‹ La vie et les travaux de Jean SturmChapitre 15 sur 26 · QUERELLES AVEC MARBACH, ETC · texte numérisé non relu

QUERELLES AVEC MARBACH, ETC

jour plus visible de racadémie; la haine du recteur pour ki4K)nfession d'Augsbourg et pour ses défenseurs , son indulgence pour des professeurs médiocres, pourvu qu'ils soient calvinistes, ses «pratiques» diplomatiques qui le détournent de ses devoirs et ruinent sa fortune , Tattenlion donnée à sa campagne où il perd son temps , telles sont, selon Marbach, les causes de la discorde entre les professeurs, du relâchement de la discipline et de la diminution du nombre des élèves *.

■■ Le magistrat , loin d'accueillir ces accusations étrangères à la question, maintint l'autorité du recteur*. Dès le 30 mdstt 4572, il lui avait donné Tordre d'achever la réorçaaisatiOn de l'école , conformément à ses Lettres classiques et académiques ; mais la polémique avait empêché Sturm dererxécuter. Les scolarques lui en ayant fait des reproches, il 8-en défendit en alléguant l'opposition qu'il trouvait auprès de Marbach et de ses partisans'. Le 4 novembre 1573, te lilagistrat transmit alors au convent académique un décret, ordonnant l'introduction immédiate des mesures proposées par Sturm et le rétablissement de l'ordre et de la boiitie administration dans les collèges habités par les pensièHnaires. Marbach vit dans cet ordre une atteinte à son honneur personnel et une preuve qu'il n'avait plus la confiance du magistrat. Il rédigea une apologie de sa conduite et en fit faire une autre par plusieurs pasteurs au nom du convent ecclésiastique*. Enfin, le magistrat nomma des arbitres pour réconcilier les deux partis , dont la querelle compromettait l'honneur de l'Église et de l'école de Strasbourg. Marbach fit les premières démarches de paix; il envoya plusieurs de ses amis auprès de Sturm, qui s'était re-

1 Le 6 sept. 1572. — Fehl und mUf^gel der strassburger Schulen,

2 Rod. Walther à Conr. Hubert, 23 juin 1672.

3 Sturm aux scolarques, 19 juill. 1573, de Saverne.

^ Mémoire des pasteurs Flinner, Kessler et Faber, 9 déc 1573.

tiré à sa campagne à Northeim ; tout en se disant prêt à lin arrangement, le recleur, plus intraitable cette fois que ses adversaires , ne voulut se soumettre qu'à une décision du magistrat. En décembre 4574, il remit aux arbitres de nouveaux griefs contre Marbach , avec la demande que celui-ci s'engageât à respecter dans les affaires de Técole l'autorité du recteur, et à contribuer au rétablissement de la concorde dans le corps académique et dans le chapitre de Saint-Thomas , et que , pour prévenir de nouvelles dissensions, le magistrat renouvelât sa confirmation donnée aux statuts de l'académie. Ce n'est qu'un an plus tard, le 31 décembre 1575, que les arbitres réussirent dans leur tâche difficile de rapprocher des adversaires aussi obstinés; par un concordat, approuvé par le magistrat, Stunn et Marbach promirent d'oublier le passé et de ne phis sortir désormais de leurs attributions respectives.

Controverses théologiques amc le professeur BàppiÂS. Destitution.

La paix , si péniblement rétablie enXre les djsux pavtis, ne dura pas plus que la concorde de 1563. Les antipatl^ies religieuses sont trop profondes et trop vivaces pour se laisser apaiser par des accommodements extérieurs , plus ou moins imposés par l'autorité ; 4)n promet de ne pas renouveler les attaques , mais on ne se réconcilie pas dans l'âme. Sturm et Marbach , qui tous deux voulaient sincèrement le

CONTROVERSRS THÉOLOGIQUES , ETC. 179

bien, signèrent un arrangement dès qu'ils furent persuadés que des intérêts communs exigeaient la cessation deia lutte, et que la paix ne devait pas être achetée au prix du sacrifice de leurs convictions. Mais Marbach et ses collègues étaient trop entraînés par le courant dogmatique du siècle, et Sturm respectait trop la mémoire des réformateurs strasbourgeois , pour qu'une entente parfaite eût pu s'établir entre eux. Le recteur ne voyait dans les ultra-luthériens que des théologiens formalistes et exclusifs , moins désireux de l'union chrétienne que du triomphe de leurs systèmes. Lui qui, dans sa jeunesse, avait pris une part enthousiaste à la lutte contre le scolasticisme du moyen âge, s'indignait de le voir reparaître sous une forme nouvelle au sein même de l'Église protestante. Son esprit, habitué à la clarté et à la précision classiques , refusait de reconnaître la vérité dans les propositions irrationnelles et non scripturaires qu'on introduisait dans la théologie ; et, fidèle à la liberté évangélique , il protestait contre les distinctions qu'on élevait comme des barrières entre les communions prolestantes. L'animosilé de ceux qui se disaient les seuls orthodoxes avait complètement changé la face des temps ; féconde en entraves pour les lettres, elle était devenue nuisible à la théologie elle-même ; et si , à l'origine de la Réforme, les hommes plus libéraux s'étaient réjouis envoyant l'aurore d'une ère nouvelle , leurs successeurs s'écriaient désormais : ô siècle inepte et sans charme*! C'est dominé par ce sentiment que, depuis une série d'années , Sturm ne fréquentait plus les temples , pour ne pas entendre les attaques que des prédicateurs fougueux dirigeaient sans cesse

^ « Festucœ sunt in oculis theologorum huj%$s temporis docti omnes, O seculum invenustum et ineptum ! ut non dicam aliquid gravius, Sed vivit Dominus , vincet Ecclesia et triumphabit temporis filia veritas. » Jacques MoDavius, de Breslau, à Grégoire Bersmann, 5 août 1578. Bersmanni Poemata Leipz. 1591, in-8o, P. I, p. 359.

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contre les réformés. Jacques Sturm lui-même , un des plus énergiques introducteurs du protestantisme à Strasbourg, avait évité, sur la fin de sa vie et pour la même cause , les églises où une ardente controverse tendait à se substituer à l'explication édifiante de la Parole de Dieu*. Comme la mémoire de Bucer incommodait les nouveaux théologiens, Sturm conseilla, dès 1563, à Conrad Hubert de mettre en sûreté les manuscrits du réformateur, en les déposant chez l'électeur palatin à Heidelberg*. Plus tard, en 1570, lorsque Marbach voulut retenir à Strasbourg le chef du parti ultra-luthérien, Flacius Ulyricus, qui exagérait imprudemment les doctrines de Luther sur le péché originel , Sturm appuya'les démarches que l'électeur Auguste de Saxe fit faire par Hubert Languet pour que ce «nouveau manichéen» fut éloigné de la ville'. Averti par quelques États alliés, menacé par le général Lazare de Schwendi , voyant surtout qu'un colloque tenu à Strasbourg entre Flacius , Jacques Andrése de Tubingue et les ministres n'avait pas servi à la paix, le magistrat finit par interdire à l'ardent controversiste le séjour de la ville et de son territoire*.

Sturm, on le sait^ ne cachait pas ses prédilections réformées. Il n'était pas seulement le serviteur dévoué de la cause protestante en France , il ne cessait aussi de protéger l'Église réfugiée de Strasbourg , qui n'existait plus qu'en secret, depuis qu'en 1563 les luthériens en avaient obtenu la fermeture. Parl'influence de Sturm, le chapitre de Saint-

« Antipappus IV, P. 3, p. 165, 166. — Pappus, Defensio tertia contra Sturmium, p. 118.

2 Sturm à Hubert, 30 déc. 1563; 8 janv. 1564, deChambray.

3 Languet à Volmar de Berleps , conseiller de l'électeur, de Saxe , Ô mars

1570 ; Epistolœ, Lib. I, p. 141 Bericht von der strassb, Kirchmord-

nung, p. 378.

^ Languet au D' Cracovius, conseiller de l'électeur, 22 mai 1570 ; Epistolœ, L. I, p. 144, 153.

Thomas donna , en 1573, un subside de quelques résaux de froment à Jean Grenon , qui desservait cette communauté clandestine. Le recteur avait même encore assez d'autorité chez les scolarques pour obtenir, dans la même année , la nomination de Philippe de la Garde comme troisième professeur de droit*. Tous ces faits, auxquels venaient se joindre sa correspondance active avec Théodore de Bèze , avec les chefs huguenots, avec les Anglais*, avec les réfugiés réformés de l'Espagne et de l'Italie % avec les théologiens et les princes réformés de l'Allemagne, formaient pour les luthériens autant de moyens d'accusation contre lui. Ses relations avec quelques catholiques ne leur déplaisaient pas moins. Dans une de ses leçons, il avait dit un jour : « il y a dans l'Église du pape beaucoup d'hommes savants

' Pappus à Phil. Marbach, 8 juin 1573 ; chez Fecht, p. 459. — En novembre 1574 , Sturm annonce aux scolarques que Custosius travaille à un « hoch lohlich werk,» intitulé : Reconcinnatio juris, et que, pour le terminer, il désire être dispensé pour l'hiver de ses leçons. Les scolarques l'accordent, vu Vutilité de l'ouvrage et la gloire qui en rejaillira sur Strasbourg.

2 II était en correspondance avec Guillaume Paget , Antoine Cook , Jean Haies , Guillaume Cécil (lord Burghley), Francis Walsingham , et surtout avec le secrétaire de la reine Elisabeth , Roger Asham , qui avait une vive affection pour lui, quoiqu'ils ne se fussent jamais vus. Le recueil des lettres d'Asham et de Sturm, parmi lesquelles il y en a de charmantes, a été plusieurs fois publié La première édition parut à Londres en 1576 ; la meilleure est celle d'Oxford, 1703, in-8o : R. Ashami epistolarum libri IV. — En 1573, le duc de Leicester fit prier Sturm par sir John WoUey, secrétaire de la reine, de lui procurer l'avis des principaux théologiens de la Suisse sur la question des habits sacerdotaux des ministres , vivement débattue en Angleterre (Wolley à sturm, 24 juill. 1573, d'Orpington ; dans les Zûrich-Letters. Cambridge 1845, T. n, p. 135). — En 1576, Sturm publia un écrit sur la Sainte-Cène de Jean Poynet, évêque de Winchester, réfugié et mort à Strasbourg sous le règne de la reine Marie. Ce traité est intitulé : Diallacticon de veritate naturà atque substantià corporis et sanguinis Christi in Eucharistià,

^ En 1565, il accueillit le réfugié italien Alexandre Citolinus ; en 1569 , il recommanda à la reine d'Angleterre Cassiodoro , le traducteur de la Bible en espagnol. (A Elisabeth, 6 sept. 1569; à William Cécil, 8 sept.; dans les Zu- Hch-Letters. p. 104, 105.)

el vraiment vertueux ; nous ne pouvons pas les condamner, car ce qui les retient dans leur communion , ce n'est pas seulement le respect des ancêtres , c'est aussi le spectacle de nos défauts, de nos mœurs, de notre désupion*.» Aussi longtemps qu'avaient vécu le cardinal du Bellay, les évêques Jean de Fresse et Sébastien de Laubespine , il était resté l'ami de ces hommes , dont il ne louait pas seulement les talents , mais surtout la loyauté et les sentiments libéraux. Après la mort de l'évêque Érasme de Limbourg, il avait adressé aux principaux membres du chapitre, dont plusieurs étaient ses compatriotes , une série de lettres où il avait rappelé les qualités éminentes du prélat, son amour des lettres et de la paix. Lors d'un séjour fait à Strasbourg, en 1579, par l'évêque Jean de Manderscheid , il salua la présence de ce prince , son compatriote , par des vers latins pleins des sentiments les plus nobles. Heureux devoir l'instruction se répandre, il était assez libéral pour se réjouir de la création d'écoles catholiques savantes , tout en faisant ses réserves au sujet de la religion. Il écrivit une préface au traité par lequel Henri Schor, le prévôt de Surbourç, son ancien ami, inaugura en 1572 le Gymnase fondé par

