et de discussion. Les visiteurs , enfin , aideront le recteur et le doyen à maintenir les bonnes méthodes d'enseignement et la discipline; ils feront des tournées dans les classes du Gymnase et dans les cours. Les précepteurs et les professeurs , joints aux visiteurs, formeront le'convmtus academicm, dont la convocation appartiendra au recteur, et où se débattront toutes les questions relatives aux études et à la discipline ; ce sera
aussi au couvent à présenter aux scolarques les ^atiidUbts aux places vacantes. Pour exciter le zèle des pi^fesseurg, on instituera des conférences régulières , les unei& eritrie ceux qui enseignent des parties ayant quelque ra|yport ensemble; les autres entre tous les membres du corps académique , pour s'entretenir sur les progrès des scteaices. Pour épuiser dans un temps convenable le cycle du programme des cours , il faudra quatre professeurs de théologie , deux de droit, deux d'éthique et de politique ^tletUL de rhétorique, deux de dialectique, deux de mathématiques, deux , enfin, de physique et de médecine.
Les professeurs de la Haute-École et les précepteurs da Gymnase , sans exception , fournirent des mémoires^ plus ou moins étendus , exprimant en général des idées analogues à celles de Sturm. Comme nous ne faisons paslci l'histoire de l'ancienne académie de Strasbourg , Tanaifjie de ces documents, dont plusieurs ont un grand intérêt*, doit rester en dehors de notre cadre. ^
En septembre, le magistrat consacra une série» de séances à la lecture et à la discussion de ces inéraoifes ; fl s'arrêta de préférence aux propositions de Sturm. Une commission fut' nommée pour rédiger le projet des statuts «caidémiques; le 16 mars 1568, elle fit un rapport, dont les conclusions furent approuvées le 9 juin ; le 24 du* métne mois , le Stettmeister Thibaut-Jean de Mundoteheim pro^ mulgua solennellement les nouveaux statuts , en présence du corps des professeurs et de tous les élèves. Sturm fut confirmé en qualité de recteur sa vie durant; on se réserva d'examiner si plus tard il ne conviendra pas de ne nommer que des recteurs annuels. Michel Beuther fut proclamé doyen, pour un an seulement. Il n'y eut qu'un seul ddyéii, parce que l'académie , n'ayant que le droit de créer des bacheliers et des maîtres es arts, ne constituait poor ainsi dire qu'une faculté de philosophie; les étudiants en théo-
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rlx^ie, «a droit, en médecine , devaient prendre leurs gradua aux Mîtmrsités. L'emamen détaillé des statuts académiCfues ^t tout aussi étranger à notre sujet que celui des mémoires dont nous avons parlé ci-dessus.
Pour compléter le personnel de Facadémie et pour en reH^ilir à l'avenir les vides , les scolarques se firent la loi de donner la préférence aux savants slrasbourgeois , et, à lear défaut^ de ^'appeler du dehors que des hommes dont la réputation serait déjà faite. Sturm eut l'espoir d'attacher àl'éeole Pierre Ramus, depuis longtemps son ami et celui du savant mathématicien Conrad Dasypode qui, en 1574, jiebeva la première restauration de l'horloge astronomique 46 la cathédrale. En 1568, Ramus vint à Strasbourg avec Hul^tLanguet, agent de l'électeur de Saxe en France*. SturiiB et ses collègues lui témoignèrent leur estime en donnai en son honneur un banquet splendide ; le recteur lé présenta au magistrat, qui lui adressa publiquement des compliments solennels*. L'année suivante, quand laguerre xpivile désolait la France, Ramus écrivit à Sturm qu'il accepterait volontiers une place dans l'académie de Strâshpurg, fût-ce même dans la quatrième classe du Gymnase. Biwi que Sturm ne partageât pas ses opinions sur Aristote, et que Conrad Dasypode soutînt contre lui le mérite absolu des mathématiciens grecs', ils n'hésitèrent pas à appuyer sa demande ; Sturm , en la rapportant aux scolarques, dit que Ramus est à la vérité un hérétique en
1 Lattguet à Camérarius, 6 oct. 156$ ; Langueti Epigtolœ ad Camerarios, Leipz. 1685, p. 67.
* On lui donna le 8 sept, un banquet à l'auberge du Cerf, « drei tisch voll. » Les étudiants ayant fait le liiéihe jour iin repas à la même auberge , reçurent une tépÊimànéé. hxppôTÏ «s. — Banosiuà, Bami viut, en tété dés Comment, de religione ekristianà de Ramus. Francf. 1583, in-8o.
3 Dasypode dédia à Ramus la collection de mathématiciens grecs qu'il pu* blia sons le titre de t Spkchrieœ dùctrindf propositi&nes grœce &t latine. Strasb. 1572, in-8o.
1^2 CUAPÏTBE XII. . ) f lî;
fait.d'Aristole et d'Ëuclide, mais que c'est un hiOmaieiiùrQp. célèbre pour qu'on ne doive pas être fier de le f>Q$&édôr.> La proposition n'eut pas de suite, Ramus ayant préféré eon* tinuer ses voyages en Allemagne et en Suisse^ .
