‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 50 sur 134 · I. INSTITUT CATHOLIQUE. SCK · texte numérisé non relu

I. INSTITUT CATHOLIQUE. SCK

tout retombe dans le chaos. Pour nous dépeindre le sejour des éternelles douleurs, la Sainte Ecriture affirme que c'est un lieu d*où tout ordre est banni : ubi nuUus ordo et sempitemus horror inhabiiat.

€ C'est précisément parce qu'elle est exacte et vraie que la religion chrétienne est si éminemment favorable aux progrès des sciences et au développement des plus nobles facultés de notre intelligence. C'est en éclairant les esprits, c'est en ranimant dans les cœurs l'amour de la vérité, qu'elle inspire le génie, qu'elle provoque les méditations du savant, l'enthousiasme divin de l'orateur et du poète, et les empêche de se briser contre de funestes écueils. »

Des écrivains distingués ont, il est vrai, contredit, ou du moins mis en doute ces assertions, mais Cauchy n'hésite pas à protester contre leurs conclusions. Il en est un surtout contre lequel il s'élève avec énergie : c'est le satirique Boileau. Cet esprit juste, mais sec, qui juge tout avec une rigueur froide et inexorable, cette pointe d'esprit fine et acérée qui dissèque les œuvres de rintelligence comme un chirurgien fait des organes du corps, excite vivement la verve du géomètre chrétien. C'est Boileau qui condamne sans pitié quiconque essaye de célébrer en vers les sublimes mystères de la foi ; c'est Boileau qui écrit cet étrange distique, ou les mots se choquent et se contredisent :

L'Évangile à nos yeux n'offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités.

Quoi! l'Évangile, la Bonne Nouvelle, n'enseignerait pas autre chose? L'Évangile, la plus grande preuve de la miséricorde de Dieu, n'inviterait pas les hommes à l'amour? Ah ! illustre critique, on voit bien que vous vivez

ao6 LA. VIE d'augustiit caucht.

vés et un attachement sincère à la foi catholique» ne reb- 1 seraient pas de lui servir de guide. Cet espoir ne«B|f pas trompé. Tous les Membres des deux Comités rivafi» r ront de zèle pour le succès d'une œuvre si utile. Te demanderont, tous ont déjà demandé k Dieu qu'il daign lui-même bénir des travaux qui ne sauraient manquera tournera sa gloire, puisqu'ils ont pour but la rechenk et la propagation de la vérité. >

Des Conférences nombreuses furent immédiatemeM organisées; elles devaient embrasser toutes les branclia des connaissances humaines : lettres, histoire, droit, physique, médecine, sciences exactes, rien ne fut oublié, et si l'on considère le nombre et le talent des homoMi qui apportèrent leur concours à l'œuvre» on jugera sus doute qu'elle était née viable et en état de remplir son bot élevé.

Le Président de l'association était M. le vicomte Albn de Villeneuve, de l'Académie des sciences morales et politiques. Le Comité des Sciences était dirigé par M. Caochy; il comptait vingt-deux Membres. Aux hommes doot nous avonsdéjà cité les noms étaient venus se joindre MM. Coriolis, Freycinet, Auguste Saint-Hilaire, Récamier. Cruveilher, et, après eux, plusieurs jeunes gens alors au début de leur carrière et qui ont occupé depuis, dans h science, un rang distingué. Le Comité du Droit et des Lettres ne comptait pas moins de vingt-huit Membres, mais son activité se résumait surtout dans la personoc de Frédéric Ozanam; le souvenir des services rendus î rinstitut catholique par cet illustre professeur a même fait donner son nom à Tune des conférences les plitf goûtées et les plus suivies. Enfin, aux deux Comités primitifs, on ne tarda pas à joindre un Comité des Arts, soos la direction de M. Raoul Rochette, secrétaire perpétad

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de rAcadémie des Beaux-Arts. Il y avait, chaque semaine, ^atre conférences pour le droit, cinq pour les sciences, une pour la littérature et une pour les beaux-arts. On établit en outre des séances solennelles, dont les frais étaient fiiits par quelques-unes des illustrations de Tépoque. On j entendait tour à tour l'éloquence originale et ardente du Père Lacordaire et la parole suave et sympathique du comte de Montalembert. Une autre fois, M. Eugène Bore venait raconter, dans un langage simple et ému, les péripéties de ses voyages en Orient et les commencements de sa vie de missionnaire.

