‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 4 sur 134 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

à leur dernière heure cette parole du poëte latin :

« .oculis errantibus, alto

Quaesivit cœlo lucem, ingemuitque repertâ! » (i)

Le nom de Laplace est le plus éclatant de ceux que l'incrédulité revendique, et cependant il convient de ne pas même le lui abandonner sans réserve. Le reproche le plus'grave qui pesé sur la mémoire de Laplace, c'est d'avoir exprimé, à l'occasion de son célèbre Traité sur la Mécanique céleste^ l'opinion que t Dieu était une hypothèse dont il n'avait pas eu besoin. • Cette assertion, prise à la lettre, ne serait rien moins qu'impie, mais ne peuton pas en donner une explication qui en atténuerait beaucoup le sens et la portée ?

Le grand honneur de Laplace est d'avoir complété l'œuvre de Newton en levant les difficultés que présentait l'exposition du Système du monde dans la théorie de l'Attraction universelle. Newton, malgré son immense ; génie, n'avait pas pu rendre compte de tous les faits, et, lorsque ses principeslui paraissaient en défaut, il avait l'habitude de recourir à la toute-puissance divine et de . faire intervenir Dieu pour expliquer ce qui échappait à sa propre intelligence. Cette manière de procéder, qui témoignait du reste en faveur de ses sentiments religieux, n'était nullement philosophique. Elle revenait en définitive à supposer la création incomplète et à réduire le créateur au rang d'un ouvrier malhabile et imprévoyant

(i) ^«^iVjfe, liv. IV, V. 691.

XVI ' LA. VIE d'aCGUSTIN CAUCHY.

qui n'aurait pas su introduire dans son œuvre tous les éléments nécessaires de conservation et de durée. Elle était en outre essentiellement imprudente, car si plus tard, par suite du progrès des sciences, les géomètres venaient à expliquer ces contradictions apparentes par des raisons purement naturelles, les preuves que Newton prétendait en tirer en faveur de la divinité tombaient d'elles-mêmes et offraient aux incrédules un trop facile triomphe. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver, et le mot attribué à Laplace ne serait, suivant nous, qu'une protestation contre le système peu rationnel qui prétendait rattacher à une intervention supérieure des faits dont les principes naturels suffisent pour donner l'explication.

L'astronome Lalande est peut-être, parmi les savants de mérite, celui dont la triste réputation d'incrédulité et d*athéisme est le mieux établie ; chacun se rappelle la mesure sévère dont il fut l'objet de la part de l'empereur Napoléon à qui les esprits de cette sorte causaient une invincible antipathie. Et cependant, dans ses derniers moments (i).

(i) Le récit de la mort de Lalande étant peu connu, il ne sera pas inutile de reproduire les détails qu'on trouve à ce sujet dans la Fie de M. rabbé Émery, par M. Gosselin, et qui sont basés sur les témoignages les plus authentiques.

Lalande était parent du célèbre Sulpicien et avait toujours conservé avec lui des relations d'amitié. M. Émery n'avait pas désespéré de le voir revenir à de meilleurs sentiments. Profitant un jour d'une occasion favorable, il lui avait fait cette ouverture : a Mon cher cousin, nous sommes tous mortels, et je ne pense pas que vous voulussiez sortir de ce monde sans remplir des devoirs dont vous ne pouvez ignorer l'importance. — C'est bien mon intention, répondit Lalande ; mais si je vous faisais appeler, consenti riez- vous à me procurer les secours de votre ministère? — Vous

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