La nouvelle académie, quoique plus complète que rétablissement qu'elle remplaçait, avait pourtant des. défiauts qui n'échappèrent pas au coup d'œil de Sturm. EUe embrassait trop de choses pour être une simple école secondaire, et trop peu pour être une université. Outre le Gym-r nase, la faculté de philosophie formait seule un ensemble satisfaisant; celles de droit et de médecine n'en étaienti pour ainsi dire que des appendices ; l'enseignement qu'QB: donnait sur ces parties avait besoin de trouver son complér ment et sa sanction ailleurs. Les leçons de théol<^ie étaient, plus nombreuses ; elles suffisaient largement à l'éducation des pasteurs; c'est cet objet que, depuis le premier ét^. blissement de la Haute-École, on avait eu principalement en vue * ; aussi , jusqu'à l'explosion des dissidences dogman: tiques , la théologie avait-elle été enseignée à StrasJbourgî. avec beaucoup d'éclat. / . : «> f
Quant aux cours de la faculté philosophique , ils n'étaient, à vrai dire , que la continuation des leçons du Gymnase vils: constituaient une espèce de classe supérieure de plus. Lei inconvénients , auxquels la création de l'académie avait dû remédier, subsistaient donc en partie encore. Sturm, qui; eût désiré l'érection d'une université et qui plus tard espér raitl'obtenir de l'empereur Rodolphe II, sentait parfaitement ce qui manquait au nouvel ordre de choses. Il fit des efforts constants pour combler les lacunes et pour mieux coordonner les matières des leçons ; mais la tâche fut difficile , sinon impossible. En 1569, à propos d'une suspension des cours
< Bans un rapport de lâ65 , il est dit que la Uaute-Ëcole a été « umb der théologie willen fUrnemlich vffgericht,»
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pgF suite (Fune épidémie *, il se fit charger paf le magistrat de publier, un traité sur la manière dont il entendait l'enseignement dans les cours publics. Il le rédigea sous forme de lettres adressées aux professeurs et analogues aMxEpistolœclassicœ*,
U y demanda la régularisation des cours de droit, qui jusque-là n'avaient porté que sur les Instilutes et qui durent être complétés par l'interprétation des Pandectes ; il essaya de mieux faire cadrer l'enseignement des mathématiques et de la dialectique avec les leçons données sur ces matières dans les classes supérieures du Gymnase , et de donn^ plus d'importance au cours de rhétorique ; il voulut enfin qu'on multipliât pour les étudiants les exercices * dé style et de déclamation ; que tous les professeurs , même ceux de mathématiques et de physique , s'exprimassent avec correction et avec élégance , afin que l'étude de ces sciences ne corrompît pas la pureté du langage des élèves ' ; qu^Bufin on chargeât un professeur spécial , instruit et éloquent, de la direction des exercices et de la révision des travaux écrits.
Ces propositions ayant été approuvées par les scolarques, \es JSpistolœ academicœ parurent en décembre 1569. Mais elles ne purent corriger entièrement des défauts qui avaient leur origine inévitable dans l'organisation même de l'académie. Dans les limites de cette organisation, Sturm cherchait à réaliser tout le bien possible. Modèle d'un recteur, il traçait à chaque professeur la ligne de ses devoirs avec
' Languet à Camérarius, 11 déc. 1569; Epistolœ ad Camerarios , p. 91.
2 Epistolœ academicœ t 1669. Chez Halbauer, p. 251 et suiv. — En mars 1574, sturm annonça que, sous peu , il publierait deux nouveaux livres d'Epistolœ academicœ, complétant les autres. Aux scol., i^^ mars 1574; entête du Actus academicus , 1574. Ils n'ont pas paru.
3a...iVfl accessione mathematices , puritai sermonis latini corrumpatur,» Epist. acad., p. 266.
une sagesse 'et un taci parfaits ; les conseils qu'il donnait sur les meilleures méthodes à suivre dans l'ense^aéaieBt des différentes sciences , tout en n'étant plus en tout poûil conformes à nos vues , prouvent au moins une admirable variété de connaissances. Il cherchait par tous les mayefts à inspirer à ses collègues Tenthousiasme qui l'animait luimémje pour les études; les encourageant avec bienveillance, leur donnant Texemple de la plus infatigable activité % il tâchait de leur faire sentir la grandeur de leur mission , et de diriger leurs efforts communs vers le noWe but d'élever des hommes utiles à la patrie et à TÉglise. Il ne se donnait pas moins de peine pour leur procurer une position bonor rable et sûre. Les scolarques, qui parfois savaient être libéraux envers les savants*, ne donnaient pourtsmt que des salaires insuffisants aux professeurs et aux maîtres qui n'avaient ni prébende au chapitre de Saint^Thomas^riii traitement sur le& fonds de la Haute - École '^. Sturnè »e plaignit fréquemment de celte parcimonie qui compromet^tait la réputation de l'académie * ; le plus souvent -tes scolarques firent droit à ses réclamations , en aecorëant
> « Diem niillum intermittam , quin de scholis cogitem , quin aliquid vel doceam, vel scribam, tel classes obeam , quin etiamt quotf nunc' (mquibus forsiian ^SuvaTOv videtur, in institutis nostris , ego ûTtênâéifity passe fieri, et facile posse fieri, idque in curiis infimes^ nedum superi^rf' 6u5.» Epist, classicœ, p. 226.
'^ En 1667 , Marbach reçut pour un livre de Mojestate Christi qu'il dédia au magistrat, une gratification de 25 florins d'or.
3 Le précepteur de la 9®, par exemple , était chargé de faire chsrufTer les poêles et nettoyer les salles , d'ouvrir et de fermer les classes, de sonner pour l'ouverture des leçons. Le nettoyage se faisait par des élèves sous sa direction. Les cendres des poêles étaient son bénéfice En 1544, on accorda à David Kyber, maître de 8e, quelques florins pour réparer ses habits et acheter une Bible hébraïque. — En 1563 , le précepteur Abr. Fses exposa aux scolarques qu'il avait à peine de quoi se faire tous les cinq ou six ans un habit neuf.
^ « .„Male audire incipit academia nostra propter parsimoniam,ït Siurm aux scolarques, 10 nov. 1576.
