OUPITREV
tion.d'aulres expressions , par l'abréviatiosk)! enioonclensaal «l^s senteiiioe^» ou en en retranchant une partie* Quelquefois rimitation littérale est elle*même: permise; elle peut donner par moments plus de vigueur ou d'élégaukoe au style. Sturm fit des cours publics sur son livre de l'ioaitation oratoire ; les mêmes principes devaient sans doute: servir de base à un ouvrage sur la manière de parler > et d'écrire le latin ^ qu'il avait entrepris dès 1538 et qui devait forqier en quelque sorte le complément de son traité jDeamwàdicendiratione. Il y travailla pendant une ^ériedlani^ées, mais ne l'acheva point, cj;aignant de ne pas lui dK3Jinec )assez de perfection*. Il paraît qu'on en trouva des fragmente après sa mort*; nous ignorons ce qu'ils sont devei^ua. Dans; ses cours sur les orateurs, il les interprétait-de préiféceiiee dans le but de montrer comment il fallait les imûberi. U les analysait au point de vue des préceptes rhétoriques etidiat-..» lectiques ; après avoir dépouillé une période de ses ornements, pour en tirer «la proposition nue,». il exp)llqi:iail>j«es ornements eux-mêmes en en indiquant la portée et le sens ;il faisait ressortir la valeur des arguments et décomjiosait les raisonnements, en ramenant tout aux principes dç. la théorie'. Son explication des orateurs n'était ainsi. qu'une
' De ratione latine loquendi atque scribeiidi lihrilV. Dé'ùitiissà dicendi ratione, p. 49, 50. — A R. Asham, 5 sept. ISSO ; dans Ashami JBpp., p. 25. — En 1567, Val. Erylhrœus dît, dans sa préface à son traité De elo^ cutione (Strasb., in-8o), qu'il publiera dix livres Sturrritanàrum anndtatîonum atque observationum prœcipuorum locàtum dôctrina do'tendi. Est-èé là l'ouvrage dont parle Sturm ? et cela a-t-il paru? ■
2Melch. Junius, O ratio de vità J. St. y dans les Mânes Sturmiani. — hericht von der strassb, Kirchenordnung, p. 185.
3 Dans ses leçons sur des auteurs anciens , « artificium Thetorieum, eonsti^ tutionem et cohœrentiam orationis , quœstionum et dialogorum requisita et ornamenla, analysis prœceptorum dialecticorum et argumentorum connexioneSy vocabulorum proprietates in disputationibus observandas , soins fere.., tractofidi rationem indicavit, explicavit, demonstravit , ut mérita magni tum a philosopkis tum philologis facienda sint,n Préface de Jean Lobart à son édit. des leçons de Sturm sur la Ir* Tusculane , 1575.
rbétopique appliquée, dans l'inlérêlde l'imitation oratoire. C^tte imitation avait des adversaires même parmi les hnmanigtes; on lui reprochait d'être stérile en résultats et d'asservir la nature. Érasme poursuivait de ses railleries mordantes «le paganisme» de ces «singes de Cicéron,» qui le trouvaient moins dur d'être appelés hérétiques que de n'être pas appelés cicéroniens * ; et Henri Estienne se n>oquait des «fanatiques qui n'osaient pas s'écarter de la largeur de leur ongle du langage de Cicéron , ni ouvrir la bouche de peur d'en laisser sortir un latin suspect*. )> Sturm et «es partisans avaient beau dire que , s'opposer à l'imitation, c'était fuir le travail et mépriser l'art'; ils avaient beau critiquer les ultra- cicéroniens, comme ils appelaient Longueil et ses admirateurs*, ou blâmer les Italiens qui avaieât introduit jusque dans la théologie une terminologie païenne % leur propre principe, contenant le germe des
^ 'BiàlQ^its 'Cicèf-onianUs ^ p. 267. — : A Jean Vergara, 2 sept. 1527; m £'l?i^^. Bâle 1538, in-fol., p. 709. — « Juvenis : Decem iam annos œtatem irifj}in Çiççrone. Echo : ove» {a$iné), Colloquia famil. Anvei:s 1641, in-8». p. 547.
^'Psèudo Cicero. S. 1., 1567, in-8o NizoUodidascalus. S. 1., 1578, in-S*».
5'^'JVdh desunt, qui docH et prudentes videri volunt, qui imitationemt velnufl^m ess^.putant, vel nihil prorsus œitimanl , tel omnem texnere permissent t vel eam totam^ quœcunque sit , cuiuscunque sit , ut servilem et puerilem répudiant, Sed hi sunt et inertes et imperiti, laborem [ugiuntt artem nesciunt. Qui cum naturœ omnia, falso iudicio tribuunt, eandem tamenyOptimissuisprœsidiis iniquo consilio spoliant. Et ressemper con" iungendaSf magnà temeritatef extremà imprudentià distrahunt, Artis enim et naturœ dissidium faciunt , quicunque casu , non delectu , fortuite non observatione , in Uterarum studiis versantur.n R. Asham à Sturm, 1568; .dans Ashaml Epp,, p. 8.
-* Sturm à Guill., duc de Juliers, en tète du 1^' vol. des discours de Cicéron.-
^ a Velim adolescentes ex his libris ad nostram religionem rerum verba formasque deportare , qua in re opus est et monstratore et judicio, itali enim quidam nimis pueriliter id sunt conati , et paucissimi sunt qui non multum peccarint ; ne Sadoletus quidem multis satisfecit ^ tametsi princeps in eo génère , meo quidem judicio ^ extiterit, in his qui de religions
mêmes résultats, était exposé aux mêmes objections. Les moyens mécaniques, destinés à dissimuler artificiellement l'imitation, devaient enchaîner la liberté des orateurs et arrêter leur inspiration au lieu de la nourrir et de Taugraenter. La spontanéité étant entravée, les hommes qui n'avaient pas comme Sturm le talent de briser la règle tout en croyant s'y soumettre, restaient des copistes serviles; plus libres, ils se seraient peut-être élevés plus haut. Ailleurs, en Saxe par exemple, les réformateurs des écoles prétendaient que les langues anciennes ne devaieAt être étudiées qu'au point de vue de l'utilité pour la théologie ; sous ce rapport, ces hommes distingués n'étaient pas moins exclusifs que Sturm et les cicéroniens de la Renaissance. ^Les uns et les autres voulaient qu'on n'apprit le latin et le grec que comme langiies, les premiers pour mieux comprendre le Nouveau Testament et les Pères, les autres pour rétablir une élocution et un style plus purs. Au seizième siècle, l'idée ne s'était pas encore fait jour qu'abstraction faite de tous les usages secondaires, les classiques doivent être lus pour eux-mêmes, autant pour connaître la civilisation de l'ancien monde que pour former le jugement et le goût.
