‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 129 sur 176 · LE TITRE D'HISTORIOGRAPHE · texte numérisé non relu

LE TITRE D'HISTORIOGRAPHE

Bénédictins, que Sorel vient de nous exposer. Est-il besoin d’ajouter qu’il se réservait la haute main sur tous ces travaux, et que dans sa pensée le premier historiographe de France était le président désigné de la future Académie ?

* Il n’obtint pas cette présidence, il perdit sa pension d'historiographe 1. Déjà plusieurs faits significatifs lui avaient annoncé sa disgrâce. Tout récemment son beau-frère, le substitut Parmentier, avait failli être destitué par Colbert2. D’autre part, bien que Sorel et commencé à rédiger l’histoire de Louis XIV, le ministre avait désigné Perrot d’'Ablancourt à cet office 3, et au défaut de celui-ci, s’en était chargé luimême. En 1663, le même ministre, pour qui il n’y avait pas de petites économies, régla d'un coup la situation de tous les pensionnés. Les historiographes « au lieu d’être couchés sur l'Etat du Roi, furent employés dans un Etat de gratifiés, ce qui était un moyen de les payer quand on le jugeait à propos. et de supprimer des années entières de ces gratifications, qui n'avaient plus le nom de pensions #. » Celle de Sorel fut supprimée une des premières, et ne fut jamais rétablie. Au lieu de patientercomme bien d’autres, ou de signer ses livres comme faisait le vieux Marcassus « principal historiographe du roi, rayé sur la liste de ses

(4) 11 perdit sa pension d'historiographe ; mais il conserva son titre, comme tous ses collègues, victimes de la même mesure; dans l'extrait mortuaire, cité par le Dictionnaire de Jal, Sorel est encore appelé premier historiographe de France. C'est donc à tort que sur tous les portraits de Sorel, et même sur celui du Cabinet des estampes, les mots d’historiographe de France ont été grattés.

(2) Lettres de Colbert, édition P. Clément, tome VIT, p. 220.

(3) Sorel, Traité de la Prudence, et Pellisson, Histoire de l’Académie française. |

(4) Dreux du Radier, Bibliothèque du Poilou, tome V, p. 362: Histoire des frères de Sainte-Marthe.

pensions, » il ne cessa de protester contre un arrêt qu’il déclarait, pour son compte, inique et illégal. Les historiographes du roi, disait-il, sont en nombre illimité, et révocables à merci; la charge d’historiographe de France est un office en titre, un office unique, lequel, créé par le roi Henri III en faveur de du Haillan, a été transmis successivement à Pierre Mathieu, à Charles Bernard, enfin à moi-même. Etil ne se lassait pas de distinguer les deux choses 1. En fait, cette distinction, si elle avait jamais existé, avait vite disparu dans l’usage ?, car les mêmes hommes sont appelés indifféremment historiographes du roi ou historiographes de France par les contemporains ; ils prennent indifféremment l’un ou l’autre titre dans leurs ouvrages, quelquefois les deux successivement, l'un à la première page, l’autre dans le privilège ou réciproquement. Sorel eut donc tort d’insister sur des droits mal établis :

(1) Sorel, Traité de la Prudence, Propositions, p. 39 ct suiv. — it. Trailé de la charge d'Historiographe de France, inséré dans l'Histoire de Louis XIII, p. 5 et 6. — Il cest bien vrai, comme Ile dit Sorel, que Henri IT honora du Haillan du premier état d'hisloriographe de France, qu'il fit ériger en titre d’oflice formé, avec appointements de 1200 écus par an; mais du vivant de du Haïllan, Henri IV donna le même titre à jNicolas Vionier, à Jean de Serres, à Picrre Mathieu et à plusieurs autres. Comparer la Popelinière, Histoire nouvelle des Français ou Dessein de l'Histoire accomplie, tome I, livre 1, p. 371.

(2) Cest ce qui résulte d’un manuscrit de la Bibliothèque nationale, (Français N° 14127, Recherches sur les auteurs qui ont écrit l'histoire de France par commission des Princes), et des nolesrecucillies par Lacurne de Sainte-Palaye, (Mot hisloriographe, ancien fonds Moreau, p. 90.) Uct érudit a pris la peine d'énumérer tous Iles ouvrages composés par les historiographes, enindiquant chaque fois le titre, (historiographe du roi ou historiographe de France) pris par les auteurs. — La même confusion subsistera jusqu'à la fin du XVII: siècle. Pellisson s'intitulait historiographe duroi; Racine ne porte aucun titre sur le brevet de pension, transcrit dans le Dictionnaire de Jal; Boileau est appelé « grand historiographe de France, » dans un acte notarié du 7 Décembre 1688, recueilli dans le même Diclionnaire. Au XVII” siècle tous les historiographes s'appellent en général historiographes de France.

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