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aux professeurs soit des gratifications , soit des subsides extraordinaires. 11 désirait enfin que la bibliothèque , fondée par Tintelligente générosité de Jacques Sturm*, reçût un développement digne de la mémoire de son fondateur et de la gloire de la ville. Dès 1565, il obtint qu'on lui assignât dans le chœur du Temple -Neuf une place plus convenable que dans la salle du couvent des Dominicains où elle s'était trouvée jusque-là. Du vivant de révêque Érasme , il avait même espéré que ce protecteur éclairé des lettres concourût à augmenter la collection appartenant au Gymnase et à la Haute-École*. Dans les premiers temps, les bibliothécaires n'étaient choisis que parmi les bedeaux ou les fonctionnaires subalternes des classes ; en 1569, le recteur fit comprendre aux scolarques l'importance d'un emploi qui exige des connaissances étendues et un zèle infatigable ; ils y nommèrent le professeur Michel Beuther qui , avant de venir à Strasbourg, avait été bibliothécaire à Heidelberg, et qui fut le premier à mettre en ordre la bibliothèque de notre académie et à en faire un catalogue. Un jardin botanique, fondé par le médecin Didyme Obrecht et admiré par Conrad Gessner^ attira également l'attention de Sturm ; mais l'utilité de ces établissements n'était pas encore assez évidente alors , pour que les scolarques eussent voulu y consacrer des fonds.
> Jaeques Sturm fonda la bibliothèque en 1531, en plaçant une partie de la sienne dans un appartement du couvent des Dominicains. Il la dota d'une renie de. KO florins.
^ Stucm à Hermaon de Solms , déc. 1568 ; dans les EpUtoLœ de morte Eratmi Episcopi,
166 CHAPITRE xin.
Travaxix m faveur des Huguenots, Revers de fortune.
Pendant ces travaux pour organiser l'acadéraie , Sturm reçut un nouvel appel de la part des protestants de France^ Dans leur détresse, ils récoururent à son dévouement, et il s'employa pour eux avec tout autant de zèle que si les services qu'il leur avait déjà rendus n'avaient pas causé de grands dommages à sa fortune. Les troubles ayant recommencé en 1567, les chefs des Huguenots se décidèrent à demander l'appui des princes allemands. Le jour même de la bataille de Saint-Denis, le 10 novembre 1567, ils enp^ voyèrent à Strasbourg le chancelier de Navarre, Barbier de Francourt, et M. de Lambres, pour presser le recteur d^, leur envoyer au plus vite des secours, s'engageant, «soùs^ l'obligation de nos corps et biens, et sous notre foy et bon-, neur, » à satisfaire à tout ce qu'il pourrait dépenser pour^ eux. Pour plus de sûreté, les deux envoyés lui remirent un blanc-seing , signé des principaux membres de la ligue protestante, pour le remplir en telle forme qu'il jugera convenable *. Sturm écrivit alors à l'électeur palatin , l'engageant à envoyer son fils Casimir au secours des Huguenots. Francourt emprunta pour cette expédition IGQO florins du négociant Ingold ; Sturm se porta garant pour cette somme et pour plusieurs autres avancées au baron de Bar
1 10 nov. 1567. Signé: Louis de Bourbon, Chastillon, Odon, cardinal de" Ghastillon, Andelot, etc.; dans Epistolœ ineditœ Calvini, etc,^ éd. Bretschneider. Leipz. 1835, p. 171.
du Dauphiné et à Thierry Dinant * . Le prince Casimir étant à peine entré en France avec ses reîtres , Charles IX fit avec les Huguenots la paix de Longjumeau, le 27 mars 1568. Elle fut de courte durée. La déloyauté de la cour força les protestants à reprendre les armes. Dès le commencement de cette troisième guerre, Coligny, dont la femme et les enfants étaient venus se réfugier à Strasbourg après la bataille de Saint-Denis , fit demander un asile au magistrat en cas d'un revers*. En même temps, les chefs huguenots renouvelèrent à Strasbourg et en Allemagne leurs demandes de secours. Francourt , envoyé auprès de Wolfgang de Deux-- Ponts, réclama l'intervention deSturm et lui remit, aunom du cardinal de Châtillon qui faisait le plus grand cas de ses services-, une obligation de 10,000 écus, payables au mois d'avril. Lorsqu'en mars l'intrépide Wolfgang réunit son armée à Hochfelden, il futrejoint par un certain nombre de seigneurs huguenots qui s'étaient rassemblés à Strasbourg. Sturm avança à plusieurs d'entre eux des sommes qu'il fut otligé d'emprunter lui-même'. Il conseilla à Wolfgang d*envoyêr Francourt et Gaspard Gamaut en Angleterre; mais peu après, le sieur de Lambres et le docteur Montius rapportèrent d'Elisabeth un subside de 20,000 livres sterling*. Après la malheureuse bataille de Jarnac où Condé perdit là vie (13 mars 1569), le cardinal de Châtillon, réfugié en Angleterre, adressa à Sturm le sieùr de Vésines et le pria de le seconder dans sa mission auprès des princes alle-
< sturm à Bèze, 21 mai 1579. Bibl. de Gotha — Le magistrat de Strasbourg à Henri de Navarre, 21 déc. 1584.
2 18 sept. 1568. Kentzinger, Documents historiques, T. 1, p. 71.
3 De Thou, T. IV, p. 185. — Sturm avança de l'argent à Briquemaut, au marquis de Renel, à Sénarpont, etc. A Th. de Bèze, 6 nov. 1583. Bibl. de Gotha.
*Le duc Wolfgang à Sturm, 8 janv. 1569. — Francourt à Sturm, 5 avril 1569, du camp de Jussay ; dans Epistolœ inedilœ Calvini, etc., p. 173.