On se demande naturellement quel rôle était assigné an grec dans cette instruction si exclusivement latine? Sturm, il est vrai , a fait beaucoup pour la propagation de la. littérature grecque en Allemagne, où, dans les premiers temps de la Renaissance, elle n'était encore envisagée que comme une chose assez accessoire. 11 a donné dans son programme scolaire une large place à l'interprétation des poètes et des historiens grecs ; il expliquait lui-même Platon , Aristote , Démosthènes, Eschine, Hermogènes; mais cette étude n'é-
• scripserunt in lialià : quo fit ut verear^ si temere adhibeantur, ineptus fiât ornatus, qui cum non decet, deformis est et barharà tractatione turpior.x Sturm à Jean Boner, 15 H, en tête du 2* vol. des œuvres philos, de Cicéron.
lait qu'un moyen de plus de renforcer celle de la langue latine : Platon servait à l'exposition des préceptes dialectiques; l'analyse des orateurs et des autres écrivains, faite au seul point de vue rhétorique, ne devait que fournir des leçons et des exemples applicables au discours latin *.
Enfin , que faisait Sturm pour la langue maternelle? Rien ou presque rien. Lui qui déplorait le sort fâcheux des enfants de son époque, qui ne pouvaient pas apprendre, comme les jeunes Romains, le latin dès leur premier âge, ne pouvait pas manifester une vive sollicitude pour l'étude des langues modernes. 11 admirait, il est vrai, le langage des poètes de l'Italie, des historiens de la France, et surtout celui de Luther ; aucun peintre , disait-il , n'a jamais surpassé Appelles, aucun écrivain ne surpassera Luther, le traducteur de la Bible*. Toutefois, cette admiration de ce
1 sturm publia le Gorgias , l'Apologie de Socrate et le Criton, avec une préface exposant sommairement la méthode suivie par Socrate dans ses dialogues, et les. principes dialectiques d'Aristole, 1541. En 1550, il publia les deux discours d'Eschine et de Démosthènes qu'il dédia à l'évêque Pflug. R. Asham l'avait engagé à les dédier à Jeanne Gray, « tui semper et tuorum studiosissimà,* 1551, 21 août; Ashami Bpp., p. 42.
2 a Annon solutam orationem ita tractavU Boccatius , ut exe mplo sitpuritatis et stmvUatis in animis omnium Italorum , qui ingenio valent ? in aslrictà verô et numéro poetico , nonne idem Franciscus Petrarcha apud suos est assecutus ? Apud Gallos tam Philippus Cominœus magis placet lectoribits historiarumy quàm Grœcis et Atkeniensihus placuit Thucydides. Lvtherus annon quasi magister exlitit nostri sermonis , sive puritatem cçnsideres , sive copiam '/ Principum consilia , civitatum iudicia , scribœ omnes , omnes legati ac jureconsulti Germaniœ hanc laudem homini tribuunt tkeologo. Causam certe ipse défendit et iustam et necessariam^ quœ per se meretur victoriam , sed certe oratoriis lacertis sua misit tela argumentorum. Si hme religionis restitutio non esset , si nullœ conçûmes eius extitissentt sinihil scripsisset aliud quàm ea qttœ in vetere et novo Testamento translata divulgavit , tamen summa eius et perpétua in hoc labore deberet extate gloria. Sienim huius germanicœ translationi cœterœ Grœcorum , Latinorum aliorumque comparentur, cedere cogentur perspiouitate , puritate , proprietate , similitudine hebraicœ originis. Credo ut Appellem nemo legitur pictorum superasse : ita ne scriptorum quidem quisquam Lutheri conversionem poterit vincere. » De exercitat, rhetoricis.
284 CHAPITRE Y.; i;
que des honames de génie avaient pu faire de&lanpies mo^ dernes, ne Tempèchait pas de ne rêver que la restauiration d'une langue morte. La religion elle-même devait être; enseignée en latin ; dans ses premières années seulement, l'enfant apprenait le catéchisme dans sa langue maternelle; dès qu'il commençait à comprendre le latin, on lui remet* tail un catéchisme latin ; les prières et les cantiques en classe étaient en latin ; ils servaient de moyens de mieux façonner les esprits au culte de cet idiome. On s'étonne après cela de voir Sturm écrire une préface pour une des premières grammaires allemandes connues^ et ifaire une déclaration en faveur de l'enseignement des langues jskh dernes * : pour les besoins de la vie, dit-il, et surtout pour ceux de la diplomatie, il est nécessaire d'apprendre ces langues ; il trouve même qu'elles se prêtent à l'éloquence et à la poésie , qu'elles sont susceptibles de la richesse, de l'élégance, de l'harmonie du latin et du grec. Si, au lieu de n'être qu'un mouvement passager, cette idée avait été chez Sturm une conviction profonde , ce connaisseur éminent des beautés de la littérature classique aurait appliqué son talent et son savoir au développement des langues mo»dernes ; il aurait donné au moins dans le prograntme de son école une place quelconqueàl'enseignementdes idiomes maternels de ses élèves, au lieu de l'abandonner au hasard des goûts ou des besoins individuels. Ne pouvant pas se refuser à l'évidence des nécessités pratiques , il faisait réciter par les élèves, avec toute la solennité du Forum romain ^ des discours de Cicéron traduits en allemand *. Mais, comme au Gymnase il n'y avait pas de leçons spéciales de langue vulgaire, et que les jeunes gens devaient se contenter des notions apprises sommairement dans les écoles allemandes
1 OElinger, Underrichtder hochteutschen Sprach., 1574; préface de Sturm à Conr. Preslausky, 27 août 1673.
2 De easercitat. rhetor.
avanMeur adiïlissiofl à Técole laline^ leiir style allemiand restaitincorrect et lourd ; si Ton y remarquait une influence de la rhétorique ancienne, ce n'était ni par l'élégance ni par ■ l'harmonie , c'était uniquement par la présence d'expressions latines remplissant lés lacunes pour lesquelles les érudils d'alors trouvaient leur propre langue insuflS^ santé. On n'a qu'à lire ce que Sturm lui-même a écrit en allemand; cela manque à la fois de la gravité et de la grâce qui sont propres à sa diction latine ; c'est cet allemand pédant et^ incolore qui avait remplacé le frais et vif langage de Luther^ et auquel il fallut bien du temps encore pour reprendre! ses alliires plus indépendantes.
