‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 116 sur 176 · LONGUE INFLUENCE DE BALZAC · texte numérisé non relu

LONGUE INFLUENCE DE BALZAC

Père Ogier, prétend qu'on n’a pas le droit de séparer ces expressions du contexte; il ne sera jamais bon, nulle part, de faire, d’un fagot ou d’une chandelle, le soleil de la nuit. Si ces défauts diminuèrent chez Balzac vieillissant, il en garda toujours des traces. Pascal avait raison de se moquer de celui qui était toujours tenté d'écrire, au lieu de Roi, l’auguste monarquei; au lieu de Paris, La capitale du royaume.

Or, à diverses reprises, Somaize a constaté la longue influence de Balzac, lequel à certainement comptéplus de disciples encore que Voiture ; il cite une série de phrases de Balzac, comme l'exemple le plus fort que l’on puisse trouver du style précieux, et justement ces phrases sont copiées avec de légers changements par Cathos?; il conclut en disant que parler précieux et parler Balzac, c’est la même chose. De même, Ménage raconte que les lettres de Balzac étaient le présent le plus agréable et le plus utile à faire aux dames ?, celles-ci les apprenaient par cœur, aussi bien que les romans à la mode, et se servaient souvent de leurs expressions. Balzac eut donc sa bonne part dans cet abus des périphrases ; le mauvais goût et l’envie de se distinguer firent le reste. Bien que, suivant la définition de Bary‘, le rhéteur des précieux, la

(1) Balzac, Eloge de Louis XIIT dans le Prince. « Il pleut et il neige tous les hivers sur LA PREMIÈRE TÊTE DU MONDE. »

(2) Balzac, (cité par Somaize, 2° Dict. des Précieuses, tome I, p.118). « Bon Dieu, quel exil pour une âme raisonnable ! Quelle sécheresse de conversation, et quelle solitude de livres! » — Les Précieuses ridicules Scène IV : « Mon Dieu, quels amants sont-ce à! QUELLE FRUGALITÉ

D’AJUSTEMENTS et QUELLE SÉCHERESSE DE CONVERSATION | ON N’Y DURE POINT. »

(3) Dès 1628 les galants envoient le Recueil de Balzac à leurs maîtresses, pour les instruire au beau style, comme on le voit dans la Lettre de Polydecque sur les lettres du sieur de Balzac, 1628, in-12, qui accompagne un envoi de ce genre.

(4) Bary, Rhétorique française, 1659, réimpression de 1673, Chapitre des différentsstyles. — Dansle style sublime, «il faut préférerle pluriel au

périphrase et le pluriel emphatique des mots fussent des ornements réservés au style sublime, bien des gens, et Bary tout le premier, cherchaient le sublime, le haut style, dans la simple conversation, et trouvaient seulement le ridicule.

Les habitués des ruelles, exercés au jeu des énigmes, ne devaient pas être embarrassés pour inventer des périphrases ; mais la plupart d’entre eux ne se donnaient même pas cette peine, ils préféraient prendre leurs périphrases toutes faites dans les livres, et mettre les écrivains modernes et même les anciens en coupe réglée. Les précieuses ne savaient pas le grec, mais elles embrassaient ceux quilesavaient1, et profitaientdeleur science.Sile Père Le Moyne, un de leurs amis, ne parle pas de Gorgias, qui ne disait pas un vautour, mais Cun tombeau vivant, » il rappelle expressément que tous les Palais et toutes les Cartes allégoriques étaient déjà connus des anciens : il constate avec plaisir que le rhéteur de la décadence, Philostrate, n’a pas voulu écrire « les yeux » tout court, mais bien «les Aôtelleries de la Beauté, » et il s’'approprie la phrase?. De même, beaucoup de périphrases, recueillies dans les deux dictionnaires de Somaize, ont bel et bien une origine grecque ou latine. C’est ainsi que Simonide

singulier, se servir des superlalifs, allceter de grands adverbes, user de grands mots, employer les définilions au lieu des mots simples. » — La règle, il faut préférer le pluriel au singulier, explique plusieurs phrases de Molière: «Des yeux qui font insulte aüx LiBprrés, — Les INCLÉMENCES UC la Saison pluvieuse,» ele.

(1) Molière a probablement tiré la réplique d' jlenriette dune scène analogue de de Visé, l2 Gentilhomme Guespin, 1610, Acte I, scène V. Un fâcheux vient d'embrasser toutes les dames de la société et s'approche de Lisette qui dit:

Je ne suis pas, Monsieur, de celles que l'on baise. (2) Le Père Le Moyne, Carac!ères des Passions, in 4°, 1643 p.819

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