‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 18 sur 134 · L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION

CoDserTa, flll mi, prnoepta pitrlf M'' et ne dimittas legem matrls tMi. 'i

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M. Cauchy se retire à Arcueil avec sa famille. — Il entreprend Vi cation de ses fils. — Détails sur cette éducation. — Son cai chrétien. — Jugement porté par Lagrange sur Cauchy encore — Grand-prix du concours général. — Première communioD. Cauchy. — Il commence l'étude des Mathématiques. — Il en! l'École Polytechnique. — Ses succès dans cette École et à celle Ponts et Chaussées.

L'éducation d'Augustin Cauchy fut, des l'enfani l'objet de soins extrêmes, et la méthode suivie pour développement de ses études peut être proposée ai pères de famille comme un modèle. Par un heureux c( cours de circonstances , il trouva réuni dans la mail paternelle ce qui fait le charme et la douceur de l'édt cation privée, avec ce qui constitue le nerf et la vigui de l'éducation publique.

On traversait alors la période la plus terrible de crise révolutionnaire; les études étaient abandonnées les écoles fermées; les savants proscrits fuyaient au lo)| ou périssaient sur l'échafaud. Mais les commotions pol tiques de cette époque, qui furent si funestes à la jeuni en la privant du bienfait que procurent des études réj lières, eurent au contraire pour le jeune Augustin résultat favorable, en lui ménageant dans la retraite h

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ressources les plus précieuses. Il devait y trouver ce qu'on recherche surtout dans Téducation du collège : le choix d'un maître habile et l'excitation d'un émule studieux. Afin de soustraire sa famille au danger des émeutes qui faisaient alors de Paris un séjour si agité, M. Gauchy përe avait cherché un refuge dans une campagne qu'il possédait au village d'Ârcueil. Ce fut là qu'il passa les plus mauvais temps de la Terreur. Mais s'il put y échapper aux cruelles réactions des violences politiques, il subissait, comme toute la France, le contre-coup des lois de maximum et des mesures arbitraires qui avaient réduit tant de familles à la disette et à la gène. On peut en juger par le passage suivant d'une lettre à sa mère : < Avec quelque peu de biscuit et de riz qu'on nous distribue, lui écrivait-il à Rouen, nous suppléons au pain dont nous l'avons que demi-livre, et point du tout quelquefois. Force haricots et pommes de terre font notre bonne chère. Du reste, nous nous portons bien, ce qui est l'essentiel et qui prouve que peu de chose suffit aux besoins de l'homme. » Un peu plus loin, il tâche de la tranquilliser au sujet de ses petits-enfants : c Je vous dirai que pour faire de la bouillie à mes enfants, il me reste encore an peu de très-belle farine de blé de Turquie récolté dans mon jardin, et dont j'avais fait moudre trois boisseaux; plus quelques livres de fécule de pommes de terre , blanche comme la neige et très-bonne, surtout pour la première enfance. C'est encore un produit de ma récolte. > On voit par là que M. Cauchy prenait avec philosophie, et même avec gaieté, son parti du malheur des temps que son industrie paternelle savait alléger. Gependsnt il en résultait pour tous une souffrance réelle, et, au dire de sa mère, Augustin se ressentit longtemps des pri- ^tions qu'il avait dû supporter à cette époque de sa vie.

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Les soins empressés du père étaient donc là tout prêti pour attendre les premiers développements de l'intelligence de ses deux fils, Augustin et Alexandre, et pool en suivre les progrès avec un zèle infatigable. Formerî la fois l'esprit et le cœur de ses disciples fut l'objet constant de ses efforts. Pour se proportionner à leur âge, l'ancien prix d'honneur de l'Université de Paris se remil à étudier avec eux la grammaire et a reprendre toutk cours des études classiques. Il composait pour eux d( petits traités didactiques dans lesquels il leur traçait leuw devoirs d'écoliers, et leur exposait, dans un langage simple et familier, mais en même temps noble et élevé, les leçons de la grammaire, puis celles de l'histoire, et surtout celles de la morale et de la vertu. Afin de mieux graver ces leçons dans la mémoire de ses chers élèves, il les exprimait ordinairement en vers français écrits avec une élégante facilité. Ces petits traités, qui ont été conservéfl religieusement dans la famille^ nous apparaissent aujott^ d'hui comme le programme de cette belle vie qui devaid pour Augustin, se partager entre les lettres, dont son vénérable père lui transmettait les préceptes et le goût, les sciences, pour lesquelles la nature l'avait formé, et li vertu, dont il voyait autour de lui les plus touchanb modèles.