' * ' ■ ' • ' Organisation de Vinstnictimi publique,
"Pftns: ses idées sur l'organisation de l'instruction secondaire, Sturm partait du principe de l'enchaînement progresS'iff des classes. Peu observé dans les premières écoles de' la Renaissance , ce principe fut réalisé par le recteur de Strasbourg av^c autant de fermeté que de tact. Voici , d'après-son livre De literarumhidis recte aperiendis, le plan d'étudefe qu'il introduisit au Gymnase dès 1538. Il base la division des classes sur le besoin d'enseigner progressivement la kngue latine ; elle doit s'adapter à là division des qualités du discours ; ce principe est rationnel en soi, mais au seizième siècle on l'exagérait par l'importance trop exclusive accordée à la pratique du langage latin. Le discours; dit Sturm , doit être avant tout pur, corfect, clair, puis élégant et orné, enfin convenable aux idées que l'on veut exprimer. La pureté, la clarté, l'élégance même, sont indis-
pensables à tout le monde; la convenance, qui donne lieu aux différents genres de style et surtout aux différents genres oratoires, est moins généralement nécessaire et exige des études spéciales. Il y aura donc, selon Sturm, deux divisions principales : les leçons nécessaires à. tous les élèves, et les leçons plus spéciales et plus élevées, les cours publics ; les premières exigent neuf ans, les autres cinq ; les premières sont réparties en neuf classes, dont sept sont consacrées à apprendre aux élèves la pureté et la clarté de la langue latine , et les deux dernières à les former à l'élégance du style. Dans ces neuf années, les élèves ne doivent être façonnés qu'au maniement de l'instrument; les connaissances elles-mêmes ne leur sont communiquées que dans les cinq années de cours publics. Dans l'oi^igine, Sturm avait cru pouvoir se contenter de six classes de langue , de même qu'à Liège il n'y en avait eu que six ; mais il ne tarda pas à se persuader que , pour ne pas trop précipiter l'en-. seignement, ce nombre ne suffisait pas; il établît donc neuf classes ; plus tard il y en eut même dix.
En neuvième , les élèves , qui y entrent à l'âge de cinq à sept ans, apprennent à lire et à écrire; on doit déjà veiller à la pureté de la prononciation, afin de former l'organe des futurs orateurs ; surtout on doit apprendre aux élèves un certain nombre de mots , pour qu'ils commencent à acquérir une copia verborum qu'ils enrichiront à mesure qu'ils passeront dans d'autres classes; on doit leur communiquer les éléments des déclinaisons et des conjugaisons, et les conduire au point qu'on puisse lire avec eux quelques lettres faciles de Cicéron , comme celles à sa femme Terentia ou à l'affranchi Tiro ; Sturm ne connaît rien de mieux à mettre entre les mains des élèves de la neuvième. En huitième, pendant les six premiers mois, on fait de la grammaire, mais encore sans les difficultés et les exceptions, et on explique des égloguesdeVirgileetdes lettres de Cicéron,
ORGANISATION DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE. 287
au point de vue de Tanalyse grammaticale. Pendant les six derniers mois on donne aux élèves les règles de la syntaxe, en continuant l'explication de Virgile et de Cicéron, et on les habitue à mettre en latin des sentences faciles.
En septième , après la répétition de la grammaire , on commence Texposilion, des règles de la prosodie, on explique les traités de Cicéron De amiciiià et De senectuie , rÉnéide et des morceaux choisis d'Horace, de Catulle et de Tibulle ; on faft des rédactions , en ayant soin de prendre Cicéron pour type et de rejeter toute expression ou tournure qui ne se trouverait pas chez lui.
Ces trois classes, dit Sturm, ont besoin de beaucoup d'exercices de mémoire et de répétitions fréquentes ; nonseulement les règles , mais aussi des morceaux de Cicéron et de Virgile doivent être appris par cœur. Dans l'explication des auteurs , les maîtres se borneront à ce que les élèves pourront comprendre ; ils se garderont de cette vanité trop fréquente chez les professeurs, de vouloir enseigner tout ce qu'ils savent, quand même cela dépasserait l'horizon intellectuel de leurs disciples.
Après avoir appris dans ces trois classes les principes de la pureté et de la clarté du style latin, les exercices deviennent en sixième plus fréquents et plus difficiles ; l'explication de Cicéron et de Virgile est continuée; on y ajoute celle de César qui, selon Sturm , est plus orateur qu'historien, et celle deTérence, dont l'étude lui paraît la plus utile après celle de Cicéron, pour former la jeunesse à la conversation latine. L'enseignement du grec commence en cinquième ; le premier semestre est consacré à la grammaire, le second à l'explication d'Ésope, suivie de celle des Olynthiennes de Démosthènes. La lecture des auteurs latins, les exercices de rédaction et de récitation se continuent *en cette classe, où Ton donne aussi les premiers éléments des préceptes rhétoriques. A partir de la quatrième, le grec
288 cfFArtTRE yf.
et le latin marefaent de pair, Démosftènea avëc'CîcW^, Homère avec Virgile; on commence la théorie désWSicments du style ; on interprète des traités rhétoriques 'lîfeCScéron et d'Hermogènes, on analyse les orateurs parrappolrt aux expressions dont ils se servent, el on explique Salîtrsfe et Plaute. En troisième, la dialectique vient se joindre à la rhétorifpie par le moyen de l'explication d'Aristote ; on interprète et on analyse à ce point de vue quelques dîecônrs de Démosthènes et d'Eschine. La théorie des ornemente au style est achevée en seconde, où Ton commencé cellraés différents genres oratoires ; Tétude des traités d'Arisftrte'èt de Cicéron et celle de quelques dialogues de Platon fonàent la matière principale de renseignement dads cette' tilassï, où les élèves font en outre de nombreux exercices dé stjtt. En première enfin, où les leçons sur l'art de lajmréîè'Sént résumées et terminées, on donne aux élèves'qiïeltjàëS dotions d'arithmétique et d'astronomie, et on fetlr'eiîseîêffle la géographie ancienne d'après Pomponius Mëfa!'"^ '""^ '"*'
L'instruction religieuse doit être conduite au poiirtqtFtA sortant de première, les élèves connaissent Thîsffrti^ ffe Jésus-Christ et des apôtres et les principaux faîfe <ïé^1**iicien Testament, ainsi que les dogmes et les préceplés'ihoraux de l'Église protestante. En neuvième, ori'lëur'éiisei|fie le catéchisme en allemand ; en huitième, septième etsixlètie, en latin ; à parth- de la cinquième , on Ht des pàrtiès"(i\i Nouveau Testament en grec ; en secondé et en prèmière,*tm apprend la grammaire hébraïque el on lit quelques dHipitres de Moïse. ' ' -
S'étant aperçu plus tard que ce programme primitif était insuffisant pour faire revivre l'usage du latin classique, Sturm songea à renforcer les leçons et les exercices de cette langue. Dans ses Lettres classiques, publiées en 4565, il modifia le plan d'études de manière que les élèves pussent acquérir de bonne heure une plus grande copia verborum,
ORGANISATIOri DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 289
Mre des progrès plus rapides en grammaire, en rhétorique et en dialectique, lire un plus grand nombre de poètes y d'historiens et d'orateurs, et s'exercer plus souvent aU; discours et au dialogue, en récitant des morceaux de Cicéron et en représentant des comédies de Piaule et de Térence. Quelques années auparavant déjà, il avait ajouté au Gymnase une dixième classe , la ueuvième n'ayant pas suffi pour apprendre aux élèves en un an à lire et à écrire le latin et pour imprimer à leur mémoire , outre les déclinaisons et les conjugaisons régulières, un certain nombre de mots de l'usage journalier de la vie.