1 « Papatus habet viros eruditos; multi sunt in Papatu, qui non solàm spêeiem hahent bonorum virorum , et speciem prœ se ferunt virtutis , 00^ rùm etiam viri sunt boni ; multi sunt^ inquam , in Papatu, quos cotidemnare non possumus, quos retinet adhucin illà stations auctoritas patrum et maiorum nostrorum , deinde etiam nostra vitia in nostris EcclesiiSt nostri mores ^ nostra dissidia, ambitio, avaritia. Hœc enim vitia nostra faciunt , ut viri boni in Papatu, parlim dubitantes, ad nos accédant, partim etiam moriantur in suis cœtibus,..* Ratio lingtuB latinœ resolvendes, 1573, p. 139. — * Ego in Pontificatu multos bonos et magnos viros, partim patronos, partim amicos habui.,. In magnis autem viriSj et in Prineipibus , etiamsi aliqua displiceant, tamen virtutes magnm tumt eonsiderandœ , ut in Sadoleto, Bembo, Julio Phlugio, cdiisque doctissi^ mis viris » Il rend justice aux talents militaires du duc de Guise qui a pris Calais, aux talents politiques du cardinal de Lorraine , etc. Àntipappus IV, P. III, p. 169.

révêque à Saverne * ; l'année suivante , il alla lui-même visiter celte école*. Même les eflforts des jésuites pour établir des collèges étaient pour lui moins un sujet de ressentiment qu'un motif d'émulation pour l'Église protestante'. Après tout ce que nous avons dit déjà sur les sentiments de Sturm, est-il besoin de répéter que cette laideur de vues était loin d'être une indifférence dogmatique, ramenant à quelques doctrines vagues les données positives du christianisme ? Ses convictions chrétiennes étaient d'autant plus inébranlables qu'il leur avait fait subir la double épreuve de la science et de l'expérience intime. Lorsque son ami , le réfugié italien Gélio Secundo Curione , lui communiqua son traité sur l'étendue du Royaume de Dieu, il eut quelque scrupule de l'approuver; ce qui l'y choqua, ce ne fut pas la doctrine que les païens qui ne connaissent pas Jésus-Christ, ne sont pas damnés pour cela, le châtiment n'étant réservé qu'à ceux qui rejettent le Seigneur sciemment; ce fut cette autre que le Christ est ce Verbe universel d'où procèdent etdans lequel vivent toutes les intelligences. Il crut y voir une atteinte au caractère historique de la rêvé lalion par Jésus-Christ*. Il recherchait en tout la gloire et la louange du Sauveur du monde. Ses études sur l'antiquité classique ne l'avaient pas empêché de soumettre à ce Sauveur sa conscience et son cœur*. C'est peu, écrivit-il un

1 Sturm s'était lié avec Schor à la cour de l'évêque Érasme.

2 Sturm aux scolarques, 19 juill. 1573, de Saverne.

3 A Albert de Brandebourg, 30 mars 1565, en tête des Epist. classictB, chez Halbauer, p. 160.

^ Sturm à Curione, 3 déc. 1554; — €urione à Sturm, 13 janv. 1555. Bibl. de Bâle. Le traité de Curione , intitulé : De amplitudine beati regni Dei dialogif parut en 1554 en Rhétie , les théologiens de Bâle n'en ayant pas permis l'impression en cette ville.

5 n dit un jour : < Poetarum neque Jupiter est qui consolatur, neque GanymedeSt tametsi alternectar promit teret , alter lac requireret; solus Dei fUius Jésus Christus est, qui ad cœlos evehit , et devehit de cœlis,n

jour dans l'album d'un étudiant; c'est peu que de ccmnaître les mœurs, les lois, les rites de tous les peuples, si on ignore la doctrine de Jésus-Christ, dont l'Église est le temple de toute sagesse. On n'a qu'à lire en outre les lettres de consolation qu'il adressait à ses amis éprouvés par des perles cruelles ; elles respirent la foi la plus résignée au Fils de Dieu, l'espoir le plus humble en sa grâce*. D'ailleurs, par ses relations même avec les catholiques, il ne recherchait que les moyens d'établir « cette paix que le Seigneur, avant de quitter la terre , avait promis de laisser à ses disciples*.» On se souvient avec quelle ardeur il désirait la conciliation et l'union des Églises. En 15i61, l'évêque de Faro, Zacharie Dèlfmio, homme poli et rusé, envoyé en Allemagne pour inviter les États protestants, à désigner des députés pour le concile de Trente , demanda l'avis de Slurm sur les moyens de rétablir la paix dans la chrétienté. Dans sa lettre au légat, le recteur reproduisit son ancienne opinion de convoquer une conférence d'hommes amis de la vérité, discutant sans animosité les doctrines controversées, et préparant ainsi la tâche à résoudre par un concile général et libre*. Il exposa cette même opinion, en 4565, dans une épître au prince Nicolas Radziwil, grand-maréchal de Lithuanie , ami de Calvin et promoteur de la Réforme en Pologne ; il la développa une dernière fois^ en 4577, dans sa remarquable préface aux Commentaires sur les Psaumes parle catholique Conrad Heresbach. Voici les principales de ses propositions , qui caractérisent

' p. ex. à Schenkbecher, s. d.; aux frères de Georges Fabricius, 1571; à Bernard Botzheim, 1577.

2 Préface au Diallacticon de Ponétus.

^ Sturm à Delfinio, s. d. — Le ler mai 15€1, Delfinio chargea Vergério de demander par Sturm à Zanchi une exposition des points sur lesquels, dans rÉglise réformée , on est d'accord sur la Sainte-Cène avec Luther, et de ceux sur lesquels on s'éloigne de lui. Zanchi lui fit parvenir un mémoire sur ce sujet.

aussi bien l'activité de son esprit que les illusions géné,reuses auxquelles il aimait à s'abandonner : Un concile universel est le seul moyen de régler les différends , de concilier les partis et de remédier aux défauts qu'on rencontre dans les deux Églises. Mais, avant le concile, il faut convoquer une espèce de prosynode, pour prépareriez dis-r eussions , en examinant les matières sans les décider. Cette assemblée doit être composée de délégués de l'Empire et des autres nations chrétiennes ; l'Empire en fournira sept par cercle, en tout soixante-dix^ à choisir parmi les savants on les magistrats qui n'ont pris part à aucune querelle et qui n'ont écrit que des ouvrages approuvés des hommea sages des deux Églises; il faut que ce soient des personnages graves, craignant Dieu, aimant la pairie j avides de vérité, doués de vertus peu communes, instruits, versés dans la connaissance des lois et de l'histoire. Dans chaque cercle de l'Empire, on choisira deux théologiens, deux jurisconsultes et deux membres de la noblesse, moitié catholiques, moitié protestants ; le septième sera un catholique, pour que cette Église se prête avec plus de confiance à l'exécution du projet. Des conseils pareils seront choisis avec le même soin en Italie, en Espagne, en France et en Angleterre. Si, parmi les délégués, il se trouve un homme violent ou incapable, chaque parti aura le droit de le récuser, sous la réserve de l'autorité impériale. Les sept délégués de chaque province auront d'abord des réunions par- . ticulières, où ils liront les livres et les mémoires des deux partis et les décrets du concile de Trente ; ils examineront les questions de dogme et d'administration temporelle de l'Église, et consulteront les autres hommes sages et pieux de a province. Les résultats de leurs délibérations seront envoyés à l'empereur, qui les communiquera aux princes pour avoir leur avis; il se mettra en rapport, en cas de besoin, aveî chaque délégué individuellement, et finira par

communiquer le tout au pape et aux rois pour tomber d'accord sur la convocation du concile.

On voit aisément combien ces idées étaient peu exécutables. 11 en est de même du projet de Sturm d'unir tous les princes chrétiens, catholiques et protestants, pour une croisade contre les Turcs. Ce projet, auquel il rêvait depuis des années , l'occupa plus vivement après la défaite de la flotte turque dans le golfe de Lépante, en 1571 . Il crutalors le moment venu d'abattre complètement la puissance ottomane , qui était pour lui une menace et un danger permanents pour l'Europe chrétienne*. Vis-à-vis d'un ennemi aussi redoutable, les dissensions entre protestants et catholiques devaient s'effacer ; tous les peuples de la chrétienté devaient se coaliser dans ce but; il y exhorta par des lettres éloquentes les princes et les hommes d'Étal de l'Allemagne ; il proposa même, pour l'exécution de l'entreprise, des moyens militaires et financiers dont il sera parlé plus bas. Mais, tandis que les militaires et les diplomates appréciaient au moins ses intentions , tout en les jugeant sans doute peu praticables, les luthériens de Strasbourg, qui lui reprochaient amèrement ses relations avec des pré-, lats et avec des savants catholiques*, n'y trouvaient qu'un motif de plus de suspecter son orthodoxie *.

C'est ainsi que s'accumulèrent contre Sturm des griefs nombreux qui , à un moment donné , devaient l'accabler de leur masse. L'occasion s'en présenta en 1578, trois ans à peine après la concorde faite avec le président Marbach. Les théologiens de quelques pays de l'Allemagne venaient

1 sturm au comte Louis de Witgenstein , 7 janv. 1 572 ; — au comte Philippe de Hanau , janv. 1 572 ; dans les Epistolœ de bello turcico,

2 Sturm contre Marbach, ms.; ^ à Crato de Craftheim , 16 juin 1572. BiU de Breslau.

3 sturm à Crato, 16 juin 1572. Ibid.; — à Otton de Solms, 13 juill. 1572 ; — Âd Italum quendam , s. d.

d'arrêter, sous le titre de Fœmule de concorde, le code officiel du luthéranisme. Ce nouveau livre symbolique, éliminant les derniers vestiges du système moins absolu de Mélanchthon , et achevant la scission entre l'Église luthérienne et rÉglise réformée, fut envoyé à tous les États protestants pour recevoir leur adhésion. Les savants réunis au couvent de Berg, près Magdebourg, avaient mal choisi le titre de leur œuvre ; car, au lieu de raffermir la concorde , leur formule la rendit pour longtemps impossible. Les querelles auxquelles elle donna lieu furent la triste reproduction de celles qui avaient troublé l'Église des premiers siècles. On renouvela les discussions subtiles sur Tunion des deux natures en Jésus-Christ, et il arriva que, dans l'intention de sauvegarder sa divinité, on se laissa entraîner à des exagérations aussi peu soutenables que les opinions extrêmes contre lesquelles on voulait protester. 11 y eut des théologiens qui , semblables à Eutychès, déifièrent rhumanité même de Christ et crurent défendre sa majesté en prouvant l'ubiquité de son corps. D'après la Formule de concorde, cette doctrine , conséquence de celle que la chair et le sang du Seigneur sont substantiellement présents dans l'Eucharistie, devait être désormais un article de foi pour l'Église protestante. On rangeait parmi les «fanatiques» ceux qui ne croyaient pas que Dieu, par un effet de sa toute-puissance, pût faire qu'un même corps fût présent à la fois en différents lieux. Tandis que plusieurs Églises d'Allemagne refusèrent d'accepter ce dogme et en général le nouveau livre symbolique , les théologiens strasbourgeois y adhérèrent avec empressement. Un jeune professeur, Jean Pappus , se présenta devant le sénat pour demander, au nom du couvent ecclésiastique, que Strasbourg, à son tour, souscrivît à la Formule de concorde*.

^Antipappus ÏV, P. II, p. 59.

Pappus, compatriote et élève de Marbach , avait été appelé en 1570, à l'âge de vingt-deux ans , à une chaire de Tacadémie , parce qu'on lui avait reconnu des talents distingués*. Mais, plein d'une arrogance dont dans la suite il donna encore plus d'une fois des preuves*, Pappus fut à peine en fonctions qu'il se brouilla avec Marbach lui-même; il voulait prendre à Tubingue le grade de docteur en théologie, tandis que le président, qui eût désiré la chaire pour un de ses fils, le trouvait trop jeune pour ce titré d'honneur; il s'ensuivit des discussions peu charitables; Pappus se montra d'une raideur peu digne de son âge, et Marbach alla jusqu'à lui reprocher de s'allier au parti de Sturra ! Ce n'est pas sans peine que les pasteurs, mortifiés de cette querelle dans leur propre camp, parvinrent à l'apaiser'. En 1576, Pappus fut chargé, sur la proposition de Sturm, de faire des cours exégétiques sur tout l'ensemble de la Bible ; le recteur pensait que ces leçons , qui ne se faisaient encore dans aucune université, ajouteraient à la gloire de l'académie*. C'est ce jeune homme qui entreprit la lutte contre le vieillard, jusqu'ici son protecteur. Sturin était aussi affligé des condamnations lancées par les auteurs de la Formule de concorde que de leur conception matérialiste du dogme; elles répugnaient à tout son être, à son intelligence éclairée aussi bien qu'à son sentiment pieux. Partisan du spiritualisme de Bucer, il se souvenait des paroles que celui-ci lui avait dites au moment de son départ pour l'exil : « Je ne condamnerai jamais un homme dans

' « //u( feine dona,yi Rapport ms.

