‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 135 sur 176 · LE CID ET L'AMOUR TYRANNIQUE · texte numérisé non relu

LE CID ET L'AMOUR TYRANNIQUE

vulgaires : ni à ce moment, ni plus tard, Sorel, l’auteur du Berger extravagant, ne devait renoncer complètement à ses manies.

Non-seulement il disait son mot, le mot du bon sens, dans toutes les querelles littéraires, mais il suivait assidüment toutes les représentations dramatiques, et il consignait au jour le jour ses impressions, dans des cahiers qu’il avait commencés à l’âge de dix-huit ans !, et qu'il continuait encore en 1666, au témoignage de Furetière. Si jamais l’on retrouve ces manuscrits, que d’historiettes on pourra prendre chez ce Tallemant sans style ! En attendant, il ne faut pas laisser de recueillir les rares anecdotes quilui ont échappé, et qui se rapportent encore à Corneille.

Tout le monde pense aujourd’hui que si le Cardinal de Richelieu s’est ligué contre le Cid, c'est que la pièce contrariait autant sa politique que sa vanité. Mais cette vérité n’en était pas une en 1654; après avoir réfuté Pellisson, qui n’attribuait l’opposition de Richelieu qu’à une jalousie mesquine, Sorel avait soin d'ajouter ?: « [Il y a des Mémoires de ce temps-là, qui ne sont pas imprimés, lesquels trouvent une cause plus fine de l’aversion que le Cardinal concevait pour le Cid et de l’inclination qu’il témoignait pour l'Amour tyrannique. C’est que dans le premier, il y avait quelques paroles, qui choquaient les grands ministres?, et dans l’autre, il y en avait qui

(4) Dans l'avertissement de la Science des choses corporelles, 1635, Sorel annonçait qu'il allait tirer de son Soltisier « deux volumes d’apopthegmes et de contes modernes; » ils n’ont jamais paru. — Guéret, Promenade de St-Cloud déjà citée, dit que Sorel avait surtout éludié « le détail de la vie des auteurs.» — it. le Romun bourgeois D.297.

(2) Sorel, Bibliothèque française de 1664, p. 183. — Le passage de

Sorel vient confirmer les textes postérieurs cilés par M. Marty-Laveaux (Corneille, tome III, p. 17 et 18.)

exaltaient le pouvoir absolu des rois, même sur leurs plus proches. » Ouvrons la pièce de Scudéry, et nous y trouverons, à chaque page, des vers tels que ceux-ci :

Il n’est point d'autre loi que le vouloir des Rois... Les rois sont au-dessus des crimes...

Les rois ont des sujets et n’ont point de parents... Ceux qui tiennent un rang de puissance infinie

Sont instruits seulement par un divin génie,

Qui fait toujours céder au cœur d’un potentat

Cette raison commune à la raison d'Etat.

Voilà des maximes que Richelieu, le « divin génie » de Louis XIII, préférait aux insolentes déclarations de Don Gormaz, et à cette apologie du duel, qui, supprimée à l'impression de la pièce, resta gravée dans toutes les mémoires.

Un autre texte de Sorel n’est pas moins instructif. Autrefois, nous l’avons vu, les acteurs de Paris n'étaient que des « bateleurs grossiers » quela «racaille allait seule écouter.» Leur condition et leur fortune se sont relevées plus tard; le « premier amoureux de l’hôtel de Bourgogne gagne de huit à neuf mille livres par anë la cour retient les meilleures places au théâtre, et la troupe va souvent donner des représentations dans les maisons particulières. » — « Maintenant, écrit Sorel en 1642 , nous avons des comédiens illustres, entretenus des rois et des princes, qui représentent des pièces graves et sérieuses, dignes des plus chastes oreilles et de l’austérité des philosophes?. Il n’y a pas fort longtemps qu'il n’y avait à Paris et par toute la France qu'un seul homme, qui

(1) Ce chilfre est donné dans le roman de Polyandre, 1648. (2) Allusion à l'édit de Louis XIIT en faveur des comédiens du 16 avril 1641.

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