Par tout ce programme, Sturm impose à chaque professeur une tâche déterminée; mais , au-dessus de cette mission spéciale de chacun, il y a un but commun, auquel doivent concourir les études les plus diverses el les efforts ..d^ tous. Pour que l'enseignement profite, dit-il, chaque ,paitre doit regarder à la classe qui est au-dessus et à celle qui est au-dessous de la sienne ; il doit connaître le pro- ^4ilioie général, tout en se conformant rigoureusement à la Ucbe particulière dont il est chargé dans l'ensemble organique de l'école. 11 y a des succès plus réels quand les maîtres, se soumettant à un ordre régulier, renoncent à cette fausse ambition qui les porte parfois à anticiper dans leurs leçons sur ce qui ne peut être traité avec fruit que 4ans,des classes supérieures. Sturm revient fréquemment .^ur ce principe pédagogique si essentiel : «que les professe,urs sachent, dit-il, que, s'ils négligent de l'observer, ils manquent à un de leurs plus grands devoirs *.» Cependant
' De liter. ludis , p. 150. « Poetœ Janum faciunt hifrontem ; nos in
hiêce scholis non monstrosum volumus esse prœceptoris vullum ; sed duobus oeulis contenu j postulamus ut altéra oculo inferiores ordines intueaiw, et videat quid ibipueri didicerint , memoriœ mandarint, scripserint ; altero auteni longiut prospiciat , atque provideat quid in superioribus doceatur, ut ad illarum rationem, suà industrie in $uo ordine viam ster-
290 chàpitrsvi.
il ne croit pas qu'il faille prescrire miauUausement à cbafue! maître les moindres détails de ses leçons, comme on r*a^ tenté depuis. Persuadé que, dans le cadre même de sa méthode, il fallait laisser de l'espace pour la liberté individuelle^ il s'en rapportait pour l'exécution au zèle inielli-^ gent des professeurs ; s'il fallait les stimuler, des conférences auxquelles tous assistaient pour donner libirement leur avis, lui paraissaient un moyen plus digne du corps ensat-: gnant que l'intervention d'une autorité qui , sous le prè*texte de veiller à tout, ne permettrait aucun mouyemeni qu'elle n'aurait ni prévu ni réglementé*. -;:,
Ce qui a été dit jusque-là se rapporte principatement à l'enseignement secondaire. Après cette instruction., tonte? latine et ne formant que le langage, quoique marobant^de pair avec l'éducation morale et religieuse, commençaîeoA les études supérieures , destinées à donner les co&siaâasaaees : réelles , dont on enseignait à peine les élémeals dans- tosl classes les plus élevées du Gymnase. En sortant d^Upm^' mière, le jeune homme est apte à fréquentes 4es xrouïlSEpti* : blics. Dans les classes, les maîtres sont en quelque sortes des pères de famille auxquels les élèves doivent une obéhr» ; sance absolue; dans les cours, ces derniers, pareils aux membres d'une cité libre, doivent se soumettre yolôïitaire^' ment à la loi. Là encore le dernier but de l'étude^est une «piété instruite;» non-seulement le théologien, lïûais: le;: médecin, le jurisconsulte, le magistrat, doivent tendre à ce but; guérir les malades, défendre l'innocence, gouverner l'État, sont des missions qui exigent autant de vertu: que de. science. C'est entre ces carrières que doit choisir le jeunehomme sortant des classes ; au Gymnase, ila reçurinstruc^ tion qui forme la base de toute éducation littéraire^ désor? :
nat... Ut siprœfecH classium istud non faciant, contra officiumse facere ihteUigant.9 De exercitat, rhetoricU, 1 Statut académique de 1568, règlement sur le conjoentu* scolcisticus.
ORGANISATION DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 29i
mais^ses éludes doivent prendre une direction spéciale détmninée. Cependant, parrai les cours mêmes, il en est qtlélqties-uns qui, étant nécessaires pour achever Téduca-^ tidn libérale, sont utiles à tout le monde. Ils constituent ce qu'on appelait alors la faculté de philosophie. Au premier rang, Sturm plaçait la philosophie proprement dite, à la fois comme école de discussion et comme moyen de nourrir Tesprit d'idées hautes et de l'amener à Dieu. Loin de la redouter, il croyait qu'elle contribuait puissamment à la'défense de la religion ; il la recommandait aux théolo-" giens comme une arme contre les jésuites , d'autant plus dangereux, disait-il, qu'ils étaient plus instruits et plus étoquenls^
Mais qu'était-ce que cette philosophie dont Sturm faisait ua-ài bel éloge? Pour comprendre ce qu'il avait en vue, ilfaut se rappeler l'état de cette science au seizième siècle. Dmis les dernières années du siècle précédent, on avait teulé: de ranimer, dans les contrées voisines du Haut-Rhin, la Tieille querelle sur les universaux. Jean de Lapide, après av^ir ^professé à Paris la théologie et la philosophie, et aprèsîque LôuifrXI eût défendu en 1473 toute doctrine nonrifwiliste , était allé planter la bannière du réalisme victori«ux:i'Bâle et puis à Tubingue, où enseignait le dernier défenseur du noiuinalisme , Gabriel Biel. Mais ces questions j dépouillées depuis longtemps de leur intérêt philosophique, avaient perdu le pouvoir de passionner le monde ; c'est à peine si elles excitaient encore quelques rixes d'étu^ diànts. Il y eut bien quelques humanistes timides, comme Wimpheling, qui tremblaient à la pensée devoir dispa-' raître des écoles non-seulement les docteurs célèbres , mais aussi leurs laborieux et ennuyeux commentateurs'. Cepen-
' « Nultus est genus hominum, aquo nobis magîs metuehdum est, quàm ' Jesuitarum,i> Latinœ linguœ resolvendœ ratio, p. 139. " Wimpheling^ , Contra turpem Hbellum Philomusi,
dant; au milieu des mouvements nouvew.^ qui entr^ltiaî^
les esprits, personne ne s'émouvait plua de leufs4ûléaiHi$@i^ les derniers champions du moyen âge quittèrent 4'anQfi^^ désespérant de la victoire ; Jean de Zra/)&(i6 lui-même :i6uQJt ses jours dans un couvent de chartreux ^. D'un atut^e côtéy le dégoût qu'inspirait le scolasticisme était si profond^uey de crainte de retomber dans le dédale des subtijlité^:, qa n'aborda plus aucun sujet d'une importance ou d'une.^if- Acuité réelles ; les humanistes faisaient partout J'élog^.de la philosophie, mais ils croyaient faire assez en débl^^iU le terrain et en simplifiant les théories formelles ; Iqs grands problèmes métaphysiques et psychologiques n'étaient étoiT diés que par les théologiens au point de vue de la .religiçiu Sauf le système aventureux de quelque théo§ophe , l'Allemagne du seizième siècle n'a rien produit, en failf de philosophie, que de l'érudition classique et d'utiles aiToris de discipliner le raisonnement et de régler la w civile j|9^ la restauration de la logique et de l'éthique d'Aristote. Comme on l'a vu plus haut, c'est ce philosophe que Stujfja mettait au premier rang ; il l'admirait à cause delà elôf té de son exposition et de l'exactitude de sa méthode. Saipfé* dileclion exclusive pour le péripatétisme lui attira un jour quelques critiques de Ramus, mais dont on ne coan9jtj>as l'objet*. Quant à lui, il appelait Ramus un hérétiqueaa fait d'Aristote , ce qui ne l'empêchait pas de cultiver sot amitié; soit par déférence, soit qu'il ne crût pas que le dissentiment fût assez grave pour devoir donner. Ueu^à^une polémique, il tolérait les opinions de son ancien disciple?A
IV. sur Jean de Lapide l'intéressante dissertation de M. le prof. Fischer, de Bâle : Joh, Heynlin genannl a Lapide. Bàle 1861, in-8o.