158 CHAPITRE xni.
mands ^ A la même époque, le chancelier de Navarre, «â^ lieu de faire remettre à Sturm les 40,000 écus conrenus , M fit parvenir un « revers » portant que cette somme lui serait payée sur les subsides anglais '. Dans la situation critique ou se trouvait la cause protestante en France , Sturm s'abstint de presser ses débiteurs ; il ne demanda que des assurances pour pouvoir calmer ses créanciers impatients;
En mars, Glaude^Antoine de Vienne , seigneur de Clairvant, se joignit au duc Wolfgang et lui avança de FargeiH pour ses reîtres qui refusaient de marcher sans solde. Ciairvant, exilé de Lorraine, avait acheté du gouvernement de Berne la terre de Coppet, sur les bords du lac de Genève. Ce fut à Sturm qu'il s'adressa pour obtenir de quelques né* gociants la somme nécessaire pour payer ce bien. Le duc de Deux-Ponts étant mort en France (H juin 4569), Ciairvant pria Sturm de faire en sorte que, par le landgrave Guillaume de Hesse, tuteur des enfants de Wolfgang, il reçût les 42,000 écus avancés à celui-ci lors de son enfrée en France ; il s'offrit à en prêter une partie à Sturm pour satisfaire ses créanciers. Le recteur fit partir pour Cassel Gaspard Gamaut; mais le landgrave , auquel Sturm s'était adressé déjà dans son propre intérêt, répondit qu'il ne pouvait rien faire ni pour lui ni pour Antoine de Vienne'.
Abandonné de nouveau , Sturm , qui déplorait sa propre ruine, déplora plus vivement encore le sort du protestantisme en France. Goligny venait de perdre la bataille de Moncontour (3 octobre 4569) ; les Huguenots étaient persécutés, chassés, traqués avec une violence redoublée; Charles IX avait des alliés puissants, le pape et le roi d'Es-
I ig avril 1569, de Westminster.
- Francourt à Sturm, tt avril 1569. L. c, note 4, p. 167.
3 Sturm au landgrave Guillaume, 25 oct. 1569 ; — le landgrave lui répondit, le 2 nov., qu'il ne pouvait pas faire grand'chose. Arch. de Cassel. — . Les pièces concernant Ciairvant se trouvent aux archives de Cassel.
p^ne. sQuLenâient sa cause ; il avait trouvé des auxiliaires ju^gue dans J'Allemagioe protestante, où la funesle anlipathie dogmatique des luthériens pour les calvinistes avait décidé quelques princes à lui amener des troupes ; à Moncontpur, on avait vu des Allemands protestants combattre les uns contre les autres *. « Qu'ils sont à plaindre , écrivit Sturm au landgrave Guillaume , ces hommes innocents que le monde. entier regarde, mais que personne ne secourt I Jamais le pape n'a eu un plus grand espoir de rétablir sa puissance que dans le temps actuel*.» Inébranlable dans son dévouement à la liberté religieuse, Sturm eût voulu quç les princes protestants se fussent armés pour secourir les «héros» qui la défendaient si vaillamment en France et dont aucun revers ne pouvait abattre le courage. Ce n'est qu'après la paix de Saint-Germain qu'une ambassade parut à la cour, au nom des États de l'Allemagne protestante. A sa tête se trouvait un homme ferme et sage, le Bourgui- ' gïion Hubert Languet, ministre et ami de l'électeur Auguste de Saxe; chargé de complimenter Charles IX sur son mariage, avec la fille de Maximilien II, il l'exhorta à donner à ses sujets la liberté religieuse, comme meilleur moyen de conserver dans son pays à la fois la paix et sa propre autorité royale^. On sait que le roi était disposé alors à entrer
ï Peu avant la bataille de Moncontour, le margrave Philibert de Bade , les rhirigraves Jean-Philippe et Frédéric, le comte Georges de Linange-Westerboiirg , an service du roi de France , publient un manifeste pour se justifier de combattre sous les ordres de ce prince contre ses sujets rebelles qu'ils appellent «les nouveaux chrétiens de la fausse et détestable secte de Calvin.» Tous ces princes étaient luthériens. Ms. à Strasb., et publié chez Cimber et Danjou, Archives curieuses de V histoire de France ^ 1" série, T. XI, p. 107.
2 « ..Miseras innocentes homines, qui spectatores omnes homines habent , paticos adjutores ! Majore in spe papa nunquam fuit recipiendœ suœ tyrannidis, quàm in hoc tempore.n 29 janv. 1870. Arch. de Gassel.
3 Mémoires de V Estât de France sous Charles IX. Meidelbourg 1578, in-S», T. l, f» 24 — Languet à Camérarius , 27 févr. 1571 ; Epistolœ ad Caméravios, p. 101.
460 CHAPITRE XUI.
dans ces vues ; la politique française prit une direction nouvelle , et la pacification parut cette fois-ci sérieusement consolidée.
Aussi les Huguenots, plus rassurés sur l'avenir, songèrent-ils à régler les dettes qu'ils avaient contractées en Allemagne pendant la guerre. Le 45 avril 4572, la reine Jeanne de Navarre écrivit à Sturm qu'elle tiendrait la main à ce qu'il fût satisfait*. Dans une assemblée tenue à Montauban, on décréta que, sur la contribution qui devait être levée sur les églises , 30,000 francs seraient payés à Sturm ; c'est la somme qu'on lui devait encore. Philippe de la Garde (Custosius), qui plus tard enseigna à Strasbourg la jurisprudence , fut chargé par Jeanne de Navarre de réunir ces 30,000 francs et de les faire parvenir au recteur au mois d'octobre ; la reine voulut y ajouter un don honorifique '. Au commencement du mois d'août, le jeune roi de Navarre, le prince de Condé éi l'amiral lui écrivirent une dernière fois, pour le prier d'aider de ses conseils le sieur de Trémilly, envoyé auprès du duc de Deux-Ponts et.da comte de Mansfeld , sans doute au sujet de ce que la ligue prolestante devait à ces princes ^ Il avait le meilleur espoir; l'intégrité de l'amiral lui était un sûr garant du désir que l'on avait de remplir les engagements contractés avec lui. Ces espérances furent trompées par le massacre du 24 août. A la nouvelle de ce fait, sa douleur fut extrême; la liberté religieuse lui parut détruite pour jamais dans cette France où tant de martyrs avaient déjà souffert poinr sa cause*. A ce moment, il reçut des ouvertures d'un côté
^ De Blois; Epp. ineditœ Calv., etc., p. 174.
