‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 12 sur 176 · INFLUENCE DES RECUEILS DE CITATIONS DA · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES RECUEILS DE CITATIONS DA

un Télémaque !, qui ne vaut pas celui de Fénelon, on s’en doute. Les devoirs courants sont les chries ou dissertations ; on demande des idées générales à ceux qui n'ont ni l’âge, ni le temps d’en recueillir. Aussi les prennent-ils toutes faites dans des dictionnaires commodes. En vain les nouveaux statuts de l’Université proscriveat les manuels et recommandent l'explication des textes classiques : les vrais maîtres, les seuls livres importants pour les professeurs, les élèves et les parents, sont toujours les dictionnaires de Ravisius Textor, avec les Cornucopià, les Potyanthea et les Amalthea, grands noms que le vulgaire prend quelquefois pour des noms d'hommes?, et qui désignent simplement des Recueils d’emblèmes ou de citations. Outre ces Recueils imprimés, l’écolier en a d’autres qu’il à remplis en classe sous la dictée. Ces cahiers sont instrument, le bouclier qu’il ne doit jamais quitter, comme l’explique le professeur de rhétorique de Lisieux, Critton, quiles compare au Bouclier d'Achille 5.

Aussi les résultats sont curieux. L'habitude des citations, prise au collège, explique le mauvais goùt des avocats, des prédicateurs et des historiens du temps. Pour faire l'éloge de Louis XIII, Sorel copiera le Panégyrique de Trajan, en l’enjolivant de traits empruntés à Pline l'Ancien et à Plutarque. Le roi de France sera comparé « à ce fameux arbre Coco » dont tout est bon, les feuilles, le bois, la sève et les fruits. La comparaison est clas-

(1) Telemachus, sive de profectu in virtute et supientia, ad Principem Condœuin, Parisiis, 1609, in-8°. Parmi les auteurs du Télémaque, figure le jeune Claude Barbin, de Melun, lequel devint plus tard le libraire fameux.

(2) Sorel, Polyandre, t. 1, livre IE, p. 301 ct suivantes.

(3) De clipei Becodiani textu et cælatura, oratio habita in Becodiano, Kal. Octobr. cum in Aspipodatiam præfaretur, Parisiis. 1599, in-8°.

(4) Sorel, Les Vertus du roi, p.41. — Le Pédant joué, acte HIT, scène 3,

sique, car on la retrouve dans le Pédant joué de Cyrano de Bergerac. D’autres ont des fortunes encore plus singulières ; elles sont à toutes fins et servent aussi bien dans les dédicaces de livres que dans les déclarations d'amour des jeunes étudiants, « nouveaux venus del Université !. » Lorsque Thomas Diafoirus vient faire sa cour à Angélique, il lui débite tranquillement deux vieilles comparaisons, celle de Memnon?et celle de l’héliotrope %, que Sorel a depuis longtemps tournées en ridicule, et que leur banalité même a désignées à l’attention de Molière. C’estaussi à Sorel que l’intendant Valère a pris le fameux dicton : « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. » En face de cette sentence, Sorel se rappelait avoir vu dans son dictionnaire un renvoi à la Rhétorique à Herennius ; il nous a montré ailleurs # Cicéron, l’auteur responsable de la maxime, protestant contre l’abus qu’on en fait, et il a prêté au Père de la Patrie et des écoliers une belle harangue sur l’avarice des régents. Est-ce à dire que les pensées des anciens avaient toujours des applications aussi burlesques? S'il fallait en croire Sorel, le beau vers de Racine, J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer,

(1) Corneille, la Veuve, acte 1, scène IT.

(2) Comparer Sorel, le Berger extravagant (1628), livre IV, p. 270. Dans les Remarques, p. 137, Sorel ajoute ironiquement : « Je montrerai plus de douze livres de bon compte où, dans l’épître dédicatoire, vous voyez cette comparaison, » — Quelques-uns de ces livres sont indiqués dans l'édition de Molière de M. P. Mesnard, tome IX, p. 351.

(3) l'rancion, édition Colombey, p. 47 et p. 368, 364, cité par M. Y. Fournel. — L'identité des expression prouve que c'est .bien dans Sorel que Molière à pris cette comparaison, qui se retrouve dans une foule de livres du XVI‘ et du XVII siècle. (Œuvres d'Estienne Pasquier, tome If, p. 813. — Dédicace du Martyre de la fidélité de Jean d’Intras. 1609. — Lettres amoureuses des beaux esprits de ce temps, cinquième édition, p. 14. — Dédicace de l’Euphormion, traduit par Nau, 1825. — Le Campagnard, de Gillet de la Tessonnerie, 1657, acte I, scène Il.) :

(4) Sorel, les Visions admirables du Pèlerin de Parnasse, 1635; p°7,47:

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