‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 46 sur 134 · SES SENTIMENTS CHRÉTIENS. I · texte numérisé non relu

SES SENTIMENTS CHRÉTIENS. I

amais ridée religieuse» et qui, eu essayant de chasser Dieu de ce monde, avait produit plus d'athées que tous <s siècles précédents. > Mais ce que Gauchy lui reprochait surtout, c'était c d'avoir abusé des plus beaux ta- .ents et d'avoir déshonoré la science elle-même en la mettant au service de son impiété. »

* c Sans doute, disait-il, les passions peuvent, en obscurcissant l'intelligence de l'homme, l'empêcher de reconnaître la vérité; et c'est ainsi que les mœurs de la Régence produisirent, dans le dernier siècle, cette prétendue philosophie qui, après avoir abaissé l'homme au-dessous de la brute, en vint jusqu'à nier l'existence du seul être par qui tout existe ; de celui-là seul qui subsiste nécessairement; de celui dont la beauté infinie doit être l'objet de notre intelligence, comme sa bonté infinie doit, être l'objet de notre amour. Le caractère propre du xviii' siècle, et la source des calamités sans nombre dont il a inondé la terre, c'est l'abus des talents^et de la science, employés à corrompre les cœurs, à pervertir les intelligences, à détruire la notion même du devoir, et à effacer, s'il était possible, jusqu'au souvenir de ce qu'il y a de grand et de sacré parmi les hommes. Le crime de ce siècle, c'est d'avoir voulu soulever toute la nature contre son auteur, et armer contre Dieu, qui est la vérité même, les sciences dont le but unique devait être la recherche de la vérité. C'est en effet par le pompeux étalage d'un faux savoir et (l'une vaine philosophie, que rincrédulité moderne est parvenue à séduire une foule d'esprits superficiels. C'est ainsi qu'elle s'est fait écouter des grands et des puissants du siècle, et que l'irréligion, après avoir envahi les classes élevées de la société, est descendue dans la cabane du pauvre, dont elle a fait le jouet de toutes les misères et l'instrument de tous les crimes. Pour punir les peuples

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qui avaient prêté l'oreille aux discours des impies, ih suffi que la Providence les abandonnât à la conduite de ces hommes présomptueux, de ces prétendus réforonteursdu genre humain. Bientôt la société s'est dissoute, et le monde entier est devenu le théâtre d*ua vaste incendie qui n'éclaire plus que des ruines.

> Toutefois, rhomme ne saurait se reposer dans le doute, et le règne de Terreur ne saurait être de longae durée. Aussi, voyez quelle inquiétude a saisi tout à coup les disciples de la moderne philosophie. N'apercevant autour d'eux qu'un vide immense, n'osant mesurer la profondeur du gouffre où leurs maîtres les ont précipités, ils parlent d'un dogme nouveau, d'une religion nouvelle qu'ils ne sauraient définir. Ils conçoivent tout le néaol des doctrines qui les ont séduits; ils commencent à s'apercevoir que des sarcasmes ne sont pas des raisons, qu'il a y quelque difierence entre l'homme et la brute, que Dieu, que la Providence, ne sont pas des mots vides de sens. Mais, habitués à considérer la religion chrétienne comme un majestueux édifice appuyé sur des fondements ruineux, dont les sciences humaines auraient fini par découvrir la fragilité, ou comme un système philoso-, phique qui, après avoir charmé les peuples du moyen âge et hâté les progrès de l'esprit humain, doit disparaître à son tour pour faire place à d'autres systèmes, les philosophes de nos jours sembleraient craindre de trahir la vérité elle-même s'ils revenaient a la foi catholique et aux croyances de tous les siècles. »

Cet exposé fait connaître la nature des sentiments religieux de Cauchy; on voit combien ils étaient vifs et profonds. Mais, ce qui ne mérite pas moins de fixer notre attention, c'est le soin avec lequel il s'appliquait à mettre sa vie d'accord avec ses principes. Non content de satis-

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c Un matin, avant l'aube, il accourt chez celui qui icrit ces lignes; il veut exécuter une pensée toute nouvelle. Une supplique sera adressée au Père commun des idëles; elle sollicitera un appel direct du Souverain ?ontife à la catholicité pour arracher un peuple fidèle a a faim et à la mort. Cette supplique, l'Institut sera confié à la signer, sans distinction d'opinions, de nuances, le religion même ; après l'Institut, les chambres, les salons, tout ce qui possède quelque notoriété en France. La lettre est rédigée : c'est Cauchy qui la portera de porte en porte avec les instances redoublées de sa commisération qui ne craint pas d'être importune. Il est sûr du succès, et rien ne l'arrêtera. Il ne s'était pas trompé, il n'avait pas trop présumé de la générosité française ; d'ailleurs, qui eût résisté à cette prédication du génie et de la charité? En peu de jours, Cauchy, épuisé, presque malade de fatigue, avait recueilli des signatures par centaines; il les remettait au nonce apostolique qui, ému et émerveillé, les envoyait en toute hâte à Rome. Grégoire XVI, l'ami des sciences et des lettres, le promoteur de l'apostolat, accueillait immédiatement la demande, invoquait le concours de ses frères dans l'épiscopat, ouvrait les trésors de l'Église. Ainsi sollicitées du monde entier, les aumônes dépassèrent plusieurs millions, et l'Irlande fut sauvée. >

Dans une autre circonstance, de nature très-différente, il s'agissait d'une réforme à apporter au régime des criminels. « Non-seulement nos prisons actuelles ne corrigent pas, mais elles dépravent, » avait dit, dans un docament célèbre, M. Alexis de Tocqueville, membre de l'Institut et rapporteur de la loi sur les prisons. Vivement préoccupés de la même pensée, les membres d'un jury de cour d'assises de la Seine, parmi lesquels siégeait, en

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