ŒUVRES CHRÉTIENNES
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Paroles de SAijrr Yiskbjit bb Pml.
Œuvre de Saint François-Régis. — La science mise au service de la charité. — Appel en faveur des Irlandais. — Réforme du régime des criminels. — CEuvre des petits savoyards. — La société de Saint Vinceit de Paul. — Esprit de prosélytisme.
Le nom de Gauchy se trouve associé intimement a la plupart des œuvres chrétiennes de son temps ; plusieurs d'entre elles ont reçu de lui des développements considérables, et quelques-unes lui doivent même l'existence.
En i8a6, le vénérable M. Gossin entreprenait de fonder l'œuvre de Saint François-Régis dont le>but est la réhabilitation des unions illicites et la légitimation des enfants issus de ces unions. Une expérience journalière apprend que, dans les classes laborieuses, la misère provient ordinairement de l'irrégularité des mœurs. Constituer la famille sur les bases de la morale et de la religion, c'est donc à la fois rétablir l'ordre et rendre un impo^ tant service aux individus et a la société. C'est dans les grandes villes surtout que la nécessité d'une telle action se fait sentir, et pour donner une idée de l'étendue du mal nous rappellerons, avec V Annuaire du Bureau des Lonr giludes, ce fait désolant que, dans la seule ville de Paris, plus du tiers des naissances sont illégitimes. Mais tout
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en signalant le mal» il est juste de reconnaître que, pour leurs mariages, les pauvres rencontrent des difiicultés de plus d'une sorte. Ils ignorent habituellement de quelle manière ils peuvent se procurer les pièces nécessaires, les actes de notoriété, le consentement des père et mère, les dispenses civiles en cas de parenté ; ils se perdent au milieu de la complication de toutes ces formalités, et renoncent dès lors à se mettre en règle.
La difficulté principale résidait dans les frais imposés par les actes qu'il faut rassembler de tous les points de la France, ou qu'on est même souvent obligé de faire venir de l'étranger. Pour lever cet obstacle, Cauchy conçut le projet d'obtenir du Gouvernement la présentation d'une loi, afin d'afi^ranchir des taxes ordinaires les actes délivrés pour le mariage des indigents. En conséquence, il rédige une pétition dans laquelle il s'attache à faire ressortir l'importance sociale de l'œuvre. La pétition est promptement couverte de signatures ; ce sont celles de ses confrères des cinq Académies, puis d'une foule d'hommes considérables, divisés d'opinion pour la plupart, et qui sont tout étonnés de se trouver un jour réunis sur le terrain neutre de la charité. Fort de cet appui, Cauchy put obtenir plus facilement les suffrages des hommes d'État dans les Chambres, et bientôt un ministre tint à honneur d'attacher son nom à cette mesure bienfaisante.
On remarquera cette manière de procéder, d'ailleurs habituelle chez Cauchy, qui consistait à mettre la science elle-même au service de la charité, et à chercher jusque dans les rangs des savants un point d'appui pour la réalisation de ses pieux desseins. C'est ainsi qu'il a toujours agi pour les diverses œuvres dont il s'est occupé. Lui arrivait-il de rencontrer une difficulté, un obstacle qui eût arrêté un moins ferme courage, c'était à ses chers et sa-
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vants confrères de TlDStitut qu'il s'adressait d*abord;il trouvait là son grand moyen d'influence, et» on doit le |^ dire à l'honneur de l'illustre corps, cette coopération ne lui fit jamais défaut. Quel zèle, quel entrain, queik persévérance il déployait! Avec quelle ingénieuse diplomatie il savait, moitié par sympathie pour la cause qu'il défendait si bien, moitié par amitié pour sa personoe, entraîner Tun, convaincre l'autre, obtenir d'abord quelques signatures à côté de la sienne, puis un plus grand nombre, puis presque toutes; associant ainsi à ses bonnes œuvres l'Académie des Sciences, et souvent l'Institut tout entier. Quelle joie lorsque, après la séance du lundi, il venait passer la soirée dans sa famille ! Comme il était heureux de faire lire, au bas d'une supplique adressée ao Gouvernement, ou d'une liste de souscription pour une personne malheureuse, les noms les plus illustres de la science mêlés à ceux des hommes les plus considérables par leur naissance ou par leur situation dans le pays.