Il ne saurait ici être question de rendre compte des travaux de rinstitut catholique; il m'a semblé cependant qu'il ne serait pas sans intérêt d'en donner au moins une idée en choisissant comme exemple un travail que Cauchy avait composé pour une des réunions et dont le manuscrit a été retrouvé dans ses papiers. Cette citation offrira un nouveau témoignage de la hauteur à laquelle il élevait ses vues.

c Sur quelques préjugés des poètes et des littérateurs contre les physiciens et les géomètres. > Tel est le titre de cet écrit, c On entend souvent répéter dans le monde, dit l'auteur, que les sciences exactes dessèchent l'esprit et le cœur; les sciences naturelles et la médecine ne sont pas même exemptes de ce reproche, et il est clair que toutes les sciences à leur tour, même les plus sublimes, devront

être, sans exception, condamnées au même titre

L'exactitude n'est-elle pas en effet un caractère essentiel, nécessaire de toute véritable science? L'objet de toute science n'est-il pas la recherche ou la connaissance exacte de la vérité? L'exacte, l'infaillible certitude des vérités révélées n'est-elle pas ce qui établit une différence si marquée entre les invariables enseignements de

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rÉglise catholique, dont l'autorité se fonde sur U pank \ a même de Dieu, et les mobiles croyances de ceux qaiott le malheur de prendre pour guide et pour appui les o> priées fugitifs de la raison individuelle ou le flot vt constant des opinions humaines? L'exacte vérité n'otr elle pas ce qui distingue la vraie et la lausse philosophie, l'histoire et le roman? N'est-elle pas ce que nous recher chons, ce que nous aimons à retrouver dans les plus belb productions de l'esprit humain, même dans la littéralorc, même dans la poésie ? Le choix du mot propre à exprimer nettement la pensée, la clarté du discours, la fidèle peinture du genre humain, ne sont-ils pas les élémeoU essentiels de la perfection à laquelle s'élèvent les vers de Racine? Les fictions mêmes, pour nous plaire, ne doivent-elles pas nous offrir une image sensible de la Térite? L'exactitude des descriptions, la reproduction fidèle des grands tableaux que nous offre la nature, n'est-elk pas ce qui nous charme dans Virgile ou dans Homère? Et sans l'exaclilude, sans la candeur naive avec laquelle l'inimitable la Fontaine nous raconte, sous des nomssupposés, notre propre histoire, ses fables auraient-elles pour nous tant d'attraits? »

Si l'étude des sciences dessèche le cœur de certains hommes, la cause en est ailleurs, c L'homme, hélas! peut abuser de tout, il lui arrive trop souvent de tourner les dons de Dieu contre Dieu lui-même, les créaturee contre le créateur; il peut abuser de l'analyse, de la physique, des scii^nces naturelles, comme il abuse de la création, comme il abuse de la raison, comme il abuse de la philosophie. Tout, dans le monde des âmes comme dans celui des corps, a été disposé, suivant la parole des livres saints, avec nombre, poids et mesure. Si Dieo se retire, aussitôt ces caractères divins disparaissent et

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tout retombe dans le chaos. Pour nous dépeindre le séjour des éternelles douleurs, la Sainte Écriture affirme que c'est un lieu d'où tout ordre est banni : uhi nuUus ordo et sempitemus horror inhahitat,

€ C'est précisément parce qu'elle est exacte et vraie que la religion chrétienne est si éminemment favorable aux progrès des sciences et au développement des plus nobles facultés de notre intelligence. C'est en éclairant les esprits» c'est en ranimant dans les cœurs l'amour de la vérité, qu'elle inspire le génie, qu'elle provoque les méditations du savant, l'enthousiasme divin de l'orateur et du poète, et les empêche de se briser contre de funestes écueils. »

Des écrivains distingués ont, il est vrai, contredit, ou du moins mis en doute ces assertions, mais Cauchy n'hé* site pas à protester contre leurs conclusions. Il en est un surtout contre lequel il s'élève avec énergie : c'est le satirique Boileau. Cet esprit juste, mais sec, qui juge tout avec une rigueur froide et inexorable, cette pointe d'esprit fine et acérée qui dissèque les œuvres de Tintelligence comme un chirurgien fait des organes du corps, excite vivement la verve du géomètre chrétien. C'est Boileau qui condamne sans pitié quiconque essaye de célébrer en vers les sublimes mystères de la foi; c'est Boileau qui écrit cet étrange distique, où les mots se choquent et se contredisent :

L'Évangile à nos yeux n'offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités.