'- R. Asham informe Sturm que Ramus a écrit contre lui r nêscio quùi^» il
s'en afflige, parce que, selon lui, Ramus est plutôt l'adversaire des ^inepti
et frigidi ^imfoteh'ct o que d'Aristote lui-môme. â9 janv. 1552*, Asbami Epp.^
3 II avait une grande estime pour Ramus , quoique celui-ci pensât « liber
ÇôùWfbiê^/'on aurait tort de se fonder sur celte tolérance p&W*-dire que Starm s'est appliqué à propager le Ramism^ eS^Allem^ne ' ; aucune ligne de ses écrits ne le prouve. D'ailleurs, au delà du Rhin, ce système n'a trouvé que de rares partisans; on le goûtait d'autant moins qu'on le soupçcmnait, on ne sait trop pourquoi , d'être un acheminement â^ calvinisme*.
Cependant Slurm lui-même ne voulait pas qu'Aristote dominât seul dans les écoles. Quelques savants d'alors ayant demandé qu'on exclût Platon, parce qu'il n'a traité aucune partie avec un ensemble méthodique , et qu'il s'est servi trop souvent de l'ironie, peu propre à l'enseignement, Slûrm leur opposa la magnificence du langage de cet «Homère de la philosophie » et la profondeur de ses conceptions ; Aristole donne les préceptes , Platon les applique ; o^y une science s'apprend tout aussi bien , et peut-être Âîlenx encore, par l'explication des modèles que par l'ex-
HW»" sur' Aristole (à H. Schor, ie'mars 1572, en téie du Spécimen de Schor), é^ Malgré les plaintes de Théod. de Bèze au sujet des tendances trop démoefafUquefl que Ramus avait voulu Caire prévaloir dans la constitution des Églises tMoTmées de France (Bèze à Sturm, l«r juillet 1572; publié incomplètement dans lés Epistoîœ theologicœ de Bèze , éd. 2*. Gen. 1575, p. 290). ' ^^-ftemus lui-même remercia Stnrm « quod . Àlsaliam Ramusculig compibat* :{i&liy de Paris). — Gela ne se rapporte qu'à l'approbation donnée (#£ ^tufm^ au plan d'études introduit à l'école de Saverne et conforme en partie ^ux ^dées de Ramus et en partie aux siennes propres. — Selon Brucker (ffistoria critica phitosophiœ, Leipz. 1766, in-4o, T. IV, P. 2, p. 577), Sturar, *l(ûèt Arisiotelem non improbaret ,» a contribué à propager le Ramisme«n AUemagiM» en recommandant les disciples de Ramus pour les écoles sur rorganisation desquelles il était consulté. Cela se rapporte uniquement au même fait.
2 G. Fabricius à Meurer, 7 juin 1549. Pabrioii Epp.j p. 64. — Volmar de Berlepsch , conseiller de l'électeur Auguste de Saxe, s'opposa à Tintroduetion du Ramiâme, parce que c'était, selon lui, •gradus ad calvinismum,* Lôscher, Htstoria moiuum xwischen den Lutherischen und Reformirten. Francf. 1730, in-4o, T. II, p. 151. — V. aussi M. Waddington Kastus, De Batni vità et seriptis. Par. 1848, p. 138.
danl, au milieu des mouvements nouvcau;|'
les esprils, personne ne s'émouvait plufr^'.:^'
les derniers champions du moyen |k ^, ;
désespéranl de la victoire ; Jean àf :;
ses jours dans un couvent de chr '
le déjroùl qu'inspirait le scolaf ;
de crainle de retomber dar
n'aborda plus aucun sujet
lîculté réelles; les hum-
la philosophie , mais i'
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problèmes mélaph-
diés que par les ' .
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.lies les plus utiles de la philosophie 4d et l'éthique. La dialectique, traitée jans les deux classes supérieures du Gymde discip^ ^^^^ enseignée dans les cours par deux profesla resU >• ^^ ^^ partageant YOrganon, expliquaient alter- Qj^iup^eflt Tun les premiers, l'autre les derniers Ânalyme* ^T^turm demandait qu'ils y ajoutassent de nombreux àf ^'^^ ^^ qu'ils s'abstinssent de toute discussion sophis* \^, Pour l'éthique , tant dans ses applications à la \ie ^viduelle que dans celles à la vie politique, un seul pro- ^^seur lui paraissait suftisant. Elle est, dit-il, la base de ji science civile, dont, dans un État libre, comme Tétait la république de Strasbourg, tout citoyen doit connaitre au moins les principes fondamentaux; car l'État ne prospère que par la probité de ses membres et par leur loyale
' Préface à la Physique d'Aristole publiée par Zanchi en 1553.
' De literarum ludis recte aperiendit^ p. 188.
^ u.Yon debemus contemnere Titomam Agumatem, aut Lombardum imo ne Scotum quidem; fuerunt enim dialeetici aeuiisMimi^ et suas habent hœ spinœ rosas , suas habent titilitates.» Ratio linguœ latinœ res* vendœ , p. UO.
