AFFAIRE DES JÉSUITES
nent public, à la tribune des Chambres, et enfin dans la jresse. Les hommes d'État furent mis en demeure de sé- ^ir, et de supprimer une association religieuse qui menaçait, disait-on. Tordre public et la société tout entière. Ainsi surexcitée, l'opinion publique était devenue tellement hostile aux Jésuites, que leurs meilleurs amis désespéraient de les sauver. Cauchy fut un de leurs plus chauds défenseurs. Au moment même où la lutte était engagée avec le plus de violence, une voix se fit entendre, un écrit parut, et quel ne fut pas l'étonnement d'un certain monde en apprenant que cette voix partait de l'Institut, que cet écrit était signé d'un des plus grands noms de la science! Mais, précisément à cause de son éclat, la démarche de Cauchy fut du nombre de celles qui contribuèrent davantage à ramener une foule d'esprits à des sentiments plus modérés et plus équitables.
Que reprochait-on aux Jésuites, et que faut-il penser de ces complots imaginaires, de ces fables ridicules, auxquelles la crédulité publique prétait un complaisant écho? Évidemment ce n'étaient là que des prétextes : ce qui se trouvait au fond de toutes ces attaques, comme il fut bientôt facile de s'en convaincre, c'était la question délicate et brûlante de l'enseignement.
L'éducation de la jeunesse constitue une partie essentielle de la tâche que les Jésuites se sont imposée. On se rappelle avec quel succès ils s'en étaient acquittés sous l'ancien régime; malgré la réputation si justement méritée de l'Oratoire et de l'ancienne Université, leurs écoles n'avaient pas cessé d'être les plus fréquentées et les plus aimées de la jeunesse studieuse. Il suffira de rappeler le témoignage d'un homme qui, assurément, ne saurait être suspect, d'un écrivain dont on doit condamner certaines doctrines détestables, mais qui n'en demeure
IIO LA VIE D AUGUSTIN GAUGHY.
pas moins l'un des esprits les plus brillants quelaFraoce ait produits. Voltaire avait été l'élève des Jésuites» eiil conserva toujours de leurs leçons un souvenir reconnaissant. < Rien^ dit-il, n'effacera jamais de mon cœur II mémoire du Père Porée^ qui est également chère à toos ceux qui ont étudié sous lui. Jamais homme ne rendit l'étude et la vertu plus aimables. Les heures de ses leçons étaient pour moi des heures délicieuses, et j'aurais voulu qu'il fût établi, dans Paris comme a Alhënes, qu'on pût, à tout âge, assister à de telles leçons. Je serais revenu souvent les entendre. >
Les écoles des Jésuites disparurent a l'époque de la suppression de l'Ordre, en 1772; après la Révolution, d'autres établissements s'élevèrent sur leurs ruines. Enfin, en 1808, Napoléon créa l'Université de France, dont le caractère sembla se définir tout d'abord par le nom de son premier grand maître, Fontanes, comme celui de l'ancienne Université peut se résumer dans le souvenir de Rollin, l'un de ses derniers recteurs. Il ne m'appa^ tiendrait pas de célébrer ici cette grande institution, qui est une des gloires de notre pays; mon témoignage poQ^ rait paraître suspect de partialité, mais je ne ferai que répéter ce qui est avoué par tout le monde, en disant qae cette création était nécessaire, et qu'à une époque nouvelle il fallait un ordre de choses nouveau. Vouloir que dans notre siècle l'éducation de la jeunesse fut remise presque exclusivement aux mains d'un ordre religieuXt eût été une faute, et c'est en grande partie pour avoir tenté de poursuivre ce but que le gouvernement de b Restauration a soulevé tant d'inimitiés. L'Etat ne pouvait pas, après tout, abandonner au premier venu la charge importante de l'enseignement; c'était donc un devoir pour lui d'y pourvoir en organisant les écoles de