Quoi! l'Évangile, la Bonne Nouvelle^ n'enseignerait pas autre chose? L'Évangile, la plus grande preuve de la miséricorde de Dieu, n'inviterait pas les hommes à l'amour? Ah! illustre critique, on voit bien que vous vivez I. i4

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du temps des Provinciales et que vous comptez Port-Ro\al parmi vos amis !

c Au reste, ajoute Cauchy, la thèse que soutenait Boileau cesse, de nos jours, d'être accueillie avec faveur. Notre siècle a une tendance manifeste à se débarrasser de tout Tappareil mythologique. Il se rit de la colère dont le législateur du Parnasse paraissait animé conlic tout poète qui, méprisant du fond du cœur les 8ope^ stitions païennes, ne faisait pas semblant» dans ses vers, d*adorer tout, excepté Dieu lui-même. Les déesses do paganisme, vieilles ou rajeunies, fardées ou non fardées, pouvaient convenir encore à la philosophie railleuse do xviu® siècle, qui se moquait de tout et ne croyait à rieo. Aujourd'hui Ton préfère les raisons à des sarcasmes, et Ton recherche plus sérieusement la vérité. On serait disposé volontiers, non point à faire passer sous nos yeui

Thémis^ sans bandeau, ni balance,

mais à ne point la mettre du tout en scène et à laisser la balance aux mains de c Celui par qui régnent les rois el > de qui relèvent tous les empires. > On sent au fond de Tâme, et souvent même sans s'en rendre compte, qu'il n'est pas de la dignité des peuples chrétiens de rétrograder jusqu'à la barbarie des spectateurs du Cirque, jusqu'aux ténèbres de l'idolâtrie, et le Génie du Chistianisme, les Méditations de Lamartine sont préférées à Flore, a Pomone, à Mercure, même à

la Guerre au front d'airain,

Même au Temps qui s'enfuit, une horloge à la main.

» Oui, c'est parce qu'elle est vérité, que la religion chrétienne a toujours et partout éclairé les esprits, développé les intelligences, qu'elle a faitéclore tant de pro-

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ductîons immortelles des sciences, de la littéralure et des arts, les chefs-d'œuvre de Michel-Ange et de Riaphaël, les divines poésies de Corneille et de Racine» du Tasse et de Milton; qu'elle nous a terrassés sous l^éloquence foudroyante de Taigle de Meaux; qu'elle à' revêtu de tant de charmes les chants mélodieux et tendres du cygne de Cambrai. C'est parce qu'elle est exacte et vraie qu'elle a présidé aux méditations sublimes des Augustin» des Descartes» des Newton» des Fermât» des Maclaurin» des Pascal» des Linnée, des Ëuler, des Coperilic, des Tycho-Brahé» des Cassini» de ces grands hommes de tous les siècles qui n'avaient pas la folle ambition de détrôner le Tout-Puissant et de bouleverser les empires» mais qui» dans la contemplation de Ta nature et des lois admirables établies par le créateur, trouvaient sans cesse dé nouveaux motifs de bénir et d'adorer l'auteur de tant de merveilles. >

Mais ce n'est pas assez pour Cauchy de plaider avec éloquence la cause des sciences : il veut encore» par son exemple personnel, prouver qu'on peut très-bien allier au génie de la Géométrie et de l'Analyse le goût de la littérature et de. la poésie, c Ce sera répondre à votre attente» ajoute-t-il» ce sera terminer, comme il convient, la discussion que j'ai soulevée, ce sera montrer combien j'ai à cœur de détruire les préventions hostiles aux géomètres» que de dérober encore ici quelques moments à l'étude de la géométrie pour les consacrer à la louange

De Celui qui sait tout et qui règne en tous lieux, De ce Dieu qui créa, qui racheta le monde, Qui commande aux enfers et se révèle aux cieux.

« Dans la dernière séance, j'avais pris pour sujet d'une épitre en vers quelques-unes des merveilles de la créa-

ai a LA. VIE D AUGUSTlir CA.UCHT.

tion. Je vais aujourd'hui tenter de célébrer les inerveille> plus étonnantes encore que nous révèle la foi calbolique. Pour être plus sûr de ne pas m' égarer dans ma route, je vais m'efforcer de faire passer dans notre langue le sublime cantique dans lequel TÉglise elle-même raconte la gloire des temples du Dieu vivant. Je ne me suis point dissimulé la difficulté de la tâche que je m'impose. J'avais surtout à lutter contre l'énergique précision du vers latin :

Orbe parvo se coarctans ;

et de ces autres vers :

Ultor astat cum flagellis Puniens sontes Deus.

c La bienveillance avec laquelle vous avez accueilli ma Leçon d'Astronomie^ me donne lieu d'espérer que cette fois encore vous me tiendrez compte de ma bonne volonté. Le sujet de mes vers est aujourd'hui : Un Temj^ chrétien^ on plutôt, afin qu'on ne puisse aucunement se méprendre sur ma pensée : Une Église catholique (i) :

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