2 Devenu président du couvent ecclésiastique, Pappus aimait à se faire donner le titre à' excellence.

^ Marbach , Vera et historica narratio eorum quœ in causa Mag. J. Pappi acta sunt, — Hisioria concordiœ inter Doct. Marbachium et mag, Pappum, scripta ex jussu pastorum. Ms.

^ « ...Welches dieser schul ein yrossen rii/f geben werdey da u/fkheyner universitet sollichs nye beschehe.* Janv. 1576.

lequel je trouverai quelque chose de Jésus-Christ ; quand même il serait dans Terreur, je le regarderai comme frère * . » Ces sentiments n'étaient pas encore devenus étrangers à tous les membres du magistrat ; on répondit donc à Pappus qu'on délibérerait sur sa demande. En attendant, pour mieux disposer les esprits à Tadoption de la Formule, Pappus annonça, contrairement même au conseil de Marbach, dont Tâge commençait à calmer la fougue, qu'il soutiendrait soixante-huit thèses sur la charité chrétienne*. Il est curieux.de voir que c'est au nom de la charité que l'on ralluma la querelle. Pappus voulait prouver que , loin Je lui être contraires , la condamnation des erreurs et la séparation d'avec les Églises qui les défendent sont commandées par cette vertu même. Comme il lui importait d'extirper à Strasbourg ce qui restait encore des anciennes sympathies réformées, l'erreur contre laquelle Pappus dirigea ses thèses était le système calviniste et spécialement le dogme de la Cène. Personne ne fut dans le doute sur la portée de son attaque. La chose parut au recteur assez grave pour qu'il se décidât à assister à la discussion , bien que depuis longtemps il se fût abstenu de paraître aux thèses. La première séance, le 8 mars, se passa sans trouble^. En sortant de la seconde, le 15 du même mois,

J « Nunquam se condemnaturum esse aliquem , in quo aliquid Christi esse videret , illtid se velle diligenter intiteri, et quamdiu illud in aliquo esse sentiret , condemnare nolle, et fratrem lucrifacere , et ah errore revocare velle.n Antipappus I, p. 28.

2 Elles se trouvent en tête des Antipappi de Sturm. — V. à la suite de notre ouvrage la liste chronologique des écrits publiés de part et d'autre pendant cette polémique. Sur celle-ci, v. Schadœus, Continuatio Sleidani, P. in, p. 135 et suiv., et Bericht von der strassb, Kirchenordnuug, p. 376 et suiv.

3 Les thèses de Pappus , soutenues par Jean Hennenberger, de Strasbourg, furent attaquées par Jean Harmar, précepteur de Guillaume Pelham , fils du vice-roi d'Irlande , et par Jean Mirisch , Polonais , précepteur chez le professeur Beuther.

Sturm, regrettant de voir Pappus, son ancien disciple^ animé de sentiments aussi hostiles*, essaya de le modérer en lui disant que, dans cette querelle, soulevée si mal à propos , il trouverait de nombreux etvigoureux adversaires. L'orage éclata dans la troisième séance, le 22 mars. L'Anglais Jean Harmar demanda à Pappus si , par les thèses soutenues ce jour, il entendait condamner les calvinistes et les zwingliens ; le professeur répondit qu'il ne s'agissait que d'une question générale et qu'il était permis de condamner une doctrine fausse. La discussion fut continuée par le Polonais Jean Mirisch. De part et d'autre, les argnr ments ne manquèrent pas de gravité, mais le ton, d'abord modéré, devint bientôt acerbe et ironique. Le recteur finit par protester contre quelques-unes des propositions de Pappus , parce qu'elles ne lui avaient pas été soumises connue l'exigeaient les règlements de l'académie , et parce qu'elles étaient évidemment dirigées contre les Églises et les Étals auxquels déplaisait la Formule de concorde. Il leva la séance et ajourna la discussion au 5 avril *. Le lendemain, Tétudiant Mirisch fut mis en prison ; d'autre part, les scolarcpies défendirent à Pappus de continuer la dispute. Cependant, le couvent ecclésiastique ayant fait des démarches conciliatrices , elle fut reprise le 5 avril , en présence des scolarques, des pasteurs et des professeurs. Aux yeux de Sturm, cette querelle était plus grave que toutes les précédentes ; il s'agissait de savoir si, à Strasbourg aussi, on élèverait entre les deux Églises sorties de la Réforme un mur infranchissable , si on y verrait le renouvellement des persécutions odieuses exercées, dès 1574', en Saxe contre les cryptocai^ vinistes et les philippistes, 11 entra dans la lutte avec une ardeur toute juvénile et avec de belles connaissances théo-

> Comp. sturm à Grég. Bersmann, 11 févr. 1581. Bersmaimi Poemaia, P. II, p. 278.

'^ Antipappuê IV, P. 2, p. 56.

logiques; les Pères de l'Église lui étaient familiers; à Tâge de oinquante-sept ans, il avait encore appris l'hébreu *. Il faut regretter seulement qu'au lieu de garder une modération digne de sa cause, il ait montré autant de passion que ses adversaires. Dans la séance du 5 avril , il prononça un discours chaleureux , mais encore plein de convenance , sur les dai^ers dont les tendances de Pappus menaçaient la paix de l'Église et la gloire de Strasbourg et de son académie*. Il réfuta les thèses comme troublant l'union qui doit exister entre les vrais amis de l'Évangile, comme justifiant la persécution des réformés dans les pays catholiques, comme contraires à cet esprit de conciliation qui, du temps de Bucer et de Jacques Sturm , avait fait l'honneur de la République. Pour exhorter Pappus au support, il lui rappela les nombreux martyrs réformés qui avaient souffert Texil , les tortures , la mort, pour leur foi en Jésus-Christ; Dieu seul , ajouta-t-il , est le juge des consciences ; ses adorateurs , au lieu de se condamner, doivent se tendre la main.

Pappus demanda du temps pour rédiger sa réponse ; il la lut, le 14f avril, en présence des deux convents et des scdarques. Il y fit preuve d'habileté, mais de peu de modestie ; il soutint que la conciliation entre deux opinions , dont l'une est vraie et l'autre fausse, est impossible; que les erreurs doivent être combattues sans ménagement, et que, parmi ces erreurs, le calvinisme est une des plus dangereuses.

Il fut convenu que Sturm répliquerait encore une fois , après quoi le litige serait abandonné au jugement des scolarques, du corps enseignant et de celui des pasteurs'. Pressé par plusieurs États de souscrire à la Formule de concorde, exhorté par d'autres à s'y refuser, le magistrat,

1 Bpiêtolas ûkuticcBi p. 322.

2 CesiVAntipappus primus.

3 Pappus , Defensio secundo , p. 11.

tOS' CHAPITRE XV.

eiBibarrassé, espérait que de ce débat jaillirait tpietti66l\tHi mière sur le parti à prendi^e. Mais, au lieu d'éclairet lai ({jyiestion, la querelle ne fit que robscurcir et l'envéniHiarj U serait peu utile de suivre dans tous ses détails la polé*^ mique qui s'engagea entre les deux adversaires ; Us y dén ployèrent tous deux beaucoup d'érudition, mais ^ôore bien plus de violence ; les récriminations personnelles, le!r< sarcasmes, les injures , se mêlèrent aux argumenta ^AéolD»* giquesetà l'interprétation des textes. Entraîné parrexieii^e: de ses rudes antagonistes, Sturm, dont le langage otdipaÎFe* était empreint d'une si élégante urbanité et qui plus dhmé^ fois se reprocha , dans cette querelle, son propre empaite^\ aient*, ne leur épargna ni les grossières invectives,. anlesl blessants jeux de mots*. Jamais controverse plus passionnée^ ne commença sur un sujet qui s'y prêtât moins vaussi ledsolr de charité fut-il bientôt oublié aussi' vite que la chose ellemême. La lutte se porta sur le terrain des ^qnfessions de foi ; Pappus insista sur la néces^té d'une nouvelle formule, les anciennes étant insuffisantes pour marquer la limite précise entre l'erreur et la vérité ; Sturm soutint^ avec une gravité de pensées et une supériorité dialectique auxquelles son adversaire ne put jamais atteindre, le devoir de rester

> « Osiandrum vereor ne nimis acriter refulem,,. » A Grég. Bersmann, 27oct. 1579. Bersm. Poemata, P. I, p. 368.

2 n suffira d'un seul échantillon : Osiander ayant appelé Sturm une vieille chauve -souris , ce dernier écrivit ce qui suit à Tiiéodore de Bèze : « Quam suadesut faciaminscriptionem, yê^o^«V ne an porpeCav ^ aefxvi^v? ut illa yeXoCa : Joannis Sturmii vespertilionis pugna contra convitia et calumniai Lucœ Hoaenderle ? Aut an vespertiiio sit omittendus , et : Luem Hosiandri ? Opinor autem te scire avum Àndreœ Osiandri eognominatum fuisse Hosenderley ex quo Osiander quintam naturam decoxit Hosiander; caligam Germant hosam vocant. Vides meam miseriam ; etiam in nexu placet jocaril » 27 oct. 1579. Bibl. de Gotha. — Sturm s'amusait, du reste, des invectives de ses adversaires ; il signa une lettre à Bersmann : « Joh, Sturmius vespertiiio dictât or, *

fidèle à Tesprit conciliant des premiers réformateurs sti*asbourgeois. Ce fut surtout dans sa réplique à Pappus , lue dérant les scolarques au mois d'août * , qu'il exposa son système vraiment libéral. Accordant à Pappus qu'en théorie absolue ses thèses peuvent être vraies, il en fit ressortir les difficultés pratiques au milieu d'un monde où l'erreûT est si fréquente; qui sera le juge des controverses? seldii Pappus , ce sera l'Église ; mais , dans le sens du proteitantisme, l'Église est-elle infaillible? est-elle une abstraction ? n'est-elle pas plutôt un corps composé de membres vivants? Si donc l'Église doit juger, cela signifie que des hommes seront les juges ; or, où est la garantie que ces hotmoaes seront libres d'erreur ? Sturm accorda le droit et te devoir de la réfutation, mais protesta énergiquement cbntre les anathèmes. Une réponse sommaire de Pappus fut traivie d^une nouvelle réplique de Sturm , plus vive encore que ses précédentes '.

Les trois discours de Sturm , qu'il indiqua ses trois Antipojpfi, n'étaient pas destinés à être publiés. Le Stettmeister Arbogast Rechburger s'opposa même à ce qu'ils fussent coiûmtmiqués à Pappus et à ses amis qui voulaient les réfuter; Rechburger demanda que toute la polémique fût supprimée '. Mais déjà elle avait envahi les chaires de la ville. Élie Schad, pasteur à Saint-Pierre-le-Vieux , se distinguait par la véhémence de ses invectives contre le recteur de J'académie. En septembre, les scolarques se plaignirent de ces prédications qu'ils qualifièrent « de haineuses et d'absurdes ; » de son côté , le couvent ecclésiastique reprocha aux professeurs d'être sourds aux « fidèles avertissements » des prédicateurs , sentinelles et gardiens de l'or-

1 Ântipappus II.