Son éducation fut, avant tout, essentiellement chrétienne. En homme profondément convaincu des véritéi religieuses et qui savait y conformer scrupuleusement 81 vie, M. Cauchy père ne pouvait pas comprendre l'éduci' lion sans la foi ; aussi, dès l'origine, il s'appliqua à incul quer à ses fils l'amour de Dieu, le culte des choses saintei et un respect inébranlable pour les grandes lois de 11 morale suivant l'Évangile. Il connaissait trop bien le avantages des bonnes études classiques et tout ce qu'oi

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gagne, sous le rapport de l'élégance el du goût, dans le commerce des grands écrivains de l'antiquité, pour ne pas initier ses élèves à l'étude de leurs chefs-d'œuvre ; mais en même temps il avait pris pour règle de mêler à toutes ses leçons un souvenir pieux, une sentence chrétienne, de peur, sans doute, que leur esprit, séduit par la forme brillante de ces auteurs, ne pût s'égarer à croire que le beau doit être considéré et étudié uniquement en luimême et indépendamment de la source divine dont il émane. Chaque devoir avait pour épigraphe un verset de la Bible, ordinairement tiré du livre des Proverbes ou de celui de la Sagesse, On y rencontre par exemple ces touchantes maximes :

Conserva, fili mi, praecepta patris tui et nedimittas legem matris tuœ. Nihil proderunt thesauri impietatis, justitia vero liberabit à morte.

Ces textes bibliques étaient comme une semence précieuse confiée chaque jour à l'esprit des élèves et comme l'assaisonnement et le sel qui empêchent les meilleures choses de se corrompre.

Dans ces soins si paternels et si vigilants on reconnaissait presque déjà le cœur d'une mère. M™® Cauchy, de son côté, y avait sa grande et légitime part. Cette admirable femme, qu'on pourrait vraiment comparer à la femme forte des livres saints, exerça sur ses enfants la plus douce et la plus heureuse influence. Augustin conserva toujours pour elle, avec les sentiments de l'amour filial le plus vif, une confiance absolue dans sa prudence et sa haute raison. Ce qu'il ressentait pour son père tenait plutôt de l'hommage et du respect; ce qu'il éprouvait pour sa mère se rapprochait davantage d'une tendresse expansive et afl^ectueuse. Lorsque, dans le cours de sa jeunesse, il se trouve embarrassé et sent le besoin d'une

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direction, c'est à sa mère qu'il s'adresse et qu'il demande des conseils; même a de grandes distances, il n'entre* prendra rien d'important sans avoir auparavant son avis.

L'émulation ne devait pas, elle-même, faire défaut à l'éducation d'Augustin. Ce stimulant, qu'on ne rencontre d'ordinaire qu'au collège et qui constitue un des grands avantages de l'éducation publique, il devait le trouver dans son frëre plus jeune, Alexandre, dont le séparaient à peine trois années, et qui annonçait également les plus heureuses dispositions, avec quelques nuances charmantes de caractère. L'un était plus pensif et plus appliqué, l'autre plus vif et plus ardent aux jeux de son âge. Tous deux avaient le travail également facile, mais aux heures de récréation on les distinguait. Augustin se faisait prier pour y prendre part; Alexandre aimait mieux réserver pour l'âge mûr les soucis et les préoccupations.

