‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 104 sur 176 · LA LANGUE DES PRÉCIEUSES RIDICULES · texte numérisé non relu

LA LANGUE DES PRÉCIEUSES RIDICULES

tique là dedans ‘, remplir les vides de l’assemblée?, cl a tout à fait la taille élégante, etc.

D'autres enfin nous paraissent bizarres, qui étaient indifférents.Ainsi, en 1659. l'expression de haut style était depuis longtemps employée dans la langue comique #. De même l'emploi de donner bruit, et du verbe assaisonner pris au figuré, esttrèsancien.Dans cette phrase: Je veux que l’esprit assaisonne la bravoureÿ, et dans cette autre, donner bruit de connaisseusef, il n’y a rien à relever, il n’y a

(1) Le terme de musique, cnromarique, est synonyme de langoureux, plaintif ; mais il désigne en même temps un genre de musique fort difficile, et Magdelon l’emploie pour étaler ses connaissances, comme l’abbé de Pure qui vante le style de son Roman de la Précieuse, 4 partie, 1658, p. 408: « Ses faux tons sont étudiés, et il entend le cæroma- TIQUE. }»

(2) REMPLIR Les vipes d’une assemblée, est signalé comme nouveau par Somaize, 1°" Diet. des Précieuses au mot Peupler. Il est repris avec affectation par la comtesse d'Escarbagnas, qui parle avec dédain(scène II) « de ces amants qui servent à Remezrr Les vipes de la galanterie. »

(3) Signalé comme nouveau par Somaize, 1°" Dict. des Précieuses, au mot taille. « Il est de belle taille, 11 À TOUT A FAIT LA TAILLE ÉLÉGANTE. » Les deux mots sont anciens, mais leur association estnouvelle. Comparer, Bouhours, Entretiens. « Le mot aisé est nouveau dans le sens et le tour qu'on lui donne quelquefois, UN ESPRIT AISÉ, DES VERS AISÉS, UNE TAILLE AISÉE.

(4) Le mot est défini par Balzac, Sur la grande éloquence, discours VI: «Rien n'est si voisin du æaur sryce que le galimatias. » Comparer Corneille, la Veuve, acte [, scène JL, déjà cité dans le chap. VII:

I1 pensait m'avoir dit le meilleur mot du monde; Entendant ce maur sryce, aussitôt je seconde.

(5) Suivant le Père Bouhours, le mot de BRavoure aurait été apporté d'Italie par Mazarin. Sorel (Connaissance des bons livres, p. A1), se moque du mot nouveau, et dit que c’est un terme gascon ou périgourdin apporté par M. de la Calprenède.

(6) Les élégants disaient connaïsseux, et le féminin connaïsseuse se rattache sans doute à cette prononciation du mot nouveau, dont se moque Sorel (Connaissance des bons livres, p. 398 :) « Quant au mot de CONNAISSEUR OU de connaisseux C’est un terme très faible pour être employé à tout ce que l’on prétend. Pour ceux qui depuis peu ont mis les conNaisseux dans leurs livres, c'est une affectation de la nouveauté qui n'est pas supportable. »

rien de ridicule, que l'emploi des termes nouveaux et élégants, de bravoure et de connaisseuse. Puisque la plupart desélégances des Précieuses de Molière, sont lettre morte pour nous, il faut bien interroger les livres et essayer de retrouver, à force de notes, quelques. unes des impressions d’un clerc de 1659, entré pour ses quinze sous, au parterre du Petit-Bourbon.

La première chose à faire, c’est de reconnaitre les mots nouveaux ou les mots à la mode en 1659, et de voir quel effet ils produisent, quelle que soit leur origine, sur les contemporains. Si l’un d’eux avait pensé à recueillir tous ces mots dans un dictionnaire, notre tâche serait bien simplifiée. Remarquons que ce projet, dont on fait toujours honneur à Somaize, a tenté, avant lui, plusieurs écrivains. Dès 1656 il est entrevu, et reçoit un commencement d'exécution chez Mme de la Calprenède 1; un peu plus tard, Sorel organise des conférences « sur une langue polie, fort différente de la commune ?, » et en 1658 il publie une Loterie, contenant entr'autres lots burlesques les livres suivants: Za Chronique des Précieuses, qui raconte leur origine, et ce qu’elles

. (1) Dans la Précieuse de l'abbé de Pure, 1657, 2° partie, p. 463 et suivantes, M"* de la Calprenède, son amie Aurélie, elun homme d'esprit de, leur Connaissance, travaillent assidûment à un ouvrage intitulé : Dictionnaire des Ruelles, pour servir à l'intelligence des traits d'esprit, tons de voix, mouvements d'yeux et autres aimables grâces de La Précieuse, œuvre très utile pour ceux qui veulent converser et fréquenter le. beau monde, et faire progrès dans les mystères de La Ruelle.

(2) Sorel, Œuvres diverses, 1663, p. 359. i

(3) C’est la première Loterie du tome premier du Recueil de Sercy de 1658. Somaize collaborait à ce Recueil, car il a réimprimé, dans le tome IT, son petit ouvrage satirique le Voyageur fortuné, déjà cité. — On sait peu de chose sur la vie d'Antoine Baudeau, sieur de Somaize ; il est probable qu'il était parent du galant marchand Baudeau, cité par Tallemant dans l’historiette de M'* Paulet, tome IH, p. 3,16 et 17, et dans le Grand Cyrus, tome VIT, livre I, p. 474 et suivantes,

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