2 Francourt à sturm , 9 avril 1572, de Blois. Bibl. de Gotha. — Sturm au synode des Églises françaises, 31 mars 1581. Bibl. de Munich. — Le nagistrat de Strasb. à Henri de Navarre, 21 déc. 1584.
3 4 et 5 août 1572, de Paris. Bibl. de Gotha.
4 Sturm à Cccil, 26 oct. 1572. Bibl. impér. de Paris.
"éV^ii il n'en aurait jamais attendu. Catherine de Médicis eioi- "*èya en Pologne Tévêque Montluc de Valence, pour travailler à l'élection du duc d'Anjou au trône des Jagellons. Cîomnie on savait à la cour que Sturm avait des Relations avec quelques membres de la noblesse polonaise , dont les fils avaient fait leurs études à Strasbourg , Montluc fut chargé de s'aboucher avec lui. Cette commission donnée à Monlhie était une ruse habile. Il s'agissait de faire accroire aux Pldonais que Henri d'Anjou, «prince juste et modéré,» s^était appliqué sans cesse à apaiser les troubles religieux, qo'il était c le principal conseiller et auteur de paix et de fierté» en France*. En le faisant recommander par un protestant, généralement estimé et connu pour ses rela- -âoBs avec les Huguenots , on pouvait espérer que ces mensonges ne resteraient pas sans succès. Montluc invita Sturm, qu*il connaissait depuis 1533, à dîner à l'hôtel du Bœuf; il ioi parla sans doute de la conspiration des Huguenots contre ia famille royale, du déchaînement spontané de la fureur populaire , <ie la clémence du roi et de sa ferme volonté de foire respecter le dernier édit de paix ; pour lui donner une preuve des bonnes dispositions de Charles envers les protes- ISBts , il ajouta que , si Sturm consentait à écrire en Pologne en faveur du duc d'Anjou, on ne manquerait pas de lui rembourser ce que lui devaient les Huguenots*. Comme à Strasboorg on ne connaissait pas encore les vrais détails do.massaer'e', le recteur se laissa d'autant plus facilement prendre au piège que, le roi de Navarre et Condé ayant ab-
1 V. les lettres de Montluc aux Polonais, dans les mémoires de V Estât de France, surtout T. I, P> 595^.
2 V. sur ces faits les lettres de Sturm à Pierre Beuterich, 19 nov. 1581 ; au prinee d'Orange, 21 juill. 1582; à Théod. de Bèze, 29 juin 1584 (cette dernière à la Bibl. de Gotha).
3 Ces détails ne furent apportés à Strasbourg que le 22 septembre, par un bourgeois de cette ville qui avait quitté Paris le dernier août.
i62 CHAPITRE xni.
juré le protestantisme, la cause de la Réforme firançaiselt^ parut plus désespérée. D'ailleurs, des princes allemands^ anciens et fidèles protecteurs des Huguenots, se laissèrent éblouir, comme lui, par les artifices des diplomates de Catherine ; cédant aux suggestions de Gaspard de Schomberg, le duc Casimir et le landgrave Guillaume promirent de s'in* téresser aux désirs du duc d'Anjou*. De plus, un réfugié. Je sieur de la Garde lui-même, dont Sturm demanda Taviis, rengagea à accepter les offres de la cour, disantque Heiin de Navarre et Condé ne le verraient pas avec déplaisir isî te roi de France lui payait ce qu'eux lui devaient encore. * Cependant il paraît qu'il hésita longtemps avant de s-etéicuter. Car Montluc, ayant rencontré en Pologne une indi^gnation profonde contre les auteurs de laSaint-Bârlhélemy, lui envoya des lettres Dressantes pour qu'il vînt à son aide Gaspard de Schomberg , qui , en 1560, avait suivi ses cduï^, joignit ses prières à celles de l'évêque de Valence ; ChariesIX lui-même sollicita son appui, en lui confirmant là 'promesse du remboursement de ses avances faites auiâiHugue nots. Moins clairvoyant que son ami Hubert LangTiet y ^a| avait énergiquemenl appelé la Saint-Barthélémy» le pte odieux et le plus stupide des crimes*, l'infortuné reoteiff écrivit à plusieurs nobles polonais, ses anciens élèves; il envoya ces lettres à Gaspard de Schomberg, alors à Pranbfort, pour qu'il les transmît à l'ambassadeur fraxi^is à Cracovie'. On lui assura plus tard qu'elles n'avaient pas peu contribué à dissiper les soupçons des Polonais. Lorsque
' V. Soldan, Geschichte des Protestantismus in Frankreich. Leipz.l8S5, T. II, p 524 et suiv. — Le prudent landgrave se borna, du reste, à engager la duchesse de Brunswic , sœur du dernier roi de Pologne , à écrire aux 1*olonais en faveur du duc d'Anjou.
2 tNescio an ullœ historiée, vel etiam tragœdiœ tantes immanitatis »imttl cum stultitià conjunctcBy exempta habeant » A l'électeur de Saxe , 22 déc. 1672; EpisL, Lib. I, p. 186.
3 Sturni à N , mai 1573 ; — à Bèze , 29 juin 1584. Bibl. de Gotha.
H^nri d'Anjou se rendit en Pologne , il voulut témoigner à Sfurm sa reconnaissance ; il l'invila à le voir à Haguenau, et kii promit de soutenir sa cause auprès de Catherine de Médiçis*.
