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I cependant^ s'il est vrai que Dieu ait parlé, comment pourrait-on, sans inconséquence, refuser de lui obéir? Ce défaut de logique, si commun de nos jours, révoltait l'esprit scientifique de Cauchy. Il n'admettait pas ces moyens termes, ces raisonnements illusoires par lesquels 3n élude la pratique des devoirs religieux. Il voyait 3ans les enseignements de la foi un enchaînement rigoureux de principes et de conséquences : s'abstenir de conclure en religion lui paraissait aussi absurde que de se refuser à déduire les corollaires d'un théorème de géométrie.
Ce caractère pratiquement chrétien de Cauchy est d'autant plus remarquable que les circonstances au milieu desquelles il vécut semblaient devoir moins s'y prêter. L'époque où il est né n'était rien moins que croyante. Une grande rénovation allait s'opérer dans la société européenne ; on l'attendait avec impatience et on en espérait de grands et nobles résultats; mais la direction du mouvement était entre les mains des fils du xviii® siècle, qui fut peut-être le moins religieux de tous les siècles. L'incrédulité régnait partout; les philosophes avaient déclaré au Christianisme une guerre acharnée et le poursuivaient sans relâche, appelant à leur aide la raison, la science et toutes les ressources de l'esprit humain. A bout de moyens, ils avaient eu recours au ridicule, la plus terrible des armes. Le succès dépassa leur attente, car en essayant de détruire l'idée chrétienne il se trouva qu'ils avaient ruiné en même temps les principes fondamentaux de la morale et de la société. On sait assez quel fut le résultat de cette guerre de religion d'un nouveau genre. Lorsque Napoléon, après ses premiers triomphes, entreprit de rétablir sur ses bases la société bouleversée, il comprit que l'élément religieux devait être le point de
départ du nouvel ordre de choses. Le Concordat fotk premier acte de son pouvoir naissant. Mais il est plasbcile de gagner des victoires que de commander aux eoisciences; on n'impose pas aux peuples la chose du monde la plus libre : la foi. Aussi le Premier Consul eut d*iah menses obstacles à vaincre; les hommes de son temps, qui avaient été élevés au milieu des ercè» révolutioinaires, conservaient les traditions de leur erigioe et voyaient avec indifférence, souvent avec indignation et colère, le rétablissement du culte; il ne fallut rien moini que le prestige de son génie et de sa gloire pour lui faire pardonner par ses contemporains d'avoir relevé lesauteb et d'avoir voulu rendre de nouveau la France catholique. Toutefois, à côté de ces hommes, il y en eut d^autrei qui saluèrent avec bonheur et enthousiasme ce retour salutaire, et qui y contribuèrent puissamment par Tiifluence de leurs talents, de leur position, et surtout de leurs exemples.
Gauchy prit rang de bonne heure parmi ces derniers. Nous avons dit quelle fut son enfance et comment il sot montrer que, même chez un jeune homme, la pratique des devoirs religieux s'allie très-bien avec le talent le plos distingué. Cependant il vint un moment où le savant dut chercher à approfondir ses croyances. La soumission docile aux leçons qui avaient guidé son enfance» les sentiments d'honnêteté et de droiture qui avaient sauvegardé sa jeunesse, ne suffisaient plus à l'homme mûr, au géomètre habitué a traiter toutes les questions suivant les règles d'un raisonnement rigoureux et à tout soumettre aux exigences d'une algèbre inflexible. Ce moment critique arrive nécessairement pour tout homme intelligent; il n'en est pas un seul qui, au moins une fois dans sa vie, au sortir de la première jeunesse, ne se soit placé,
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«dans toute la liberté de son esprit, en face de ces difficiles jet redoutables problèmes que soulèvent la philosophie et la religion, la. morale et la foi. Époque solennelle, où J'homme, parvenu à la plénitude de ses facultés, va décider s'il doit rompre avec son passé, ou si les principes qui ont présidé à la première partie de sa vie continueront d'être la règle définitive de son existence! Combien sont nombreux ceux qui s'égarent et se perdent dans cette recherche capitale! Avides de liberté et d'indépendance, séduits le plus souvent par l'attrait des plaisirs, entraînés par la violence des passions, ils rejettent dédaigneusement le passé et s'élancent vers un avenir tout rempli d'illusions et de trompeuses promesses. Cauchy connut cette crise de l'âme; non-seulement il en sortit victorieux, mais il puisa dans cette épreuve une force nouvelle pour ses convictions, une ardeur plus énergique pour le bien. Il examina les principes de ses croyances, il sonda les bases de sa foi, et si Ton veut connaître le résultat de ses recherches, il faut entendre celte profession de foi qui, par son élévation et son éloquence, égale tout ce que l'histoire du génie chrétien nous offre de plus beau :
c Je suis chrétien, c'est-a-dire que je crois à la divinité de Jésus-Christ, avec Tycho-Brahé, Copernic, Descartes, Newton, Fermât, Leibnitz, Pascal, Grimaldi, Ëuler, Guldin, Boscowich, Gerdil, avec tous les grands astronomes, tous les grands physiciens, tous les grands géomètres des siècles passés. Je suis même catholique avec la plupart d'entre eux; et, si l'on m'en demandait la raison, je la donnerais volontiers. On verrait que mes convictions sont le résultat, non de préjugés de naissance, mais d'un examen approfondi. Je suis catholique sincère, comme l'ont été Corneille, Racine, la Bruyère, Bossuet, Bourdaloue, Fénelon, comme l'ont été et le sont
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encore un grand nombre des hommes les plus distingmiV de notre époque, de ceux qui ont fait le plus d'hoonevf à la science, à la philosophie, à la littérature, qui ontkl^ plus illustré nos Académies. Je partage les eonviclioii profondes qu'ont manifestées par leurs paroles, par lem actions et par leurs écrits, tant de savants du premier ordre, les Ruffini, les Haûy, les Laennec, les Ampère, les Pelletier, les Freycinet, les Coriolis; et, si j'évite de nommer ceux qui restent, de peur de blesser leur modestie, je puis dire du moins que j'aimais à retrouver toute la noblesse, toute la générosité de la foi chrétienne dans mes illustres amis, dans le créateur de la crislallih graphie, dans les inventeurs de la kinine et du stéthoscope, dans le navigateur célèbre que porta VUranieti dans l'immortel auteur de l'électricité dynamique. »
Les intérêts de la science et de la religion seront donc également sacrés à ses yeux, et il ne cessera de les coifondre dans un même culte et un même amour. Qu'on cesse de lui opposer que la science est contraire à la foi et qu'il est indigne d'un savant de remplir les devoirsde sa religion. Il répondra en rappelant tout ce que la science compte d'hommes éminents, qui sont restés pieux sans cesser d'être savants ; en montrant cette multitude de littérateurs, d'orateurs , de philosophes , qui soot l'honneur du genre humain, et chez lesquels on reconnaîtra une foi inébranlable jointe aux dons les plus sublimes de rintelligence et du génie. Si tant d'hommes illustres ont honoré et pratiqué la religion, il faut bien avouer que leurs principes n'avaient rien de contraire a la raison, et qu'on peut très-bien être religieux sans cesser d'être raisonnable. Mais continuons cet exposé.
Non-seulement la véritable science n'est point hostile à la religion, elle est encore son alliée naturelle et lui