Hux lois. Sturm , moins progressif que MélaDch- ^mier fonda la morale sur la connaissance '^ieu *, croyait que celte science, ainsi que vait pas mieux s'apprendre que dans ^ d'Aristote , de Platon et de Cicéron, ns racontant les vicissitudes des ^ - Times célèbres*. Il publia lui-
^^ uelques traités moraux de
*• i eurs de la Renaissance ; vou-
lue société chrétienne sur la morale o anciens, et organiser un État moderne uicipes et les formes de l'antiquité , était aussi Aoleque le rétablissement absolu de la langue latine, iseignement supérieur de Thistoire n'était à son tour ao moyen d'enseigner les notions du bien et du mal ; le )ftsôeur devait raconter de préférence les destinées des «pies de l'antiquité, de manière à exciter l'admiration »i délèves pour la vertu et leur horreur pour le vice'. UOA à la rhétorique, il était difficile de lui faire une place aw renseignement supérieur ; l'expérience avait appris à jtafOà que les élèves, une fois sortis des classes, se monlient peu empressés de s'occuper de cette discipline puisent formelle ; cependant il ne put se résoudre à l'exclure ^ Jr^aoadémie ; mais il ne trouva d'autre proposition à faire 1^ de traiter les préceptes avec plus de profondeur au ^en d'une analyse raisonnée des meilleurs écrivains, et ^multiplier les exercices. Les cours de littérature grecque, i l'on expliquait les poêles et les historiens , n'étaient l'une espèce de supplément à ceux de rhétorique *.
1 V. ses remarquables traités : PhiloMophiœ moralis epitome, WHtemb t7, iD«<o; -^ Ethiem doctrinœ Cémenta, Ib. 1550, in-8o.
^tHnobilitaieUUratà^ p. 32 Epp. cUum. et acad,, p. aU, 273.
^Bpiêt. eloêg.,^. 207.
^ Bpiêt. ekui. et aeadem.j p. 220, 275.
position , toujours plus ou moins abstraite, des règles Bénies. Quant à « l'ironie socratique » dans les dialogues de Platon, c'est elle précisément qui y répand le f»rincipal charme ; elle empêche la discussion de prendre le ton violent de la dispute, et donne de l'éclat aux matières en apparence tes plus arides ^ Platon doit donc être interprété dans les écoles conjointement avec Aristote; les deux philosophes se complètent et s'expliquent l'un l'autre*. StuiM voulait même qu'on ne négligeât pas l'étude des grands docteurs de la philosophie scolastique; des penseursi profonds el des dialecticiens habiles , comme Thomas d'Aquin et Pierre Lombard, sont dignes de l'attention des théologiens ; au milieu de leurs épines on trouve à cueillir des roses ^
Selon Sturm , les branches les plus utiles de la philosophie étaient la dialectique et l'éthique. La dialectique, traitée sommairement dans les deux classes supérieures du- Oymnase, devait être enseignée dans les cours par deuïprofesr seurs qui, en se partageant l'Orgfanon, expliquaient alternativement l'un les premiers , l'autre les derniers^ Anal^ Uques; Sturm demandait qu'ils y ajoutassent de nombvMx exemples et qu'ils s'abstinssent de toute discussion sophis^ tique. Pour l'éthique , tant dans ses applications à^ la^viè individuelle que dans celles à la vie politique^ un seul professeur lui paraissait suffisant. Elle est, dit-il, la base de la science civile , dont, dans un État libre, comme l'était la république de Strasbourg, tout citoyen doit connaître au moins les principes fondamentaux; car l'État ne prospère que par la probité de ses membres et par leur loyale
' Préface à la Physique d'Aristole publiée par Zanchi en 1553.
2 De literarum ludis recte aperiendig, p. 138.
3 aiVon debemus contetnnere Tliomam Agumatem^ aut Lombardum imà ne Scotum quidem; fuerunt enim dialectici acutisnmi, et «imu hâtent hœ spinœ rosas , suas habent uiUitates.* Ratio lingiHB latmœ r$9* vendœ , p. 140.
ORGANISATION DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE. 295
«oUumssiûB aux lois. Sturm, moins progressif que Mélanch- ,tbclQl,lqm le premier fonda la morale sur la connaissance deil» volonté de Dieu % croyait que celte science, ainsi que fJa politique, ne pouvait pas mieux s'apprendre que dans -iftsouiYrages théoriques d'Aristo te, de Platon et de Cicéron, ^ dans ceux des historiens racontant les vicissitudes des rijatioBs et les actions des hommes célèbres*. Il publia luitiBâme l'Élliique d'Aristote et quelques traités moraux de tfii^pan. C'était là une des erreurs de la Renaissanc-e ; voujtairJ>aaer les mœurs d'une société chrétienne sur la morale vetïies exemples des anciens, et organiser un État moderne îd'après li58 principes et les formes de l'antiquité , était aussi peu possible que le rétablissement absolu de lalangue latine, jûfenseign^ement supérieur de l'histoire n'était à son tour ^nnn moyen d'enseigner les notions du bien et du mal ; le professeur devait raconter de préférence les destinées des f^^ptes de l'antiquité, de manière à exciter l'admiration 4e8'^ièYes pour la vertu et leur horreur pour le vice'. QimA à ia rhétorique, il était difficile de lui faire une place /diffî3 L-enseignement supérieur; l'expérience avait appris à -Sti^mm qweles élèves , une fois sortis des classes , se mon- Iraiwt peu empressés de s'occuper de cette discipline pujPîPiaientfQraieUe; cependant il ne put se résoudre à l'exclure rdel^aoadémie; mais il ne Irouva d'autre proposition à faire que de traiter les préceptes avec plus de profondeur au iroyeH' d'une analyse raisonnée des meilleurs écrivains , et de multiplier les exercices. Les cours de littérature grecque, ou l'on expliquait les poètes et les historiens, n'étaient qu'une espèce de supplément à ceux de rhétorique*.
1 V. ses remarquables traités : Phihsophiœ moraiis epitome, WHtemb l&a?, in-^o; — Ethdcœdoctrinœ elementa. Ib. 1550, in^8o.
^DenobiliiateljUeratà^p. 3â Epp.eUus. et-acod,, p. aii, 273.
3 EpUt. claês.j p. 207.
. 4 Epist, daté, et academ., p. 220, 275.
Sgff ' CHAPITRE VI. -^.z . -,
Un des màrites de Stonn est d'avcir iosîstè siiFdiBttttléu de br physique pour le philosophe et pour U ihMoptpu:. Quoicpae au seizième siècle cette partie^ qui comprenait^ tout ce qui se rapporte à la connaissance de la nattire, ttg[ eiidore dans l'enfance, et qu'on ne l'enseignâl^^n :généra(r que d'après Aristote, le génie du recteur de Stcasboiuf : avait entrevu les services que les sciences naturelles s^ffll: appelées à rendre au développement de l'esprit, tomaûi.; c L'intelligence des choses de la nature, dît^il , rein|»lk;' l'âme d'une admiration profonde et l'élève vers-teCréii* teur^» Des théologiens célèbres ne dédaignaient pas de s'occuper de ces matières ; ils avaient trop de vi»ie phlto-; Sophie et une foi trop sérieuse pour que ces belles études eussent pu les éloigner du christianisme. Mélanchtbon^tailr un des plus savants hommes de son temps en physiquefê^ en cosmographie ; d'autres vouaient leurs loisirs «à: la bë^^ cherche et à la description d'objets d'bisloire naiiufeitei: Jérôme Zanchi, Louis Lavater, Théodore de fièze^vfouR^^ nirent à Conrad Gesner des matériaux pour son grandi on^! vrage sur les animaux *. :. ^ ■ 'Pj-r.rjfri.