2 Pappus, Epiiome, — Sturm, Antipappus Ul.

3 Pappus, Bericht und Wamung^ p 3.

Ihodoxie. Plusieurs séances furent remplies de ces récriminations réciproques ; le magistrat dut intervenir ; en défendant , par un décret du 16 septembre 1578 , aux pasteurs de porter en chaire les affaires de l'école , et en invitant les professeurs à ne pas donner lieu à des plaintes aux théologiens, il parvint à rétablir pour un instant une espèce de paix. Pappus avait envoyé des copies de sa première défense à la cour de Hanau , à Stuttgart, à Tubingue; Sturm, informé de ce fait, répandit à son tour sesAntipoppi parmi ses amis du dehors*. A son insu, ils furent imprimés à Genève, avec les thèses et les deux discours de son antagoniste. On les accueillit avec une grande satisfaction, non-seulement dans les Églises réformées, mais aussi dans quelques États attachés à la confession d'Augsbourg; on les lut même avec intérêt à la cour de l'électeur de Saxe,

! îlî

qui , le premier, introduisit officiellement la Formule de concorde dans sesÉerlises*. En revanche, ils soulevèrent toutes les colères des luthériens. Lucas Osiand^, le r^io^'mateur de Nuremberg, y répondit, en 1579, en se senjant

du langage le plus immodéré. Pappus lui-même ne les ré futa qu'en 1580'; comme Osiander, il accusa Sturpi a'être un philippiste et, ce qui lui semblait pis encore, un cal-

1 Antipappus IV, P. 1, p. 54; P. 4, p. 7, 15.

- Thomas Érastus, prof, de médecine à Heidelberg, en «nVdya- des tkrfiti en Prusse et en Poméranie. (A Sturm, 16 mai 1570^d^ Spire.)»-*. Ils; ipr^nit approuvés par Rod. Walther (à Sturm, 1*' nov. 1579, Zurûd^. JBibl.^deZunçW, par Lambert Daneau (à Sturm , 1er nov. 1579, Genève), par Christophe Herdésianus , syndic de Nuremberg (à Sturm, 23 déc 1579. Bibl. de Gtithaj.'— « De Antipappis ad me scribit magni nominis vir ex aulà EleùtorU SoâXh mcp, hos valde libenter ibi fuisse aprœcipuis, et non sinefruoiu ^ ietlos.» Herdésianus à N., à Strasb., 26 juill. 1579; dans Mieg, Monumenta pieta-

tis et literaria , P. II, p. 96 « Valde mihi placuit Sturmii Antipappus.»

Hotmanà Rod. Walther, 26 mai 1579; Hottom. Epistolœ, p. 111.

3 Defension^s duœ , envoyées aux scolarques le 18 mars 1580. Ji appelle la Tétrapolitaine, en s'adressant ù Sturm : « tua illa Helena, pro guanune uno jam décennie depugnas. »

viniste; la confession de foi des Églises réformées de France est fausse, dit-il, celle de Strasbourg (la Tétrapolitaine) est insuffisante , il n'y a de vraie que celle d'Augsbourg, commentée par la Formule de concorde. Sur ce terrain , la polémique continua de part et d'autre avec une égale animosité. Pappus et Osiander ayant opposé au dogme réformé de la Sainte-Cène l'ubiquité du corps de Jésus-Christ , Sturm en prit occasion pour les accabler de sa mordante ironie , en relevant avec autant d'esprit que de raison les conséquences insoutenables de cette doctrine étrange.

A bout d'arguments , ses adversaires répandirent sur son compte des bruits de tout genre : il ne va plus à l'église, il en empêche sa femme , ses pensionnaires , ses domestiques ; il trouble l'école par son obstination , il combat le ministère et propage des hérésies. On eut même la bassesse de lui reprocher d'avoir contracté des dettes en faveur des calvinistes, et de ne pas payer ses créanciers*. Ces accusations, destinées à le rendre suspect au peuple, retentissent du haut des chaires; le pasteur de Saint-Thomas, Jean Fâber, s'écrie dans un sermon : « l'école , l'Église , la République , sont en danger ! pourquoi n'accourt-on pas pour sauver la maison qui brûle?» Des affiches sont posées aux coins des rues pour exciter la multitude; Sturm n'ose plus sortir sans une escorte de quelques étudiants dévoués ; un jour, un soaneur ivre sonne le tocsin, la foule accourt, on <Toit qu'il s'agit de courir sus aux zwingliens et aux calvinistes*. Le 19 novembre 1580, le recteur écrivit aux scolarques pour se plaindre de ces excitations; quelques mois plus tard il renouvela ses plaintes et posa la question : < mes travaux dans l'académie vous sont-ils agréables ou

' AntipapptiS IV, P. 3, p. 149.

2 Argentinensia nova , dans Hummel , Epistolœ historico-eeclesiattieœ, sâmicenturia 2«. Halle 1780, p. 17. — Sturm , Analyste negotii dissidiive Sturmii cum Pappo, Ms.

i96 CHAPITRE XV.

non ? dans ce dernier cas , deslitnez-moî , sinon , ne permettez pas qu*on m'attaque sans cesse.» Bientôt, dans lé courant du mois où mourut Marbach , qui n'avait plus pris part à ces tristes querelles (mars 1581), Pappus et les théologiens se plaignirent à leur tour ; suivant eux , rhétérodoxie obstinée de Sturm était la seule cause des divisions , et les étudiants étrangers qui lui adhéraient , les Polonais, les Anglais , les Silésiens , avaient seuls la responsabilité des troubles * . Pour mettre fin à l'agitation de la bourgeoisie, le magistrat publia le 29 avril 4581 un arrêté défendant les controverses , tant dans les chaires qu'an moyen de publications quelconques ; les scolarques furent invités à engager Sturm et Pappus à se conformer à cet ordre. En ce moment, Sturm faisait réimprimer à Neustadt la confession tétrapolitaine , avec une lettre au docteur Botzheîm , dans laquelle il soutenait que cette confession n'étant pais encore officiellement abrogée , elle devait être maintenue contre ceux qui l'attaquent. Le jour même où lui fut signifiée la défense du magistral, il écrivilau chancelier du duc de Deux-Ponts, pour qu'il ordonnât à l'imprimeur de surseoir à la publication. Mais elle était achevée ; lorsque les exemplaires en arrivèrent à Strasboui^, le magistrat en interdit la vente*. Les prédicateurs, du reste, se conformèrent peu aux décrets du gouvernement; ils continuèrent, dans leurs sermons , à faire de l'agitation contre Sturm et en faveur de la Formule de concorde. Les amis du recteur lui conseillèrent de se retirer de la scène pour passer le reste de sa vie à la campagne. D'autres cependant, craignant que sa retraite et le triomphe de ses adversaires n'amenassent la décadence de l'académie , le décidèrent à ne pas

J Butter, Concordia concors. Wittemb. 1614, in-foL, (o 270b, 2 Sturm à Christ. Ehemus , 29 avril 1581 ; — à Harnisch , imprimeur à Neustadt, même jour. — Pappus, Bericht , p. 21.

abandonner son poste * ; rajeuni pour ainsi dire par ces vives querelles , il continua d'y prendre part avec une verve qu'on n'aurait pas attendue d'un vieillard de plus de soixante-dix ans; en la seule année 1584, il publia six pamphlets contre Pappus, Andréae et Osiander. Toutefois , la ferme résolution du magistrat de faire respecter ses décrets aurait peut-être arrêté la polémique , sans une intervention étrangère, qui devint aussi menaçante pour la paix religieuse à Strasbourg que pourSturm lui-même. L'électeur palatin Louis VI , qui avait réintroduit dans ses États le luthéranisme rigide, se crut offensé par un passage d'un des pamphlets de Sturm. Il demanda au magistrat de punir le recteur comme diffamateur*. Dans cette complication embarrassante, le magistrat communiqua à Sturm la lettredu prince pour qu'il se justifiât. Dans un mémoire, daté du 15 mars, Stiirm, tout en avouant hautement ses sympathies pour Bucer, pour Mélanchthon et pour les réformés^ se défendit du reproche d'avoir voulu attaquer l'électeur, en, protestant contre la Formule de concorde et contre le dogme de l'ubiquité ; jadis , dit-il , les princes allemands de la confession d'Augsbourg ont intercédé auprès des rois de France en faveur des Huguenots, comment peuvent-ils méconnaître aujourd'hui la liberté de conscience jusqu'à vouloir la persécution de ceux qui demandent la tolérance au sein de l'Église protestante? Quelques semaines après, il remit au magistrat une seconde apologie , pour être également transmise à l'électeur. Celui-ci montra la même obstination que les théologiens, il persista à demander la punition de Sturm. Après plusieurs lettres échangées , le magistrat, qui

ï « ..,Dann auch dise schuly wie andre, zersWrt werden , unnd zu grund gehen wirdt. Ut laider ein armes wesen , dessen sich die Papisten hillig zu freuen,^ Argentin nova, dans Hummel, Epp, hist. eccl , semicenturia 2, p. 18, 19.

2 Le 7 mars 1581.

ne trouvait pas un motif sufflsant pour se plier à la volonté du prince , se borna à renouveler à Sturm la défense de se mêler encore de controverses théologiques *.

Mais on ne lui avait pas interdit de repousser les attaques venant du dehors. Les luthériens étrangers n'avaient pas cessé de publier des libelles contre hii ; Osiander l'avait appelé un détestable blasphémateur, un ennemi déclaré de Jésus-Christ ; Jacques Andréae , chancelier de l'université deTubingue, homme d'ailleurs d'un grand mérite, qui, peu d'années auparavant, avait encore insisté auprès de Conrad Hubert pour qu'il publiât les œuvres de Bucer et que Sturm y ajoutât une préface*, s'était joint aux adversaires ; dans un pamphlet, écrit dans le goût de l'époque, il avait dénoncé l'horrible aveuglement du recteur, en exprimant l'espoir que Dieu ne tarderait pas à délivrer Strasbourg des horreurs enseignées par cet impie calviniste; des anonymes , enfin , l'avaient couvert d'injures et de ridicule. Quoique malade , Sturm reprit la plume et publia ùiie série de pamphlets tantôt dictés par l'indignation , éomrâe son Épître apologétique contre Andréae qu'il qualifia de nouvelle plaie d'Egypte, tantôt plaisants et satiriques, comme sa Palinodie à Osiander et son Prodrome adressé à la commune et au magistrat de Strasbourg'. Dans un de ses écrits , il provoqua les « nouveaux pères de l'Église , » auteurs de la Formule de concorde , à une dispute publique ; il s'offrit à réunir un nombre égal de théologieûs libéraux

' Lettres de l'électeur du 17 avril , du 21 mai , du 18 juillet ; -^ du magistrat, du 21 avril, du 12 août 1Ô81.

2 A Gonr. Hubert, 11 nov. 1576. — Après la publication des Scripta anglieana de Bucer, en 1577 , ce fut Andréae qui empêcha l'imprimeur Pierre Pcrna, de Baie, de continuer l'impression des œuvres du réformateur. Adrien Blaarer à Samuel Hubert, 30 août 1579.

•^ « Nosler senex graviter œgrotavic ; jam paululum se recoUegit, Responditaulico concionatori Tubingensij et intitulât libellum Palinodia. „* Conr. Dasypode à Th. Erastus , 27 janv. 1581. Bibl. de Zurich.

pour discuter, en présence des princes ou de leurs délégués, la question de l'acceptation où du rejet au livré. Il demanda au synode national des Églises françaises del désigner à cet effet un ou deux de ses membres ; à la iréihe d^Angleterre, il adressa une demande pareille *. Ni lefs luthériens ni les réformés n'entrèrent dans cette idée ; éii revanche, la polémique s'étendit de jour en jour; Lambëi't Daneau , de Genève , prit la défense de Sturm et des dogttifes réformés ; il fut réfuté par le professeur Etienne Gerladh , de Tubirigue, qui soutint ce qu^il appelait la majesté du Ûirist homme, c'est-à-dire l'ubiquité. Un théologîeii Catholique même prit la parole. Jacques Rabus, professeur à Ingolstadt, jadis élève du Gymnase de Strasbourg dônl il conservait un souvenir reconnaissant, indiqua à Stiivtù , comme seul moyen de se soustraire aux attaques d'adver- ■ saires aussi peu dignes de lui, le retour à l'Église romaine, où rynion est maintenue par l'autorité du pape, Sturrti àj)precîa la bienveillance de son ancien auditeur, mais il ne put que èourire de la naïveté de sa proposition : il savait jmièux que personne combien l'union dans le catholicisme était peu réelle et combien l'infaillibilité romaine était une faible garantie contre les erreurs en matière de foi.