Cauchy put ainsi, dans diverses circonstances, obtenir des résultats remarquables, et donner à ses entreprises une portée imprévue. C'est ce qui arriva en 1846 au sujet de l'œuvre des Irlandais. La famine désolait une partie de l'Europe, et l'Irlande était plus particulièrement atteinte par le cruel fléau. Chaque jour les journaux apportaient le récit de scènes déchirantes qu'on croirait empruntées aux époques les plus désastreuses du moyeu âge. A cette vue, le savant se sentit ému jusqu'au fond des entrailles, et, nouveau Vincent de Paul, il résolut de venir en aide à cette nation infortunée. Voici en quels termes un témoin véridique raconte sa généreuse tentative (i) :
(1) / o/r un article de M. de Riancey dans le journal i' Union du 16 janvier 1867.
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c Un matin, avant l'aube, il accourt chez celui qui icrit ces lignes; il veut exécuter une pensée toute noui^elle. Une supplique sera adressée au Père commun des Sdèles; elle sollicitera un appel direct du Souverain Pontife à la catholicité pour arracher un peuple fidèle à la faim et à la mort. Cette supplique, l'Institut sera convié à la signer, sans distinction d'opinions, de nuances, de religion même ; après l'Institut, les chambres, les salons» tout ce qui possède quelque notoriété en France. La lettre est rédigée : c'est Cauchy qui la portera de porte en porte avec les instances redoublées de sa commisération qui ne craint pas d'être importune. 11 est sûr du succès, et rien ne l'arrêtera. Il ne s'était pas trompé, il n'avait pas trop présumé de la générosité française ; d'ailleurs, qui eût résisté à cette prédication du génie et de la charité? En peu de jours, Cauchy, épuisé, presque malade de fatigue, avait recueilli des signatures par centaines ; il les remettait au nonce apostolique qui, ému et émerveillé, les envoyait en toute hâte à Rome. Grégoire XVI, l'ami des sciences et des lettres, le promoteur de l'apostolat, accueillait immédiatement la demande, invoquait le concours de ses frères dans l'épiscopat, ouvrait les trésors de l'Église. Ainsi sollicitées du monde entier, les aumônes dépassèrent plusieurs millions, et l'Irlande fut sauvée. >
Dans une autre circonstance, de nature très-différente, il s'agissait d'une réforme à apporter au régime des criminels. « Non-seulement nos prisons actuelles ne corrigent pas, mais elles dépravent, » avait dit, dans un document célèbre, M. Alexis de Tocqueville, membre de l'Institut et rapporteur de la loi sur les prisons. Vivement préoccupés de la même pensée, les membres d'un jury de cour d'assises de la Seine, parmi lesquels siégeait, en
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1843, Augustin Cauchy, résolurent d'exposer, dans h Mémoire à soumettre aux autorités compétentes, leoi observations et leurs vœux. Caueby fut chargé de h rédaction de ce Mémoire qu'il fit imprimer sous ce titre: t Considérations sur les moyens de prévenir les crimeset de réformer les criminels. > Quatre questions prineipales y sont discutées; elles se rapportent aux poiili suivants :
1^ Procurer aux enfants des classes pauvres, et surtoot à ceux qui, élevés dans la misère et le vice, deviendrait plus tard le fléau de la société, la bonne éducation doit ils sont généralement privés;
2? Soustraire les prévenus et les condamnés aux leçon du crime qu'ils reçoivent dans les prisons ;
3^ Faciliter la réforme des criminels et leur retour ai bien, en leur faisant donner, dans les prisons, la bonnr éducation dont ils ont été privés, pour la plupart, av»l leur condamnation ;
4^ Prendre des mesures telles que, parmi les coupables, chacun de ceux qui rentrent dans la vie commune, après l'expiration de leur peine, ne soit pas considéré et ne se considère pas lui-même comme un ennemi de la société.