Les mathématiques et la science des astres nepara»^: saient pas moins importantes à Sturm ; il lesfaisaitre^tçip: dans le programme des études d'utilité générale. Snri'ten conseil de Ràmus, il donna même, dans rajcadénrié de Strasbourg , une plus grande place aux mathématiques que d'après son plan primitif. Mais ces parties, enseignées
^ t^Et m his rébus intelligendis i)ei est profectà mnîta et mngnà cunt admiratio, lumcultus.* Préface à la Physique d'Aristote publiée par Zatichk
V Gesner, Âppendix hisîoriœ quadrvpedum, Zurich 1554, in-fol., préfïKse;- — De naturà ai'ium. Zur. 1565, in-fol., préf.
.3« Hïc etiam te, Sturmi , parentetn Argentinensit aeademiœ, quàm è privatà scholà publicam academiam imperatoriisque prœmiis et honoribus universitatem feeisti, cohortabor ut ad prœdaros tuarum îaudum tiiulAs hic unus accédât atqu» modà prœdicetur, Sturmius Argentinœ latina grœcaque sludia, rhetorica et philosophica instituit, sic item prm^
ORGANISATION DE L'iNSTHUCnON PUBLIQUE. 297
utàépXBÎàGnt è^pcéB les anciens , étaient Iraitéesbienplulôt ainpoînt devuë de la théorie que dans ^intérêt d'un usage plràmiq^e; on^ tf avait encore que des idées confuses sur rèfirithmétique et la géométrie usuelles*. Quant à Tastrononitè; lé système de Copernic, auquel s'opposaient même les sëPûiptttes des théologiens protestants, n'avait pas encoYe pSïïjy.ré daûfe leà écoles ; le traité de la sphère de Jean de Satèi^bôscd, dti treizième siècle, et la théorie des planètes dli'^lfëôt^es Purbach, du quinzième, y avaient encore une auftdtilé^ incontestée.
•^flEnfin; il est deux points sur la nécessité générale desquels! Stnrm crut devoir fréquemment insister, la musique etsPexercîcé corporel. Dans les écoles du moyen âge, la nûtsique avait fait partie duquadrivium et n'avait été jugée ulileqn-aut clercs. A causede ses rapports avec les nombres, elte avait été' enseignée, depuis Boëce, moins comme art eslJi&iqiie que comme application de l'arithmétique. C'est ainsrique^l -avait traitée encore Lefèvre d'Etaples*. LaRéferma^Km ayant donné au chant d'Église une si grande importance, en réintroduisant dans le culte le cantique exécuÉspar âa communauté entière , il fallut populariser l'enseègteHient musical , et par conséquent le simplifier. On ioëtituidanstïrates les écoles des maîtres de chant; Sturm ledr donifa des conseils fort sages : s'il est intéressant de
dwBturjtSturmius etiàmmathemata allero professore amplificavU. Dasypodium itaque nostrum consorte mathematicorum laborum ocioque sublevcUp^» Ramus, Proœnùum sckolarum mathem,, L. II (écrit en 1567); dans ses Scholœ math, Francf. 1599, in-4o. Ce fut sur le conseil de Sturm, qui voulut donner tout le développement possible à l'étude des mathématiques , que Conr. Dasypode , après avoir publié déjà quelques ouvrages mathématiques pour l'école de Strasb., fit une édition des Éléments d'Ëuclide (Lib. I, Strasb. 1571, in-^o).
1 dassicœ epist., p. 211. — Academicœ epist., p; 265.
2 II publia les traités de Boëce. Paris 1514, in-fol.; en 1552 parut sa Husica I V libris demonstrata , Paris , in-4o.
coimailre les règles de Boëce, ce n'est pas indisponible pour tout le monde ; l'important est que la jeunesse* â1iâbitue à un chant simple , intelligible et harmonieux ; c'e^t un moyen d'adoucir les mœurs et d'élever les âme&, et, ce qui n'était pas peu de chose pour le rhéteur Sturm\j c'est en même temps un moyen de donner plus d'ampleur et de flexibilité à la voix des futurs orateurs \ Pour prouver que l'exercice de l'art musical n'est pas contraire à la gravité d'un homme savant, il citait, outre Luther, le profedsecrr Melchior Volmar, maître de Calvin et de Théodore de Bè^, l'historien Sleidan, le médecin Gûnther d'AndemaehV'^iii tous avaient charmé leurs amis par l'agrément de tevr chant*. - ^
Si , par la musique , Sturm voulait ennoblir les cœurs, il cherchait à fortifier le corps par la gymnastiqueJiont, avant lui , on avait fait peu de cas. Il savait que , si i'jesprït est constamment occupé, c'est au délrimanides forcesicjoivporelles. L'éducation physique ne devait dono 'pas éli^tfé^ gligée; d'après son plan d'études, des jeux variés iBl*rompaient les leçons ; il demandait que les jeunee gtlh^ fussent exercés à tous les mouvements qui, eit donnant plus de vigueur et de souplesse au corps, dév^iopj^t ie courage et raffermissent le caractère, à la course , «râ^âàf^ à la nage, à l'escrime, au maniement des armes; flê devaient faire des excursions pédestres , autant pour s'endùï^ cir à la fatigue que pour apprendre à connaître et à aimer les beautés de la nature. Pendant tousces «jeux, » ils ne devaient se servir dans leurs conversations d'autre langue que de la langue latine, afin que le «jeu littéraire, » le lur dus literarius, n'en souffrît point de préjudice '.
J Episl. class.y p. 224, 241. — Scholœ Laving., p. 341.
2 A Hauenreuter, 1»^ juill. 1571 , en tête de la Schola Argent, de Hauenreuter.
3 Epist. class.y p. 250. — De educal» principis, p. 20.
: Quant aux cours des facultés de théologie , de droit et de rqjédecine , Sturm ne s'est pas expliqué en détail sur la nature et les objets de cet enseignement supérieur spécial. Il ne s'en est occupé qu'autant que l'exigeaient les besoins restreints de l'école de Strasbourg, où les leçons publiques servaient à compléter l'instruction donnée dans les classes, afin de mieux préparer les élèves aux études dans les universités. Selon lui , les professeurs de théologie devaient se borner à interpréter Moïse, les Prophètes et le Nouveau Testament, en s'appuyant sur les sentiments des Pères; qijant aux Pères eux-mêmes et aux commentaires plus modernes, ainsi qu'aux Loci communes de la dogmatique, les élèves devaient en faire l'objet de leurs études privées*. Cet enseignement, complété par des leçons sur l'histoire de l'Église , paraissait suffisant au recteur pour l'éducation îde$: futurs pasteurs de Strasbourg. Aux professeurs de droit il prescrivait l'explication des Institutes et des Pandectes; eo: ramenant les principes du droit à ceux de la politique ^de la morale , ils devaient donner aux leçons un intérêt |rfti$ philosophique. Le professeur de médecine devait (j^mtàre pour texte Galien et la physique d'Aristote , décrire 40s.diÇérentes parties du corps humain et montrer l'usage dfti^hevbes et des remèdes*. C'est là le résumé des conseils donnés. par Sturm sur l'enseignement de ces différentes branches.