L'humble toitd'Arcueil, où se passaient ces touchantes scènes de famille, était voisin des campagnes plus somp* tueuses habitées parLaplaceetBerthollet, et où seréunis^ sait sous le premier Empire l'élite des savants de Paris. Ils y avaient organisé une véritable académie et s'y livraient en commun a d'importants travaux. Les Mémoirm de la Société dArcueil sont restés célèbres et témoignent de l'activité et du talent de ses membres. Laplace et Be^ thollet étaient l'âme de celte réunion, chacun avec son caractère et la tournure particulière de son esprit. Laplace, tout en restant poli et bienveillant, conservait tt tenue et la dignité d'un grand seigneur; Berlfiollet était plus simple, mais un peu rude, et affectait volontiers des habitudes singulières et bizarres; tous deux se ressemblaient par un dévouement commun à la science et a ceux qui la cultivaient. Aussi une grande intimité régnait entre les deux voisins; leurs maisons étaient presque coni-

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iiunes; afin de communiquer plus facilement de l'une ivec Tautre, ils avaient fait pratiquer une porte mitoyenne lont chacun avait la clef.

M. Cauchy se trouva naturellement en relation de voisinage, et bientôt d'amitié, avec les deux illustres savants, et son fils fut ainsi admis de bonne heure dans la société des hommes qui devaient, un peu plus tard, encourager ses débuts. Laplace, élevé à la dignité de chancelier du Sénat et devenu , par l'âge et par le génie , le doyen des savants de son temps, se souviendra toujours du jeune écolier et lui accordera avec libéralité ses conseils et son appui.

Dès l'âge consacré aux études d'humanités, on vit apparaître chez Augustin Cauchy les premières lueurs de son génie scientifique. Les éléments du calcul et de la Géométrie avaient évidemment pour lui un attrait exceptionnel, comme le témoignent ses anciens cahiers d'étude. En les parcourant, il n'est pas rare de rencontrer un devoir littéraire interrompu tout à coup; une idée mathématique a traversé l'esprit de l'élève et il s'empresse de la traduire par des chiffres ou par des figures. Ces dispositions précoces ne tardèrent pas à se faire connaître dans le monde de la science. M. Cauchy père, devenu secréuire général du Sénat, était en rapport habituel avec les membres de ce grand corps. Il retrouvait là et M. Laplace, son voisin d'Arcueil, et aussi l'illustre Lagrange, qui portait au jeune Augustin le plus vif intérêt. En se rendant au palais du Luxembourg, Lagrange y rencontrait ordinairement le studieux écolier qui avait alors pour salle d'étude le cabinet même de son père. Avec son coupd'œil exercé, il avait pu apprécier ses rares > dispositions pour les sciences ; il avait été surtout frappé • de son aptitude pour les questions d'analyse. Un jour

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qu'il se trouvait chez M. Cauchy en compagnie du comte de Lacépède et de plusieurs autres membres du Sénat, il lui arriva de leur dire : t Vous voyez ce petit jeune homme, eh bien! il nous remplacera tous tant que nous sommes de géomètres. » On était alors en 1801 et Cauchy avait à peine douze ans. Toutefois Lagrange se préoccupait du danger que pouvaient courir ces dispositions précoces, si leur développement était trop hâté par une application prématurée. Il insistait souvent sur ce point: f Ne laissez pas, disait-il à M. Cauchy, cet enfant toucher un livre de Mathématiques avant Tàge de dix-sept ans.» Dans une autre circonstance, il lui disait encore : c Si . vous ne vous hâtez de donner a Augustin une solide éducation littéraire, son goût l'entraînera, il sera un grand mathématicien , mais il ne saura pas même écrire sa langue. »

L'illustre savant était mieux que personne en état de formuler un avis à ce sujet. C'est en effet à l'âge de dixsept ans seulement qu'il avait quitté, pour l'étude dei sciences, celle des classiques pour laquelle s'était palsionnée son enfance. Ce retard, comme on le sait> Iciê de nuire aucunement au développement de ses facultàl i naturelles, lui avait au contraire procuré l'immense avtB>^ ; tage de joindre à son génie mathématique un remaiiri quable talent d'écrivain et une rare élégance dans l'exptr j sition des théories les plus abstraites. M. Cauchy, dontlff| lettres avaient fait la consolation pendant des jours maftFij vais, et qui célébrait maintenant leur renaissance par n/JM essais poétiques, n'eut garde, on le pense bien, de né(^ ger des avis aussi sages et aussi conformes a ses vu personnelles.

Après avoir complété, sous la direction de son pèw le cours de ses études élémentaires, Augustin fut envoi

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