‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 23 sur 134 · LE PROFESSORAT ET LES EVENEMENTS DE · texte numérisé non relu

LE PROFESSORAT ET LES EVENEMENTS DE

Il qaitta m patrie ponr garder m UL Lettre de 11 . Biot.

Cauchy est appelé au professorat. — Son mérite et ses succès dans renseignement. — Ouvrages classiques. — Mariage de Cauchy. — Évèieroents de i83o. — Convictions politiques de Cauchy. — H refuse le serment. — 11 quitte la France. — Son séjour en Suisse. — Il est appelé à Turin. — On lui propose de faire Téducation du duc de Bordeaux. — Il se rend à Prague.

Cauchy fut appelé de bonne heure à occuper, soit comme titulaire, soit encore comme suppléant de M. Biot, les chaires les plus élevées de renseignement des sciences, à rÉcole Polytechnique, à la Sorbonne, au Collège de France. C'est un des aspects de sa vie qui mérite le plus de fixer notre attention.

Si la première qualité d'un maître est de connaître à fond les sciences qu'il doit enseigner et de prouver par des travaux originaux qu'il en a sondé tous les principes et qu'il en domine toutes les hauteurs, on peut bien dire que les titres de Cauchy étaient établis d'une manière exceptionnelle. Mais, pour être bon professeur, il ne suffit pas toujours d'avoir montré une aptitude plus ou moins grande pour les travaux scientifiques, ni même de s'être signalé par des découvertes d'un ordre élevé. Tel savant réussira dans les travaux d'investigation, contri-

SON PROFESSORAT. 6l

buera avec honneur aux progrès de la science, et cependant pourra échouer dans l'enseignement. On en citerait de nombreux exemples.

Une méthode simple et rigoureuse, une exposition ferme et logique, un langage clair et précis, voilà ce qui est, avant tout, nécessaire à un professeur pour enseigner avec fruit et pour faire pénétrer sûrement la vérité dans les esprits de ^es disciples. Il est rare, surtout dans les régions supérieures de la science, de trouver un auditoire suffisamment préparé; il ne faudra donc pas craindre de l'initier aux premiers éléments des théories qu'il s'agit d'approfondir; le plus souvent, lorsqu'un problème est bien posé, la difficulté est en grande partie vaincue, et la solution à moitié trouvée. Dans le développement d'une théorie longue et abstraite, l'esprit de l'auditeur est sujet à se fatiguer et à se perdre dans la multiplicité des raisonnements et des formules, si le maître ne s'efforce pas de tenir son attention éveillée par des efforts soutenus. De là, une autre qualité essentielle du professeur: le mouvement dans l'exposition et l'animation dans la parole. Il ne faut pas croire que les sujets littéraires ou philosophiques soient les seuls qui se prêtent à l'art de bien dire; il y a tel endroit d'un problème, tel passage d'une théorie, où la difficulté graduée avec mesure et le dénoùment préparé avec habileté offrent autant d'intérêt pour l'esprit qu'un beau mouvement dans un discours oratoire ou qu'une situation dramatique dans une œuvre littéraire.

Il faut enfin, et par-dessus tout, que le maître possède ce don précieux qu'on appelle quelquefois le feu sacré. Il faut qu'il porte à la science un culte sincère , il faut qu'il se passionne pour ses disciples, qu'il n'épargne, à leur sujet, ni le travail ni la peine, et qu'il ait vraiment

pour eux un cœur de père, s'intéressant à leurs progrès et s'identifiaDt à leurs triomphes. C'est là ce qui fait naître entre le professeur et les disciples rattachement et la confiance mutuelle, source des grands succès.

Tel s'est toujours montré Cauchy pendant la durée de son professorat. Son amour pour la science, Téléyation et la perfection de son enseignement , l'élégance de sa diction , due à de fortes études classiques , et enfin son affection et son dévouement sans bornes pour ses élèves, en firent un des maîtres les plus habiles et les plus aimés dont les hautes chaires de Paris conservent le soavenir. Sans doute il n'était pas toujours facile de le suivre dans les sphères élevées où se plaisait son génie, et souvent la nouveauté des aperçus et l'originalité des méthodes mettaient à d'assez rudes épreuves l'attention et la sagacité de ses auditeurs. Mais ce défaut tenait à la nature même de cet essor qui l'emportait sans cesse vers les sommités de la science et lui rendait si simple l'intuition des théories les plus délicates. Du reste, la leçon terminée, il redescendait volontiers sur la terre, et se mettait à la disposition de chacun avec un entier abandon , levant les difficultés, complétant les détails, éclaircissant les points incompris et ne se lassant pas jusqu'à ce qu'il eût atteint le résultat désiré. Nous aimons à citer ici un témoignage solennel et touchant, également honorable pour le professeur et pour son illustre et reconnaissant élève. M. Combes, Membre de l'Institut^ s'exprimait ainsi dans un discours prononcé aux obsèques d'Augustin Cauchy : > Il y a près de quarante ans que je recevais à l'École Polytechnique les leçons du géomètre déjà illustre par de belles découvertes auxquelles s'ajoutaient chaque jour les résultats de ses travaux incessants; et pourtant ce professeur était pour nous tous d'une complaisance info-

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