‹ La vie et les travaux de Jean SturmChapitre 13 sur 26 · QUERELLES AVEC MARBACH, ETC · texte numérisé non relu

QUERELLES AVEC MARBACH, ETC

QuereUes avec Marbach, président du couvent ecclésiastique de Strasbourg.

Ces tribulations ne furent pas les seules dont le vieux recteur eût à souffrir pendant le reste de ses jours. L'ingratitude et l'esprit dominateur de collègues qui lui étaient inférieurs en âge comme en mérite, l'entraînèrent dans des querelles ardentes; avec une vivacité que les années n'avaient pas diminuée il releva le gant, mais, combattant pour une cause qui n'avait plus que de rares défenseurs , il dut voir ses adversaires l'emporter sur lui. Leur victoire , pour avoir été facile, n'en a pas été plus honorable pour einx ; leur principe était l'intolérance au nom d'une formule, tandis que Sturm représentait encore cette liberté qui ne s'irrite pas des divergences, pourvu que le fondement de la foi évangélique ne soit pas renversé.

.Pendant qu'on était occupé de l'organisation de l'académie,^ un certain accord n'avait pas cessé de régner entre le recteur et le président du convent ecclésiastique. Sturm se louait du zèle de Marbach et du concours qu'il lui prêtait dans les affaires de l'école *. Mais celle-ci eut à peine commencé à fonctionner dans sa nouvelle forme, que l'on vit renaître les sujets de discorde. La première occasion des troubles fut la rivalité entre le convent académique et celui des pasteurs. Comme les professeurs de théologie,

i « Doctorem nostrum Marhachium habeo assentientem , euius tu nosti stAOTCOviav. » sturm à Simon Ostermann, recteur du Gymnase de Lauingen. Epist.class.f p. 226.

172 CHAPITRE XJV.

qui tous étaient pasteurs , prenaient part aux délibérations sur les affaires scolaires , les professeurs laïques firent la demande inadmissible d'être représentés aussi dans le convent ecclésiastique. Les deux corps, en outre, ne purent s'entendre sur la préséance. Le magistrat essaya pendant quelque temps de les réconcilier ; mais la cause réelle de la discorde étant plus profonde, un accommodement durable devint impossible. En effet, ce qui donnait lieu à toutes ces querelles, c'était l'ancien dissentiment dogmatique, mal déguisé par le concordat de 4563, entre les luthériens et les partisans de la confession tétrapolitaine. Les pasteurs ne pouvaient pas pardonner au magistrat l'arrêt qui , deux ans après ce consensus, avait éloigné de Strasbourg le turbulent querelleur Tilemann Heshusius , dont l'arrivée leur avait semblé un bonheur suprême * . Ils attribuaient à l'école ces retards que leur domination éprouvait encore; elle était,. selon eux, un foyer d'opinions hétérodoxes; le recteur, prétendaient-ils , s'apprêtait à renouveler la polémique par un écrit sur le sacrement* ; il était donc urgent de prendre des mesures ; il ne fallait pas seulement introduire dans les cours Ihéologiques un enseignement rigoureusement luthérien, mais ne choisir aussi pour les autres chaires que des hommes d'une orthodoxie éprouvée. Leur tendance à dominer le Gymnase et l'académie devenait ainsi de jour en jour plus manifeste; cependant l'autorité de Sturm leur opposait encore un obstacle difficile à renverser. Pour le discréditer auprès des scolarques, ils lui reprochèrent de vouloir être maître absolu de l'école , de n'appeler aux places vacantes que des professeurs dévoués à sa personne et à ses opinions calvinistes , de faire

1 Samuel Hubert à Jean Lucht, à Schleswig, 8 avril 1565. — Extraits des protocoles du couvent ecclésiastique.

•' Louis Lavater, de Zurich , à Conrad Hubert, â3 juin 1565.

Page 1