La solution de ces diverses questions est traitée, dans le travail de Caucliy, au double point de vue de l'économie politique et de la morale religieuse ; et si Ton veut juger du mérite de Técrit lui-même, il suflira de rapporter la lettre suivante de M. de Tocqueville, à qui l'auteur l'avait communiqué :
c Monsieur, j'ai lu attentivement le manuscrit que vous avez bien voulu me confier. Cette lecture a été pour moi d'un intérêt extrême, et je ne puis trop vous remercier (le m'avoir permis de la faire. Je pense que la publi-
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cation de cet opuscule servira puissamment la cause de la véforoie.
• Veuillez, etc.
» Alexis de Tocqueville. »
On voit assez par là que rien n'échappait au zèle actif de Cauchy, et qu'il était toujours prêt à se mettre, à la première occasion, au service du bien public. : Ce zèle ne se démentait point, même pour les œuvres ^ moindre importance. S'agissait-il, par exemple, de venir en aide à une famille éprouvée, ou de soulager quelque pressante infortune, aussitôt le savant quittait ses formules et multipliait ses démarches , frappant à toutes les portes, sollicitant avec instance, quelquefois jusqu'à l'importunité, ses amis et ses collègues, adressant des requêtes et des suppliques, et ne s arrêtant que lorsque le succès avait couronné ses efforts. Pour le mal^ heureux, tout est difficulté; ordinairement, à son approche, les visages deviennent sévères, les portes se feraient, les réclamations les mieux fondées ne sont pas accueillies. Telle admission dans un hôpital nécessite souvent plus de sollicitations que l'obtention d'une place lucrative ou d'une distinction enviée. Ceux*là seuls peuvent le savoir qui ont à s'occuper des affaires du pauvre. Faut-il donc s'étonner si celui-ci, après avoir longtemps lutté, finit par renoncer à se défendre contre l'aiguillon du besoin, et s'abandonne tristement à une misère qu'il regarde comme incurable! Le malheureux n'y arrive pas tout d'un coup; il a d'abord essayé de résister aux étreintes de l'adversité, aux instigations perfides de la hïm ; un bon conseil l'eût préservé, un secours opportun Teût peut-être sauvé ; il n'a rencontré ni l'un ni l'autre,
et il est tombé.
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Et maintenant sa chute sera-t-elle sans remède? lie I r main charitable ne viendra-t-elle pas Taider à sortir ée sa misère et le relever à ses propres yeux, en lui rendait, avec le pain de chaque jour, le courage et le sentiment (k sa dignité ? Tel est le but que poursuivent tant de pe^ sonnes qui se dévouent au soulagement des pauvres, et qui mettent au service des bonnes œuvres, avec tal d'abnégation, leur temps, leur influence et leur fortane. Les invitations divines ont retenti à leurs oreilles et oit pénétré leurs cœurs d'un charme puissant; dès Ion, l'exercice des œuvres de miséricorde est devenu ane habitude de leur vie, et elles ont trouvé dans cette douce occupation les consolations les plus ef&caces et les émotions les plus délicieuses qu'il soit possible à Thommede goûter ici-bas. Cauchy en a fait bien souvent Tépreine. Soulager les malheureux et poursuivre leur réhabililition morale, fut toujours l'objet de ses plus constoats efibrts. Son activité à cet égard était infatigable : riei ne le décourageait, ni l'étendue du mal, ni l'aspect repoussant du vice, et on l'a vu braver jusqu'à la contagion même des maladies pour atteindre ce bat sacré.
