‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 124 sur 176 · LES PRÉDÉCESSEURS DE SOREL · texte numérisé non relu

LES PRÉDÉCESSEURS DE SOREL

plus loin que les historiens de professiont. Estienne Pasquier connaissait mieux que Sorel les vieilles institutions ; avant lui, l’exact greffier du Tillet avait tenté de restituer l'orthographe des noms mérovingiens ; avant lui, Nicolas Vignier avait placé la patrie des Francs en Allemagne. D'autres ont même vu plusloinetplus juste. Le roi franc, chef de bande, le roi électif, que Sorel ne voulait point voir, à apparu à François Hotman, un de ces hardis pamphlétaires du XVIe siècle qui étudiaient le passé pour éclairer, ou plutôt pour enflammer le présent. Enfin un contemporain même de Sorel, un de ses amis a deviné l’étymologie adoptée plus tard par Fréret et par Augustin Thierry ; en 1620, le jeune de Gomberville niait déjà que le mot de Franc eût le sens de libre 2: c'était, suivant lui, un nom se rapprochant de l'humeur de la nation, fière, féroce.

Mais il est moins important de découvrir une vérité isolée dont on n’apercçoit pas les conséquences, que de savoir réunir en faisceau toutes les découvertes des autres, et de se créer une méthode. Et Sorel en avait une:il voulait partout remonter aux textes originaux et les soumettre au bon sens. irons-nous exagérer son mérite, et demander à un bourgeois du XVII: siècle, si intelligent qu'il soit, de ressusciter les rois barbares, de montrer la lutte des races qui se heurtent et se mêlent sans se confondre, d'écrire l’histoire des Communes et du Tiers- Etat ? L'histoire ainsi comprise est une sorte de poésie, et

(4) Tout en observant avec curiosité les mœurs des Frances et des Gaulois, d’Urfé a adopté le système des antiquités gauloises. (Astrée, 3 partie, livre I). C’est probablement ce fait qui a empêché Sorel de louer l’érudition de d'Urfé dans le Berger extravagant.

(2) De Gomberville, Discours des vertus et des vices de l'Histoire, 1620, cité par Sorel, Bibliothèque française de 1664, p. 269.

la poésie était le moindre défaut de Sorel. Il serait allé, comme il le promettait, « en des endroits inconnus du public, » dépouiller les chartes et les gros in-folios, « avec un rompement de tête perpétuel; » il n'aurait pas manqué de science, mais d’art. S'il lui avait été donné d'écrire non pas seulement l'Histoire de la monarchie, mais une grande Histoire de France, il aurait été plus exact qu’intéressant. En attendant, il avait assez de jugement pour répandre dans le public quelques idées justes, et pour composer un bon livre élémentaire; mais ce livre même, il pe devait pas le faire.

Déjà à la fin de ce libre seizième siècle, les novateurs en histoire étaient entourés de défiances et de haines. On le voit dans cette épître que l'historien du Haiïllan, trop malmené par Sorel, adressait à Henri LIL pour s’excuser d’avoir nié que Pharamond eût institué la Loi salique, et Charlemagne les Pairs de France. Ces préjugés grandiront encore au siècle suivant, quand une monarchie nouvelle sera constituée, avec Richelieu pour ministre et Balzac pour panégyriste ; alors les légendes sur nos premiers rois deviendront des dogmes, et les plaisanteries des sacrilèges. Nobles ou roturiers, tous les serviteurs de la royauté mettront leur point d'honneur à rehausser par tous les moyens l'antiquité de la maison de France, et à l’élever audessus de toutes les familles princières de l’Europe. Ce n’est pas assez que cette maison soit grande, il faut qu’elle soit seule dans son propre pays, etqu’elle domine de toute sa hauteur les noblesses d’un jour qui viventà son ombre. Il ne sera plus permis aux seigneurs français d’avoir une trop longue suite d’ancêtres, et quand la féodalité aura disparu, les érudits du ministère poursuivront encore, pour les détruire, les parchemins trop anciens des vieilles

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