. vi Epist. elass»y p. 203.
. 2 JSpist. class,, p. aïo.
SOO CHAPITRE VÎI.
Devoirs des professeurs et des élèves. Moyens d'émulation. Obligations des parents et des gouvemenieïUs.
Donner l'enseignement avec cet esprit d'ordre et de suite qui en assure les succès , concourir à former TînlelUgence et le cœur de la jeunesse, c'est une mission digne d'un homme généreux. Quand même elle n'offre pas autant dé chances d'arriver à la fortune et aux honneurs que d'autres carrières, elle a en elle-même une gloire plus sûre *. Ceux qui s'y consacrent méritent bien de l'humanité*. Si, squs certains rapports , Sturm , entraîné par le courant dé son époque , a exprimé sur l'instruction des idées qui n'ont pa3 pu se soutenir à la longue, nous le verrons donner sur les qualités des professeurs des conseils qui conserveront tdur jours leur haute utilité. Un bon professeur doit connaître l'esprit de son temps, ce qu'il y a de vrai ou d'ei^ronè clans les tendances littéraires et scienlifîqués de son siècle, ce qui doit être conservé ou rejeté des traditions du passé,' accepté ou refusé des idées nouvelles. Il doit étudier le caractère et les capacités de ses élèves, pour traiter chacun,* autant que possible, selon ses besoins particuliers; leur donner le meilleur exemple, tant par sa conduite irréprochable que par son amour pour les études et par la régularité de son travail ; se dire enfin en toute circonstance que tel qu'il désire voir chacun de ses élèves, il doit être luimême*. Dans un traité particulier, Sturm énumère les devoirs du précepteur d'un prince; ce ne sont en définitive
1 Luclus ad Camerarium.
^ « Itaque prœclare mihi de rébus mortalium mereri videntur, qui se adolescentiœ informandœ dedunt.» De amissà dicendi ratione^ p. 110. 3 De liter. ludis recte aper., p. 149. — Schola Lavinganœ, p. 144.
DEVOIRS DES PROFSSS^imSMBES ÉLÈVES, ETC. SOI
que ceux de tout professeur quelconque : adapter renseignement à la position sociale des élèves; ne pas songer au bénéfice personnel, mai^ §è dôvpuôr avec un entier désintéressement à sa tâche ; ne jamais discontinuer ses propres études , pour ne pas tomber dans la routine du pëdantisthè ; modérer le travail imposé aux élèves selon leurs forces, ne gftô çomproraeltre leur santé corporelle en voulant trop feire pour, leur Intelligence ; être à la fois grave et doux^ ne ^e montrer ni frivole ni morose, afin de s'attirer le res-^ pec|. aussi bien que TafTection; faire paraître enfin, dana I(Bs paroles comme dans les actes, une piété profonde qui se lujanifeste par la charité. Ce sont là des conseils qui sont dignes d'être sans cesse renouvelés.
Mais il ne suffit pas que le professeur seul ait des qualités ^xcellenles ; si les élèves ne répondent pas à son zèle, ir ne réussira point. Pour stimuler les jeunes gens , Sturm veut qu'on éveille chez eux le sentiment de l'honneur et le desîr des choses nobles et belles; il faut leur parler des services qu'ils sont appelés à rendre à leur patrie, des espérances de leurs parents et de leurs concitoyens, des grands exemples de l'antiquité. Il introduit en même temps quelques moyens d'émulation, dont l'un, emprunté aux frères de la vie commune de Liège, réalise déjà une espèce d^enseignemenl mutuel : les élèves de chaque classe sont divisés en décuries, ayant chacune son chef, chargé aussi d'^assister le maître dans la surveillance de la discipline ; après avoir récité ou exposé le devoir donné à la classe, le dècurion le fait réciter par les membres de sa section; le tilre de dècurion est une récompense donnée chaque semaine aux meilleurs élèves*. D'autres moyens d'exciter le zèle sont les promotions publiques, entourées de cérémonies et célébrées, tous les six mois, en présence des ma-
1 Ùe liter. ludis recte aper,, p. 107, 108. ^
gistrals , du corps des pasteurs et de celui des profèsseulps. Ce qui devait rehausser la solennité de ces actes, c^élmt un examen fait par les élèves eux-mêmes , d'après le mo-' dèle de ce que Sturm avait vu au Gymnase de Liège. Le premier élève d'une classe adressait au premier de la classe inférieure des questions, destinées à constater les connaissances de l'un et de l'autre, et à montrer au public l'en* chainement rigoureux du plan d'études. Mais , les questions et les réponses étant d'avance apprises par cœur, cet exercice devait se réduire d'ordinaire à un simulacre peu intéressant*.
En 1567, on introduisit au Gymnase de Strasbourg un rite singulier, appelé rittis depositionis ; il consistait en une série d'actes allégoriques, symbolisant les progrès intellectuels et moraux des élèves , et leur rappelant en même temps les obligations qu'ils contractaient en entrant dans la classe où commençait l'étude de la philosophie; ainsi déposés, ils s'appelaient amateurs de toutes les vertus on étudiants*. Cet usage, assez grossier, qui avait existé dans les universités du moyen âge, répugnait au bon sens et* la gravité de Sturm; il eûtvoulu qu'on l'abolît à Strasbouiç, comme il avait été aboli depuis la Renaissance en France, en Belgique, en Italie' ; il croyait que des solennité» à la fois plus littéraires et plus simples, composées de chimts ; de discours, de représentations scéniques, étaient plus dignes des études renouvelées d'après le type austère et élégant de l'antiquité. Son opinion ne prévalut point ; le rite de la déposition subsista encore longtemps en Allemagne ; à Strasbourg, il ne fut supprimé qu'en 4792.
< V. p. ex. Àctus classicus de 1577.
• « Liebhaber aller tugenden,* Mémoire rédigé par les professeurs et les asteurs, 6 mai 1566. — Avant d'être déposés, les élèves étaient qualifiés de ejani ou beani, becs-jaunes, blancs-becs.
3 Mémoire de Sturm au magistrat 1567.