On peut dire cependant qu'il y avait un objet privilégié de son zèle, c'était le soin des enfants et des jeunes gens. Procurer a la jeunesse le bienfait de l'instruction, et surtout d'une éducation chrétienne, était, à ses yeux, h base de toutes les œuvres charitables. Lorsque le pauvre a traîné avec lui, dans l'âge mûr, la chaîne de ses mauvaises habitudes, il la brise difflcilement; sa bonne volonté même devient impuissante. 11 n'en est pas ainsi daos le premier âge; alors le naturel est mobile et léger, miii l'âme est candide, l'esprit flexible, et par conséqueot mieux préparé à recevoir les impressions qu'on y dépose*
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Le temps pourra les affaiblir, mais non les effacer, et elles finiront par se réveiller quelque jour. Qui pouN rait dire surtout les avantages d'une bonne première communion? C'est elle qui décidera souvent de Favenir de l'enfant. Cette première communion est peut-être la seule qu'il fera pendant le cours d'une longue vie; il faut donc qu'elle produise une impression profonde sur sa jeune âme qui sera bientôt exposée à tant de dangers; il faut que le souvenir doux et salutaire de ce moment solennel puisse se retrouver encore dans quelque coin de son cœur, ne fût-ce qu'à l'article de la mort.
Parmi les œuvres établies en faveur de Tenfance, celle des petits Savoyards est assurément une des plus dignes d'intérêt. Chacun de nous connaît ces pauvres enfants qui, chaque année, au retour des frimas, quittent leurs chétives chaumières et leuts montagnes neigeuses, pour yenir> dans les grandes villes, gagner laborieusement un morceau de pain noir; chacun se rappelle ces voix suppliantes qui, au détour d'une rue, vous demandent bien humblement « un petit sou >, ou qui, au sommet d'une cheminée enfumée , chantent gaiement un refrain du pays. Cependant le pays est bien loin; les parents ont fait place à un maître, souvent dur et exigeant, qui, au bout d'une journée froide et pénible, se contentera de donner au petit Savoyard un maigre repas, et pour couche un peu de paille dans un réduit obscur. Quel bonheur pour lui de rencontrer régulièrement > à des jours déterminés, des protecteurs, des amis qui s'intéressent à son sort et lui prodiguent des soins charitables! Car, il ne faut pas s'y tromper, sous la couche de suie noire et épaisse qui salit cette figure, vit une âme immortelle, et, dans cette poitrine qu'on aperçoit a travers des vêtements en lambeaux, bat un cœur d'homme. Mais
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c'est surtout le jour de la première communion qu'oi aime à revoir ces pauvres enfants^ lorsque des main plus que maternelles ont substitué un vêtement décest à ces haillons déchirés, et ont rendu à ces jeunes 'figura toute la fraîcheur de leur âge; il y a là comme uneapprition gracieuse du génie de la charité.
L'œuvre des petits Savoyards répondait trop bien u caractère deCauchy pour ne pas trouver un écbo dans m cœur-; aussi il s'y dévoua longtemps avec une véritabk tendresse. C'était un touchant spectacle que de voir dan ces réunions l'illustre géomètre, en compagnie d'un doc Mathieu de Montmorency, ou d'un comte Alexis de Noailles, se faire humble et petit pour instruire ces disciples d'un nouveau genre, et leur inculquer les premiers principes du catéchisme.
Une œuvre plus vaste, et qui semble résumer en elle toutes les autres, servira comme de couronnement à cette partie de notre récit : je veux parler des Conférences de Saint'Vincent de Paul. La pratique des bonnes œuvres, pour produire tous ses fruits, doit être entreprise avec suite et régularité; les tentatives individuelles et isolées seront toujours impuissantes devant l'étendue de certaines misères, et c'est seulement dans l'association qu'on peut y trouver un remède efficace. Tel était le grand avantage que Cauchy recherchait dans la Société de Saint- Vincent de Paul. Il y trouvait réuni ce qui constituait ses plus chères affections : pour but charitable, le service des pauvres, auxquels il avait consacré la meilleure part de sa vie; pour instrument de cette charité, les jeunes gens, qui furent toujours l'objet de ses plus vives sollicitudes. Il y trouvait encore ce trésor d'amitiés chrétiennes qui ne reposent pas uniquement sur les convenances sociales ou sur la base trop fragile des sympathies natu-
l'institut catholique. ^oi