‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 10 sur 176 · LES COLLÈGES AU XVII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES COLLÈGES AU XVII® SIÈCLE

méditer sur cet adage, le soir, quand ils prennent place autour d’une maigre éclanche de veau, ou le matin, à l'heure du déjeuner, quand le cuistre se cache par ordre, avec son panier de petits pains, «avec les bises, toutes creuses, où l’on ne trouve rien dedans que du vent au lieu de mic. » Il n’est pas de petits profits, et l’avare Hortensius a besoin de beaucoup d'argent, surtout depuis au’à force de lire les romans confisqués à ses élèves, il s’est monté la tête, et s’est épris d'une belle passion pour la coquette Frémonde, la fille du correspondant de Francion. Il la comble de cadeaux, il la reçoit la nuit au collège, avec ses amis des deux sexes, il la traite magnifiquement et lui donne le bal et la collation. Attiré par le bruit, le principal qui fait sa ronde avec une lanterne de voleur, descend, et très grave et très bon, reconduit le professeur ivre à son lit. Le principal en entend bien d’autres, dans ces chambres éloignées du collège, que le besoin d'argent l’oblige à louer à des industries interlopes.

On le voit, cette description faite par un écolier est complète ; mal élevé, mal nourri, Francion n’apasplus la reconnaissance du cœur que celle de l’estomac. Il serait facile de confirmer son témoignage par celui de ses maitres, de comparer au roman les rapports officiels des censeurs ou des principaux, Richer, Jean Morel!, Grangier, Nicolas Bourbon; mais il vaut mieux entendre une autre cloche et faire dans tous ces récits la part de la satire. Tous les régents ne sont pas des Hortensius ; tous les correspondants ne ressemblent pas à celui du Francion, qui envoie sa fille au parloir agacer les vieux pédants. Sorel n'aurait eu qu’à regarder autour de lui, à voir comment son ami

(1) Jean Morcl, De præsenti statu Academiac Parisiensis carmen, 1605, — Graugier, De l'Etat présent du collèe de Dormans, 1628. — Nicolas Bourbon, œuvres, éd. de 1654, p. 79 : Scholasticus Parisiensis.

Guy Patin, devait plus tard, malgré son âge et ses occupations, accepter cette charge. Comme il s'intéresse au petit bonhomme qu’on lui a confié! Il le soigne, il le saigne comme ses propres enfants; le dimanche, il l'emmène manger des cerises à sa belle ferme de Cormeil, ou bien il le conduit, place de Grève, aux exécutions des voleurs, et lui adresse un beau sermon. Chemin faisant il lui signale les inscriptions anciennes, comme celle du Cadran de l’Horloge, à noter sur son cahier. Par les gros froids, il l'installe à ses côtés dans son beau cabinet de travail, et s’il lui fait traduire par manière de récréation la Matrone d’Ephèse, c’est sans penser à mal, et en le prévenant que c’est une de ces histoires, « dont il ne convient pas de parler aux dames. »

De même, si nous nous sommes apitoyés sur les écoliers, leurs maîtres sont-ils si heureux, ne faut-il pas écouter aussi leurs plaintes, leurs griefs ? [ls les ont exprimés souvent, mais nulle part aussi bien que dans cette petite pièce intitulée : «Réponse d'un étudiant en l'Université de Paris, à un sien ami qui se plaignait du dérèglement qu’il disait être dans les collèges d’icelle Université (1616). » Elle semble, malgré la date, une réplique au F'rancion. Ce régent décrit par Sorel, qui fait affront à ses élèves et leur réclame leur rétribution avec de lourdes plaisanteries tirées du rudiment de Despautère 2, comment fera-t-il s’il ne touche pas les six écus fixés par le règlement, pour payer les bancs, les chandelles, les rideaux des classes, les affiches et les costumes des représentations théâtrales, sans compter tous les menus

(1) Leltres de Guy Patin à Falcouet et aux Belin, passim.

(2) Francion, livre HI, p. 133. Le jeu de mots sur la règle de Despautère « Hic uator » est classique ; on le retrouve dans les Bigarrures de Tabourot des Accords et dans le Pédant joué.

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