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Sorel historien. — Comment il a voulu renouveler l’histoire de France. — Originalité de l'Avertissement qu’il a publié à ce sujet en 1628. — Des reproches qu'il adresse aux anciens historiens français. — Les antiquités troyennes et gauloises. — La critique des légendes. — Le costume dans l’ancienne histoire. — L’orthographe des noms mérovingiens. — La royauté chez les Francs. — Le sujet et les limites de lhistoire nouvelle. — Du style qui convient à l’histoire et de la suppression des discours artificiels. — Des obstacles et des préjugés qui ont empêché Sorel de réaliser ses projets. — Sorel historiographe. — Nullité de ses ouvrages. — Il à continué cependant ses recherches historiques, comme en témoigne la Bibliothèque francaise. — 11 propose la création d’une Académie d'histoire, mais ne tarde pas à perdre sa pension d’historiographe. — Y a-t-il lieu, comme Sorel le prétendait, de faire une distinction entre le titre d’historiographe du roi et celui d’historiographe de France ?
Les romans, les jeux d'esprit, les curiosités de la langue française qui tiennent la première place dans l’œuvre de Sorel, n'auraient tenu que la seconde, s’il n'avait dù consulter que ses goûts personnels. Ce romancier comique voulait et pouvait devenir un historien sérieux. Quels obstacles l’ont arrêté, comment n’a-t-il pu réaliser dans son âge mür les rêves de sa jeunesse? Pour répondre à cette question. il faut remonter quelque vingt ans en arrière, au temps où Sorel retournait contre les historiens la critique qu'il venait d'exercer sur les romanciers. Nous avons déjà signalé son Avertissement sur l'Histoire de
France, qui parut la même année que le Berger extravagant; si tous les programmes sont beaux, celui-là plus que tout autre méritait d’être rempli. Dans ces cent cinquante pages il y a tant de vues hardies et fécondes, et un sens critique si perçant, que cette œuvre de jeunesse mérite d’être examinée attentivement.
Le début en ést très net : « Il y a sujet de s'étonner du peu d'état que l’on a fait jusqu’à cette heure de l’histoire de France dans la France même, et de voir que les hommes de lettres savent mieux le nombre des consuls ou des empereurs de Rome que celui de nos rois, et que pour tout le reste du peuple il sait si peu de chose de ce qui s’est passé ici, qu’il semble être en quelque lieu de bannissement, comme si la plupart des Français ne venaient que d'arriver en France!. » A qui la faute s’il en est ainsi ? Pourquoi l’histoire de France, aussi belle que la grecque ou la romaine, aussi fertile en beaux exemples, est-elle négligée dans les collèges, ignorée des enfants, et mal sue des hommes? Cette histoire n’est pas lue; n'est-ce pas parce qu’elle est illisible ? Telle est du moins la conclusion de Sorel, quand il a passé en revue les historiens français. Il en a vite fini avec le compilateur naïf des vieilles chroniques de Saint-Denis, avec Nicole Gilles « qui s'imaginait sans doute écrire quelque roman des chevaliers de la Table - Ronde. » L'histoire latine de l'Italien Paul Emile. ne vaut guère mieux avec sa fausse élégance, et le régent qui l’a traduite en français a perdu son temps. Il faut rendre justice à l’érudition d’'Estienne Pasquier, de Papyre Masson et de Fauchet, mais leurs
(1) De longues années plus tard, De Visé écrira dans la Défense de Sophonisbe : «Nul n’ignore que nous savons mieux l’histoire romaine que l'Histoire de France ».