Bientôt après, Charles IX profila à son tour de la triste position du vieil agent des protestants pour recourir à ses services. La perfidie de la cour, la domination des Guises, le^ violences exercées partout, avaient soulevé contre Charles IX et sa mère une opposition de plus en plus menaçante. Après la Saint-Barthélémy , le tiers-parti , à la tête duquel se trouvaient les Montmorency, et qui, par son alliance avec l'amiral , avait maintenu depuis 1570 la paix à l'intérieur et la dignité de la France au dehors , était entré aivee les Huguenots dans une union plus intime, pleine de périls pour le roi. Trois partis, écrit Sturm au landgrave de Hesse, sont alliés contre la cour, «les protestants qui )demaodent la liberté, les mécontents qui réclament une meilleure administration de la justice et les anciennes lois, les^poliliques qui désirent le règne de Taristocratie au préjudice du pouvoir royal*. » Effrayé de cette ligue , à laquelle *'était joint son propre frère le duc d'Alençon, Charles IX essaya d'en appeler à l'intervention des princes allemands. •Pour préparer l'exécution de ce projet, il voulut avoir l'avis derSturra. Il en donna la mission au jurisconsulte Pierre Carpentier, qui appela le recteur à une conférence secrète à Raon , en Lorraine. Là , il lui exprima le désir du roi , que les princes allemands fissent des démarches auprès des Huguenots pour les engager à avoir en la cour une confiance qu'elle ne tromperait plus ; Charles IX, ajouta-t-il , ne désire que la paix , il est prêt à accepter les princes
I sturm à Henri iil, un févr. 1575.
. 2 Les Hu^enots « libertatem quœruntj « les malcontents veulent « meliO' rem jusiitiam et vêler es leges,* les politiques ti regiam potestatem prope fcLttidiunt et aristoeratiam desyderant.* 4 août 1574. Arch. de Cassel.
164 CHAPITRE XIIÏ.
pour arbitres et pour témoins de sa sincérité ; '«i Sturoi veut se charger de ces démarches , le roi lui promet, outre des honoraires considérables , le paiement de toutceqa'ofi lui doit encore *. Sturm eut la douHe faiblesse de croire à la bonne foi de la cour et d'accepter Toffre qui lui était faite. Malgré sa longue expérience diplomatique , il lui arrivait parfois de se faire illusion sur les hommes, quand on en appelait à son désir de paix; et, dans la position où il se trouvait , il croyait devoir saisir toute ancre de salut qui pouvait lui rendre son indépendance vis-à-vis de ses créanciers. 11 ne refusa donc pas de seconder les desseing du roi; le meilleur moyen, selon lui, était d'engager le landgrave de Hesse , l'électeur palatin et le duc de Deux- Ponts à envoyer des ambassadeurs chargés de négocia la paix ; mais il fit la condition qu'on remboursât aussi aux héritiers de Wolfgang les sommes que celui-ci avait ^Yaih cées jadis aux Huguenots. Garpentier ayant consenti à tout, Sturm s'offrit à se rendre auprès des princes; leilicenoié Schwebel , chancelier du duc Philippe de Deux-Pentfe , apr prouva le projet et promit son concours. Sturm insista poiur qu'on agît sans retard, une conflagration générale étant imminente et les partis hostiles à la cour étant bien pourvus d'argent et de troupes.
Comme les Huguenots n'avaient pas été les seuls- à prendre les armes, il proposa d'adjoindre à l'ambassade des députés catholiques, et de s'adresser à Geteffetàl'élBoteur de Mayence. Il s'engagea, de concert avec Schwebel, à exhorter les Genevois à ne pas s'opposer à la médiation allemande ; en même temps , ils voulurent empêcher les Huguenots de recruter en Allemagne des troupea, aussi longtemps que dureraient les négociations de la paix*. Mais
1 sturm à Bèze, 29 juin 1684. Bibl. de Gotha.
2 Sturm à N., 5 avril 1674. —-Au landgrave Guillaume, 13 avril 1674. Areb. de Cassel.
toutes ces propositions durent être ajournées ; car, au mois d'awil 1574 , la guerre se ralluma dans plusieurs provinces de la France. Elle fut malheureuse pour les Huguenots et' leurs alliés du tiers-parti. Les maréchaux de Montmorency et de Gossé furent enfermés à la Bastille ; le prince de Condé, Guillaume de Thoré , frère cadet de Montmorency , et d'autres seigneurs qui purent s'échapper trouvèrent un asile à Strasbourg. Malgré Tinvitation adressée au magistrat par le roi de ne pas souffrir des rassemblements de réfugiés *, malgré les avertissements même de l'empereur*, les Huguenots purent s'occuper à Strasbourg de l'enrôlement de reitres ; Sturm et un de ses amis^ Albert Œlinger, auteur d'une grammaire allemande, leur prêtèrent à cet effet leur concours.
Charles IX étant mort le 30 mai , Catherine de Médicis engagea les proscrits à rentrer en France. Ils refusèrent ; Cbndé surtout ne voulut pas se fier à cette femme perfide. Tourmenté de remords d'avoir cédé à la peur en abjurant après la Saint-Barthélémy le protestantisme , il en fit pénitemce dans l'église française de Strasbourg, pendant la solennité de Pentecôte, le jour même que mourut le malheureux roi Charles IX*.
La reine , informée par Carpentier des propositions de Sturm, crut devoir les accepter pour rétablir la paix; malgré la fuite ou l'emprisonnement des chefs de la Hgue , celle-ci était encore trop menaçante pour la cojir. Le prince
' Du 9 mai 1574. Kentzinger, Documents historiques , T. I, p. 79.
