‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 118 sur 176 · LES PÉRIPHRASES DANS LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

LES PÉRIPHRASES DANS LA CONVERSATION

Philamintes et des Bélises convaincues qui donnent la réplique à des Trissotins assortis. Climène, par exemple, se plaint en minaudantde son soupirant, et dit: « Bélisaire depuis un certain temps vacille dans ses opinions, il est. tantôt péripatéticien et tantôt descartiste, il est tantôt lulliste et tantôt épicurien, il s’imagine que je suis la plus belle de toutes les filles et il changera peut-être bientôt d'imagination 1. » Ce Bélisaire vient entretenir ses amies «de raretés,» de jolies questions comme celle-ci: Pourquoi les ânes ne boivent-ils que du bout des lèvres? — C’est, -on l’a deviné, parce qu’à la différence de Bélisaire, ils ont peur de l'ombre de leurs oreilles.

Avant de publier ce commentaire inattendu des Femmes savantes, Bary avait déjà fait paraître en 1665 l'Esprit de cour ou les Cent conversations galantes, dédiées au Roi. On n’a qu’à les feuilleter au hasard, pour y retrouver tous les ridicules des Précieuses de Molière. L’aimable Théotyme n'’invitera pas son galant à venir aux vendanges, mais «aux assises de Bacchus; » dureste, écoutons-les : «Je sais bien que vous avez de grandes occupations, etqu'àmoins d’être fortaimable, il estbien mal aisé de vous attirer aux champs ; mais quoique je n’aie pas toutes les qualités que votre délicatesse demande, j'espère pourtant que vous assisterez aux assises de Bacchus ?, que vous viendrez à Coulombe 3. — Je vous suivrai, je vous le promets, mais ressouvenez-vous, Théotyme, que ma passion à semé des soins, et quecomme nous sommes dans la saison des récoltes, il est temps que je recueille des reconnaissances. » Une fois en route, sur les

(1) Bary, l'Esprit curieux, De l’inconstance, p.34. (2) Bary, l'Esprit de Cour, sur les Vendanges, p. 204. (3) Bois-Colombes, probablement.

bords d’un ruisseau, le galant Brictomare invitera Théotyme à contempler son image dans cette « glace mouvante 1 », où elle découvrira « Les causes des plus beaux Jeux du monde ; » il lui dira de prendre place sur «ces r'eposoirs gazonnés, sous ces parasols feuillus,?>»ilne tarira plus en compliments: « Savez-vous, Madame, comment j'appelle vos cheveux ? Je les appelle de belles chaines. — Ce sont, à mon avis, des liens bien déliés. — S'ils étaient forts, ils seraient faibles. — Il est vrai qu'un poil rude et grossier est mal propre à enchainer des cœurs, mais enfin si votre cœur n'était attaché à ma personne que par mes cheveux, sa servitude dépendrait de peu de chose à, »

Assurément, on ne parlait pas toujours ainsi, puisque ce sontlà des modèles de conversations, non des conversations véritables, et que nous avons réuni bout à bout quatre de ces modèles. La comédie même de Molière prouve que les précieuses employaient les termes propres en même temps queles périphrases, et qu’elles disaient, tantôt : « Machère, il faudrait faire donner des sièges, » et tantôt: « Vite, voiturez-nousiciles commodités dela conversation.» Même ces périphrases ridicules disparaissaient le plus souvent, sitôt créées ; il fallait sans cesse en trouver de nouvelles pour briller dans la conversation, sans cesse proposer de nouvelles énigmes; mais les énigmes changeaient et le

(4) Bary, L'Esprit de cour, 8° Conversalion sur les Ruisseaux : Bary aura tiré l'expression de « GLACE mouvanTe » du Berger exlravagant, acte INT, scène Il, de Thomas Corneille.

(2) Bary, ibid. 1"* Conversation sur la Campagne.

(3) 8° Conversation sur les Cheveux. — Les mêmes périphrases reparaissent, quoique moins nombreuses dans Ie Nouveau traité de la Civilité par Ant. de Courlin, Paris, 1677; on y lit, p. 83 : Hé quoi, Monsieur, attendre que l’on vous fasse entrer ! — On doit, Mademoi-

selle, dit le cavalier, ce respect au rempLe pes MusEs. — Vous faites Monsieur bien de l'honneur à ce cabinet, etc. »

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