LES MÉTAPHORES DES PRÉCIEUSES RIDICULES
une nouvelle métaphore. Des métaphores, Molière en à mis partout, chaque fois qu’il a fait parler des Précieuses ; dans la Critique de l'Ecole des Femmes, dans les Femmes savantes, dans les Précieuses ridicules, le procédé est partout identique. Ainsi Mascarille est d’abord un chasseur qui vient chercher le mérite sur les terres de Magdelon,et qui, pournepasrentrer bredouille, apporteson gibier avec lui. Un peu plus loin, c’est un plaideur s’inscrivant en fauæ contre son interlocutrice, et citant comme témoin la Renommée ; celle-ci, sans Jouer avce la réputation des Précieuses, accuse juste, compte ou conte exactementce qu’elles valent, et ces expressions, communes àla procédure et au jeu de piquet, ne sont là que pour amener la phrase finale : « Vous allez faire pic, repic et capot tout ce qu'il y à de plus galant dans Paris. ! »
L’exagération est évidente, mais la littérature et les conversations des ruelles méritaient bien ces critiques ; le style figuré, nous dit l’auteur du Portrait de la Coquette?, y était de règle, et tous les précieux en faisaient vanité, tous méritaient le plaisant surnom de Figuriborum, que Mme de Sévigné applique au neveu du
(1) L'expression de s’nscRIRE EN Faux était déjà employée dans la Jangue comique : Comparer Corneille, la Suite du Menteur, Acte I, scène III, v. 285.
Cliton. — C'est l'original même, il vaut ce que je vaux: Si quelque autre s'en mêle,on peut S'INSCRIRE EN FAUX.
Molière rend à l'expression toute sa force, en la rapprochant p’accuser Jusre. Les Précieuses ridicules, scène IX. «Ah! je m'inseris en faux contre vos paroles. La Renommée accuse juste en contant ceque vous valez.» Voici les expressions intermédiaires, en commençant par la fin: Des cartes, Qui vALENT ? — COMPTER SON POiNt— ACCUSER SON POINT — L’ACCUSER JUSTE Où exactement, mot qui est lui-même nouveau, au dire de Sorel, Discours sur l’Académie française, p. 296. On dit plutôt accuser VRAI, ACCUSER FAUX.
(2) Le Portrait de la Coquette, p.214 «Il faut que le discours (du galant) soit figuré, car ce n'est pas assez d'exprimer les choses naturellement. »
comte d'Avaux, l'ami de Voiture. Si nous ne les entendons plus converser, nous avons leurs écrits, leurs lettres, qui sont, comme ils le disaient eux-mêmes, « la présence des absents,» «l’image delaconversation!, » et qui nous offrent à profusion des passages dignes de lapiècedes Précieuses. Le maréchal d’Albret, sur le point de prendre la voiture publique, écrit «Jevais me jeter dans les brasd’uneCrenan, pour m’y laisser transporter à Paris en toute diligence 2. » N'est-ce pas le pendant de la phrase de Cathos, sur le fauteuil « qui vous tend les bras? » Devantles beaux yeux de Magdelon, Mascarille demande « s'il y a ici sûreté pour lui ; il veut caution bourgeoise qu'on ne lui fera point de mal. » C’est la caution d’une marquise ou d’une comtesse qu'il aurait pu avoir. Chez Mme de Fiesque, on délivrait au musicien Lambert un sauf-conduit en règle, pour le garantir contre les beaux yeux de Mlle d'Outrelaize, son élève. Les allégcories, les métaphores prolongées font si bien partie de la préciosité, que tous ceux qui ont passé par cette école en gardent quelque chose. Mème les écrivains les plus sobres, comme La Rochefoucauld # et Mme de la Fayetteÿ, ceux quise flattent le mieux « d’avoir renoncé
(4) Sorel, Œuvres diverses, page 278 — Clélie, tome XII, livre 3, page 1139.
(2) Lettre à la marquise d'Huxelles, reproduite p. 41, dans le livre de M. de Barthélemy, La Marquise d'Huxelles.
(3) Recueil des pièces choisies, Sercy, 1662, tome IT, p. 346, Saufconduit de M'" d'Outrelaixe à M. Lambert.
(4-5) M"° de la Fayette, Leltre à Huet datée de novembre 1662. «Les cœurs de campagne brülent à bien plusgrand feu que ceux de lacour, etil me semble même que ceux de la cour brülent mieux à la campagne qu'à Paris. Ce pauvre Segrais aura tout loisir de brüler à St-Fargeau, il ne lui manquera que du feu. Mais je ne crois pas qu'il en puisse trouver-là pour allumer une allumelte. »
Lettres de M" de Sévigné, Edit. Monmerqué, t.Ul, p. 206. Le duc de la Rochefoucauld vient d'apprendre à Mme de Sévioné nouvelle : « Si je suis le ee à vous pied RE VE