2 Du 27 août 1574.
3 « Nuper publics professus est in ecclesia gallicà quœ est Argentorati se gtctvissime Deum in eo offendisse , qudd post illam Parisiensem stra-gem metu mortis ad sacra pontificia aceesserit^ et petiit a Deo et ah Bc^ clesiàt ut id sibi ignosceretur.» Languet à Télecteur Auguste de Saxe , 24 juin 1574; Langueti Epistolœ ad Camerarios , p. 296. — Chronique ms. de Jean Schenkbecber, chez Friese, Vaterlœndische Geschichte der Stadt Strassburg, Strasb. 1792, T. Il, p. 317.
de Condé et Guillaume deThoré, à leur tour, ne refusèrent pas la médiation des princes allemands ; seulement Thoré fit à Sturm l'observation qu'on n'obtiendrait rien de h reine aussi longtemps que les négociations ne seraient pas appuyées par une armée nombreuse. Catherine fit part à Sturm qu'elle était prête à signer les conditions de paix que les Allemands pourraient proposer *. Mais elle eut le malheur de choisir pour négociateur ce Pierre Carpenlîer, que sa lâche justification de la Saint-Barthélémy avait couvert de honte. Les princes protestants ne se fièrent ni à la reine ni à son envoyé qui leur était aussi odieux qu'elle. Le 19 juin 1574, le landgrave Guillaume écrivit à Sturm que ni lui ni les autres princes n'étaient disposés à offrir leur médiation à la cour de France, parce que celle-ci avait rhiàbitude d'éluder ou de violer tous les traités de paix. Lors du passage de Henri d'Anjou par Cassel , le landgrave Itii avait déclaré que le seul moyen de pacifier la Franôe étâfît le respect absolu de la liberté religieuse. Aussi longtetaps qu'on ne l'accorderait pas , il ne voulut plus se prêter à des négociations que la déloyauté de la cour fi*apperaît d''âvance de nullité. Il pensa toutefois que, depuis la mort'dé Charles IX, qu'il considérait comme le principal coupable du massacre de la Saint-Barthélémy, on pourrait espéi^er une observation plus sincère des édits de paix; il ne^*ôipposa donc pas à l'envoi d'ambassadeurs , au cas que Catherine de Médicis en fit formellement la demande '.
» sturm au landgrave Guillaume, 5 juill. et 4 août 1574. Arch. de Cassel.
2 « Zum andern haben voir auch mit der kOn. Wiirde zue Pollen in ikrem jungsten dttrchraisen nach Pollen , desgletchen mit dem graven von Retz selbs mundlicken aus diesen dingen, wie man dock zue einem bestendigen frieden in Franckreieh kommen mocht, notturfftiglichen geredt und uns endlich dahin erklert , wir kenten hiezu bel uns kein ander mittel auszdencken^ dann das die Religion in Franckreieh durchausx, so wokl aïs im Teutschland , Pollen und andern ortten, aller dings frey ge-
TRAVAUX EN FAVEUR DES HUGUENOTS , EtC. 16.7
: U'aversion très-légitime que montrèrent les princes allemands pour les propositions de la reine, refroidit les dispositions en apparence pacifiques de la cour. Craignant n>eme une intervention armée en faveur des Huguenots , Catherine de Médicis fit réunir des troupes de reîtres sous la conduite de plusieurs chefs allemands, pensionnairesr de la France ; elle allégua comme prétexte la coutume « d'arnaer les frontières à tout avènement de roi à la couro^ine*. » Sturm, informé de ces rassemblements par Gasp2|rd,de Schomberg, se hâta de se rendre à Cassel, pour insister sur la nécessité de prévenir les hostilités par Tenvoi ^lune ambassade; il reproduisit en même temps sa prière qj^ le landgrave intervînt en sa faveur dans Taffaire de sa dette. Le prince lui témoigna de Thumeur de le voir s'intéresser si vivement aux négociations avec une cour qui jusque-là n'avait rien respecté*. Déjà Théodore de Bèze lui avait, fait des reproches dans ce sens ; il Tayait presque accusé de trahir le protestantisme'. Sturm se justifia dans une lettre au landgrave, où il dit: «Je m'afflige de voir livf é à la discorde un royaume si florissant ; je vois avec horreur les massacres qui se commettent tous lesjours; qui pefrémirait pas en songeant à la Saint-Barthélémy et aux projets sanguinaires des partisans du pape*?» En autojpane., après les succès remportés par les Huguenots dans Iç jBaidi,.la reine d'Angleterre, dont Sturm était l'agent depuis quelque temps, le chargea d'exhorter le landgrave à joindre ses ambassadeurs à ceux qu'elle voulait envoyer en
sielt^ und darau/f ein bestendiger ReUgionsfried , gleich wir im Reieh tcutâcher Nation haben^ u/fgerichtet , auch treuUch und uffrichtig gehal' temcUrde.* Le laadgr. Guillaume à Sturm, 19 juin 1574. Arch. de Cassel.
1 Oasp. de Schomberg à .Sturm, 31 juin 1574. Arch. de Cassel.
2 Sturm au landgr., 26 juill., 4 août, 12 nov. 1574. ibid.
3 Sturm à Tidemann Gisius, i*' Tévr. 1575. Bibl. <le Bâle; •«- à Beuterich, 19 nov. 1581,
* 4 août 1574. Arch. de Cassel.
France ; les circonstances lui paraissaient opportune» pour obtenir de la cour des conditions favorables aux protatf tants'. Après la mort du cardinal de Lorraine, Slimaàrefr nouvela ses instances auprès du landgrave ; l'influenoe^ de cet ardent adversaire du protestantisme ayant cessé , il lui semblait qu'en France on serait mieux disposé ^«Oil-wule* ment à traiter de la paix, mais aussi à l'observer^. ■
Henri III avait autorisé les Huguenots de la Guyenne éi de La Rochelle à envoyer des députés auprès du prince de Condé, à Bâle, pour s'entendre avec lui sur leBooadilions auxquelles leur parti consentirait à la paix. Mai«, ayant peu de confiance dans le roi, et songeant peut-être ^ tomiB^oûi se le disait en Allemagne , à établir « une nouvelle forme i de la république, » les Huguenots ne se bâterepi-paside* profiler de la permission royale ; ils cherchèrent ^. au iott* traire, à recruter secrètement des reitresetdos lanaquB^/ nets. Ce n'est qu'en mars 1575 que leurs députés fviiirentî à Bàle; après avoir conféré avec Gondé , ils se reAdîIreiit àjla cour, où la fermeté, avec laquelle ils refusèrènït^foute' concession, fit échouer les projets de paix'w Sturm et-tesieur de LaGarde partirent alors pour Bàle pour confércrawecJ Gondé sur les moyens de trouver de l'argent pour là gu«rre;? le recteur consentit à faire à cet effet et à ses propret frai» un voyage à Embden; il y passa quelques semaines ât^teO^^ Gaspard Gamaut et rapporta 1000 écus que lui âvanoéreatv^ sous sa garantie, les comtes de Frise, qui, vers i558, avaient été ses élèves et ses pensionnaires*. La guerj^e fiit^
ï Sturm au landgrave, 12 nov. 1574-. Arch. de Cassel.
