‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 24 sur 134 · SON PROFESSORAT · texte numérisé non relu

SON PROFESSORAT

tigable. Je l'ai souvent entendu répéter, pendant plusieurs heures, des leçons entières qui n'avaient pas été bien comprises; nous étions alors frappés de l'élégante facilité d'une analyse qui nous avait d'abord paru, à défaut d'attention, aride et rebutante. C'est que M. Cauchy alliait au génie des Euier, des Lagrange, des Laplace, des Gauss, des Jacobi, l'amour de l'enseignement porté jusqu'à l'enthousiasme, une rare bonté, une simplicité, une chaleur de cœur, qu'il a conservées jusqu'à la fin de sa vie. »

Parmi les témoignages qui honorent le plus la mémoire de Cauchy, citons encore la dédicace du savant ouvrage de M. Hermite sur les équations modulaires. En tête de ce travail où l'auteur a réalisé un progrès capital dans l'analyse en donnant une méthode pour résoudre les équations du cinquième degré, question difficile qui avait arrêté jusqu'alors tous les géomètres, ou trouve inscrit le pieux souvenir que voici :

Yenerandae memoriae Exîmii viri Augustini Cauchy.

Hoc qualecumque munus Libenter accipias, Et, ex beata aeternae felicitatis sede, Animum sanctœ amicitiae pie memorem Bénigne aspicere digneris.

Ces quelques lignes si simples, si modestes et en même temps si touchantes, montrent combien étaient vifs les sentiments d'affection et de reconnaissance qu'un tel maître savait inspirer a de tels disciples.

Le passage de Cauchy dans le professorat a été marqué par la production de plusieurs ouvrages classiques d'une grande importance. Fidèle à l'habitude qu'il avait con-

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tractée dès sa sortie de TEcole Polytechnique, il ne quittait pas un sujet avant de l'avoir complètement approfondi et élucidé, de manière à satisfaire les exigences des esprits les plus difficiles. A cette époque, les méthodes d'enseignement étaient loin d'avoir le degré de perfection où elles sont parvenues aujourd'hui, et les éléments mêmes de l'analyse étaient l'objet de discussions contradictoires entre les savants les plus habiles. Lagrange, Carnot, Poisson et bien d'autres, avaient exercé leur talent sur ces difficultés, mais sans les résoudre d'une manière satisfaisante. On peut en juger par les tentatives infructueuses de Lagrange, le plus illustre d'entre eux. On sait que ce dernier avait entrepris de refaire Tanalyse en la débarrassant de toutes les considérations d'infini et de limites, pour la ramener à la forme ordinaire des calculs algébriques. C'est en effet sur cette idée première que reposent plusieurs de ses ouvrages. Mais le progrès était plus apparent que réel ; de l'avis de tous les hommes compétents, les méthodes de Lagrange manquent de rigueur; aussi, ont-elles été bientôt abandonnées, et celles , dont on fait usage aujourd'hui sont, en grande partie, l'œuvre de Cauchy. Parmi les divers traités dans lesquels il a développé ses idées, on doit citer surtout le Traité de Calcul différentiel et intégral j le Cours d'Anafyse de V École Polytechnique^ les Leçons sur les applications du Calcul irifinitésimal à la géométrie. De nos jours, ces ouvrages ont fait place à d'autres, mieux accommodés aux progrès actuels de la science, mais c'est en définitive dans les livres de Cauchy que les auteurs contemporains ont puisé les méthodes plus parfaites qui sont maintenant universellement adoptées.

Ces traités ont rendu d'ailleurs à la science des services de plus d'un genre. Cauchy ne se bornait pas au

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