Dans ses écrits contre Osiander et Andréas, Sturm n'avait pas pu passer sous silence l'occasion même du débat, les prétentions des pasteurs strasbourgeois. Le couvent ecclésiaçtique se hâta d'en informer le magistrat , qui y trouva une infraction à l'ordre signifié aux deux partis de garder Je silence. Le 29 juillet 1584, on enjoignit à Sturm, sous peine de prison , de cesser désormais la polémique ; on, délibéra même sur la question s'il ne conviendrait pas de destituer le vieillard « turbulent. » Les sénateurs , châtiés de lui faire part de la résolution du magistrat, l'apostro-

* sturm au synode des Églises françaises, 31 juin 1681. Bibl. de Munich.

ghèrent avec rudesse, comme s'il avait été le.seujLcçifg^JWe dans W querelle*. En vain d'anciens. all^ijés de: jajrRépjWh bîique s'adressérent-ils au magistrat paur J'e^^horteiî à pfi pas sortir des voies de la tolérance. Le landgrave ^uiHaume de Hesse lui fit demander si Strasbourg, jadis l'aile des protestants persécutés , serait désormais le . s^.our. d'un étroit esprit de secte*. Les Suisses, sollicités parHotmç^n et par Grenon, ministre de l'Église française de Slrastourg, firent également des représentations énergiques Mais elles furent peu écoutées; et, lorsque. Ho Iman et Stuxm lui-même insistèrent plus tard pour qu'on l^s cqqtinwâti Rodolphe Walther répondit que, Strasbourg. ayant Qi^li4 son ancienne amitié pour les confédérés, de nouvelles: d^rniarches feraient plus de mal que de bien'. , . V: .

Dans cette situation , le recteur, forcé de se taire tancli^ que ses adversaires gagnent de jour en jour plus d'influen^, quitte Strasbourg le 30 juillet 1581, pour se retirer, à Nea*» stadt, dans le Palatinat, où le duc Casimir,. re^lé fgtyQrabte-, aux doctrines réformées, lui avait offert ufl. refuge*. En septembre 1581, il fit remettre au magistrat plusieurs SfUpj; pliques , tendant à obtenir l'annulation du décret du 2l9jufLTr. lel et Tautorisation de poursuivre pour diifaraalioa les sérrinateurs qui le lui avaient notifié; il demanda en outrée et

ï Sturm à la chambre des XV, 12 août 1581, d'igelheim.

'he landgrave au magistrat, 4 avril 1581.

^Hotman à Rod. Walther, 25 déc. 1580 et 22 déc. 1681. Hottôm&nnoriliii Epistolœ, p. 140, 149. — N. à N., 21 janv. 1681» cher Hummel, o. c, p. i82. — Rod. Walther dit, en parlant de Pappus : *superbus et crudelis theologus, qui tôt martyrum rogos, qui per Galliam et atias orbis partes arterunt hucusque , non tolùm siccis oculis spectare ; et miserabiles illorum gemitus lœtis auribus audire potuit , sed sub ptausibili charitatis prœtextu similes carnificinœ officinas , in Germanià nostrà passim institut cupit.» A sturm , 1" sept. 1579. Ribl. de Zurich. —Sturm à Erastus, 24 févr.1582

Ribl. de Zofingue Rod. Walther à Hotman, 15 juill. 1582; Hottom. Epis-

tolcBy p. 155.

^ Sturm à G. Gamaut, 13 août 1581

CONTROVERSES THÉOLÔGIQUES , ETC. 201

■ ': ri-i."lij

èbtint plus tard que, lors des délibérations sur soa sprL o»lé(^rtâties mémbVes qui lui étaient persoiiheilemep| hèsiilieS * ; Dans le même temps , ses adversaires répanditént tebiniit qu'il avait demandé une place à Nuremberg, tpa^ que là on ne voulait pas de lui à cause de son âge , de ses déliés ^t de ses opinions zwingliennes. Sturm eut beau rèr ftrterces bruits et obtenir même des scolarques de Niiren;!berg un démenti officiel, en termes très-honorables pour luf* : sa réputation souffrait, et le magistrat n'avait plvis asàéii de bonne volonté pour le défendre. Il est vrai quèlipl 24^étetdbre , on écrivit au duc Louis de Wurtemberg^^ PP^B lé* prier 'd'^éngager ses théologiens à ne plus attaquer^ Stîtirm ; mais, par une délibération du 18 novembre jipp, rejeta les demandes de ce dernier, et on décida que dèsprmôBi^lé rectoral ne serait plus donné à vie. Cette décision, éq^vàlaif'à une destitution; comme oan'en voulut j^s^£ a\î^i/ràir; ôTt invita Sturm à se démettre de ses foactio|is,'^ k^àt'éé de son âge.

-Sn voit combien, par ces faits mesquins, la querelle avait perdu en importance réelle. Au milieu même de Tatr deiir qu'elle excite, une controverse religieuse conserva' un intérêt supérieur qui manque aux débats où il ne s'agît^ plus ijiie de personnalités. Il faut plaindre Sturm, réduit dans ses vieux jours à se défendre pour garder son honneur et une position dans laquelle il avait rendu à Strasbourg de grand» services ; et on regrettera que le gouvernement de la cité n'ait pas mieux résisté aux théologiens, exclusifs qui l'entraînaient à leur suite. . ^-

Sturm était. décidé à ne pas donner sa démission, s^*^

' Suppliques présentées le 2 sept. 1581 , à la chambre des XV, par le notaire Marc Reuss , de Spire. — Sturm à Rèze , 30 juin 1583.

2 Sturm à Dasypode, 10 oct. 1581 ; — aux scolarques, 23 oct. 1581; — aux scolarques de Nuremberg et à Herdésianus, 17 oct. 1581. — Déclaration des scol. de Nuremberg, 13 nov. 1581.

honneur le lui commandait*. Rappelant avec un légitime orgueil ses services rendus à la République , il pouvait dire que ce serait une honte pour Strasbourg si celui que des hommes comme Bucer et Jacques Sturm avaient appelé au rectorat, devait être forcé, au terme de sa vie, à chercher à rétranger une retraite et une tombe*. Le 20 novembre, plusieurs sénateurs de ses amis présentèrent à leurs collègues un mémoire énergique , dans lequel ils firent ressortir ringratitude et l'injustice qu'il y aurait à destituer un homme dont la plupart des Slrasbourçeois avaient été les élèves, et surtout de le condamner sur la simple réquisition d'un prince étranger'. Le magistrat passa outre; le 7 décembre, deux de *ses membres annoncèrent au convént académique que Sturm était destitué « à cause de son grand âge et pour d'autres causes;:» ils demandèrent en outre une liste de trois candidats adonnés à la confession d'Augsboui^. Le doyen demande Tajournement, une affaire aussi grave ne devant pas être précipitée ; les délégués du magistrat et les scolarques insistent sur la désignation immédiate tles candidats ; plusieurs des professeurs protestent contre «l'ignominie» de pareils procédés et refusent de voter contre « leur ancien maître » ; mais la majorité l'emporte, et, après une délibération orageuse, on désigne trois candidats. Le magistrat nomme au rectorat Melchior Junius , professeur de rhétorique, qui, après avoir refusé longtemps de succéder à son vieil ami, n'accepte que pour empêcher la nomination d'un de ses adversaires. Ceux qui avaient protesté contre sa destitution , refusèrent de paraître à la séance solennelle , dans le chœur de l'église de Saint-

1 « Cœdar potius quàm cedam istis hypocritis. » A Gamaut, 1581 ; — au même, 13 août 1581, Neustadt.

2 sturm aux scolarques, 23 oct. 1581.

3 Ce mémoire fut remis par Jean-Charles Lorcher, Jean de Mundolsheim, Jean de Hohenburg , Paul Hochfelder.

Thomas , où le nouveau recteur fut présenté au corps âcâdéniique.

C'est ainsi qu'après plus de quarante ans de travaux utiles , le vieux recteur fut sacrifié aux rancunes de quelques hommes intolérants. Plus tard, quand les esprits furent devenus plus calmes , ses ennemis n'eurent plus le courage de se vanter de leur triomphe ; ils ne dirent plus que Sturm fut destitué, mais qu'on le délivra d'une charge devenue trop lourde pour lui*. Quant à lui-même, il ne l'envisagea pas à ce point de vue ; il trouva dans le décret du 18 novembre moins de sollicitude que de ressentiment- Aussi en appela-t-il au tribunal aulique de Spire , mettant ainsi son honneur et ses fonctions sous la sauvegarde impériale*. En outre, il intenta un procès à deux sénateurs, Lichtensteiger et Jacques de Molsheim , qui lui étaient personnellement hostiles et qu'il cita comme diffamateurs'. Toujours ardent a la controverse, il voulut se rendre à Neustadt pour y publier, à ses risques et périls , un nouveau traité contre Andréae et discutant à fond tous les sujets de la querelle* ; sur les instances de ses amis, il renonçîSi à ce projet, pour ne pas fournir à ses adversaires de nouveaux griefs.

Le tribunal aulique accueillit sa plainte comme fondée

\ * ..,quo onere lamen anno 158i liberatus est.* Fecht, Âpparatus, dans Bistotiàt ecctesiast. sœc. XVI supplem , p. 177.

' L'avocat de Sturm au magistrat, 27 nov. 1581. '

^ Sturm à son avocat Greisius , 4 juin 15S3; — à Bèze, 30 juin 1588.

-^ Ce tfaité devait être intitulé : Libri syndronici , et se conlposer dé quatre parties : l® Liber apotrepticus , de sex partibus primis formulas concordiœ ; 20 catecheticus , de cœnà Domini; 3° apodeicticus , de personà Christi : hypostaticus s. apophanticus prior^ de pefsonà Christi ; hypostaticus alter, auctoritates Patrum ; *<> anasceuasticus , contra auctoritates adversariorum, A Erastus, 24 févr. 1582. BibL de Zofmgué; — à Herdésianus, 17 oct. 1581; — à Zanchi, 1©^ févr. 1582; dans Zanchii Epp., T. n, p. 152,

surcequ*on l'avait destitué sans avoir entendu sa défenses . Le procès fut interminable. A tout moment, le magistrat de Strasbourg demanda des délais ou éluda les décisions du tribunal ; des deux côtés on produisit des mémoires volumineux , renouvelant, à propos d'une réclamation au sujet d'un déni de justice, toutes les accusations théologiques, et étalant devant une cour composée de catholiques toutes les misères des querelles intestines des protestants*. Les pasteurs, qui n'avaient aucune mission pour intervenir dans le procès , y apportèrent néanmoins le contingent de leurs rancunes ardentes; Pappus rédigea 53 articles'contre Sturm, le couvent ecclésiastique en imagina 103 ; l'avocat Gremp, jadis l'ami de Sturm, les porta jusqu'au chiffre de 272*. D'autre part, les scolarques, le doyen Beuther çt uile partie du corps' académique prirent sa défense; p.aru.i^ . mémoire envoyé à Spire, ils demandèrent qu'on lui laissât le rectorat à cause de « ses grands mérites*» . Sturm s'adressa au baron de Dietrichstein , président du tribunal , pour phtenir que, par un ordre de l'empereur, là sentence ne fut . pas constamment ajournée *. Mais ces lenteurs étaient trop

' Le 23 déc. 1581, le tribunal de Spire somme le magistrat de comparaîtra le 18 janv. 1582 pour se justifier.

5 Le 5 janv. 1582, Sturm envoie au prof. Dasypode et au jurisconsulte Lobéiius une Anahjsis rwgotii dissidiive sut cum Pappo et rtliqnis advertariis, dans laquelle il expose l'origine de la querelle à partir de. 1579; ils devront s*en servir pour sa défense à Spire, le 18 janv. — Le 9 févr.,le docteur Jean Stœcklé , avocat de Sturm , présente un long Libellas nnllUatis , prouvant la nullité du décret de destitution.

^ Ce^e collection de griefs est présentée, le 18 sept. 1583, par l'avocat du magistrat, Malachie de Rammingen. — Le 30 du même mois, Sturm. s'en plaint au magistrat; le 24 janv. 1584, son avocat présente une protestation, réfutée le 30 sept, par celui de la ville ; la réplique pour Sturm est soumise au tribunal le 14 mai 1585.

^ Mémoire envoyé à Spire, le 12 juin 1582.