2 Au même, 13 janv. 1575. Ibid.
3 Langue! à l'électeur Auguste de Saxe, 22 nov. 1574 ; Epiêtolœ^ Lib. I,
p. 57 sturm au landgr., 14 février 1575. Arch. de Cassel; — à Grato de
CraRbeim, 28 févr. 1575. Bibl. de Breslau.
'^Siurmà Joach. d'AIvensleben , 28 déc. 1581; dans Episîolœ duœ de obitu H. a Kotza; — k ^»amaut, !«' avril 1582 ; — à Bèze, 29 juin 1584. Bibl. de Gotha,
contNi^ée avec des chances diverses; la défaite des Ailemaad5.>sotts Thoré et Claîrvanl, fui suivie de la trêve ^e - Lfit-RocbftHe (janvier 1576); rarrivée de nouvelles troupes; seos:>€oadé et le prince Casimir, força la cour à céder, et laipaiK y conclue le 44 mai 4576, accorda aux réformés plus ;de liberté que tous les édits antérieurs^
Depuis cette époque , Sturm ne parait plus comn^e agent po^Udque j ni des Huguenots , ni de la cour. Il n'est plus en rsq^ortaivec la France que par ses vains efforts de récla- HBSit les sommes, pour lesquelles, depuis quatorze ans, il paj«ât d'énormes intérêts à ses créanciers. Après les prémesaes^) faites par l'évêque Montluc, il envoya à Paris deux deises élèves , les frères Michel et Tidemann Gisius, pour poursuivre son affaire; on éludait, on ajournait ses demandesîSQUs raille prétextes * ; le landgrave de Hesse écrivaÊt(jQn:âa<faveur lettre sur lettre; ses réclamations, soute nues! par le secrétaire royal Sandras, ne provoquèrent qô'lmi billet que le chancelier Birague adressa à Sturm, petuTvJfuândireque^es finances de TÉtat étaient trop épui-^ sésâstpar les guerres civiles , pour qu'on pût songer à lui*. LaiiV^mblique de Berne lui offrit alors d'intervenir; ayant dçmaaida du gouvernement français pour 400,000 fr. de sd^'ièlleffîl la condition que sur celte somme on payât aOjOôQfir.- à Sturm. Mais les salines furent occupées pair lesJtiSD^pes des Huguenots , et le marché n'eut pas lieu '.
Ëêcifeclttur voulut se rendre lui-même à la cour; se^ amÎB'l^sayanitrdécidé avec assez de peine à y renoncer*, i\ adressa à Henri III une requête , dans laquelle il lui rappela en termes pressants les promesses qu'on lui avait
^Tidemann Gisias à Sturm, 17 juill. 1574, de Paris. Arch. de Cassel. 2 A sturm, 7 juill. 1574. Ibid.
^ sturm à Tidemann Gisius, l«r févr. 1575. Bibl. de Bâle; — à Beuterich, 19 nov. 1581.
^ sturm au landgrave, 14 et â8 févr. 1575. Arch. de Cassel.
iîTO CHAPITRE XIII.
faites quand il s'agissait de l'élection polonaise. Le roi re nouvela Tordre, donné antérieurement déjà au trésorier Galand , de lui payer les 30,000 fr/ Ce ne fut encore qu'un leurre ; Henri III , appelé par les Polonais pour confirmer les promesses faites lors de son avènement, vouteit'q^ Sturm accompagnât l'ambassade qui devait aller en Pologne et demander l'ajournement de la diète. Les amis du recteur le dissuadèrent de ce long voyage , tant à cause de sa vieillesse, que par crainte d'offenser à la fois l'empereur et les princes protestants. Cependant Sturm, alors àBàle auprès de Condé, se rendit avec le sieur de La Garde a Soleure, où il remit à Dufaur de Pibrac, un des ambassadeurs du roi , quelques lettres pour les Polonais*. Là-dessus Henri III écrivit au landgrave que , par amitié pour lui, il serait fait à Sturm le traitement le plus favorable possible , mais qu'il devait avoir encore « un peu de patience '.V Ce fut là tout le prix qu'il eut pour les services que \m avait demandés la cour de France; il dut s'apercevoir*' trop tard qu'il les avait rendus» à des gens qu'il avait eu ïe tort de croire sincères. Du reste, pourquoi le cacherionsnous? Cet homme, si respectable et si généreux, avait une, faiblesse qui , si elle procurait parfois à son amour-propre une satisfaction passagère, l'entraînait aussi à des actes que, plus fier, il n'aurait pas approuvés: il ne résistait pas assez au désir de plaire aux grands. Il se vantait volontiers d'avoir des patrons parmi les princes et des amis dans Taristocratie ; mais tous ses protecteurs ne l'ont pas empêche de mourir pauvre , de même que ce n'est pas à ses rapports avec eux qu'il doit la meilleure partie de sa gloire.
J Fift févr. 1575. — Au prince d'Orange, 21 juill. 1582. " Sturm au landgr., 30 mars 1575. Arch. de Cassel. — A Beuterich, 19 novembre 1581.
3 Le 17 avril 1575. Arch de Cassel.