‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 126 sur 176 · SOREL HISTORIOGRAPHE · texte numérisé non relu

SOREL HISTORIOGRAPHE

Le saint Prélat ne se put donc tenir de lui faire entendre qu’il fallait renoncer à la pompe et à l’orgueil pour s'approcher des sacrements de Jésus-Christ, et que les princes n'étaient rien davantage devant lui que leurs sujets. .... . Clovis passa alors les doigts dedans ses cheveux pour les mettre en désordre, et ne portant son habit qu'avec de la négligence, il en voulut mépriser la vanité. Témoignant ainsi beaucoup de modestie en cette sainte occasion, il fut baptisé et une multitude incroyable de Français le fut après luil, »

Celui qui parlait ainsi de Clovis, comment devait-il écrire l’histoirede Louis XIV ?On peut le deviner en lisant ces réflexions que son neveu par alliance, Simon de Riencourt, à écrites en tête d’une réimpression de cette histoire: « J'avoue que je n'ai point de part au secret des affaires, et quand même je pourrais avoir quelque mémoire particulier, je me donnerais bien de garde de m'en servir,» Les ouvrages historiques de Sorel sont du papier perdu ; ils ne lui rapportèrentqu’un peu d'argent, à défaut d'autre chose. Ses abrégés furent souvent réimprimés, à cause de leur format commode, et le public y était si bien habitué que Thomas Corneille ne dédaigna pas de continuer, dans le même style, la mauvaise histoire de Louis XIV.

Sorel, qui n’a pu être bon historien, sera-t-il meilleur historiographe ? Son oncle, Charles Bernard, avait exercé ces fonctions avec conscience, accompagnant dans toutes les expéditions le roi dontilétaitle lecteur et le commensal, voyant de près les hommes et les événements, faisant profiter son histoire de ses souvenirs, et sa famille de ses relations. Sorel lui acheta la succession de sa charge, mais ne sut pas la faire valoir. Mauvais courtisan,

(4) Sorel, Histoire de France, 1647, p. 11, — Sorel à renchéri sur le récit ridicule de Dupleix.

il ne parut à la cour que pour toucher régulièrement ses appointements ; il crut avoir rempli toutes ses obligations, quand il eut terminé à la hâte les ouvrages commencés par Charles Bernard, et c'était de très bonne foi, qu’il signait sur les quittances : « Premier historiographe de France. » : |

Etrange armée que celle de ces historiographes dont il se croit le premier, parce qu'il a succédé au plus ancien en grade! Dans leurs rangs, le pauvre diable coudoie l’élégant, qui porte des dentelles et des galons d’or en dépit des Ordonnances sous prétexte « qu’un bon historiographe n’est d’aucun temps, ni d'aucun pays!; » on trouve de tout parmi eux : des avocats, des romanciers, des poètes, des charlatans, et jusqu’à des hommes très instruits et très occupés. Ecrire l’histoire du monarque ou celle de lamonarchie, répondre aux gazetiers étrangers, classerles archives, régler les questions de cérémonial, étudier les généalogies, suivre les plénipotentiaires dans les congrès, et les armées en campagne, on leur fait faire tout cela et bien d’autres choses; onles envoie partout rechercher les titres féodaux pour préparer de nouvelles annexions, ou diminuer les franchises des vieilles provinces. A peine la ville de Nancy a-t-elle capitulé devant Louis XIIT, que l’historiographe Théodore Godefroy vient par ordre dépouiller les archives du duché, et remporter à Paris d'énormes caisses de documents. Quand Pierre Dupuy arrive en Auvergne, muni d’une commission royale, pour inventorier les titres du château de Mercurol, les magistrats de Clermont n’osent lui promettre de le soutenir contre la population irritée, les trésoriers de France de Riom lui refusent les

(1) Polyandre, tome I, p. 398. -

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