^ Le 10 juill. 1582. Bibl. de Breslau. — Sturm fait la même demanda au baron de Rumph, premier chambellan de l'empereur, 11 juill. 1582. Ibid.

inhérentes à la jurisprudence du seizième siècle, pour que l'empereur lui-même eût pu accélérer les débats ; encore en 1587, le magistral soumit à la cour de Spire un factiim dilatoire. Lorsque Sturm mourut, le procès durait encore; lui mort, on ne s'en occupa plus.

, Dernière amiées de la vie de Sturm; sa mort. ^

Coriime Sturm ne reconnaissait pas la validité de sa des- . titutiôn, il continuait de se qualifier de recteur dans ses lettres et sur les titres de ses livres. 11 tenait au rectorat, parce que l'idée de se séparer du Gymnase et de l'académie lui paraissait insupportable. La prospérité de ces institatiôWs qu'il avait créées et dirigées, était le continuel objet désâ'sbllicitude; et, lorsque son influence se fut amoindrie et qu'aux yeux de beaucoup de gens il n'était plus qu-uii vieillard cassé par l'âge , s'étant survécu à lui-même et suspect d'hérésie , il s'occupait encore des moyens de donner à l'école de Strasbourg plus d'extension et plus de gloire. En 1580, il demanda qu'on complétât l'enseignement de la médecine par la nomination d'un professeur chargé de faire en hiver des cours sur l'anatomie et la matière^ médicale , en été sur la botanique, et toute l'année sur lès ouvrages de Galien*. Dans un discours de félicitation adressé la même année au chancelier Philippe de Ket- tenheim, il exprima des vœux qui, pour la plupart, furent

» sturm au scolarque Ch. Lorcher, 17 sept. 1580, Northeim.

206 CHAPITRE XYI.

réalisés dans la suite. Avant de mourir, dit-il , il prie Dieu de lui accorder de voir encore une salle de biblioUièque construite dans la partie supérieure du chœur du Temple- Neuf, et, au-dessous de cette salle, un auditoire spacieux et bien éclairé; de plus, il désire que l'empereur Rodolphe complète l'académie, en l'élevant au rang d'une université pourvue de toutes les facultés. Ce désir ne fut accompli que trente ans après sa mort, en 4621 , par Ferdinand IL Jusquelà, grâce à la puissante impulsion donnée à l'enseignement par Sturm , l'académie continua de rendre des services à la république et à l'Église de Strasbourg, bien que l'esprit fût moins libéral que jadis, et le nombre des élèves moins considérable.

Mais, pendant qu'elle fleurit*, son fondateur lutte contre la gêne où l'avait réduit son dévouement aux réfornjés de France. Beaucoup de ceux pour lesquels il avait engagé sa parole ayant été tués à la Saint-Barthéleray ou dans les guerres, c'est à Inique s'adressent les créanciers ; c'est lui qui fournit les intérêts pour les sommes que le princç dç Condé et d'autres devaient encore ; c'est lui qu'on menace de prison si le paiement se fait attendre *. Partout il chercha des secours; partout on lui fait des promesses, mais. personne ne lui tend une main assez ferme pour le retirer de ses embarras. En 1576, l'ambassadeur anglais auprès de la cour de France fait des démarches pour lui ; La Noue,

1 En 1578, il y a parmi les élèves du Gymnase et de Tacadémie près de deux cents nobles étrangers et plusieurs princes. Sturm à Jacq. de Bade, 5 déc. 1578 ; en tête de VOnomasticum de Gol.

2 Ses adversaires lui ayant reproché ses dettes , il répondit : a Crediiarem unum nomina , qui annos jam 46 uno nummo in hoc œre alieno fraudatum se a me vere possit dicere ; 46 enim annos et eo amplius in hac mise^ rià versor; unum creditorem produc , qui unius teruncii, m^à causa , et meo nomine jacturam fecisse jure conqueralur, tametsi gravissimis muris et versuris, tôt jam annos exhaurior.i» Antipappus IV, P. 3, p. 149. — V. surtout ses lettres à Baur, à Théoph. Gol, à Th. de Bèze.

DERNIÈRES ANNÉES DE LA VIE DE STURM ; SA MORT. Wl

Moirnay, le prince d'Orange , s'intéressenl à sa position^? Théodore de Béze écrit en sa faveur des lettres nombreuses ; le magistrat de Strasbourg , au moment même où il le destitue , ne peut s'empêcher de le recommander au prince de Cbndé et au roi de Navarre*. Lorsqu'en 4581 Henri III envoya des commissaires pour régler le paiement des 500,000 écus d'or promis au duc de Deux-Ponts et à ses troupes pour Texpédilion de 4576, Sturm, alors à Neustadt, pria Pierre Beuterich , le savant et intrépide conseiller de Casimir^ de faire qu'à cette occasion on songeât aussi à le payer lui-même*. Beuterich s'en chargea volontiers; mais, s'il obtînt quelque chose , ce ne furent aussi que des paroles sans effet. Ayant appris, en 4582, que le roi de France faisait renouveler son alliance avec les Suisses, Sturm fit, malgré ses soixante-quinze ans , un voyage à Berne pour solliciter l'intervention de cette république et celle deClairvaïit qu'il espérait y rencontrer*. Théodore de Bèze l'engagea à envoyer ses titres au synode convoqué pour le 34 mai â Saint- Jean-d'Angély**. Aucune de ces démarches h'à^nt eu un résultat, ses amis lui conseillèrent de publier ùii écrit; accompagné de tout le détail des comptes, pour nib!Atfer« l'ingratitude de ceux qu'il a secourus,» et pour sauvegarder les droits de ses héritiers ^ En4584, il s'adressa àli synode national de La Rochelle , et deux ans après à ce-

' L*archevêque de Canterbury lui fait écrire par Lewin qu'il s'intéresse à son affaire (25 août 1576, Londres ; dans les Zurich tel ter s , T. II, p. 169). — Si on n'obtient rien pour lui en France , le comte d'Oxford lui promet de le secourir (Lewin à Sturm, 8 sept. 1576, o. c, p. 173). — Sturm à Bèze, 21 mai 1579. Bibl. de Gotha ; — au prince d'Orange, 21 juill. 1582.

2 A Bèze, 27 oct. 1579. Bibl. de Gotha.

3 A Beuterich, 19 nov. 1581.

^11 alla à Berne, fm avril 1582, accompagné du secrétaire de l'académie Hugues Baur ; il fut de retour fm mai.

5 A Sturm, 12 mai 1582.

^Hug. Baur à Bèze, 21 juin 1582. ^ Sturm à Bèze, 30 juin 1583. Bibl de Gotha.

lui de Vitré en Bretagne ; le duc Casimir de Deux-Ponlset le magistrat de Strasbourg écrivirent pour lui i cette dernière assemblée ; elle trouva ses réclamations fondées , et le prince de Condé l'informa que Pajot, chargé des affaires financières des Églises , avait reçu l'ordre de le satisfaire ^ Mais il se berce d'un vain espoir ; ses instances auprès des chefs huguenots, des Suisses, de ses amis d'Angleterre, ne le font pas avancer d'un pas*. En 1584, le roi de Navarre et Condé l'invitent à présenter ses comptes à l'assemblée qui, en automne, doit se tenir à Montauban. Sturm, qui avait proposé comme arbitres de sa cause les consuls de Bâle et de Berne et le syndic Roset de Genève ', ne voit en cette invitation qu'un manque de confiance et un noii-i veau moyen d'ajournement. Cependant les princes intercèdent pour lui auprès de l'assemblée , Henri de Navarre promet même de compléter la somme au moyen dé seé propres fonds ; mais les députés des Églises y mettent àeê conditions qui ne laissent à Sturm que peu de chantesy malgré les sollicitations réitérées du duc Casimir et du tfi^' gistrat de Strasbourg*. Encore en 1588 Théodore de Bèîë lui promet d'employer son autorité sur l'assemblée convdquée à La Rochelle, pour obtenir une décision favorable 4 ses intérêts \ Ce n'est que plus de trente ans après sa mort, en 1622 , que la maison de Condé paya à ses héritiers le capital qui, avec les intérêts accumulés, s'étaitélevéàplus de 80,000 livres «.

' Au synode des Églises françaises, 31 mars 1581. Bibl. de Munich ; — à Bèze, 2â avril et 30 juin 1583. Bibl. de Gotha.

2 A Bèze, 6 nov. 1583. ibid. — 11 envoie Gamaut à Berne et à G«nève. A Musculus et à Bèze, 33 sept. 1583. Bibl. de Zofingueetde Gotha

3 Au même, 30 juin 1583.

^Au même, 29 juin et 5 déc. 1584. Bibl. de Gotha. — A Rod. Walther, 9 févr. 1585. Bibl. de Zurich. — Le mag. de Strasbourg au roi de Mavflire, 21 déc. 1584.

3 A sturm, 15 oct. 1588.

^ Le total était de 81,264 livres. Lelaboureur, Additions aux mémoires de

DERNIÈRES ANNÉES D^ hX VIE DE STURM ; SA MORT. 30ft

isQepiri&jdei^vfiooéeâ^.k malheureux recteur était oblig^^i ipmt i^«réer.;<le$ ressources, de recourir à ^(^ luoy^iia: Qiti;êH;i€^;iI^i'répiigueut à tout caractère généraux. Il 4erT qwiiitiît >d^ . avances au chapitre de Saint-Thomas , -où le mauYjUs ifQuloir de ses adversaires profitait de cette cir? Oil^lfMii^^ipo^i^Jui reprocher ses dettes; il dounaitengage à 4^ banquiers ses calices d'argent* ; il implorait quelques subventions de ses amis de Pologne , d'Angleterre , de Par; nemarc*.

Cependant ces soucis ne troublaient que par moments 1^ s^Béçûté et la vigueur de son esprit. Il se plaignait qu'obligé ^éoriipe lant.de .fois des comptes et des lettres d'affairegf, il glj^SIWstylerqfti. cessait d'être cicéronien^; ses dernievs; <^^^%^fi6urtaQt font voir que cette plainte n'était qu'unie g^si^^ei;il9.iQ plissa ses dernières années à sa campagne^ l^yieipn^ Pliait laquelle l'empereur Maximilien II lui avait §g|P|r^j.^^J.û^des immunités assez étendues^. Quoique n])^^^,f|^e4fLgQiUta. et presque aveugle, il profitait de ses liy^jfHPjQiUjÇif^çl^eyei: un travail qui, depuis de longues an- |}f$g,^a|^,V(Q3)^UJ(3t>iayori de ses rétlexions; c'est son traité î^W^ftîKH^Ï^rPî^^ïV^^^ i^s Turcs. Délivrer l'Europe delà préi- ^Sftfs^^l^^S'urcs était une des grandes préoccupations du

Casidnau. Brux. 1731, in-fol., T. I, p. 382. — V. aussi la lettre écrite le ib sept. 1^20 par le ma^. de Strasb. à celui de Berne , qui avait demandé des ftUsc^ements sur les dettes contractées par Sturm en faveur des Huguenots. Le mag. de Strasb. envoya à Berne des copies des mémoires adressés, en 1583 et 1588, au synode français et à Henri de Navarre.

» A Baur, 25 déc. 1574.

2 A Baur, 9 févr. 1583 ; — à Lewin, 2 avril 1583, - 3 Au'pwf. Tuppius, 1er avril 1582.

^ Privilège eu 15 oct. 1570 (Des Strassburger Gymnasii Jubelfest, Àppendix chronolog., p. 264). — La jouissance du privilège lui ayant attiré, dans le oommeneenient, quelques difficultés de la part des habitants de Nortbeim, Sturm les apaisa par sa bienveillance. -^ Avant d*avoir eu sa campagne de Northeim , il avait eu un jardin à Bischheim , près Strasbourg. Sa maison de Northeim fut saccagée en 1592 par des soldats lorrains.

210 CHAPITRE XYI.

seizième siècle; les savants, catholiques et prolestants, théologiens et littérateurs , dépensaient , pour traiter cette question , autant d'érudition que de rhétorique * ; dans l'Empire, elle était à l'ordre du jour de toutes les diètes. Pour Sturm , les Turcs étaient des barbares cruels , des ennemis implacables de la chrétienté ; plus haut déjà, nous avons parlé de son désir de voir s'unir contre eux tous les États de l'Occident, sans distinction de religion. Dès 4565 il eut l'intention de publier un ouvrage sur cette matière ; il demanda les avis de Ferrières, ambassadeur français à Venise, et du général impérial Lazare de Schwendi*, qui écrivit lui-même un traité sur la guerre contre les Turcs'; il pria Hugues Blotius , d'abord professeur d'éthique à Strasbourg, puis bibliothécaire impérial à Vienne, de lui communiquer le catalogue de tous les livres écrits sur la Turquie*. D'abord il voulait dédier son ouvrage, qui devait paraître sous forme de lettres , au roi de France qu'il exhortait à devenir un second Godefroi de Bouillon, en venant au secours de la chrétienté menacée*. 11 ne reprit ce travail qu'en 1572, après la victoire de don Juan d'Autriche et sur l'exhortation de l'empereur Maximilien II ^ ; quatre ans plus tard, il en soumit une partie au jugement de ses amis. Avant de continuer son ouvrage, il communiqua des copies de la partie achevée à quelques princes ^ ; l'électeur Auguste de Saxe lui en fit un grand éloge, disant que les militaires

' Érasme , Luther, Louis Vives , le cardinal Sadolet , Joachim Camérarius, Sambucus, etc., ont écrit sur la guerre contre les Turcs, î? sturm à N., lerjuill. 1565.

3 De bello contra Turcas gerendo. Nous n'en connaissons que le titre. ^ Blotius à Sturm , 1er mars 1576, de Vienne. Arch. de Cassel.

5 A Sébastien de l'Aubespine , 8 août 1565. - Au roi de France , s. d.

6 L'empereur lui-même fit exhorter Sturm à faire ce travail; v. la lettre de Georges Ilsung de Tratzberg, préfet de la Souabe, 3 juin 1572, Augsbourg; dans les Epistolœ de bello turcico.

7 A l'électeur de Saxe, 20 sept. 1577. Ibid.

sont souvent moins aptes à donner des conseils qu'à les exécuter, et que , dans des questions aussi graves , les avis de savants, étrangers au métier des armes, méritent d'être pris en considération autant que ceux des généraux*. Cependant Sturm ne publia pas encore son livre ; il voulait y ajouter une partie à laquelle il travaillait encore en 1584, mais que probablement il n'acheva pas*. Les trois premiers livres qu'on trouva dans ses papiers après sa mort, ne furent publiés que dix ans plus tard.

Ce curieux traité, connu à peine aujourd'hui de quelques bibliophiles , mérite de fixer un instant notre attention. Sturm y a déposé des vues qui, sans être toujours très -pratiques, n'en sont pas moins fort remarquables; tour à tour fondées sur une connaissance réelle de la situa- . tion des principaux États de l'Europe ou sur des réminiscences de l'histoire ancienne , elles présentent un singulier mélange de projets utiles et de fantaisies d'érudit ; les désirs du littérateur cicéronien s'y allient aux sages propositions de l'homme d'État. Les questions politiques et militaires avaient eu de tout temps un grand attrait pour l'esprit de Sturm , fécond en ressources. A l'époque de la guerre des princes protestants avec l'empereur, il avait rédigé un mémoire sur les moyens de relever leurs finances par des emprunts, afin de pouvoir mettre sur pied une armée permanente. Plus tard, il avait imaginé pour l'Angleterre un système politique et économique destiné à la mettre à l'abri de toute agression extérieure et de toute sédition civile '. Dans le traité sur la guerre contre les Turcs , il développe surtout son idée favorite d'une armée permanente; elle

* L*élecleur à sturm, idée. 1577, Dresde. Dans les Epistolœ de bello turcico.

-'A Henri Rudolf, 30 août 1584. Ibid.

3 11 a imaginé « quandam rationem » utile à l'Angleterre , mais qui « reliquis nationibusnilproderit.* Au landgrave Guillaume, 29 janv. 1570. Arch. de Cassel.

212 CHAPITRE XYI.

forme tout le pivot de ses plans. 11 faut des troupes pareilles, d'abord pour repousser les attaques sans cesse renouvelées des Turcs , puis pour garder les frontières de l'Europe chrétienne. L'idée d'avoir de grandes armées organiséres pour un long service étant encore assez nouvelle alors, Sturm l'appuie de l'exemple des Romains qui, dit-il, n'ont conquis le monde que par leurs légions permanentes. L'armée qu'il propose doit être composée de soldats de tous les États de l'Empire ; à cet effet , il faut que l'union se rétablisse entre les Églises par le moyen , si souvent indiqué par lui, d'un concile général et libre, préparé par des conférences officieuses. 11 faut ensuite relever l'esprit militaire qui , par les guerres civiles, est devenu un esprit de rapine et de révolte; le soldat, n'ayant plus ni foi ni patriotisme, s'attache au chef qui le paie le mieux et le quitte dès que manque la solde. Enfin, il faut créer de nouvelles ressources, les trésors étant partout épuisés par la dilapidation des princes, par les troubles^ continuels , par les trop grandes libéralités faites à l'Église. Voici le plan de Sturm pour organiser sa grande armée. Pour élever des chefs capables, il veut qu'on institue une académie militaire, ayant , outre les instructeurs du métier des armes et de la gymnastique, des professeurs de droit, d'histoire, de médecine, de littérature ancienne, de rhétorique et de dialectique ; les jeunes gens y entreront dès l'âge de douze ans, et s'y formeront par l'étude et par l'exercice à l'art et aux fatigues de la guerre. Cette «cohorte lettrée» donnera l'exemple du courage, de la discipline, du dévouement, de toutes les vertus antiques. Sturm attache une grande importance à cette idée; ill'appelle a delicium et dtclce decus meum.» L'armée elle-même devra être composée de légions, chacune de 10 cohortes ; la cohorte à 6 centuries , de 10 décuries chacune. Les chefs seront choisis de préférence parmi la noblesse ; mais , si l'on ne trouve pas un

nombre suffisant de gentilshommes capables , il ne faudra pas craindre de prendre « des hommes nouveaux.» Le choix des décurions ou sous-officiers est un des plus importants, à cause de leur influence directe sur le soldat pour tout ce qui concerne l'exercice et le maintien de la discipline. A chaque cohorte on attachera des ouvriers charpentiers,, serruriers, forgerons , maçons , terrassiers. Le recrutement se fera par les chefs. Quatre mois suffiront pour exercer la légion, conformément à l'avis de Végèce.

C'est ainsi qu'on formera 3 corps d'armée : le corps consulaire, composé de 2 légions, aura la garde des camps et les garnisons ; le corps royal, de 4 légions , commandé par le roi des Romains ou par son lieutenant , fera la guerre aux Turcs ; le corps impérial , de 6 légions , sera réuni seulement en cas de grande nécessité , si par exemple le sultan se jette avec toutes ses forces sur l'Occident; il sera sous les ordres de l'empereur ou d'un électeur délégué. A chaque légion est attaché un corps de cavalerie de 2000 chevaux ; chacune a , outre ses chefs ordinaires , un chef des camps, un des ouvriers et un des vivres.

La question des finances est la plus difficile , vu l'épuisement de tous les États. Cependant Sturm ne doute pas que chaque chrétien ne concoure volontiers à former un fonds, dans le seul but de délivrer. l'Europe de ses ennemis les plus barbares. Outre un impôt proportionnel à lever sur tous les habitants, depuis le prince jusqu'au cultivateur, il propose de réserver une partie des revenus des bénéfices ecclésiastiques, des clientèles et des fiefs vacants, et de décréter une contribution somptuaire sur les banquets publics et particuliers. On établira ainsi deux fiscs, l'un à la disposition de l'empereur, pour l'entretien des fortifications et pour les récompenses ; le second , confié aux commissaires des camps et des garnisons , pour la solde des troupes; dans une troisième caisse les soldats verseront

une partie de leur solde et de leur butin , pour l'enlrelien de leurs familles.

Enfin , Sturm émet l'idée féconde d'établir sur les frontières de la Turquie des camps retranchés, de partager aux soldats les terres environnantes pour les intéresser à la défense du sol , et de fonder ainsi des colonies militaires pouvant devenir un jour des villes florissantes. Il ajoute quelques principes sur la discipline ; il veut autant de garanties pour l'ordre que pour le soldat lui-même qui ne cesse , dit-il , de rester citoyen ; il demande un large système d'avancement et de récompenses, pour que «le défenseur de la patrie » ait un fruit de sa peine et reste plus longtemps attaché au drapeau confié à sa fidélité. Avec une armée ainsi organisée et disciplinée, Sturm ne craint plus les Turcs ; mais , à ses yeux , son système est aussi le seul assez efficace pour arrêter leurs conquêtes.

C'est par ces études militaire» que le vieux recteur charmait sa solitude à Northeim. Il les entremêlait de méditations religieuses qui , au seuil de la tombe , lui ouvraient la perspective de l'éternité. Son inébranlable confiance en Dieu répandait sur ses derniers jours cette sérénité grave, si touchante chez les vieillards pieux *. C'est dans ces pensées élevées et dans le sentiment de son innocence vis-à-vis des hommes, qu'il trouvait, .comme il écrivit à Grégoire Bersmann , recteur de Zerbst, sa meilleure consolation dans les misères dont l'accablaient ses ennemis*. Quoique marié pour la troisième fois , il était privé des joies de la famille ; les enfants qu'il avait eus étaient tous morts jeunes*. Sa

1 En 1583 , quelqu'un lui demanda un souvenir ; il lui écrivit ces lignes : • Ich wag's , Golt vermag*s. Longœ regum menus , sed Domininostri ut potcntior, sic longior.*

2 11 févr. 1581, dans Bersraanni Poemata, P. H, p. 279.

3 Sa seconde femme avait été Marguerite Wigand, belle-fille de Sapidus. — D'une note écrite de sa main , il résulte qu'il avait eu cinq enfants, dont aucun n'atteignit l'âge d'un an.

troisième femme, de la famille patricienne des Hohenburg, demeurait presque toujours en ville, dans l'antique maison de la prévôté de Saint-Thomas^ où la retenaient les soins de ses pensionnaires. Dans la bonne saison, le vieillard s'occupait de son jardin et de ses champs avec une attention qui ne dédaignait pas les moindres détails * ; il demandaitdes semences de plantes nouvelles au philosophe Ramus, au médecin Théodore Zwinger, de Baie' ; il se plaisait à soigner lui-même les ruches de ses abeilles; en même temps, la ruine de sa fortune l'obligeait à veiller à la vente exacte de ses légumes et à s'occuper des petits besoins de son ménage : il s'informe du prix des navets ou des fèves au marché de Strasbourg , il demande qu'on lui envoie de la bière, des harengs, du beurre salé, il veut savoir quel procédé on emploie en Normandie pour faire le cidre : le tout avec un sérieux qui nous ferait sourire , s'il ne fallait pas plaindre le vieux savant, qu'on prônait dans toute l'Europe comme le restaurateur du langage cicéronien, pendant qu'il était réduit à calculer ce que lui rapporteraient ses choux'. En hiver, pendant les longues soirées où l'affaiblissement de sa vue lui interdisait le travail, il écoutait des lectures ou aimait à se rappeler les souvenirs de sa patrie et de sa jeunesse , de ses courses dans les curieuses montagnes de l'Eifel , de la tendresse que lui avait témoignée la comtesse de Manderscheid , de ses jeux et de ses études avec les fils de cette femme distinguée*. Parfois

i A Baur, 4 juin 1579.

f A Zwinger, 8 mars 1570. Bibl. de Baie; — Ramus à Sturm, 1572, de Paris. — Il voulut se faire venir un jardinier de Paris (Jean Stadtfeld à Sturm, 15 juin. 1574, de Paris. Arch. de Cassel).

3ABaur, 25déc. 1574; août 1576; mai 1581 ; I3déc. 1582; janv 1583; — à Sébitz , 17 janv. 1583.

* « Horum cum in mentem venit^ magnamvoluptatem senexpercipio.., Patriœmeœ desiderium^ quod nunquam elanguit,.,* A Conon de Manderscheid , déc. 1568 ; dans les Epistolœ de morte Erasmi episcopi.

216 CHAPITRE XYI.

aussi il recevait les visites de ses amis de Strasbourg ou de ses admirateurs de l'étranger. De stature moyenne > d'un extérieur dont une barbe descendant jusque sur la poitrine rehaussait la gravité, le vieillard inspirait le respect à ses visiteurs, tandis que l'affabilité de ses manières et l'agrément de sa conversation lui conciliaient leur affection*. Parmi ceux qui lui étaient restés fidèles , il voyait le plus fréquemment à Northeim les professeurs de droit Laurent Tuppius et Obert Giphanius , le mathématicien Dasypode , le dialecticien Théophile Gol, le médecin Melchior Sébitz, ami et collaborateur de Jean Bauhin, le jurisconsulte Lobétius, Hugues Baur, secrétaire de l'académie, le syndic Paul Hochfelder, Hubert Languet, Gaspard Gamaut, et lejeune et savant agent d'Elisabeth, Philippe Sidney. En présence de ces hommes, la gaieté du vieillard se ranimait, et son esprit reprenait son ancien élan, bien que le manque d'argent l'empêchât d'exercer l'hospitalité aussi largement que dans ses temps meilleurs. «Je n'ai qu'un maigre repas à vous offrir, écrivit-il un jour à Baur, mais il me reste encore du bon vin; si nous mangerons mal, nous boirons bien *.»

Sa générosité ne s'était pas ressentie de cette gène ; il ne reculait pas devant les sacrifices quand il s'agissait de secourir un ami encore plus éprouvé que lui '. Aussi resta-t-

1 * Corpore fuit mediocriter procero, vegelo atque firmo j colore fusco vividoque, vuUu constanti et honesto, voce clarà et /squabili, incessu fa-cili , sed tardiusculo , prorsus in moribus amahilis pariter et venerandut^ in sermone gravis et comis. » Vita Sturmii, — « Fuit medioeriter proeeruSf fade fuscà etvividà, barbà nigrà^ in senectà totus canus,* Grusius, Annales Suevici. Francf. 1596, in-fol., T. II, p. 828.

2 « Bibemu» bene^ si maie edemus.* À Baur, 26 mai 1579.

3 Après la mort du prof. Sévénus , il se porte garant pour ses dettes et recommande sa veuve et ses enfants à R. Asham (!«' mai et 26 juill. 1568 ; dans Ashami Epp., p. 419, 420). — Gamaut étant mort, il prie Baur de se charger de la tutèle de sa fille , lui-même étant trop vieux et trop pauvre pour le faire (12 nov. 1584).

il cher à tous ceux que les rancunes dogmatiques n'avaient ipas encore éloignés de lui. Dans le chapitre de Saint- Thomas même , il avait encore une majorité d'amis et de disciples dévoués ; lorsqu'en 4584 et plus tard il demanda à être déchargé des fonctions de prévôt, le chapitre , moins ingrat que le corps pastoral et le magistrat, ne voulut pas qu'il perdît ce titre*.

La jeunesse , étrangère aux passions mesquines de ses adversaires , vénérait en lui le restaurateur des bonnes lettres et le champion infatigable des idées libérales ; le 9 mars 4581 , le jeune comte polonais Jean d'Ostrorog fit un discours public pour exprimer sa reconnaissance à l'académie de Strasbourg où il avait fait ses études ; il y dit, en parlant de Sturm : « C'est l'homme que la France contemple, que l'Italie admire, que l'Angleterre, l'Ecosse, le Danemarc, la Hongrie, la Bohême, entourent de respect et d'affection; c'est lui, dis-je, que tant de royaumes réclament; que l'Europe entière se dispute. Demandez aux jeunes gens laborieux des nations étrangères pourquoi ils ont entrepris les fatigues d'un long voyage , auquel jamais ils n'auraient songé? Ils diront que c'est pour voir Sturm et pour suivre ses leçons. Demandez-leur qui les a attirés? c'est Sturm, oui, c'est Sturm, répondront-ils tous. Quel bonheur pour moi d'avoir pu jouir de son aspect! plus heureux encore d'avoir pu entendre ses paroles ! Dieu veuille qu'on ne les ait pas entendues pour la dernière fois' ! »

^ sturm réitéra eette demande en 1585 et en 1586.

2 « Hune unum virum GalUa suspicit , hune miratttr Italia , hune colit Anglia , hufic Scotia diligit , hune Dania reveretur^ huno Ungaria observât t hune Boëmia veneratur, hune inquam tôt inelyta régna , hune denique Europa fere tota sibi amandum deposeit. Quatre , si plaeet , exterarum nationum studiosos juvenes , euius gratià , molestiam , de qua allas ne cogitassent quidem, longi itineris susceperint ? dicent Sturmii Interroga Ungaros, Gallos, DanoSj Polonos, Boëmos, aut altos quos voles f euius hue se contulerint gratià? Sturmii, Sturmii inquam respon-

De l'étranger lui arrivaient fréquemment des marques de bienveillance et de haute estime; en 1578, Nicolas Reussner, recteur du Gymnase de Lauingen et plus tard professeur de droit à Strasbourg, et Georges Calaminus, ancien élève de Slurm et professeur au Gymnase de Linz, saluèrent l'anniversaire de sa naissance par des poésies latines * ; Théodore de Bèze l'aidait de ses conseils et soutenait son courage ; le landgrave Guillaume de Hesse lui conservait une sympathie à toute épreuve*. Un jeune savant de la Thuringe lui demanda la permission de publier une collection de ses lettres , si curieuses pour l'histoire du seizième siècle' ; le sénateur Henri Stroband, deThorn , en Prusse, fit réimprimer ses principaux traités sur l'organisation des écoles , avec une lettre où le recteur et les professeurs de cette ville lui exprimèrent une admiration sanctionnée par

debunt omnes... O me felicem^ qui in conspectum tuum venerim; feliciorem, qui cygneam tuam (sed utinam nondum cygneam) vocem audiveriml» Oratio Joh. comitisab Ostrorog, etc., recitata cum discessurus' Argentinà publiée academiœ.,. valediceret, Strasb. 1581, in-4o. — La même année, rétudiani Barthélémy Ghéricus , de la Saxe , publia en l'honneur de Sturm une pièce de vers ; Acron , ecloga in honorem^ D, Jo. Slurmii communié prœceptoris. S. 1. (Strasb.), 1581 , in-i». — Dans le Carmen iambicum de G. Fabricio de Paul Cherlerus , il y a un long passage sur l'éloge de Sturm, à la suite de Fabricius , Commentarius in poetarum veterum ecclesict$t, opéra. Bâle 1562, in-4o.

' Epigrammata ad clariss. virum Jo, Sturmium, Strasb., Nie. Wyriot, 1579, in-4.0.

2 Lorsqu'en 1588 Paul Hochfelder, syndic de Strasbourg et parent de Sturm, dîna un jour à Cassai chez le landgrave Guillaume, celui-ci lui demanda si Sturm « nunc quietus esset a theologorum rixis; • il répondit : «tp«o propter œtatem et imbecillitatcm tacente^ adversarios etiam ta/cere; quœrenti quemnam haberemus theologum prœcipuum , respondi D, Pappum , prœcipuum D. Sturmii antagonistam ; ad hoc Princeps : O Gott , o Gott, wie ist man mit dem mann umgangen.m Hochfelder à J. Lobétius , 12 sept. 1588, de Cassel; chez Mieg, Monumenta pietatis et literaria, P. II, p. 99.

3 Sturm s'opposa à cette demande, disant que ses lettres ne valaient pas la peine d'être imprimées. A Rudolf, 30 août 1584; dans les Epistolœ de bello turcico.

la postérité*. En 1584, Jean-Jacques Grynéus, professeur à Bâle, écrivit au comte Georges de Witgenstein : «du nombre des héros de Tàge d'or de TÉglise renaissante, il ne reste plus que le seul Jean Sturm ; les vertus et les mérites de ce noble vieillard sont dignes de notre vénération et de toute notre gratitude*.» Le duc Casimir, étant devenu administrateur du Palalinat après la mort de Télecteur Louis en 1583, offrit à son vieil ami une chaire à Heidelberg *; les infirmités de Tàge ne permirent plus à Sturm de l'accepter, de même qu'elles l'empêchèrent de chercher, pour le reste de sa vie , un asile en Angleterre*.

Sturm mourut à Strasbourg, Ie3marsl589, âgéde quatrevingt-deux ans , après avoir servi l'école de sa patrie adoptive pendant un demi-siècle ^. 11 fut enterré au cimetière de Saint- Gall , où, selon l'usage de la ville , on déposait les restes des hommes les plus distingués®. Le 31 du même mois , à l'occasion des promotions scolaires de Pâques , on célébra en son honneur une solennité académique ; le recteur Melchior Junius y prononça son éloge funèbre, en présence du magistrat, du corps académique, des pasteurs, des élèves et d'un grand concours de citoyens. Des vers furent composés pour louer ses mérites par plusieurs de ses anciens collègues , par le recteur de l'académie de Heidelberg , par

J InstituUones literatœ. Thorn 1586, in-4o, T. I.

^ ttSolus hic vir superest^ ex aurei illius œvi heroibus Reipublicœ etEc^ clesiœ effiorescmlis , qui quidem clari fuerunt, Erasmi, OEcolampadii, Lutheri, Melanchthonis , ViviSt Budœi^ tempore; ac proinde virtuti et meritis illius gravi*$imi senis, juata debetur veneratio et gratitudo.n Grynœi Epistolœ, Offenbach 161â, p. 146.

3 Daniel Tossanusà Grynœus, chez Melch. Adam, Vilœ theolog.y p. k\k.

* Jean Harmar à Grég. Bersmann, 13 janv. 1582, de Genève. Bersmanni Poemata, P. II, p. 303.

^ Chronique ms. de Biihler et Bericht von der strassb, Kirchenordnung, p. 191. L'inscription sur le portrait de Sturm par T. Stimmer porte: aObiit Argent, a, iS89 die 3 Martii circa diluculum,})

6 Vita Sturmii. — Crusius, Annales Suev.^ T. II, p. 828.

Théodore de Bèze et par Henri Estienne , par des étudiants originaires de la Silésie, de la Hongrie, de la Pologne. Le recueil en fut dédié à la reine Elisabeth,, la constante protectrice de Sturm *. En inscrivant sa mort dans les protocoles du chapitre de Saint-Thomas, Théophile Gol le qualifia de père de l'académie et rappela ses «nombreux et éminents services rendus au chapitre , à l'école et à toute la République*.» Les haines cessèrent; les partis s'unirent pour ne plus voir en Sturm qu'un des créateurs de la pédagogie protestante et l-'organisateur à jamais illustre du Gymnase et de l'académie de notre ville'.

I L'auteur du recueil est Phil. Glaser, prof, de grec à l'académie : Manet Sturmiani, sive epicedia scripta in obitum summi viri D Joh. Sturmii, unà cum parenlalus eidem memoriœ et gratitudinis ergo faetis a diversis àmicis atqve discipulis. Strasb. 1590, in-S». Le volume contient un portrait de Sturm et une belle gravure représentant son cénotaphe. — V. aussi des vers sur Sturm , adressés à Tidemann Gisius , chez Fecht, fJistoriœ ecclesiast. XVI sœc, supplem. , p. 878 ; d'autres encore se trouvent chez Verheiden, /ma^me*, p. 99, 102. Etc.

' « Clatissitnvs v»r, coUegii nosiriprcBpositvs, etAeademiœ Argenanensis parens atque rector.,, Plurima et mcucima mérita in collegium, schçlam atque totam hanc Rempublicam.»

♦^ Lorsqu'en 1638 on célébra la première fête séculaire de l'établissement du Gymnase, tous les orateurs furent unanimes pour faire l'éloge de Sturm. Samuel Gloner, précepteur de sixième et poëte lauréat , récita un oarmen Sixculare rappelant , sous des formes pédantesques et mythologiques , les mérites des fondateurs du Gymnase et surtout ceux de Sturm ; le recteur Melchior Sébitz , professeur de médecine, et Jean- Henri Bœcler, professeur d'éloquence , les vantèrent dans leurs discours ; Jean Schmidt , président du eoAvent ecclésiastique, appela Sturm, dans un de ses sennons, «un homme ilhistre et excellent.» Tous eurent le bon goût de se taire sur ses querelles dogmatiques. V. Des strassburgischen Gymnasii christliches Jubelfest. Strasb. 1641, in-4o.

l'instruction publique en ALLEMAGNE, ETC. 224

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